Vers les droits fondamentaux européens

Février 2009 : Williamson persiste, "pas de chambres à gaz sans preuves historiques" ; Horst Mahler, ancien Fraction Armée Rouge, condamné en Allemagne à six ans ferme pour négationnisme
Janvier 2009 : L'Eglise de France, moderniste, "embarassée" par l'affaire négationniste du fondamentaliste Williamson ; l'UEJF et Faurisson chez Dieudonné
Novembre 2008 : Commission Accoyer, l'Histoire ne peut relever du législatif
Février 2008 : "L'existence des chambres à gaz, c'est aux historiens d'en discuter" : condamné en appel à trois mois de prison avec sursis et 5.000 euros d'amende
Avril 2007 : Le procureur donne raison à Maître Badinter ;
Mars 2007 : Diffamation, affaire Faurisson contre Badinter ; le recteur Morvan se dit "karcherisé"
Janvier 2007 : L'Onu condamne "sans réserve tout déni de l'Holocauste" ; l'Italie renonce à créer un délit de "négation de la Shoah" ; Bruno Gollnisch condamné à de la prison avec sursis ;
Decembre 2006 : Robert Faurisson en Iran à une conférence sur l'Holocauste ; Paris n'exclut pas des poursuites si
Novembre 2006 : A la demande de maître Jakubowicz, qui lui propose l'abandon des poursuites, le professeur Gollnisch reconnaît la réalité de la Shoah et l'utilisation des chambres à gaz dans l'extermination des juifs pendant la Seconde guerre mondiale : 10 000 euros d'amende requis ;
Octobre 2006 : Dominique de Villepin :"Ce n'est pas une bonne chose de légiférer dans le domaine de l'histoire"
Août 2006 : Le Japon honore l'âme de ses soldats, y compris celles de ceux qui ont été condamnés par leurs vainqueurs, en 1945, comme criminels de guerre ; une démarche violemment condamnée en Asie, notamment par la Chine et la Corée du Nord
Mars 2006 : Non-lieu pour le professeur Bruno Gollnisch, selon lequel ce sont les historiens qui doivent dire l'histoire, et non pas les politiques et les juges ...
Février 2006 : 3 ans ferme pour l'historien David Irving
Janvier 2006 : 6 mois ferme pour le politicien Georges Theil
Décembre 2005 : Téhéran diffuse des textes négationnistes
Novembre 2005 : L'affaire Georges Theil
Février 2005 : L'UEJF obtient la suspension pour un an du professeur Bruno Gollnisch
Janvier 2005 : Gollnisch soutenu en Belgique. Le Pen et Oradour, notamment.
Le Conseil d'Etat suspend l'arrêté interdisant à Bruno Gollnisch d'accéder à son université (14 janvier 2005)
Décembre 2004 : François Fillon confirme, devant le Crif
Novembre 2004 : Perben contre Gollnisch
Octobre 2004 : Le Président Jacques Chirac s'engage fermement
L'UEJF intervient à Lyon III
Le rapport Rousso selon Libération
Demandes de sanction contre le député européen du Front National Bruno Gollnisch
9 juin 2004 : Vincent Reynouard condamné pour révisionnisme à propos d'Oradour-sur-Glane
Avril 2004 : Cassation positive pour l'éditeur Jean Plantin
25 juin 2003 : En appel une confirmation : L'éditeur Jean Plantin condamné à 6 mois de prison ferme pour "négationnisme".
23 juin 2003 : Jean Plantin rétabli dans ses titres universitaires
24 janvier 2003 : Jean Plantin condamné à de la prison ferme
19 décembre 2002 : Jean Plantin négationniste invétéré
04 décembre 2002 : Le négationniste Serge Thion condamné
Le négationnisme aux Usa
19 octobre 2002 : Leni Riefenstahl, affaire classée
11 février 2002 : Le négationnisme en cours d'examen
29 janvier 2002 : Jean Plantin diffuse ses thèses sur Internet
26/27 janvier 2002 : Jean Plantin persiste
17 décembre 2001 : Attaques en référé contre le QUID 2002
10 décembre 2001 : En Suisse, Vérité & Justice
19 novembre 2001 : M. Jack Lang, ministre socialiste de l'Education nationale, met en place une commission d'historiens
15/16 juillet 2001 : Nouvelle affaire négationniste à Lyon
27 juin 2001 : Maîtrise négationniste : la repentance du jury
12 juin 2001 : Négationnisme : Lyon-III visée à la tête
5 juin 2001 : Le négationnisme ronge toujours Lyon-III
5 juin 2001 : L'extrême droite de la fac renforce ses rangs
25 février 2001 : Le point de vue de deux spécialistes du négationnisme

22 février 2001 : Lyon-III occupée. Les étudiants manifestent contre le négationnisme.

Le Chant des partisans a résonné hier dans les couloirs de l'université lyonnaise Jean-Moulin, qu'une cinquantaine d'étudiants avait investie le matin. Avec sono et duvets, ils se sont installés dans la division Recherche de la fac (aussi appelée Lyon-III), pour demander des sanctions contre Jean-Paul Allard. Ce professeur d'allemand avait accordé en 1985 une mention très bien à la première thèse négationniste validée par l'université française (Libération du 14 décembre 2000).

Croix gammée.
Emmenés par Hippocampe (association de Lyon-III), par l'Unef-ID et par l'Union des étudiants juifs de France, les militants ont placardé 500 portraits de Jean Moulin, avec le slogan: «Savoir désobéir». Egalement déployée, une grande banderole portant le nom du chef de la Résistance accompagné d'une croix de Lorraine, et celui de Jean-Paul Allard orné d'une croix gammée. Le symbole ne devrait pas trop heurter l'enseignant, qui a traduit de l'allemand L'Univers mental des Germains, ouvrage dont la couverture est décorée d'une croix gammée stylisée.

Les haut-parleurs ont retransmis des extraits de la soutenance, en 1985, de la thèse d'Henry Rocques, membre du Nouvel ordre européen. Devant le jury présidé par Jean-Paul Allard, l'étudiant dénonçait «la religion de l'holocauste, avec ses grands prêtres, Elie Wiesel, Samuel Pisar». Il annonçait clairement son objectif: que «l'école révisionniste se voit reconnaître un droit de cité à l'université». Jean-Paul Allard avait trouvé la thèse (annulée l'année suivante par Alain Devaquet) «excellente».

CV décrié.
Les manifestants ont distribué des tracts donnant une définition du négationnisme, ainsi qu'un CV condensé de Jean-Paul Allard, qui a participé en 1981 à la création de l'Institut d'étude indo-européenne à Lyon-III, dont l'objectif était d'apporter une légitimité universitaire aux thèses de la nouvelle droite. A Lyon, les principales têtes de liste de la gauche plurielle ont signé une pétition demandant des sanctions contre l'enseignant. La droite s'est pour l'instant abstenue.

Faute de réponse de la part de l'université, les organisations ont décidé l'occupation. «Au départ, on devait partir jeudi après-midi, racontait hier l'un des occupants. Mais ça se passe si bien qu'on va rester tant que le président de Lyon-III n'aura pas pris position.».
Par OLIVIER BERTRAND, Libération, 22 février 2001, p. 17.

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Les étudiants antinégationnistes de Lyon-III suspendent leur mouvement.

LES ÉTUDIANTS qui occupaient depuis mercredi 21 février les bureaux de la direction de la recherche de l'université Lyon-III - Jean-Moulin ont suspendu leur mouvement jeudi 22 au soir, à la suite de la visite d'un conseiller d'établissement missionné par le ministère afin de trouver des solutions pour dénouer la crise liée à la présence, au sein de l'université, d'un enseignant révisionniste.

La veille, un collectif d'une trentaine d'étudiants de l'Unef-ID, de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et de l'association Hippocampe avaient en effet investi ces locaux afin de protester contre le silence de l'administration face au cas de Jean-Pierre Allard, un enseignant germaniste qui doit prochainement partir à la retraite (Le Monde du 22 février). M. Allard fut en 1985 le président du jury d'une thèse contestant l'ampleur de l'extermination des juifs dans les chambres à gaz, soutenue à Nantes par Henry Roques, thèse annulée en 1986 par le ministère de la recherche. L'enseignant a également fondé en 1981 l'Institut d'études indo-européennes. Rattaché à l'université Lyon-III, et accusé par les étudiants d'être « le laboratoire idéologique de l'extrême-droite universitaire », l'institut s'est dissous en 1998, avant de renaître sous la forme d'une association présidée par Jean-Pierre Allard en mars 1999.

Les étudiants avaient obtenu jeudi le soutien des époux Aubrac, tandis que Bruno Gollnisch, secrétaire général du FN, qualifiait leur action d'« intolérable ». « On ne veut pas que M. Allard parte à la retraite avec tous les honneurs », indique l'Unef-ID. Bien qu'ils aient affaire à des élus lyonnais et des candidats aux municipales plutôt atones sur le sujet, les étudiants entendent profiter de la période électorale pour alerter le pouvoir politique. Ils demandent au président de Lyon-III, Gilles Guyot, d'engager des sanctions disciplinaires à l'encontre de M. Allard, au ministre de l'éducation nationale, Jack Lang, de prendre position solennellement contre l'infiltration des thèses révisionnistes dans la recherche, et aux députés de créer une commission d'enquête parlementaire sur le sujet.

Le 12 décembre, la Ligue des droits de l'homme avait appuyé cette démarche. Dans un courrier adressé à Jack Lang et à l'université Jean-Moulin, le président de LDH, Michel Tubiana, a lui aussi demandé que des sanctions disciplinaires soient prises. Le cabinet du ministre lui a répondu que « la direction des affaires juridiques du ministère analysait les faits et étudiait tout ce qui peut tomber sous le coup de la loi ».

Pour Gilles Guyot, les choses sont claires : «On ne dispose d'aucun élément légal pour convoquer la commission de discipline de l'université ; en outre, la thèse Roques a été soutenue à Nantes, c'est la commission de cette université qui est compétente. » M. Guyot, qui ne présidait pas l'université au moment où M. Allard a été recruté, indique avoir « toujours condamné le négationisme, la discrimination et la haine raciale. Les enseignants sont des fonctionnaires d'Etat, nommés par décret signé du président de la République. J'ai donc saisi le ministère , précise-t-il. J'attends qu'il affiche une position claire . »

La direction de la recherche du ministère avait été sollicitée il y a un an et demi par Claude Allègre pour mener une enquête sur les faits de révisionnisme. Jack Lang a donc redemandé à ses services de faire le point sur ce type de dérive. « Nous sommes extrêmement vigilants. Mais ces phénomènes sont marginaux », affirme aujourd'hui la directrice des enseignements supérieurs, Francine Demichel (pcf). « Les présidents d'université, qui signent les autorisations de soutenance de thèses, sont très attentifs. » Le conseil d'administration de l'université voisine Lyon-II avait ainsi, après plusieurs mois d'atermoiements, demandé, le 3 novembre 2000, que soit annulée le DEA délivré à Jean Plantin, en 1991, consacré au typhus dans les camps de concentration nazis (Le Monde du 6 novembre). A Lyon, les étudiants dénoncent un « contexte particulier »qui va au-delà des quelques militants d'extrême droite. « Nous avons affiché Jean-Moulin partout et on nous a reproché de dégueulasser la fac », souligne un membre de l'association Hippocampe, rappellant que ce nom fait référence à la zone du cerveau responsable du fonctionnement de la mémoire.
lemonde.fr, 23 février 2001, 13h32, Nathalie Guibert

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Deux spécialistes du négationnisme en France reviennent sur ces questions pour tf1.fr., Par Bastien BONNEFOUS, 25 février 2001, 8h35.


Didier Daeninckx
Valérie Igounet, historienne et auteur de "L'histoire du négationnisme en France" (Seuil, 2000).
"Il est difficile d'affirmer que le professeur Jean-Paul Allard est négationniste. Ce que l'on peut dire, c'est que ses idées sont proches de celles de négationnistes notoires et qu'il a présidé en 1985 le jury d'une soutenance d'une thèse reconnue ensuite comme une thèse négationniste.

En 1985, à Nantes, Jean-Paul Allard a présidé le jury d'une soutenance de thèse d'un certain Henry Roques, qui contestait le témoignage d'un ancien SS sur l'ampleur de l'extermination des juifs dans les chambres à gaz. A l'époque, Henry Roques, l'un des principaux négationnistes français, a choisi en connaissance de cause Jean-Paul Allard comme président du jury parce qu'il savait par avance qu'il bénéficierait d'une oreille attentive à ses idées. Il ne s'est pas trompé puisque le jury lui a attribué la mention "Très Bien".

En 1986, le ministre de la Recherche de l'époque, Alain Devaquet, a annulé cette thèse mais aucun membre du jury, à commencer par son président Jean-Paul Allard, n'a été sanctionné ni même inquiété.

Aujourd'hui, cet enseignant devrait, à mon avis, être mis à pied par l'administration. Mais une telle sanction m'étonnerait beaucoup, d'autant que Jean-Paul Allard est à quelques mois de partir à la retraite. Quand le ministère parle de sanction juridique, je pense que ce qui menace Jean-Paul Allard, c'est simplement une diminution de sa future pension de retraite.

Lyon-III est connu, depuis sa naissance après mai 68, comme un vivier de l'extrême-droite universitaire. Des membres du Front National, comme Bruno Gollnisch, le secrétaire général de ce parti, ou Pierre Vialle, y ont enseigné durant de longues années. Plusieurs professeurs de cette université reconnaissent publiquement qu'ils appartiennent au FN ou au Mouvement National Républicain de Bruno Mégret. Le fait que le président de l'université, Gilles Guyot, les accepte en son sein et en toute connaissance de cause, tend à laisser croire qu'il approuve ces personnes".

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Didier Daeninckx
Didier Daeninckx, romancier et journaliste. A écrit plusieurs articles dénonçant le révisionnisme et le négationnisme d'extrême-droite comme d'extrême-gauche.

"Jean-Paul Allard n'est pas un acteur militant du négationnisme en France, mais un acteur structurant. Il n'a pas, par exemple, écrit d'articles tendant à nier l'ampleur de la Shoah. En revanche, il est, à Lyon-III, l'un des organisateurs du courant universitaire et intellectuel négationniste.

Si l'affaire Henry Roques avait réussi en 1985, Allard aurait en fait organisé un complot universitaire dans un seul but : pour que la première fois en France, un négationniste devienne docteur en université et historien reconnu.

Allard a créé en 1981 l'Institut d'études indo-européennes, rattaché à Lyon-III et dissous en 1998 pour renaître en mars 1999 sous la forme d'une association présidée par Jean-Paul Allard. Or, cet institut est le laboratoire idéologique des universitaires d'extrême-droite, avec comme membres des gens proches du Conseil scientifique du FN.

Il n'y a, selon moi, qu'une seule sanction possible contre Allard : la révocation pure et simple. Elle aurait dû déjà être prononcée en 1986 après l'affaire Henry Roques, mais à l'époque, l'administration était plus frileuse. Aujourd'hui, j'ai l'impression que le vent tourne. En novembre dernier, Serge Thion, l'un des négationnistes les plus actifs de France, a finalement été révoqué du CNRS de Lyon après presque vingt ans de lutte. La France ne doit pas s'arrêter là."

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Le négationnisme ronge toujours Lyon-III.
Après un mémoire sur «la race», enquête sur les liens de la fac avec l'extrême droite. Par OLIVIER BERTRAND, Libération, 5 juin 2001, p. 16

«Je me suis laissé entraîner dans une spirale par des profs qui ont laissé des étudiants démolir leur avenir sans jamais payer.» Pascal Garnier, étudiant «repenti»

Elles veulent en finir avec l'ambiguïté. Cette semaine, plusieurs associations lyonnaises vont demander au ministère de l'Education nationale la mise en place d'une commission d'historiens, chargée d'étudier le poids de l'extrême droite au sein de l'université Lyon-III (Jean-Moulin). L'ampleur des dérapages négationnistes et néonazis des années 1990 n'est pas encore connue (1), mais l'on sait que des enseignants d'extrême droite continuent d'assurer, en plus de leurs cours, le recrutement et la promotion de leurs amis (lire ci-contre). En outre, un collectif d'associations (2) va également réclamer l'annulation du diplôme de maîtrise de Pascal Garnier, aujourd'hui militant de la Ligue savoisienne et «repenti de l'extrême droite», selon ses termes. Ce serait le deuxième cas après celui de Jean Plantin, dont la maîtrise avait été annulée en novembre 2000 par Lyon-II (3). La maîtrise de Garnier, truffée de références antisémites, a reçu la mention bien en 1990 de la part des professeurs qui avaient validé le DEA de Plantin. Le parcours des deux étudiants montre l'étonnante porosité entre l'université et les milieux d'extrême droite, ainsi que le rôle ambigu joué par leur directeur de recherche commun, un mandarin dont la réputation ne le rendait guère suspect de sympathies négationnistes.

Bière et chants nazis.
Dès son arrivée à Lyon-III, au début des années 80, Pascal Garnier croise un grand nombre d'enseignants marqués politiquement. Notamment Pierre Vial, qui anime le courant néopaïen du Front national, Jean-Paul Allard, qui a validé en 1985 la première thèse négationniste française, ou encore Jean Varenne, cofondateur du Grece (Groupement de recherche et d'étude pour la civilisation européenne), mouvement des intellectuels de la nouvelle droite. Ce dernier recrute Garnier au Grece. En ville, l'élève retrouve en outre certains de ses maîtres dans des mouvements d'extrême droite. Il appartient également à Edelweiss, un groupuscule fondé par Pierre Vial : randonnées en montagne, soirées à boire de la bière en chantant des chants nazis et entraînement au tir dans les monts du Lyonnais.

Pour sa maîtrise, Pascal Garnier se rapproche de Régis Ladous, un professeur plus proche de la démocratie chrétienne que de la droite dure. Ladous peine à expliquer ce choix et surtout les raisons pour lesquelles il a accepté ce drôle d'étudiant. «Quand je suis arrivé à la fac, j'étais très con, reconnaît-il. Il n'y a pas d'autre mot. Je croyais qu'un garçon de 20 ans ne devait jamais être considéré comme perdu. Eh bien, non. Un garçon de 20 ans peut être aussi dangereux et aussi fossilisé qu'un vieux salaud de 60 ans. Mais convenez que ce n'est pas facile à reconnaître, quand on a voulu être enseignant.» Pascal Garnier travaille avec Ladous sur «Le thème de la race dans l'Emancipation nationale», journal collaborationniste de Jacques Doriot. Il empile les réflexions antisémites et fait longuement l'éloge de Georges Montandon, «raciologue» français qui se livrait à des expertises pour les SS pendant la guerre, dans les «cas douteux d'aryanité». Pascal Garnier décrit le personnage comme un «esprit nuancé et subtil». Il décroche la mention bien du jury qui validera plus tard le DEA de Plantin.

L'année suivante, Garnier n'obtient curieusement que 3/20 à son DEA, pour un mémoire pourtant moins sulfureux que la maîtrise. Son directeur de recherche prétend que l'étudiant a présenté un travail qui n'avait rien à voir avec celui qui avait été préparé. «A mon avis, estime Garnier, en parlant de ses professeurs, il a pris peur : l'affaire Notin venait d'éclater à Lyon (4), il fallait devenir prudent. Mais avant ça, plus les sujets étaient sulfureux et plus Ladous était intéressé.» L'enseignant répond qu'il a «appris à ne pas craindre les voisinages sulfureux, à condition que cela reste des voisinages». Mais, du voisinage à l'encerclement...

En 1992, Régis Ladous participe à la tenue d'un colloque, coorganisé à Lyon par le Cesnur, mouvement italien fondé en 1988 pour étudier les «nouveaux mouvements religieux», formule pudique qui désigne les sectes. L'époque est au syncrétisme. Mouvements d'extrême droite, intégristes religieux et responsables de sectes se rapprochent, avec parfois la bienveillance d'universitaires. A la tribune, on retrouve des professeurs lyonnais, mais aussi un militant néonazi, responsable du mouvement radical Nouvelle Résistance.

«Dérives».
Régis Ladous assure qu'il s'est écarté du Cesnur après trois colloques, dès qu'il a constaté les «dérives» de son directeur, Massimo Introvigne, un avocat proche des mouvements catholiques traditionalistes de l'extrême droite italienne. Mais auparavant, Ladous aura aidé le Cesnur, comme Garnier ou Plantin, dans leur quête de légitimité universitaire. Son nom apparaît en effet dans les statuts du Cesnur, déposés en 1990 à Foggia. Il a fait partie du «comité scientifique» du Cesnur de 1990 à 1993, avec une poignée d'autres professeurs européens et américains, comme ce chercheur californien parti en 1995 enquêter au Japon sur l'attentat au gaz sarin attribué à la secte Aum dans le métro de Tokyo. Le voyage avait été payé par la secte elle-même.

«Si tout cela est vrai, Régis Ladous doit à présent s'expliquer sur ces éléments, estime Pierre Hémon, secrétaire national de Ras l'front. Nous voulons comprendre s'il a été manipulé ou s'il était conscient de ce qu'étaient les étudiants et associations qu'il a soutenus.» Les ambiguïtés du professeur compliquent en effet nettement la lutte contre le négationnisme à Lyon. Car Régis Ladous appartient par ailleurs à l'association René-Cassin, engagée à l'université contre l'extrémisme et le négationnisme. Jusqu'à la révélation de l'«affaire Plantin», il dirigeait également l'Institut d'histoire du christianisme, une institution lyonnaise dont le précédent directeur travaille aujourd'hui auprès du Vatican. De nombreux mandarins s'étonnent, mais sont embarrassés. Récemment, le président de Lyon-III a demandé à Régis Ladous de réunir à nouveau le jury qui avait validé le DEA de Plantin. Une décision que la plupart des associations luttant contre l'extrême droite analysent comme une diversion, pour ne pas répondre aux questions plus structurelles posées par l'encombrante présence de cette composante au sein de l'université. Régis Ladous refuse d'obtempérer, estimant que Plantin sortirait gagnant d'un bras de fer.

«Spirale».
Pendant que leur ex-directeur d'études se débat, Jean Plantin est devenu éditeur et Pascal Garnier a continué quelques années sa route au sein de l'extrême droite. Plusieurs fois, Garnier a croisé ses anciens professeurs dans les universités d'été de Synergies européennes, mouvement né d'une scission du Grece. Il a intégré la Ligue savoisienne en 1997, tout en continuant ses activités à l'extrême droite jusqu'à l'été 1998. Avant de décrocher. Aujourd'hui, il estime s'être «laissé entraîner dans une spirale par des professeurs qui ont laissé des étudiants démolir leur avenir sans jamais payer. C'était mon voyage au bout de l'extrême droite».

(1) Plusieurs mémoires ont disparu de l'université, dont la bibliothèque a depuis été incendiée, en juillet 1999.
(2) Hippocampe (association étudiante), la Ligue des droits de l'homme et l'association Laïcité et République demandent l'annulation de la maîtrise de Pascal Garnier et s'associent à Ras l'front, SOS Racisme, le cercle Marc-Bloch, l'Union des étudiants juifs de France et l'Unef-ID pour réclamer celle du DEA de Plantin.
(3) Cet étudiant négationniste a été condamné le 13 mars 2001 par la Cour de cassation pour «contestation de crimes contre l'humanité».
(4) En 1990, l'enseignant Bernard Notin avait publié un texte négationniste et antisémite dans une revue financée par le CNRS.

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L'extrême droite de la fac renforce ses rangs.
Des enseignants de Lyon-III collaborent à des revues troubles. Par OLIVIER BERTRAND, Libération, 5 juin 2001, p. 16.

L'extrême droite a-t-elle disparu de l'université lyonnaise ? Ou est-elle seulement un peu plus prudente ? Le 24 mars 1999, la préfecture du Rhône a enregistré la création d'une Société internationale des études indo-européennes, dont le bureau compte quatre professeurs de Lyon-III. Cinq mois plus tôt, ces derniers avaient été obligés de dissoudre à l'université leur Institut d'études indo-européennes, sous la pression d'une enquête universitaire et d'associations d'étudiants. L'institut recyclait les thèses de la nouvelle droite.

Jean-Paul Allard préside la nouvelle structure, dont le siège se trouve chez lui et dont le secrétaire général est Jean Haudry, professeur à la retraite, cofondateur du Grece et candidat MNR aux dernières cantonales. Autre membre du bureau, Jean-Pierre Grazioli, qui fréquentait dans les années 80 les groupuscules nationalistes lyonnais et a ouvert depuis une librairie d'extrême droite à Nancy. Ville où l'homme s'est fait arrêter au début de l'année avec deux militants du Gud. Tous trois sont soupçonnés d'avoir distribué des tracts racistes à Nancy. Une information judiciaire est ouverte.

L'épouse de Grazioli, Isabelle Rozet, appartient également à la Société internationale des études indo-européennes. Ancienne étudiante de Jean-Paul Allard, elle est devenue maître de conférences et a été embauchée à Lyon-III après avoir dirigé l'institut d'allemand de Nancy-II. Elle écrit dans diverses revues d'extrême droite, comme Antaios ou Enquête sur l'histoire, où collaborent également Pierre Vial, Jean-Paul Allard et Bernard Lugan. Ce dernier, enseignant à Lyon-III, se faisait remarquer dans les années 90 en se déguisant pour mardi gras avec un casque et un fouet et chantait des chants coloniaux à ses étudiants. Le 27 mars, le bureau de Lyon-III a décidé l'avancement de ce professeur folklorique au rang de maître de conférences «hors classe». Au nom de son «implication dans l'établissement» et de son ancienneté. Le comité d'administration devait choisir dans une liste de 46 postulants, dont 14 avaient une ancienneté supérieure. Sur 18 votants, 11 ont choisi Bernard Lugan.

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Négationnisme: Lyon-III visée à la tête. Des associations incriminent le président de l'université. Par OLIVIER BERTRAND, Libération 12 juin 2001, p. 18

«Gilles Guyot est complice d'un réseau minoritaire, mais influent.» Julie Duchamp, association Hippocampe (note dt, association anti-antisémite)

Les associations engagées à Lyon contre le négationnisme ont décidé cette fois de «viser à la tête». Hier, Gilles Guyot, le président de l'université Lyon-III, a été mis en cause à plusieurs reprises au cours d'une conférence de presse (1). Les associations en ont profité pour demander la mise en place d'une commission d'historiens et d'inspecteurs généraux de l'Education nationale afin de comprendre les conditions de recrutement et de promotion d'enseignants d'extrême droite au sein de l'université.

Annulation.
Depuis des semaines, cette question mine les conseils d'administration de la faculté Jean-Moulin (Lyon-III), où quelques enseignants et étudiants se battent contre l'équipe en place. Soutenant leur combat, une douzaine d'associations demandent désormais l'annulation de plusieurs diplômes négationnistes ou antisémites. Elles veulent également comprendre comment des «militants politiques extrémistes» ont été recrutés ou promus ces dernières années (Libération du 5 juin). «Pour nous, estime Julie Duchamp, de l'association Hippocampe, Gilles Guyot n'est plus crédible sur ces questions. Il est complice d'un réseau minoritaire, mais influent. Nous voulons une commission avec des personnalités indépendantes, et connaissant parfaitement les arcanes universitaires.» Soutenues par la Coordination de vigilance contre l'extrême droite, les associations réclament aussi la traduction devant une commission de discipline de plusieurs enseignants: Jean-Paul Allard, qui a validé en 1985 la première thèse négationniste française; Bernard Lugan, maître de conférences récemment promu, qui s'est fait connaître en chantant la Coloniale devant ses étudiants, avec casque sur la tête et fouet à la main; et Régis Ladous, qui a validé en 1989 les mémoires de Jean Plantin et Pascal Garnier.

Egarés.
L'attitude de Ladous laisse perplexe une partie du corps enseignant. Pour justifier les diplômes, le professeur dit avoir tenté de ramener dans le droit chemin des étudiants égarés à l'extrême droite.

Mais certains de ses collègues ont été stupéfiés d'apprendre la semaine dernière qu'il avait appartenu au Cesnur, mouvement dont les responsables, proches de l'extrême droite catholique romaine, ont à plusieurs reprises témoigné en faveur de sectes. Ladous avait été introduit au Cesnur par l'un de ses anciens étudiants, lui-même membre de plusieurs mouvements d'extrême droite lyonnais dans les années 80.

De son côté, Pascal Garnier, qui a obtenu une maîtrise en 1989 avec un mémoire d'inspiration néonazie, affirme qu'il ne s'opposerait pas à l'annulation. «Je ne revendique pas le contenu intellectuel de ce diplôme. A l'université et à mes professeurs de l'époque de prendre leurs responsabilités».
(1) Interrogé hier, Gilles Guyot n'a pas souhaité réagir.

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Maîtrise négationniste : la repentance du jury
En 1990, Lyon-III avait accordé une mention très bien à Plantin.

«Ça aurait été plus vite si SOS Racisme avait réagi plus tôt» [sic]. Régis Ladous, président du jury.

La chaise est restée vide. Convoqué hier après-midi à l'université Lyon-III, l'éditeur négationniste Jean Plantin a refusé de venir. Onze ans après avoir obtenu sa maîtrise d'histoire, il estime ne pas devoir défendre à nouveau son travail, truffé de références négationnistes. Car, chose rare, le jury qui lui avait accordé une mention «très bien» était reconvoqué hier, le ministre de l'Education nationale ayant suggéré cette procédure après un recours de SOS Racisme.

Le 30 juin 1990, le professeur Régis Ladous présidait le jury. Hier, il était à nouveau là, gêné, en compagnie de Claude Prud'homme, deuxième membre du jury, présent lui aussi lors de la première session. Les mains tremblantes et la voix pâle, Ladous a lancé devant la salle pleine et la chaise vide : «Le jury était convoqué à 14 h 30. Il est 14 h 37, nous allons procéder.» A ses côtés, Claude Prud'homme s'est alors dressé pour lire une longue déclaration, renvoyant les responsabilités sur son voisin. En 1990, Régis Ladous lui aurait «donné l'assurance» que le sujet de Plantin n'avait «pas de rapport avec les affaires (négationnistes, ndlr) en cours». Pourtant, lors de la soutenance, Claude Prud'homme s'était étonné du manque de recul de Plantin sur les thèses négationnistes. Il avait demandé «que le candidat fasse [dans sa conclusion] une mise au point écrite levant toute équivoque». Mais Claude Prud'homme avait signé le procès-verbal sans attendre la nouvelle rédaction. «Une erreur que je suis prêt à assumer», a-t-il lâché hier. Car l'étudiant avait certes repris ses demandes, mais «en les détournant de leur sens». Cela n'avait pas troublé Régis Ladous. «La seconde version a paru suffisante au directeur de recherche», a asséné hier Prud'homme.

Confusion.
Régis Ladous s'est alors levé, pour une tentative d'autojustification confuse. Il a parlé de Staline, des pogroms roumains, sans que la salle comprenne où il désirait en venir. Et jamais de Plantin, ni de la maîtrise accordée. «Le jury va se retirer pour délibérer, a-t-il lancé pour conclure. A moins que monsieur Plantin soit à présent dans la salle ? Peut-être faut-il lui envoyer une ambulance ?» Son collègue s'est alors énervé : «On a suffisamment plaisanté avec ça.» Dix minutes plus tard, les deux hommes annonçaient une «mention "inacceptable" à la demande expresse des autorités universitaires».

Après la soutenance, Régis Ladous s'est approché de quelques-uns de ses pairs, qui se tenaient, visages fermés, au premier rang. «Tu vois, ça y est», a-t-il dit à un professeur. Réponse glaciale : «C'est un peu tard. Tu aurais pu le faire plus tôt. Tu nous aurais épargné bien des offenses.» Quelques minutes plus tard, devant la presse, Régis Ladous indiquait avoir accepté de se déjuger «sous la pression médiatique», et lâchait bizarrement : «Ça aurait été plus vite si SOS Racisme avait réagi plus tôt.»

A pic.
Le président de Lyon-III s'est réjoui de l'annulation qui tombe à point pour lui. Attaqué depuis des mois par les associations sur la présence de l'extrême droite à Lyon-III, Gilles Guyot se flatte d'avoir reconvoqué le jury. Et dénonce ses adversaires «qui nuisent à l'image de notre université». Lundi, ils ont décoché une nouvelle flèche en distribuant lors d'une conférence de presse une dénonciation pénale expédiée au parquet par la chambre régionale des comptes. Celle-ci vient de découvrir que Lyon-III a tenté en décembre de financer l'impression d'une revue d'extrême droite, éditée par l'association internationale d'études indo-européennes, structure montée en 1999 par une poignée d'enseignants de l'université (Libération du 5 juin 2001). Le président affirme qu'il n'était pas au courant. Une «affirmation peu crédible», pour la chambre régionale des comptes.

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Une nouvelle affaire de négationnisme secoue l'université Lyon-III

Le président de l'université Jean-Moulin (Lyon-III) a été entendu, vendredi 13 juillet, par la commission enseignement supérieur du conseil régional de Rhône-Alpes. Il s'est expliqué sur un mandat, non payé, émis par cet établissement au profit d'une association accusée de propager des idées négationnistes.

Gilles Guyot, président de l'université Jean-Moulin (Lyon-III), a été auditionné, vendredi 13 juillet, par la commission enseignement supérieur-recherche du conseil régional de Rhône-Alpes. Il devait s'expliquer sur les irrégularités de gestion relevées par la chambre régionale des comptes, qui soulèvent une nouvelle fois la question de l'infiltration des thèses négationnistes et de l'extrême droite dans cet établissement.

Les conseillers régionaux souhaitaient entendre M. Guyot sur les observations du commissaire du gouvernement près de la chambre régionale des comptes, transmises le 5 avril au parquet de Lyon. Selon ce document, les "services de la présidence de l'université ont émis, le 11 décembre 2000, un mandat d'un montant de 29 733,11 francs, auquel était jointe une facture d'un imprimeur portant la seule mention "impression et façonnage d'un ouvrage de 228 pages en 250 exemplaires"" au profit de la Société d'études indo-européennes. Cette association indépendante de l'université, dirigée par Jean-Paul Allard, un enseignant germaniste, a été créée en 1999 par les responsables de l'Institut d'études indo-européennes, (IEIE), un pseudo-centre de recherche qui développait des thèses négationnistes et qui s'était auto-dissous en 1998 à la suite d'une enquête diligentée par le ministère de l'éducation nationale.

Le comptable de l'université estimant la mention trop vague avait refusé de payer cette dépense. Le mandat lui avait alors été présenté une seconde fois, appuyé d'un certificat administratif rédigé par le secrétaire général de l'université, par délégation du président précisant le motif de la dépense : " Impression et façonnage d'ouvrages destinés à être remis en cadeau aux personnalités et partenaires en visite à l'université." L'agent comptable avait alors demandé une photocopie de la couverture de l'ouvrage et découvert qu'il s'agissait de la Revue d'études indo-européennes, éditée pour le compte de la Société internationale des études indo-européennes.

Estimant que l'université n'avait pas à régler une dépense pour le compte d'une société privée, le comptable avait refusé de payer. Dans ses conclusions, la chambre régionale des comptes estime que, " si la vigilance du comptable a permis d'éviter un paiement indu, il y a bien eu volonté délibérée de faire régler cette dépense par l'université en lieu et place de la Société internationale des études indo-européennes". Interpellé par un collectif d'étudiants, le président de l'université avait expliqué que son secrétaire général avait commis une maladresse en voulant se débarrasser définitivement du problème de l'IEIE. Il avait avancé que l'université Jean-Moulin disposait d'un reliquat de 60 000 francs provenant des bénéfices des ventes de la revue d'études indo-européennes et que le secrétaire général avait voulu payer la dette de 30 000 francs due par l'IEIE à un imprimeur.

Cette explication n'a convaincu ni les associations d'étudiants ni les universitaires. Le 5 juillet, les établissements membres du pôle universitaire lyonnais et de la Conférence universitaire Rhône-Alpes (CURA), dans une déclaration solennelle, avaient rappelé que " l'exigence déontologique et éthique doit être scrupuleusement respectée par tous les membres de la communauté universitaire". Dans un entretien donné au Progrès de Lyon du 11 juillet, Anne-Marie Comparini, présidente (UDF) du conseil régional, explique qu'elle a demandé à ses services de vérifier que les investissements de son assemblée ont "bien porté sur des programmes concernant les étudiants". Roger Fougères, président de la commission enseignement supérieur-recherche de la région, estime, quant à lui, dans Lyon Capitale paru le 11 juillet, qu'il est temps de "vider l'abcès".
Sophie Landrin, Le Monde, 15/16 juillet 2001, p. 11.

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Une commission d'historiens sur le négationnisme à Lyon-III

Le ministère de l'éducation nationale a annoncé, lundi 19 novembre, la mise en place d'une commission d'historiens chargée de "faire la lumière sur le racisme et le négationnisme, qui ont pu trouver leur expression au sein de l'université Lyon-III". Cette instance sera présidée par Henry Rousso, directeur de l'Institut d'histoire du temps présent.
Il est lui-même chargé de constituer son équipe."Depuis une quinzaine d'années, un certain nombre d'affaires ayant rapport au racisme et au négationnisme ont traversé l'Université française. Ce fut notamment le cas à l'université Jean-Moulin (Lyon-III)", écrit Jack Lang dans la lettre de mission adressée lundi à M. Rousso. "Les étudiants, les personnels et plus généralement l'opinion ont pu avoir le sentiment que toute la lumière n'avait pas été faite sur ces affaires, indique le ministre. Il est temps de permettre le retour à la sérénité, cela passe par une mise à jour objective des faits."
LE MONDE | 20.11.01 | 14h16

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Suisse. RÉGIONS : L'Etat de Fribourg veut en finir avec les révisionnistes de Vérité & Justice

FRIBOURG. L'association de Châtel-Saint-Denis est accusée de diffuser des textes négationnistes. Une procédure civile est en cours au Tribunal de la Veveyse. Au titre des mesures urgentes, le compte de l'association a été bloqué. La récusation du juge demandée par la défense reporte le jugement à l'année prochaine.

«Sans le mensonge du prétendu Holocauste et des prétendues chambres à gaz, l'Etat d'Israël n'existerait pas et la paix s'en porterait mieux.» Cette prose négationniste, sur fond de complot juif, est l'œuvre du professeur Robert Faurisson. La paranoïa du révisionniste français trouve un écho presque mensuel dans le bulletin d'information de l'association Vérité & Justice de Châtel-Saint-Denis. Le responsable de la revue et secrétaire général de l'association, René-Louis Berclaz, y distille également son lot de diatribes antisionistes. Intolérable pour l'Etat de Fribourg. Le procureur général, Anne Colliard, a décidé d'en finir avec le mouvement d'extrême droite.
Une demande en dissolution de l'association pour non-respect des buts inscrits dans les statuts et en dévolution de sa fortune à l'Etat de Fribourg a été transmise le 29 octobre dernier au Tribunal civil de la Veveyse. Un fait rarissime dans les annales de la justice fribourgeoise. Dernier exemple en date: l'affaire du Temple solaire, qui avait conduit le Ministère public à engager une procédure similaire.
L'information a été révélée par le périodique lausannois Le Pamphlet du mois de novembre dernier, tout «ému» de la tournure prise par les événements. Son éditorial dénonce notamment le «cynisme» et la «bêtise du Ministère public fribourgeois».

Bulletin incriminé
Vérité & Justice, qui compterait quelque 200 adhérents, est accusée de propagande raciste, notamment par la diffusion de documents à caractère révisionniste et négationniste comme «Le contre-rapport Bergier, anatomie d'une falsification de l'histoire» ou encore «Le procès Amaudruz». La plupart de ces textes sont visibles sur le site Internet de l'association. Mais la principale pièce à charge reste le bulletin d'information de l'organisation. Envoyé aux membres, mais aussi à des responsables des pouvoirs publics et à des avocats, ce mensuel a suscité l'indignation de Me André Clerc, qui a informé par courrier l'Office des juges d'instruction de son contenu révisionniste. André Clerc s'est dit «choqué par ces écrits, où l'on y colporte la négation des chambres à gaz». Au final, le combat mené contre le «complot juif» et le discrédit jeté sur l'histoire par la publication d'articles révisionnistes sont les principaux motifs retenus par le Ministère public pour demander la dissolution de l'association.
Le Tribunal civil de la Veveyse, présidé par le juge Michel Morel, a ainsi convoqué en audience, lundi dernier, le comité de Vérité & Justice: son président, le Bâlois Jürgen Graf, son vice-président, le Vaudois Georges Brennenstuehl, et René-Louis Berclaz. Les débats ont pourtant tourné court. La défense a en effet demandé la récusation du juge. Le procès est ainsi reporté à une date ultérieure, probablement au début de l'année prochaine.
En attendant une décision, la boîte postale et le compte de l'association ont été bloqués. Pour René-Louis Berclaz, «ces mesures provisionnelles urgentes ont été si soudaines que nous essayons de gagner du temps pour assurer valablement notre défense». Chose plus surprenante: le secrétaire général n'a plus accès à ses avoirs privés. Anne Colliard admet un couac sur cet aspect: «L'établissement chargé de bloquer le compte de l'association s'est trompé en étendant cette mesure aux avoirs personnels de René-Louis Berclaz.»

Après le civil, le pénal
Les ennuis des membres de Vérité & Justice ne sont pas terminés. Après le jugement civil, une procédure pénale devrait aboutir dans le courant 2002. En octobre 2000, une perquisition a en effet été ordonnée au siège de l'association. L'instruction, aujourd'hui terminée, a été conduite par le juge Michel Favre. Cette action pénale devrait renvoyer les têtes pensantes du mouvement d'extrême droite devant la justice pour la diffusion du «Contre-rapport Bergier».
Ce n'est pas une première. A plusieurs reprises, René-Louis Berclaz et Jürgen Graf ont défrayé la chronique. En 1998, René-Louis Berclaz se portait candidat à la préfecture de la Veveyse. Il récolta en tout et pour tout onze suffrages dans le district. La même année, reconnu coupable d'avoir distribué des tracts à caractère antisémite et négationniste, il était condamné à quatre mois de prison avec sursis par le Tribunal de la Veveyse pour propagande raciste. Une peine confirmée en janvier 1999 par le Tribunal cantonal, puis par le Tribunal fédéral au mois de novembre suivant. Quant à Jürgen Graf, aujourd'hui introuvable, il a été condamné à purger une peine de 15 mois ferme pour négationnisme.
Le Temps. Date de parution: Lundi 10 décembre 2001 Auteur: Battiste Cesa

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Le "Quid" attaqué pour avoir cité la thèse négationniste de M. Faurisson

La Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), l'Union des étudiants juifs de France, le Consistoire israélite de France et l'association Mémoire 2000 ont attaqué en référé, lundi 17 décembre (2001), devant le tribunal de Paris, l'encyclopédie du Quid 2002, publiée par Robert Laffont, en lui reprochant de mentionner la thèse de Robert Faurisson, sur les chambres à gaz dans les camps nazis. Le Quid estime le nombre de morts à Auschwitz à 1,2 million de personnes, mais se fait l'écho des autres chiffres qui ont circulé, jusqu'à évoquer celui de M. Faurisson, qualifiée de "révisionniste" : "150 000, dont 100 000 juifs, la plupart morts du typhus". Le juge, qui a demandé aux deux parties de "se réunir autour d'une table pour mettre au point les modalités de la disparition de l'erreur", doit se prononcer le 20 décembre (2001).
Le Monde, 18 décembre 2001, p. 14.

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A Lyon, l'éditeur négationniste nargue ses juges.
Malgré une interdiction de publier, Jean Plantin diffuse ses livres comme «ouvrages privés».

Sur un site négationniste, les lecteurs peuvent commander les ouvrages de Plantin par un chèque à son ordre, et à son adresse personnelle.

Comment conjuguer injures et antisémitisme sans risquer de poursuites judiciaires? L'éditeur négationniste Jean Plantin croit avoir trouvé la solution. Condamné pour contestation de crime contre l'humanité, il purge une interdiction d'éditer, mais continue de diffuser ses ouvrages sans que le parquet de Lyon ne soit parvenu à le sanctionner.

Diffamant.
Théoriquement, Jean Plantin n'avait plus le droit de publier à compter de juin 2000 (1). Depuis cette date, il a pourtant sorti trois livres, dont le Déshonneur de trois magistrats lyonnais, texte diffamant les juges qui l'ont condamné en appel (Libération du 24 avril 2000). Les magistrats ont porté plainte et le parquet de Lyon a ouvert une enquête préliminaire pour injure. Plantin a été entendu, le 16 août 2001, par la police judiciaire, mais a refusé de s'expliquer, les faits étant, selon lui, prescrits. Le livre indiquait «dépôt légal octobre 2000», et la justice n'a eu connaissance des écrits qu'au printemps 2001. Le parquet a classé.
Restait l'interdiction de publier. Le nom de Plantin n'apparaît plus en couverture depuis sa condamnation et le dépôt légal serait effectué, selon le parquet de Lyon, sous un autre nom à Paris. Plantin refuse de confirmer. Un site négationniste continue pourtant de vanter les ouvrages qu'il fait paraître. Les lecteurs peuvent les commander par un chèque à son ordre, et à son adresse personnelle. Le site indique aussi que la nouvelle collection prolonge celle que Plantin avait lancée avant sa condamnation.
A peine la précédente affaire classée, un nouveau livre vient de sortir, Etudes révisionnistes n° 2. Celui-là ne comporte aucune mention de dépôt légal, aucun nom, aucune date. Mais il est disponible, comme les autres, à l'adresse donnée sur le site Internet. «Cela ne vous regarde pas, élude Jean Plantin. Vous n'avez pas à avoir connaissance de ces livres. Ce sont des ouvrages privés.» Si c'était le cas, le délai de prescription ne serait pas limité à trois mois (ce délai est réservé aux délits de presse, donc aux injures publiques).
Le parquet a ouvert une nouvelle enquête préliminaire pour «contestation de crimes contre l'humanité». Le livre mêle en effet antisémitisme et négation de l'Holocauste, parlant à de multiples reprises de «mythe» au sujet de l'extermination des Juifs et des Tziganes. Robert Faurisson, qui signe une soixantaine de pages, ne se donne même plus la peine de recouvrir ses délires d' une apparence scientifique. L'ancien historien lyonnais a été entendu à plusieurs reprises, ces derniers mois. Installé dans l'Allier, il répond aux enquêteurs qu'il refuse de «collaborer avec la police de Vichy».

Insolvabilité.
Ras l'Front et le Cercle Marc-Bloch s'indignent des dernières parutions de Plantin, et s'étonnent que l'éditeur continue de publier «des ouvrages coûteux», alors que plusieurs associations attendent toujours les dommages et intérêts qu'il a été condamné à verser. D'après elles, Plantin a «organisé son insolvabilité». Il vit chez sa mère et n'a, officiellement, aucune ressource. Marie-Noëlle Fréry, avocate de SOS Racisme (association qui a fait condamner Plantin pour contestation de crime contre l'humanité), vient d'écrire au procureur de la République et au juge d'application des peines pour leur signaler la dernière parution. L'avocate leur rappelle que Plantin est sous le coup d'une peine d'emprisonnement de six mois avec sursis et mise à l'épreuve. Elle souhaite, «au vu de cette répétition de délits», obtenir la révocation de ce sursis.
(1) La cour d'appel de Lyon a condamné Jean Plantin le 21 juin 2000. La Cour de cassation a rejeté son pourvoi le 13 mars 2001.
Par Olivier BERTRAND, Libération, Le samedi 26 janvier 2002, p. 16

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Jean Plantin, condamné deux fois pour négationnisme, diffuse ses thèses sur Internet

Condamné à deux reprises pour contestation de crimes contre l'humanité, à de la prison avec sursis et à des peines d'amende, à propos du contenu de sa revue Akribeia, Jean Plantin continue à exercer ses activités de manière souterraine et en toute impunité. Le négationniste a trouvé en Internet une parade à l'interdiction de publier qui le frappe. Le site "L'association des anciens amateurs de récits de guerre et d'holocauste", domicilié à Chicago, aux Etats-Unis, annonce, en effet, la parution du deuxième volume d'une revue intitulée Etudes révisionnistes, que les internautes sont invités à se procurer en adhérant au Cercle antitotalitaire, pour un minimum de 23 euros, à l'ordre exprès et à l'adresse de Jean Plantin, à Saint-Genis-Laval, une commune de l'agglomération lyonnaise.

"EN CONNAISSANCE DE CAUSE "
Dans le bulletin d'adhésion au cercle antitotalitaire, il est noté que les adhérents "recevront gratuitement le volume 2 des Etudes révisionnistes (...), une correspondance privée que vous ne trouverez pas chez votre libraire habituel". Puis il est ajouté : "Comme son nom l'indique clairement, ce volume contiendra des arguments de nature révisionniste. Ceux qui auront adhéré au cercle antitotalitaire l'auront fait en toute connaissance de cause et ne seront pas fondés à se plaindre de son contenu."

Cette revue de 480 pages accueille notamment des "textes révisionnistes de Robert Faurisson de 2000 à 2001", Le Mythe d'une extermination tzigane, par Otward Müller, ou encore La Chronologie des affaires révisionnistes à Lyon, largement consacrée aux démêlés judiciaires et universitaires de Jean Plantin. Présenté comme un livre, avec une couverture jaune, l'ouvrage ne comporte ni nom de l'imprimeur ni dépôt légal.

Pour l'avocate de SOS-Racisme Marie-Noëlle Fréry, Jean Plantin enfreint ainsi les dispositions de la loi qui fait obligation de déposer en double exemplaire l'ouvrage à la Bibliothèque nationale. L'avocate vient par ailleurs d'écrire au procureur et au juge d'application des peines pour leur demander de convoquer Jean Plantin afin de constater sa récidive et de révoquer son sursis. Le cercle Marc-Bloch, qui estime que "Jean Plantin est au centre du réseau négationniste français et international, qui lui apporte un soutien logistique", demande également au procureur de la République de Lyon de "prendre les mesures qui s'imposent pour faire appliquer la loi dans toute sa rigueur et mettre le réseau de Plantin définitivement hors d'état de nuire". En avril 2001, SOS-Racisme, Ras l'front et le Cercle Marc-Bloch, après la publication du premier numéro de la revue, avaient déjà lancé un appel au parquet pour mettre un coup d'arrêt aux actes délictueux de Jean Plantin. Mais le parquet de Lyon avait classé l'affaire sans suite.

En juin 2001, l'université Lyon-III avait fini par annuler, onze ans après sa soutenance, la maîtrise de Jean Plantin, " Paul Rassinier : socialiste, pacifiste et révisionniste", qui en dépit de son contenu négationniste avait obtenu la mention très bien.
Sophie Landrin, Le Monde, 29 janvier 2002, p. 11, LE MONDE | 28.01.02 | 12h52

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ETATS-UNIS, HAVRE NÉGATIONNISTE? Un site, interdit au Canada en janvier (2002), a trouvé refuge en Amérique.

«L'Internet nous oblige, par son caractère transnational, à confronter des conceptions différentes.» Philippe Hugot, spécialiste en droit de la communication

Voilà quelque temps que le qualificatif de «paradis numérique» colle aux basques de l'Amérique : les nazis, militants antiavortement virulents, radicalistes islamiques et la liste n'est pas exhaustive, peuvent s'y exprimer sans entrave sur le Web, protégés par le fameux premier amendement, qui garantit la liberté d'expression.
Le fossé se creuse entre les Etats-Unis et le reste du monde? L'idée n'est pas nouvelle, mais une toute récente affaire canadienne est à cet égard exemplaire : le 18 janvier (2001), le tribunal des droits de la personne a déclaré illégal, au terme de procédures judiciaires interminables, le site d'Ernst Zundel, l'un des plus célèbres éditeurs d'origine allemande de matériel négationniste.
Résidant au Canada depuis 1957, l'auteur (entre autres) de Y a-t-il vraiment eu 6 millions de morts? et proche de Faurisson, a contrevenu à la loi canadienne : «Nous avons donc pu démontrer suite à deux plaintes déposées à son encontre, qu'Ernst Zundel, habitant Toronto, avait un contrôle du site, le gérait du Canada et était donc dans notre juridiction, explique Catherine Barratt de la Commission canadienne des droits de la personne. Le site a été déclaré illégal, ce qui a pour but de signaler au monde que les Canadiens ne tolèrent pas la propagande et les messages haineux chez eux. Et que la liberté d'expression passe par le respect de la loi.»

Avant même le jugement, Zundel avait déjà quitté le Canada (qui ne lui a jamais accordé la citoyenneté) pour les Etats-Unis où il se présente aujourd'huicomme un farouche défenseur de la liberté d'expression et continue de tenir son site. Autant dire, comme le souligne Michael Geist, juriste canadien, que la décision du tribunal a plus «valeur de symbole» qu'une réelle efficacité sur l'existence du site, démontrant en effet la volonté des autorités canadiennes à ne pas tolérer des messages de haine. Sans pouvoir, certes, empêcher la diffusion des «idées» de Zundel, protégé aux Etats-Unis par le fameux premier amendement, mais en lui interdisant le sol canadien, limitant ainsi la portée physique de sa propagande.

Fossé.
L'affaire Zundel est assez significative du fossé qui se creuse entre, d'un côté, la plupart des pays européens et le Canada, où les auteurs sont responsables de leurs propos et de leurs écrits, et peuvent avoir à rendre des comptes dessus, et, de l'autre côté, les Etats-Unis. Et pour la première fois, souligne Jean-Philippe Hugot, avocat, spécialiste en droit de la communication: «L'Internet nous oblige, par son caractère transnational, à confronter ces deux conceptions, entre lesquelles d'ailleurs il ne s'agit pas de trancher pour déterminer une échelle de valeur entre deux systèmes juridiques.»
En témoignent ces affaires en Europe, où les contrevenants à la loi ont été sanctionné: un petit-fils de Rudolf Hess a été condamné le 24 janvier (2002) par le tribunal de Munich pour incitation à la haine raciale sur l'Internet, suite à la publication d'une interview de son père, où il niait l'utilisation de fours crématoires à Dachau ; un internaute belge condamné ces derniers jours pour propos racistes à un an de prison ferme. Récemment encore, le Français Olivier Devalez condamné dans l'affaire Front 14 et qui s'est enfui en Allemagne. Et la liste n'est pas exhaustive de ces peines, logiques dans nos contrées, pour non-respect de la loi.

Ces deux conceptions de la liberté d'expression sont-elles vouées à se renvoyer la balle éternellement, et les néonazis (ou autres contrevenants à la loi) amenés à se réfugier physiquement aux Etats-Unis, à y faire héberger leur site (beaucoup pratiquent le site miroir en Amérique, mais aussi en Scandinavie ou en Russie), protégé par le fameux premier amendement?
«Le système juridique américain a le premier amendement, point», explique Eugène Volokh, prof de droit à l'Ucla School of Law (Californie), spécialisé en cyberdroit et très représentatif dans son discours de cet attachement à l'individu et à l'intangibilité de la «liberté d'expression».
«Le gouvernement ne peut rien faire à l'encontre de quelqu'un qui soutient les pires idées et les publie sur le Net.» Il rappelle que, certes, certains en Amérique demandent une restriction de cette liberté d'expression, trouvant anormal que les néonazis soient autorisés à défendre le meurtre des juifs. Puis, avec l'affaire Yahoo, ils ajoutent «pourquoi peut-on vendre des objets nazis sur le Net?» Du désir de restreindre des appels à la haine, «ils en viennent à vouloir restreindre la liberté de vendre des objets portant les symboles d'un gouvernement étranger, que certains collectionnent par intérêt historique», réprouve le professeur américain. Et, conclut-il, résumant à merveille ce «fossé culturel» entre les Etats-Unis et l'Europe en terme de liberté d'expression, «la majorité des Américains est inquiète, à juste titre, et dit: "Arrêtons-nous au début. Laissons les gens libres de dire ce qu'ils veulent"», ajoutant que les récentes décisions de justice internationales citées ci-dessus «soulignent aux yeux de beaucoup de gens la sagesse de la juridiction américaine».

Une «sagesse» qui signifie que tant qu'il n'y a pas «passage à l'acte, vous pouvez dire tout ce que vous voulez», explique Jean-Philippe Hugot. «Jamais ils ne ratifieront une convention internationale, jamais ils ne toucheront à leur premier amendement. L'incitation à la haine ne veut rien dire aux Etats-Unis, les individus sont responsables, on ne dit pas ce qu'il convient de faire ou pas. Il y a une grande différence entre les mots et les actes : les militants antiavortement peuvent dire ce qu'ils veulent, harceler les médecins, etc., tant qu'ils ne les tuent pas, ils sont dans leur droit.»
Des militants du Ku Klux Klan qui brûlent une croix dans un jardin privé ne seront pas condamnés pour ça, mais pour violation de propriété. «Or il n'y a pas d'acte de dégradation sur le Net, seulement des mots. En Europe ou au Canada, la culture est différente, peut-être plus de l'ordre de la morale que du droit.»

Différence.
Mais alors comment concilier ce que l'usage de l'Internet a pointé et creusé, c'est-à-dire deux conceptions radicalement différentes de la «liberté» sans écorner le premier amendement, sans non plus l'imposer au monde entier?
Par exemple, il est désormais entendu qu'un site français en français fait par un Français hébergé aux Etats-Unis tombe sous le coup de la loi française, une fois l'auteur identifié : c'est l'affaire Devalez et Front 14. Dans le même cas, mais avec un Français physiquement aux Etats-Unis, «les législations européennes ou canadiennes ne sont pas démunies : même hébergé aux Etats-Unis, un site français, écrit en français, donc à destination de la France, tombe sous le coup de la loi française : c'est le territoire français qui est visé».

On pourrait donc imaginer une collaboration des autorités américaines en ce qui concerne les ressortissants non américains. Histoire, comme le dit Jean-Philippe Hugot, de ne pas rester dans les condamnations plus symboliques qu'effectives, qui ont au moins le mérite d'interdire physiquement son sol aux contrevenants (comme Zundel). Et «de trouver une voie médiane» où les deux systèmes culturels pourraient cohabiter.
Libération, Par Emmanuelle PEYRET, Le jeudi 07 février 2002

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Le négationnisme en cours d'examen à Lyon-III
Six chercheurs nommés pour faire la lumière sur les dérives racistes à l'université.

L'université conserve encore un gros noyau d'enseignants d'extrême droite, dont les deux principaux leaders de la région, Bruno Gollnisch et Pierre Vial.

Jack Lang, ministre de l'Education nationale, doit installer ce matin (11 février 2002) à Paris une commission de six chercheurs chargés de «faire la lumière sur le racisme et le négationnisme» au sein de l'université Lyon-III. L'équipe sera dirigée par Henry Rousso, directeur de l'Institut d'histoire du temps présent (IHTP), et spécialiste à la fois de l'histoire politique et économique du régime de Vichy et des rapports entre histoire, mémoire, droit et justice. Avant lui, deux historiens de renom ont refusé de diriger la commission. Lui-même s'est un peu fait prier avant d'accepter la mission.

Double écueil.
Henry Rousso ne sera pas seul. Il travaillera avec le politologue Pierre-André Taguieff, l'historienne Annette Becker, le sociologue Daniel Filatre (spécialiste du fonctionnement des universités), l'historien suisse Philippe Burrin (spécialiste de la France de Vichy) et l'historien Florent Brayard (spécialiste du négationnisme). Ils s'intéresseront à «l'histoire du problème», avant de proposer une interprétation permettant d'éviter à l'avenir le «double écueil» de l'«occultation» et de la «polarisation». Jusqu'à présent, l'université avait toujours choisi d'occulter, refusant de voir le problème. Ce qui avait polarisé l'attention. Comme les autorités continuaient de nier ces dérives négationnistes, des associations se sont alors chargées de les faire connaître, plus bruyamment que ne l'auraient fait les mandarins.

Ainsi, depuis sa création, Lyon-III ­ très marquée par l'extrême droite à sa naissance ­ a permis au Grece, mouvement intellectuel de la «nouvelle droite» française, de trouver au sein de l'université une caution scientifique. Et un terrain d'action. Puis elle a validé un nombre significatif de mémoires très douteux. Certains sont clairement d'essence négationniste, comme la maîtrise de l'éditeur Jean Plantin, annulée tardivement (comme son DEA à Lyon-II): une annulation qui ne s'est faite que sous la pression d'associations. D'autres mémoires ont pu être soutenus, alors qu'ils se référaient plus ou moins discrètement aux thèses des «raciologues» nazis, et cela sans le moindre recul ni la moindre analyse. La commission devra étudier ces dérives, mesurer leur ampleur et distinguer l'emprise négationniste de ce qui pourrait relever de simples négligences mandarinales.

Scories.
Aujourd'hui, ces dérives ne semblent plus avoir cours à Lyon-III. Mais l'université conserve un gros noyau d'enseignants d'extrême droite, dont les deux principaux leaders de la région, Bruno Gollnisch et Pierre Vial. Estimant que la médiatisation «excessive» de ces affaires nuit à l'université lyonnaise, d'anciens étudiants ou professeurs ont choisi de créer, début janvier, une Association des amis de Lyon-III, afin de défendre l'image de l'université. Pour le philosophe François Dagognet, à l'origine de l'initiative, les affaires négationnistes sont «les scories de la liberté universitaire». Bref, il faut tourner la page.
Libération, Par Olivier BERTRAND, Le lundi 11 février 2002, p. 20

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18 octobre 2002 14:54

La cinéaste Leni Riefenstahl ne sera pas traduite en justice
FRANCFORT - Leni Riefenstahl ne sera pas traduite en justice. Le parquet de Francfort a classé une enquête ouverte il y a deux mois pour «négation de l'Holocauste». La cinéaste est célèbre notamment pour ses films de propagande nazie sous le troisième Reich.
Le parquet avait ouvert une enquête pour «incitation à la haine raciale et diffamation contre mémoire de défunts» à la suite de la plainte déposée par l'association allemande de tziganes, Rom, contre Mme Riefenstahl.
Selon l'association basée à Cologne, Leni Riefenstahl s'était rendue coupable de mensonge en affirmant en avril dans un entretien à la presse, avoir «revu tous les tziganes ayant participé à 'Tiefland'». Dans ce film de 1940, elle avait sélectionné quelque 120 tziganes dans deux camps nazis, à Marzahn près de Berlin et Maxglahn près de Salzbourg.
«Rien n'est arrivé à aucun d'entre eux», avait-elle ajouté. L'artiste est revenue sur ces affirmations et s'est engagée à ne plus faire des déclarations allant dans ce sens, aussi l'enquête ne se justifie-t-elle plus, a estimé le parquet.
Leni Riefenstahl avait déjà fait l'objet d'un procès dans les années 1980 autour de «Tiefland». Selon sa maison de production, Mme Riefenstahl est «aujourd'hui consciente que beaucoup de tziganes sont morts dans des camps de concentration.»
Née en 1902 à Berlin, Leni Riefenstahl a fait l'essentiel de sa carrière cinématographique sous le IIIe Reich. Elle a notamment tourné «Le triomphe de la volonté», un long-métrage de propagande sur le congrès du parti national-socialiste à Nuremberg de 1934 et «Les Dieux du stade», film réalisé à l'occasion des Jeux olympiques de Berlin en 1936.
Edicom News (SDA-ATS\/vf jc we/c4ger kul jus) ATS

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Le négationniste Serge Thion condamné pour diffamation
Mercredi 4 décembre 2002, le militant négationniste Serge Thion a été reconnu coupable, par la Cour d'appel du Tribunal correctionnel de Paris, de diffamation à l'encontre de l'écrivain Didier Daeninckx, et a été condamné à lui verser des dommages et intérêts.
A la suite de sa révocation par le CNRS, en novembre 2000, pour "remise en cause de l'existence des crimes contre l'humanité", Serge Thion avait créé un site de combat contre son ancien employeur. Il y attaquait tous ceux qui refusaient que la propagande de la secte négationniste de La Vieille Taupe puisse se servir, comme couverture, du sigle prestigieux du CNRS. Didier Daeninckx y était violemment pris à partie. Le tribunal a fait sienne la démonstration de maître Toubol-Fischer et considéré que Serge Thion faisait preuve d'animosité personnelle contre l'écrivain en utilisant des termes diffamatoires.
Le site français de Serge Thion est aujourd'hui inactif, l'ex-chercheur diffusant sa prose antisémite sur des sites d'extrême droite prudemment hébergés aux USA.
Dernièrement, Serge Thion était invité, à Paris, à la tribune du Parti des Musulmans de France (voir notre article "La Vieille Taupe creuse son trou chez les islamistes radicaux") d'où il a appelé à la constitution de comités de soutien à Zacharias Moussaoui, le jeune Français incarcéré aux Etats-Unis qui a reconnu être membre d'Al-Qaeda.
Paris, jeudi 5 décembre 2002, www.amnistia.net, le site de Didier Daeninckx

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Jean Plantin négationniste invétéré
Jean Plantin, éditeur négationniste, va finir par devoir réviser son Histoire en prison. La cour d'appel de Lyon l'avait condamné, le 21 juin 2000, à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros de dommages et intérêts, notamment pour contestation de crimes contre l'humanité (il publiait des revues négationnistes).
La cour avait ajouté une interdiction d'éditer pour une durée de trois ans. Mais Plantin n'a jamais payé et a contnué de vendre ses revues. Le juge d'application des peines l'a fait convoquer mercredi 18 décembre (2002) devant le TGI de Lyon.
Le procureur a requis six mois de prison ferme (jugement rendu le 22 janvier (2003)). Mais pour échapper à l'avenir à l'interdiction d'éditer, Plantin a revendu, en septembre 2001, les actions de sa société. La moitié à sa vieille mère, qui abrite dejà le rejeton nagationniste. L'autre à une vieille connaissance des milieux négationnistes : l'ex-enseignant de Lyon II, Robert Faurisson, opportunément retranché à Vichy.
Pour l'association Marc-Bloch, engagée dans la lutte contre les assassins de l'Histoire, cette opération prouve que "Jean Plantin est un personnage central du réseau négationniste français, directement inféodé à Robert Faurisson".
Libération, société, les gens, 20 décembre 2002, p. 19

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Le négationniste Jean Plantin condamné à de la prison ferme

Pour la première fois en France, un négationniste vient d'être condamné à une peine d'emprisonnement ferme. Le tribunal de grande instance de Lyon a en effet décidé, mercredi 22 janvier (2003), de révoquer le sursis dont bénéficiait Jean Plantin. Cet éditeur lyonnais de 38 ans avait été condamné à deux reprises, en mai et octobre 1999, à six mois de prison avec sursis, ainsi qu'à des peines d'amende pour avoir édité des textes et revues négationnistes, à travers les éditions Akribeia. Puis, le 21 juin 2000, la cour d'appel de Lyon avait assorti le sursis d'une mise à l'épreuve de trois ans durant laquelle Jean Plantin était interdit d'exercer le métier d'éditeur, décision confirmée par la Cour de cassation le 13 mars 2001.

Constatant que l'éditeur avait poursuivi ses activités éditoriales et refusé dans le même temps de s'acquitter des amendes et indemnités dues aux parties civiles, en se déclarant insolvable, l'association SOS-Racisme et la Licra avaient saisi en janvier 2002 le juge d'application des peines d'une demande de révocation du sursis. L'audience s'est tenue à huis clos le 18 décembre 2002. A l'appui de sa demande, l'avocate Marie-Noëlle Frery avait produit huit ouvrages ou revues publiés depuis octobre 2000, notamment un pamphlet intitulé Le Déshonneur de trois magistrats lyonnais, ainsi que Cruelles moissons. La guerre d'après-guerre des Alliés contre le peuple allemand et la revue Etudes révisionnistes, largement consacrée aux thèses de Robert Faurisson, le chef de file du courant révisionniste français, condamné en 1998 pour contestation de crimes contre l'humanité. Tous ces ouvrages ont été édités aux éditions Akribeia, domiciliées chez Jean Plantin et sa mère, tous deux propriétaires de la SARL CHC, qui a pour objet "l'édition de livres, revues et publications diverses".

En septembre 2001, pour tenter de contourner son interdiction de publier, Jean Plantin avait cédé ses parts dans la société éditrice à sa mère et à Robert Faurisson, tout en continuant à diffuser ses thèses sur Internet (Le Monde du 29 janvier 2002) via un site domicilié à Chicago, aux Etats-Unis. Le tribunal a estimé que "le mensonge historique ne saurait constituer l'expression d'une simple opinion ordinaire". L'éditeur dispose de dix jours pour faire appel.
Sophie Landrin, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.01.03, LE MONDE | 23.01.03 | 15h35

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(23 juin 2003) Plantin récupère ses titres universitaires

Le négationniste Jean Plantin va récupérer ses diplômes.
Le tribunal administratif de Lyon vient de trancher en faveur de cet ancien étudiant de Lyon-II et Lyon-III, dont la maîtrise et le DEA d'histoire avaient été annulés, dix ans après leur obtention.
A l'audience, le 3 juin, le commissaire du gouvernement avait estimé que le tribunal devait accéder à la requête de Plantin, pour de strictes raisons de droit. Un diplôme, relevait-il, devient définitif quatre mois après son obtention. Même lorsque celle-ci est entachée d'irrégularité. Et même lorsque le mémoire est truffé de références négationnistes.
Après l'obtention de ses titres universitaires, en 1990 et 1991, Jean Plantin s'était lancé dans l'édition de revues et de livres, continuant de réécrire l'Histoire en tentant de minimiser ou de nier le génocide juif.
Condamné à une interdiction d'éditer, il a continué, ce qui lui vaut un nouveau procès (délibéré le 25 juin). Il a cédé les parts de sa société à Robert Faurisson, l'ancien professeur négationniste lyonnais.
Libération, Par Olivier BERTRAND, lundi 23 juin 2003, p. 16

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(25 juin 2003) Prison ferme pour le négationniste Jean Plantin

Jean Plantin risque de devenir le premier éditeur à découvrir la prison pour négationnisme.
La cour d'appel de Lyon a confirmé hier (25 juin 2003) la résiliation de son sursis et l'a condamné à six mois de détention ferme, pour n'avoir pas respecté une interdiction d'éditer infligée en 1999.
A l'époque, Plantin avait été doublement condamné, notamment pour négation de crimes contre l'humanité. Il avait continué de vendre livres et revues, se contentant de céder les parts de sa société à sa mère et à Jean Faurisson, ancien professeur négationniste lyonnais.
Son avocat, Eric Delcroix (Le théâtre de Satan, L'aencre, Paris, 2002), annonce un pourvoi en cassation, et espère «que le parquet général ne fera pas appliquer le jugement» avant la décision de la Cour de cassation.
Les semaines se suivent sans se ressembler pour son client. La dernière avait été plus heureuse pour Plantin. L'ancien étudiant lyonnais avait récupéré devant le tribunal administratif de Lyon sa maîtrise et son DEA d'histoire, annulés par les universités Lyon II et Lyon III (Libération du 23 juin).
Libération, Par Olivier BERTRAND, jeudi 26 juin 2003, p. 16

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Oradour: un révisionniste condamné en appel à six mois de prison ferme

LIMOGES (AFP) - Le révisionniste Vincent Reynouard a été condamné vendredi (4 juin 2004) à 24 mois de prison, dont six mois ferme, par la cour d'appel de Limoges pour "apologie de crimes de guerre" dans une cassette vidéo contestant le massacre d'Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944.

M. Reynouard, âgé de 33 ans, était poursuivi pour avoir réalisé cette cassette, intitulée "La tragédie d'Oradour-sur-Glane: 50 ans de mensonges officiels", dans laquelle il conteste les faits établis par les rescapés et lors du procès de Bordeaux en 1953.

Il a également été condamné à verser 1.000 euros de dommages et intérêts à chacune des trois parties civiles, l'un des deux derniers rescapés du massacre encore en vie Marcel Darthout, la Licra et les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (AFMD).

Reconnu coupable à plusieurs reprises de révisionnisme, Vincent Reynouard avait été condamné en première instance à 12 mois de prison, dont trois ferme, et à une amende de 10.000 euros.

Dans la cassette, il affirme que les soldats SS de la division Das Reich auraient tué les 642 habitants du village en représailles d'activités maquisardes et que des explosifs avaient été dissimulés par les résistants dans l'église, où périrent fusillés et brûlés 245 femmes et 207 enfants.

Entre décembre 2000 et février 2001, des exemplaires et des bons de commande avaient été envoyés aux deux survivants du massacre, au centre de la mémoire d'Oradour, au maire et à de nombreux habitants du village.

Vincent Reynouard avait été exclu en 1997 de l'Education nationale pour avoir stocké des documents niant l'Holocauste du peuple juif sur l'ordinateur d'un lycée professionnel de Honfleur (Calvados) où il enseignait les mathématiques.

Sa condamnation intervient alors qu'Oradour-sur-Glane s'apprête à commémorer jeudi, en présence du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le soixantième anniversaire de ce massacre.
yahoo.fr, actualités, 9 juin 2004

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La peine de Plantin niée par la Cour de cassation
Le négationniste avait été condamné à six mois ferme.

Jean Plantin, 39 ans, est titulaire d'une maîtrise et d'un DEA d'histoire consacré aux «épidémies de typhus dans les camps de concentration nazis», diplômes ouvertement négationnistes, délivrés en bonne et due forme par les universités Lyon II et III en 1991, et validés en 2003.
Depuis, cet universitaire devenu éditeur de revues contestant le génocide, est régulièrement poursuivi par les associations antiracistes. Régulièrement condamné. Et tout aussi régulièrement réhabilité.

Le Progrès de Lyon a révélé ainsi hier que, le 27 avril 2004, la Cour de cassation a annulé l'arrêt de la cour d'appel de Lyon condamnant le négationniste à six mois de prison pour avoir poursuivi son activité d'éditeur malgré l'interdiction qui lui en avait été faite pour «contestation de crime contre l'humanité». La plus haute juridiction ne se place pas sur le fond, mais sur la forme.
En juin 2000, la cour d'appel de Lyon avait condamné Jean Plantin à six mois de prison avec sursis pour ses écrits. Elle avait en outre ordonné une mise à l'épreuve de trois ans durant laquelle l'activité d'éditeur lui était interdite.
Fin 2001, SOS Racisme et la Licra, constatant que Jean Plantin poursuivait la publication de sa revue Akribeia, avaient réclamé la révocation du sursis. En juin 2003, la cour d'appel de Lyon leur donne raison, entraînant la condamnation de Plantin à six mois ferme.

Dans leur arrêt, les hauts magistrats ont annulé la décision de la cour d'appel, estimant que celle-ci s'était trompée en assortissant la condamnation d'une mise à l'épreuve, peine qui n'existe pas en matière de droit de la presse : «En ordonnant la révocation du sursis avec mise à l'épreuve alors que le délit pour lequel le demandeur avait été condamné n'est pas un délit de droit commun, écrit la Cour, les juges qui étaient tenus de se prononcer sur la légalité de la peine ont méconnu le sens et la portée des textes».

Plantin qui, en 2001, avait qualifié ses juges lyonnais d'«inquisiteurs de la pensée» qui «discréditent l'institution judiciaire française» peut se réjouir : la Cour de cassation n'a pas renvoyé l'affaire devant une autre juridiction, mettant ainsi un terme définitif aux poursuites.

L'année dernière, le tribunal administratif de Lyon avait été contraint de valider sa maîtrise et son DEA annulés ­ sous la pression de l'opinion ­ dix ans après leur obtention. Là encore, Plantin a eu raison sur la forme : l'université ne savait pas que le délai pour supprimer un diplôme n'est que de quatre mois.
Par Brigitte VITAL-DURAND, Libération, vendredi 23 juillet 2004, p. 15 (Liberation - 06:00)

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«Libération» révèle les conclusions de la commission Rousso sur l'université lyonnaise.
Négationnisme : Lyon-III pas facho mais complaisant

C'est un rapport qui a tout pour déplaire. Fruit des travaux de la commission sur le racisme et le négationnisme à l'université Jean-Moulin Lyon-III, présidée par l'historien Henry Rousso, il devait être remis aujourd'hui à François Fillon, et rendu public dans la foulée. Ses conclusions, dont Libération a eu connaissance, ne tapent pas forcément là où les opposants au négationnisme l'attendaient.

Certes, Henry Rousso estime «incontestable que les fondateurs de Lyon-III ont plus que toléré l'expression des idées d'extrême droite au sein de l'université : celles-ci ont été constitutives de sa création». Mais, poursuit-il, pas question pour autant «d'écrire que Lyon-III est une "fac facho", sauf à considérer que quelques militants d'extrême droite, même s'ils sont toujours actifs, suffisent à qualifier ainsi une université de taille conséquente, et sauf à nier toutes les avancées obtenues depuis dix ans par les associations d'étudiants ou d'enseignants luttant contre le racisme et le négationnisme».

Le rapport confirme néanmoins que «l'université a procédé récemment à des recrutements qui laissent présager une volonté de transmettre l'héritage du noyau d'extrême droite originel». Cette capacité de reproduction s'était notamment illustrée avec le recrutement d'Isabelle Rozet, enseignante en allemand et militante d'extrême droite, dans la même mouvance néopaïenne que plusieurs de ses anciens professeurs de Lyon-III, devenus ses collègues (Libération du 18 juin 2004).

«Polémiques».
Pourtant, les deux ans et demi d'enquête nécessaires aux membres de la commission (1) ne leur ont pas permis d'établir une «linéarité» entre les conditions de la création de Lyon-III en 1973 ­ qui «ne peut se réduire à une manoeuvre de l'extrême droite universitaire» bien qu'elle ait «permis l'installation d'un noyau d'extrême droite» ­ et les «polémiques» qui ont suivi. A savoir la création de l'Institut d'études indo-européennes en 1980, «un "abri" pour des enseignants qui auraient sans doute eu du mal à se faire accepter ailleurs, tous n'ayant pas la stature scientifique en principe requise pour enseigner dans une grande université» ; l'affaire Roques en 1986 (une thèse négationniste soutenue avec succès à Nantes sous la présidence du germaniste de Lyon-III Jean-Paul Allard) ; l'affaire Notin en 1990 (parution d'un article «à tonalité raciste, antisémite et négationniste» dans une «grande revue scientifique»). Quant à l'affaire Plantin, elle «se déploie dans un certain climat» mais, selon le rapport, «n'entre pas dans le même registre». Jean Plantin, libraire traduit en justice à la fin des années 90 pour diffusion de textes négationnistes, avait pu soutenir avec succès, en 1989 puis 1990, des mémoires de maîtrise puis de DEA ouvertement négationnistes. Selon la commission, toutes ces affaires n'étant pas liées, «le slogan "Lyon, capitale du négationnisme" (...) n'offre que peu de pertinence».

Mais cette pondération, fondée sur des milliers de documents dépouillés et des dizaines d'entretiens menés pour la plupart sur place, est contestée par d'autres conclusions du rapport. Rousso montre en effet que l'activisme de l'extrême droite n'a jamais cessé depuis 1973. Et l'historien cogne comme un sourd sur les petites et grandes lâchetés du monde universitaire, d'ailleurs pas propres à Lyon-III et à Lyon-II. Il relève ainsi «l'âpreté avec laquelle les dirigeants de Lyon-II et de Lyon-III ont cherché à transférer les éventuelles sanctions à prendre contre des enseignants (...) à l'échelle du ministère», dans les affaires Faurisson, Notin et Plantin. «Ce réflexe quasi systématique qui a consisté à s'en remettre à l'Etat» est présenté comme une «constante» et montre «avec éclat les limites du principe d'autonomie des universités, pourtant mis en avant dans presque toutes les situations évoquées ici». Le rapport reproche également aux responsables successifs «de s'être presque toujours réfugiés derrière des obstacles administratifs» pour ne pas trancher dans le vif, «sauf quand cela les arrangeait».

Travaux médiocres.
L'attaque est tout aussi vive sur la complaisance du conseil scientifique de l'université vis-à-vis de travaux médiocres qui valurent diplômes ou promotions à leurs auteurs. Elle fut facilitée par des pratiques bien connues dans les facs mais rarement dénoncées avec autant de netteté : «signatures en blancs de procès-verbaux, jurys fictifs ou partiels, appréciations de complaisance, ambiguïté des évaluations utilisant un double langage» ­ en somme, tout l'arsenal qui permet aux «chers collègues» de préserver leurs prés carrés selon un pacte tacite de non-agression et de renvois d'ascenseur. Autre «constante» qui en découle: la «résistance pugnace des universitaires à user de leur privilège leur permettant de sanctionner par une juridiction interne les manquements éventuels de l'un d'entre eux», attitude «systématique à Lyon-III comme à Lyon-II».

Bizarrement, c'est pourtant vers l'institution universitaire, apparemment bien peu fiable, que se tourne Rousso pour «sortir de la crise». Il plaide pour la mise en place «de mécanismes d'alerte, de réflexion et d'éventuelle résolution des problèmes, en essayant de les circonscrire dans un premier temps au sein de l'université, et en évitant les effets de scandale ou la pression extérieure».

Un souci de discrétion dont l'université n'a jamais manqué. Et l'historien ajoute qu'un «geste» ou une «parole» de l'université seraient bienvenus, «sans prendre nécessairement les formes d'une "repentance" ou viser nommément des individus». Un petit geste symbolique, pour calmer les associations ? Ces dernières risquent de ne pas trop goûter cette idée pas franchement à la hauteur de l'enjeu, après trente ans de silence de la part des autorités universitaires.
(1) Henry Rousso, Annette Becker, Philippe Burrin et Florent Brayard.
Libération, 6 octobre 2004, p. 14, Par Olivier BERTRAND et Emmanuel DAVIDENKOFF, mercredi 06 octobre 2004 (Liberation - 06:00)

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Lyon-III appelle à la suspension de Gollnisch
L'université où enseigne le n° 2 du FN sollicite une sanction du ministère.

Première sanction contre Bruno Gollnisch après sa sortie négationniste. Suite à la publication du rapport Rousso sur l'infiltration de l'extrême droite à l'université de Lyon-III où il enseigne, le numéro 2 du Front national avait mis en doute, lundi (11 octobre 2004), l'existence des chambres à gaz.

Hier, la présidence de Lyon-III a annoncé qu'elle avait demandé au ministre de l'Education nationale la suspension du délégué général du FN «pour ces propos inacceptables tant en eux-mêmes que par la grave atteinte qu'ils portent à l'honneur et au crédit de l'université». La section disciplinaire de Lyon-III a également été saisie. «L'Université française joue très gros sur cette question, elle joue son honneur et je serai très vigilant», a précisé de son côté le recteur de l'académie de Lyon.

Le président de la Licra, l'eurodéputé UMP Patrick Gaubert (note : ancien conseiller de Charles Pasqua), a écrit au président du Parlement européen pour s'étonner du manque de réaction de cette Assemblée et lui demander quelles sanctions envisager contre le parlementaire européen Gollnisch. «Nous allons également demander à nos avocats de regarder d'un peu plus près ses déclarations afin de voir quelle suite judiciaire leur donner», précise Patrick Gaubert. Vice-président de cette Assemblée, Pierre Moscovici (PS) entend bien, lui aussi, porter l'affaire devant le bureau du Parlement. Pour l'ancien ministre des Affaires européennes de Jospin, «il faut non seulement une réaction forte, mais qui soit assortie de sanctions effectives».
Par Christophe FORCARI, jeudi 14 octobre 2004 (Liberation - 06:00)

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(11 octobre 2004) Bruno Gollnisch (FN) émet des doutes sur l'existence des chambres à gaz et relativise l'ampleur de la Shoah

Défendant les thèses révisionnistes soutenues à Lyon-III, le numéro 2 du parti a estimé, lundi 11 octobre, qu'"il n'y a plus aucun historien sérieux qui adhère aux conclusions du procès de Nuremberg".

Bruno Gollnisch, le délégué général du Front national, s'est livré, lundi 11 octobre à Lyon, à une nouvelle provocation. Lors d'une conférence de presse qu'il avait organisée sur "la rentrée politique du Front national", le député européen s'est lancé dans une véritable défense des thèses révisionnistes en commentant la remise des travaux de la commission Rousso chargée d'enquêter sur le négationnisme et l'antisémitisme à l'université Lyon-III (Le Monde du 8 octobre).

Contestant la "légitimité et la légalité" de cette commission, qualifiée de "police de la pensée", M. Gollnisch, lui-même enseignant à Lyon-III, s'en est pris à son président Henry Rousso, un "historien engagé", selon lui. "C'est une personnalité juive, une personnalité estimable mais sa neutralité n'est pas assurée", a-t-il dénoncé, avant de justifier les thèses négationnistes développées depuis plus de vingt ans à Lyon-III. "Il n'y a plus un historien sérieux qui adhère aux conclusions du procès de Nuremberg", a-t-il affirmé.

Le ministère de l'éducation nationale a jugé, mardi 12 octobre, ces propos "scandaleux" et a indiqué qu'il examinerait les suites à donner à de telles déclarations auprès du rectorat et de l'université Lyon-III. "Tout propos négationniste relève du pénal", rappelle-t-on dans l'entourage de François Fillon.

INTERVENTION PRÉPARÉE

Tout en se défendant d'être "l'apologiste de crimes indiscutables commis par le régime national-socialiste au cours de la deuxième guerre mondiale", tout en admettant "les déportations pour raisons raciales", il a revendiqué le droit de "discuter librement" du "drame concentrationnaire". "Je ne remets pas en cause l'existence des camps de concentration, mais sur le nombre effectif de morts, les historiens pourraient (...) discuter", a-t-il avancé. L'intervention était préparée avec soin. Le numéro 2 du FN, rival de Marine Le Pen, partisane d'une "dédiabolisation" du parti d'extrême droite, n'a jamais quitté ses notes des yeux.

Interrogé sur les chambres à gaz, que Jean-Marie Le Pen avait qualifiées à deux reprises, en 1987 et en 1997, de "détail", M. Gollnisch a estimé qu'"il appartient aux historiens de se déterminer". "Sans doute y a-t-il eu quelques centaines de milliers de morts", a-t-il concédé.

Le numéro deux du FN s'est ensuite plu à raconter les liens qu'il avait tissés avec Jean Plantin, auteur d'une thèse et d'un mémoire révisionniste à Lyon-III, et qui continue, malgré des condamnations judiciaires, à éditer des revues révisionnistes. "Je ne connaissais pas ce garçon lorsqu'il est entré à Lyon-III, a-t-il indiqué. Mais quand j'ai eu connaissance de ces travaux, je me suis abonné à sa revue et je l'ai invité à déjeuner au conseil régional."

Assis à ses côtés, un conseiller régional (FN) de Rhône-Alpes, Albert Rousset, est alors intervenu pour donner son "avis sur les chambres à gaz". "Il faut faire la différence entre la mémoire vécue et la mémoire rapportée. Moi, j'ai vu les chambres à gaz, je les ai même utilisées. Elles ont servi à désinfecter des milliers de prisonniers, pouilleux ou atteint du typhus", a-t-il tonné, au côté d'un Bruno Gollnisch un brin gêné.
LE MONDE | 12.10.04, MIS A JOUR LE 12.10.04 | 20h24, Sophie Landrin, Le Monde, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 13.10.04

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mardi 12 octobre 2004, 20h14 Bruno Gollnisch justifie ses propos sur les camps
PARIS (Reuters) - Bruno Gollnisch, numéro deux du Front national, a justifié mardi ses propos sur les camps de concentration nazis et les chambres à gaz en réaffirmant que ces questions relevaient d'"un libre débat entre historiens".

Lors d'une conférence de presse lundi à Lyon, le délégué général du FN, interrogé sur les camps nazis par des journalistes, avait estimé que "sur le nombre de morts, les historiens pourraient discuter".

Quant à l'existence des chambres à gaz, "il appartient aux historiens de se déterminer", avait-il ajouté.

"J'ai dit que je n'étais pas compétent sur le sujet (...) Je ne juge pas de ces questions-là, je ne suis pas spécialiste (...) Je pense que le débat devrait être libre entre historiens puisque les historiens ne sont pas d'accord, notamment sur l'appréciation des conclusions du tribunal de Nuremberg", instauré par les vainqueurs de 1945, a-t-il dit mardi soir sur LCI.

"Ces questions devraient relever du débat entre historiens", a-t-il insisté au nom de "la liberté de l'appréciation de l'Histoire" qui "n'a rien à voir avec l'antisémitisme".

Les propos du délégué général du FN lundi ont suscité de vives réactions.

Pour le "chasseur de nazis" Serge Klarsfeld, interrogé également sur LCI, Bruno Gollnisch "se pose en successeur véritable d'un antisémite, d'un antijuif".

Dans un communiqué, le Conseil représentatif des institutions juives de France a dénoncé "la double provocation" de Bruno Gollnisch "mettant en doute l'existence des chambres à gaz et mettant en cause un universitaire du seul fait de son origine juive".

Bruno Gollnisch s'était en effet interrogé lundi sur l'impartialité de l'historien Henry Rousso, qui vient de rendre un rapport sur le "négationnisme" à l'université de Lyon-III.

Le Parti communiste, pour sa part, a demandé dans un communiqué que les propos du délégué général du FN soient "poursuivis et sanctionnés". Pour le PCF, ces propos "ne sont pas un dérapage" mais "témoignent d'une nouvelle tentative de banaliser les camps et le génocide juif pour mieux attiser l'antisémitisme et tous les racismes".

Le Parti socialiste a accusé le numéro deux du FN de remettre "sciemment sur le devant de la scène les thèses révisionnistes", qui "ont toujours été le fonds de commerce du Front national et le restent".

"Il serait normal que le gouvernement puisse se porter partie civile", ajoute dans un communiqué Annick Lepetit, porte-parole du PS, qui rappelle que "les thèses négationnistes relèvent du pénal" et qu'à ce titre "ceux qui les profèrent peuvent être condamnés".
Yahoo.fr, actualités, mardi 12 octobre 2004, 20h14

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La sévérité de Chirac

LE PRESIDENT de la République a demandé hier que le révisionnisme et le négationnisme soient punis avec « la plus grande rigueur » et a réaffirmé sa « totale détermination » à combattre l'antisémitisme.
En recevant les dirigeants de Judaïsme et Liberté, à l'occasion du vingtième anniversaire de cette association proche de la majorité, le chef de l'Etat a appelé à combattre ces deux fléaux que « l'on voit, a-t-il dit, encore tristement et scandaleusement à l'oeuvre ».

Devant ses interlocuteurs, notamment Roger Cukiermann, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Jacques Chirac a répété « avec gravité et solennité » que ces actes « doivent être systématiquement poursuivis et sanctionnés avec toute la rigueur de nos lois ».

Avant de conclure : « Il y va de l'idée que nous nous faisons de la République et de la France. »
La polémique sur le révisionnisme a été relancée, la semaine dernière, par les déclarations du numéro deux du Front national Bruno Gollnisch sur les chambres à gaz.
Le Parisien, samedi 23 octobre 2004, p. 5

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Négationnisme: le prof Gollnisch forcé de sécher à Lyon-III
Face à l'intervention de militants après ses propos sur les chambres à gaz, l'élu du FN a annulé son cours.

L'étreinte se resserre autour de Bruno Gollnisch. Déjà visé par une enquête préliminaire pour ses propos du 11 octobre (il demandait notamment que les historiens puissent «se déterminer librement sur l'existence des chambres à gaz»), le numéro 2 du Front national n'a pu assurer ses cours à Lyon-III, vendredi après-midi.
De 13 à 15 heures, il devait enseigner le droit international à des élèves en master d'administration des affaires. Mais l'Unef, l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et Hippocampe (association contre le négationnisme à Lyon-III) ont décidé de venir lire pendant son cours des noms d'enfants décédés dans ces chambres à gaz dont le professeur juge l'existence discutable. Sur un de leurs tracts, la photo d'un tas de corps décharnés, et ce slogan : «Il y a des faits qu'on ne discute pas.»
Alertée de l'action, l'université a demandé à Bruno Gollnisch de renoncer à son cours. L'intéressé raconte que le président lui-même l'a appelé pour le prévenir qu'un «commando d'étudiants» allait débarquer.

«Injuste».
Prévenus au dernier moment, les élèves ont sèchement accueilli les militants. «On trouve injuste d'être sanctionnés en même temps que Gollnisch», résumait une jeune fille. Sans être solidaires de leur enseignant, ils défendent leur cours. Les militants, accusés par ailleurs de «théâtraliser» leur action, ont tenté de les rassurer : «On vous promet qu'on va se mobiliser pour que Bruno Gollnisch soit remplacé s'il est suspendu», répétait Jérémie Zitoun, secrétaire général de l'UEJF à Lyon.

Alors que quelques étudiants de Bruno Gollnisch désapprouvaient ses propos, tout en estimant qu'il ne «faut pas mélanger le professeur et l'homme politique», un jeune militant de l'Unef leur a répondu que, selon lui, Bruno Gollnisch «se cache derrière son statut d'universitaire pour assassiner la mémoire».

Dès la semaine dernière, après avoir volontairement créé le scandale, Bruno Gollnisch s'était expliqué devant ses étudiants. Il avait évoqué le «tollé médiatique» et nié les propos rapportés par la presse. Puis le numéro 2 du Front national avait estimé que l'on faisait beaucoup de bruit à son goût «pour trois ou quatre professeurs qui tiennent des propos pas politiquement corrects». Personne n'avait osé lui porter la contradiction. «Il nous impressionne, confie Dorothée. Il est balaise, il nous fait rire. C'est vrai qu'on se laisse un peu hypnotiser.»

Statu quo.
La section disciplinaire de l'université doit théoriquement être saisie par le président de Lyon-III. Mais Alain Morvan, le recteur de Lyon, s'agaçait vendredi, dans une interview à Lyon Figaro, de n'avoir aucune information à ce sujet. Tout en lançant la procédure, le président de Lyon-III ou le ministère auraient pu prononcer une suspension provisoire. Ils ont choisi de ne pas le faire. Les cours de Bruno Gollnisch restent donc programmés dès la semaine prochaine à l'université de Lyon-III. Où ils promettent d'être agités.
Par Olivier BERTRAND, samedi 23 octobre 2004 (Liberation - 06:00)

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Novembre 2004. Gollnisch sera poursuivi pour ses propos sur les chambres à gaz
Le garde des Sceaux a demandé hier à la justice de se prononcer.

a justice devra dire si Bruno Gollnisch s'est rendu coupable de «contestation de crimes contre l'humanité». Le garde des Sceaux, Dominique Perben, a demandé hier au parquet de Lyon d'engager des poursuites sur les propos très ambigus tenus le 11 octobre par le numéro 2 du Front national.

Interrogé lors d'une conférence de presse au sujet des chambres à gaz, Bruno Gollnisch avait précisé qu'il ne remettait pas en cause leur existence, mais doutait du nombre de morts, et demandait que les historiens puissent «discuter librement» de leur présence «dans tel ou tel camp». Peu après, le ministre de la Justice avait demandé au procureur d'ouvrir une enquête préliminaire. Quelques-uns des meilleurs enquêteurs de la police judiciaire lyonnaise avaient été mis sur l'affaire car la demande émanait du ministre.

Les policiers ont entendu depuis tous les journalistes présents à la conférence de presse du 11 octobre, afin d'établir très précisément ce qui avait été dit. Ils ont également retranscrit les propos tenus ce jour-là par un conseiller régional frontiste, Albert Rosset, et, trois jours plus tard, par le collaborateur du groupe FN à la région, Georges Theil.

L'enquête bouclée, leur rapport a été remis au parquet, qui l'a transmis la semaine dernière à la chancellerie (Libération d'hier). Selon la synthèse de l'enquête, des poursuites pénales auraient peu de chance d'aboutir. Gollnisch aurait flirté avec le négationnisme, sans s'exposer pénalement (au contraire des deux autres élus, qui semblent tomber clairement sous le coup la loi Gayssot).

Dominique Perben a cependant souhaité «que cette question juridique soit tranchée par un tribunal». Il a adressé hier des instructions écrites en ce sens au procureur général Jean-Olivier Viout, qui devait les transmettre au procureur Xavier Richaud. Ce dernier aura le choix entre l'ouverture d'une information judiciaire, ou un renvoi devant le tribunal en citation directe.

«C'est une persécution politique, réagissait Bruno Gollnisch hier. (...) C'est un ordre de M. Perben qui est un adversaire politique potentiel aux prochaines élections municipales lyonnaises.» En fait de persécution, le ministre de la Justice risque d'offrir à Bruno Gollnisch une tribune puis une relaxe, après ses propos scandaleux mais soigneusement pesés.
Par Olivier BERTRAND, mardi 30 novembre 2004 (Liberation - 06:00), p. 18

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M. Gollnisch (FN) est interdit d'accès à Lyon-III
Le dirigeant d'extrême droite a aussi été radié des listes électorales.

Après avoir été suspendu trente jours de ses cours de civilisation japonaise et de droit à Lyon-III, Bruno Gollnisch est désormais interdit d'accès à l'université. Le président de Lyon-III, Guy Lavorel, a fait état, jeudi 2 décembre, de "nouvelles menaces de désordre" pour justifier cette mesure.
La suspension doit s'appliquer jusqu'à la fin des travaux de la section disciplinaire chargée d'enquêter sur les propos tenus par le délégué général du FN sur les chambres à gaz lors d'une conférence de presse, le 11 octobre (Le Monde du 13 octobre). M. Gollnisch avait notamment demandé que les historiens puissent débattre "librement" de l'existence des chambres à gaz et du "nombre effectif de morts" lors du génocide des juifs.
La décision de la présidence de Lyon-III fait suite à la demande du recteur. Alain Morvan avait estimé, le 23 novembre, qu'il "serait impensable que l'intéressé dispense de nouveau ses enseignements".
M. Gollnisch a annoncé aussitôt son intention d'engager un recours devant le tribunal administratif contre l'université, estimant que ce n'était pas lui qui mettait en péril l'ordre public.

"REFRAIN NAUSÉEUX"

Le ministre de l'éducation nationale (François Fillon) est revenu sur cette affaire, jeudi 2 décembre, lors du dîner annuel du CRIF Rhône-Alpes, à Lyon. "Des propos sordides ont été tenus récemment par un homme qui donne une image détestable du milieu universitaire lyonnais, a déclaré François Fillon. Il a repris un refrain nauséeux que l'on pouvait croire abandonné à jamais."
Il a appelé à la fermeté, affirmant que la "lutte contre l'antisémitisme, tout comme celle sur le racisme, exige une stratégie globale, car ce fléau prend sa source dans les replis sombres de la question nationale." Il a annoncé qu'il allait faire distribuer dans tous les lycées un DVD de Shoah, le film de Claude Lanzmann.

M. Gollnisch a également été radié des listes électorales à Lyon, le 30 septembre, par une commission administrative ad hoc saisie par le préfet du Rhône, selon le quotidien gratuit 20 minutes. Depuis une quinzaine d'années, le dirigeant d'extrême droite tente de s'implanter électoralement à Lyon, mais il habite Limonest, une commune de banlieue, et justifie pour toute résidence l'université Lyon-III.
La commission de radiation a jugé que cette domiciliation "administrative", valable lorsqu'il avait été nommé à Lyon, ne pouvait se prolonger dans le temps et contrevenait ainsi au code électoral.
La radiation devrait être effective à partir du 1er mars 2005.
LE MONDE | 03.12.04 | 14h46, Sophie Landrin, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.12.04, lemonde.fr

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Négationnistes au secours de Gollnisch
Un bulletin belge défend le numéro 2 du FN, professeur à Lyon-III.

Bruno Gollnisch sait se faire de nouveaux amis. Les propos révisionnistes que le numéro 2 du Front national a tenus en octobre à propos du rapport Rousso sur la présence de l'extrême droite à l'université de Lyon-III lui valent d'être ardemment défendu dans un bulletin négationniste intitulé Dubitando, petite revue d'histoire révisionniste. En octobre, le délégué général du FN, professeur de civilisation japonaise à Lyon-III, avait jugé qu'il appartenait aux historiens de se déterminer sur l'existence des chambres à gaz pendant la Seconde Guerre mondiale. «Je ne remets pas en cause l'existence des camps de concentration, mais, sur le nombre de morts, les historiens pourraient en discuter», avait cru bon d'ajouter Gollnisch. De quoi arborer son orthodoxie auprès des militants du FN, dix-sept ans après le «point de détail de l'Histoire» de Le Pen.

«Pas une seule preuve».

La profession de foi de Gollnisch a aussi séduit Dubitando. Dans son numéro 2 daté de décembre, la revue publie, sur douze pages, une «défense de Bruno Gollnisch» signée par un «collectif de collègues et d'étudiants et amis». «Tandis qu'il existe une abondance de faits et documents prouvant que Hitler voulait expulser les juifs d'Europe dans le cadre d'une solution finale territoriale, il n'existe pas une seule preuve de ce qu'il ait voulu exterminer les juifs», écrivent les auteurs, qui invoquent «les impossibilités physiques et chimiques du gazage de foules humaines».

Les mêmes jugent que Bruno Gollnisch «n'a fait que réaffirmer une position relativement banale, qu'on lui connaissait depuis quatorze ans», depuis qu'il s'était lancé à l'assaut de la loi Gayssot qui réprime les propos et écrits négationnistes. Et le même brûlot de déverser un torrent de haine sur le film Shoah de Claude Lanzmann, qualifié d'expression d'«une traditionnelle névrose juive». «Je ne connais pas cette revue, et j'ignorais même jusqu'à son existence», se défend Gollnisch, gêné aux entournures par de tels soutiens.

Plaidoirie encombrante.

Dubitando, imprimé aux Pays-Bas, est publié par une officine négationniste, VHO (Groupe de recherche historique libre). Ce groupe a été créé en 1985 par les frères Verbeke, des proches du Vlaams Blok, le parti d'extrême droite flamand qui entretenait des relations étroites avec le FN. Cette formation a été récemment interdite après sa condamnation par la Cour de cassation belge pour «incitation permanente à la ségrégation et au racisme».

Cette encombrante plaidoirie négationniste tombe mal pour Gollnisch. Le numéro 2 frontiste se présente aujourd'hui devant le Conseil d'Etat pour demander l'annulation de la décision du président de Lyon-III qui, en attendant les conclusions de la commission disciplinaire de l'université, l'a interdit d'y dispenser des cours pour éviter tout «trouble à l'ordre public».
Libération, Par Christophe FORCARI, jeudi 13 janvier 2005 (Liberation - 06:00), p. 13

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Le Pen : «l'occupation n'a pas été aussi inhumaine»

Dans une interview à «Rivarol», le président du FN évoque la Gestapo, les camps...
Le Pen jette un voile rose sur la période vert-de-gris. A quelques jours de la commémoration de la libération du camp d'Auschwitz, le président du FN revient sur le national-socialisme. Pour en minimiser, voire pour en contester les crimes. Fils d'un marin-pêcheur tué par une mine allemande, il juge, l'âge aidant, que cette période n'a pas été si terrible. Et reprend à son compte des tentatives de réhabilitation entamées par l'extrême droite française dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans une interview à l'hebdomadaire d'extrême droite Rivarol la semaine dernière, le président du FN affirme que «l'occupation allemande n'a pas été aussi inhumaine (...). Si les Allemands avaient multiplié les exécutions massives dans tous les coins, comme l'affirme la vulgate, il n'y aurait pas eu besoin de camps de concentration pour les déportés politiques». Il y a bien eu quelques «bavures», reconnaît Le Pen. Mais aussi certaines circonstances où la Gestapo est intervenue «pour arrêter le massacre». Oubliant les tortures que cette même Gestapo infligeait aux prisonniers dans les caves de la rue Lauriston, son siège parisien.

Le Pen apporte également du crédit à la thèse défendue par le négationniste Vincent Reynouard selon laquelle le massacre d'Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944, n'aurait été que de simples représailles aux activités du maquis. «Sur ce drame, il y aurait beaucoup à dire», estime le leader d'extrême droite. Interrogé par Rivarol sur «la propagande qui va se déchaîner tout au long de cette année avec les commémorations de la fin de la Seconde Guerre mondiale», Le Pen constate qu'«une insupportable chape de plomb pèse sur tous ces sujets depuis des décennies». D'où sa demande maintes fois réitérée d'abroger les lois «liberticides» qui répriment le racisme et l'antisémitisme.

Le garde des Sceaux, Dominique Perben, n'a pas tardé à réagir en demandant au parquet de Paris d'ouvrir une enquête préliminaire. Le Crif a aussitôt condamné ces déclarations qui «salissent la mémoire de toutes les victimes du nazisme, déportés et résistants, et de l'ensemble de la population française qui fut soumise pendant plus de quatre années à la plus atroce des occupations et des humiliations». Tout comme la Licra, pour qui ces propos constituent «une offense à toutes les victimes de la Seconde Guerre mondiale. Le Pen, vieillard radotant, connu depuis toujours pour ses "dérapages contrôlés", ne semble plus avoir que ce créneau-là pour tenter d'exister encore». L'avocat du FN, Vallerand de Saint-Just, a réagi hier soir : «Le Pen n'a commis aucune infraction.» Il n'aurait fait qu'«utiliser sa liberté d'expression».
Par Christophe FORCARI, jeudi 13 janvier 2005 (Liberation - 06:00), p. 13

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(Novembre 2005) Les négationnistes témoignent de leurs obsessions à la barre
Le tribunal de Lyon jugeait hier un des disciples de Robert Faurisson.

Robert Faurisson a vieilli. L'ancien universitaire lyonnais, négationniste de la première heure, a aujourd'hui 76 ans, une couronne de cheveux blancs à l'arrière du crâne et la voix aigrelette d'un vieillard. Il n'a en revanche rien perdu de ses obsessions.
Hier (29 novembre 2005), le tribunal correctionnel de Lyon lui a offert une tribune inespérée. Faurisson devait témoigner au procès d'un ancien conseiller régional FN poursuivi pour contestation de crime contre l'humanité. Il en a profité pour nier une nouvelle fois l'existence des chambres à gaz faites pour tuer.

Sur le même sujet Jean-Marie Le Pen poursuivi

Délires.
L'audience concernait Georges Theil, un homme de 65 ans moins malin que Faurisson et déjà condamné à deux reprises pour ses délires négationnistes. Le dernier jugement, dont il a fait appel, lui a infligé six mois de prison ferme, sans le calmer pour autant. L'affaire qui le conduisait hier à la barre risque à nouveau de lui valoir des soucis lourds.

Le 14 octobre 2004, dans les couloirs du conseil régional Rhône-Alpes, où il travaillait pour le groupe FN après avoir été conseiller régional six ans, Theil avait réagi devant des journalistes aux propos ambigus tenus quelques jours plus tôt par Bruno Gollnisch, président du groupe FN, au sujet des chambres à gaz (1).
Le collaborateur s'était d'abord félicité de la «décision sage» de son leader de «s'attaquer à un tabou majeur». Puis, moins sibyllin que Gollnisch, il avait affirmé que les chambres à gaz n'étaient que des «autoclaves de désinfection». Devant le tribunal, il a enfoncé la pointe négationniste, croyant convaincre le tribunal, un index levé.
Il a parlé des «dizaines de milliers de morts» (sic) dus à la «foudroyante du typhus», à des «maladies comme la dysenterie» ou à des «travaux pénibles et la férocité des gardiens». Mais il a été affirmatif. «Je conteste l'existence d'installations mortifères.» Pour le prouver, il a fait citer son maître, Faurisson. Alain Jakubowicz, avocat de la Licra, a demandé au tribunal de refuser l'audition de «ce chef de file d'une poignée d'illuminés». Selon lui, «entendre Robert Faurisson sur Georges Theil reviendrait à demander à Marc Dutroux son avis sur Francis Heaulme».

Le tribunal ne l'a pas suivi, même si le président a promis de cadrer l'intervention de Faurisson. En vain. Le vieux négationniste a jubilé à la barre. De la personnalité de Theil, il n'avait pas grand-chose à dire. «Sur les propos qu'il a tenus, je lui donne toute mon approbation. C'est un homme honnête», a-t-il doctement commenté. Avant d'infliger au tribunal trois quarts d'heure de négationnisme.
Chaque question d'Eric Delcroix, l'avocat de Georges Theil, l'a invité à détailler une «preuve» de l'«inexistence» des chambres à gaz. Puis l'ancien professeur a ponctué : «Ce que disent les révisionnistes, ce n'est pas seulement que les chambres à gaz n'ont pas existé. C'est qu'elles n'ont pas pu exister.» Embarrassé, le président a abrégé l'intervention, et Faurisson a suivi le reste du procès depuis le premier rang, un large sourire aux lèvres.

Ricanements.
Les incidents ont été nombreux, avec une salle où se pressaient de nombreux militants et quelques négationnistes comme l'éditeur Jean Plantin, plusieurs fois condamné. Le président a expulsé une conseillère régionale FN et demandé aux amis de Georges Theil d'arrêter de ricaner lorsque les avocats des parties civiles ont évoqué les millions de morts. Bruno Gollnisch se tenait au premier rang, impassible. Le procureur a suggéré six mois de prison ferme, plus une amende. Le tribunal rendra sa décision le 3 janvier.
(1) Le député européen doit être jugé pour ces propos, mais son procès, déjà reporté, a été hier renvoyé au 23 mai. Le Parlement européen doit d'ici là se prononcer sur son immunité.
libération.fr, par Olivier BERTRAND, QUOTIDIEN : mercredi 30 novembre 2005, p. 19

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(30 novembre 2005) Jean-Marie Le Pen poursuivi

SOS Racisme et Mrap ont annoncé hier (29 novembre 2005) avoir engagé des poursuites judiciaires contre Jean-Marie Le Pen, qui a maintenu lundi (28 novembre 2005), dans un entretien à la BBC, ses déclarations sur les chambres à gaz, "détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale" (Libération d'hier), "Le Pen récidive dans ses propos négationnistes. Maintenant cette affaire va aller plus vite et plus loin", a déclaré la porte-parole de SOS Racisme, Marilou Jampolsky. De son côté, le PS a exprimé sa "plus vive indignation devant ces déclarations révisionnistes".
Libération, 30 novembre 2005, p. 19

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Le Pen récidive sur le "détail"

Le président du FN a maintenu hier (28 novembre 2005) dans un entretien à la BBC ses déclarations sur les chambres à gaz qui lui ont valu condamnation en 1987.

"Je vais vous dire exactement ce que j'ai dit : les chambres à gaz sont un détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale", a déclaré Le Pen, alors que le journaliste lui rappelait de manière incomplète ses propos.

"C'est si vrai qu'aucun des chefs de guerre, ni Churchill, ni Staline, ni Roosevelt, ni de Gaulle, n'a cité les chambres à gaz dans ses mémoires", a ajouté le leader d'extrême droite.
Libération, 29 novembre 2005, p. 15

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Ces négationnistes qui votent Ahmadinejad
En soutien au président iranien, Téhéran diffuse des textes d'«érudits», parfois condamnés pour haine raciale.

L'internationale négationniste s'est trouvé une nouvelle tribune.
Depuis les fracassantes déclarations du président iranien Mahmoud Ahmadinejad sur le génocide juif, l'agence de presse Mehr, proche du pouvoir iranien, recueille et diffuse sur le Net des interviews d'«historiens indépendants et savants de différentes parties du monde», destinées à donner une caution scientifique aux propos du chef de l'Etat.

Après avoir déclaré, au mois d'octobre, qu'Israël devait «être rayé de la carte», Ahmadinejad affirmait, le 14 décembre (2005), au sujet des juifs : «Ils ont fabriqué une légende sous le nom de "massacre des juifs" et placent cela plus haut que Dieu lui-même, que la religion elle-même, que les prophètes eux-mêmes.»
Ces propos retransmis à la télévision nationale avaient soulevé une tempête de protestations, qui s'est grandement apaisée depuis la reprise de complexes négociations sur le nucléaire avec les Européens (Allemagne, France, Grande-Bretagne), le 21 décembre. Sur le Web, en revanche, l'offensive du régime iranien se poursuit.
Dernière interview en date diffusée par Mehr et intitulée «Israël fut construit sur un mensonge», celle du directeur de l'institut Adelaide, mise en ligne avant-hier. Mehr ne précise pas que Frederick Toben, Australien d'origine allemande, a été condamné pour haine raciale en 1999 par un tribunal allemand.

Quatre jours plus tôt, l'agence de presse iranienne diffusait une série d'e-mails de soutien aux opinions de Mahmoud Ahmadinejad. Aux côtés de l'Allemand Horst Mahler, tenant d'un anticapitalisme rouge-brun, et de l'Américain John Kaminski, qui défend l'idée que les attentats du 11 septembre étaient «une farce» organisée par l'Amérique «fasciste», deux Français : Serge Thion, présenté, en anglais, comme un «scientifique, limogé pour révisionnisme» (du CNRS en 2000), et Robert Faurisson. Sa phrase de soutien au président iranien qui évoque un «prétendu Holocauste» est simplement signée «Faurisson», tant semble grande en Iran la réputation de l'universitaire lyonnais.
Interrogé par Libération sur sa contribution, Faurisson hésite et botte en touche. «Je ne peux pas répondre. Si on vous dit : "Etes-vous d'accord pour aller à la guillotine ?", que répondriez-vous ?» Il rappelle qu'il est convoqué le 20 juin à la 17e chambre correctionnelle pour avoir, le 3 février déjà, accordé une interview à la télé iranienne Sahar 1, un entretien «de nature strictement révisionniste puisque je ne fais pas de politique».
La nuance a échappé au Conseil supérieur de l'audiovisuel : le 10 février, le CSA, considérant que le programme auquel Faurisson avait participé, le Monde en question, diffusé en France et en français, était consacré à «l'instrumentalisation de l'Holocauste à des fins politiques», a saisi le procureur de la République et mis en demeure l'Organisation européenne de télécommunications par satellite (Eutelsat) de cesser la diffusion de Sahar 1.
Fin 2004 et début 2005, la chaîne avait déjà diffusé deux feuilletons présentant «systématiquement les Israéliens et les juifs de manière avilissante», selon le CSA. L'attention prêtée en Iran aux thèses négationnistes n'est pas nouvelle, même si la rhétorique d'Ahmadinejad est loin d'être partagée par tous les Iraniens. Nombreux sont ceux, parmi les «historiens indépendants» cités par Mehr, qui ont déjà été invités à Téhéran pour participer à des débats ou des conférences.
La tribune qui leur est offerte est destinée à donner à des propos de tribun un lustre scientifique, mais aussi à tourner en dérision ceux qui s'en émeuvent. Hamid Reza Asefi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a résumé cette stratégie, le 18 décembre : «Le type de réponse des Européens au débat théorique et scientifique de M. Ahmadinejad n'a pas de place dans un monde civilisé et est totalement émotionnel et illogique. C'est le signe de la fragilité de la partie adverse.»
liberation.fr, par Marie-Laure COLSON, QUOTIDIEN : vendredi 30 décembre 2005

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Six mois de prison pour réfléchir sur les chambres à gaz
L'ex-élu FN Georges Theil est un négationniste multirécidiviste.

Georges Theil, 65 ans, deviendra-t-il le premier négationniste à goûter de la prison pour contestation de l'existence de crimes contre l'humanité ? Hier, le tribunal correctionnel de Lyon a infligé à cet ancien conseiller régional FN à six mois ferme et 10 000 euros d'amende. En outre, il devra verser 33 000 euros de dommages et intérêts à onze associations. Le 14 octobre 2004, dans les couloirs du conseil régional Rhône-Alpes, il avait déclaré publiquement que les chambres à gaz étaient «des autoclaves de désinfection» et que «plus les Allemands utilisaient le Zyklon B, plus ils sauvaient des vies».

Georges Theil parlait ainsi quelques jours après une sortie remarquée de Bruno Gollnisch sur les chambres à gaz ­ le leader frontiste doit être jugé pour ces faits le 23 mai. Les propos venaient par ailleurs après deux premières condamnations de Georges Theil pour des faits similaires. L'homme avait écopé de trois mois de prison avec sursis en 2001, puis de six mois ferme le 7 octobre dernier, à Limoges. Il a fait appel de cette condamnation. Hier, le tribunal a justifié la «sévérité» de son jugement par «la gravité de la transgression» et «l'état de réitération assumée».

Le négationnisme reste en effet une obsession revendiquée par Theil. Le 29 novembre, pour son audience, il avait fait citer comme témoin l'ancien universitaire Robert Faurisson. Celui-ci était sorti de sa naphtaline pour venir transformer son intervention devant le tribunal de Lyon en témoignage contre l'existence des chambres à gaz (Libération du 30 novembre 2005).

Après cette audience, l'avocat de Theil, Eric Delcroix, a tenté d'obtenir une réouverture des débats. Dans une lettre adressée le 22 décembre à Fernand Schir, président de la 6e chambre correctionnelle de Lyon, spécialisée dans les affaires de presse, il appuyait sa requête sur la déclaration de Jacques Chirac, qui estimait le 9 décembre que «ce n'est pas à la loi d'écrire l'Histoire». Il relevait également la pétition des «19 historiens de renom» demandant l'abrogation de plusieurs lois, dont celle qui proscrit la contestation de l'existence des crimes contre l'humanité. Le tribunal a balayé ces arguments, estimant que «la seule mousse médiatique agitant actuellement la logosphère» ne justifiait pas une réouverture des débats.
liberation.fr, par Olivier BERTRAND, QUOTIDIEN : mercredi 04 janvier 2006, p. 17

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(Février 2006) Le négationniste David Irving condamné en Autriche
Trois ans ferme pour le Britannique qui nie l'existence des chambres à gaz.

L'historien négationniste britannique David Irving a été condamné à trois ans de prison ferme, hier à Vienne, pour avoir nié l'existence des chambres à gaz dans les camps d'extermination du IIIe Reich, notamment à Auschwitz. Des propos qu'il avait eus en 1989, lors de deux conférences tenues à Vienne et à Leoben (Styrie), et qui lui avaient valu une inculpation pour «réactivation de la politique nazie», délit passible de un à vingt ans de prison,

Le Britannique de 68 ans n'avait été arrêté qu'en novembre 2005, lors d'un contrôle de routine sur une autoroute autrichienne, alors qu'il se rendait à une réunion d'étudiants d'extrême droite. Dix-sept ans après les faits, l'historien a dû rendre compte de ses propos selon lesquels Hitler n'aurait pas été au courant de l'extermination des juifs et les aurait au contraire protégés ; ou que «la nuit de Cristal» ­ le pogrom du 9 novembre 1938 contre des magasins juifs et des synagogues sur tout le territoire du Reich ­ aurait été l'oeuvre d'«inconnus déguisés en SA».

Arrivé à l'audience en arborant son livre Hitler's War, David Irving a néanmoins plaidé coupable. Il a assuré avoir changé d'avis sur les chambres à gaz après avoir découvert, en Argentine, des documents contredisant ses thèses, notamment des notes manuscrites d'Adolf Eichmann, l'artisan de la solution finale. Mais le Britannique a maintenu le «sérieux» de ses recherches et tenté de faire valoir la «logique» de ses raisonnements.

«Disneyland». Interrogé pendant deux heures, Irving a mis de l'eau dans son vin et beaucoup joué sur les mots, relativisant bon nombre de ses affirmations passées, mais en réitérant d'autres comme la qualification d'Auschwitz de «Disneyland pour touristes» : «C'est vrai. Après la guerre, on y a effectué des constructions» et, depuis, «bon nombre de touristes s'y rendent chaque année».

David Irving a par ailleurs refusé d'assimiler ses propos à une négation de l'Holocauste, comme l'y invitait le procureur Michael Klackl. «Il ne s'agissait pas d'une négation de l'Holocauste, mais seulement d'[un propos sur] une partie de l'histoire» de l'Holocauste, a-t-il déclaré à la barre. La prétendue «confession» d'Irving n'a pas convaincu le procureur qui a parlé d'une «mise en scène», rappelant que l'historien avait encore participé, l'année dernière, à une conférence de négationnistes. Devant la cour composée de trois juges professionnels et de huit jurés, le parquet avait réclamé une lourde peine pour ce «falsificateur de l'Histoire».

De sa cellule, David Irving avait déclaré au quotidien italien la Stampa : «Personne n'a le droit de m'imposer ce que je dois penser. Surtout pas l'Autriche, qui veut prouver qu'elle n'est plus nationale-socialiste en faisant arrêter un historien connu par huit policiers.» L'homme a déjà été condamné plusieurs fois dans le passé, notamment en Grande-Bretagne et en Allemagne, et la Nouvelle-Zélande l'a interdit de séjour.

La loi autrichienne de 1946 contre «la réactivation de la politique nazie» a été complétée en 1992 par un nouveau paragraphe, sanctionnant «quiconque nie ou minimise des crimes du national-socialisme». La peine maximale encourue est de dix ans d'emprisonnement, voire vingt si la cour estime qu'il s'agit d'un «individu particulièrement dangereux».

9 000 plaintes.
Hasard du calendrier, un sénateur du FP÷, le parti de droite populiste de Jörg Haider, John Gudenus, vient lui aussi d'être inculpé pour avoir contesté l'existence des chambres à gaz. Depuis 1990, près de 9 000 plaintes ont été déposées au nom de cette loi, qui a conduit à 389 mises en examen et 288 condamnations.
Libération, par Christian FILLITZ, QUOTIDIEN : mardi 21 février 2006, p. 9

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vendredi 17 mars 2006 (Reuters - 21:02) Non-lieu pour Bruno Gollnisch après une plainte du Mrap

LYON - Le juge d'instruction lyonnais Jacques Chauvot a rendu une ordonnance de refus de mise en examen et de non-lieu en faveur du numéro 2 du Front national, Bruno Gollnisch, poursuivi pour "contestation de crime contre l'humanité" à la suite d'une plainte déposée par le Mrap, apprend-on de source judiciaire.

Pour justifier sa décision, le juge d'instruction considère qu'il n'est "pas douteux que Bruno Gollnisch ait manifesté clairement sa réprobation des crimes nazis évoquant les millions de morts et les massacres perpétrés dans les chambres à gaz".
"La réalité des camps d'extermination organisés quasi-industriellement n'a pas été contestée lors de cette conférence de presse par Bruno Gollnisch qui, sur ce point, répondait à des questions de journalistes", ajoute le magistrat.

Vendredi soir, Bruno Gollnisch a qualifié cette décision de "coup de théâtre judiciaire".
"Il s'agit d'une première étape dans le démontage d'une manipulation dont beaucoup ont été intoxiqués à leur corps défendant mais que quelques-uns ont délibérément instrumentalisée, à commencer par le ministre de la Justice, Dominique Perben", a-t-il estimé.

Le parlementaire européen fait néanmoins l'objet d'une autre procédure pour les mêmes faits. Il est poursuivi en citation directe par le parquet de Lyon, sur demande de Dominique Perben, garde des Sceaux au moment des faits, en 2004. Cette audience est toujours fixée au 23 mai prochain.
Le parquet a fait appel de la décision du juge, de même que les instances nationales du Mrap. Les parties civiles demandent que les deux procédures soient jointes.
libération.fr, vendredi 17 mars 2006 (Reuters - 21:02)

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(Août 2006) Le bras d'honneur du Japonais Koizumi

En honorant les morts, dont des criminels de guerre, du sanctuaire patriotique de Yasukuni, le Premier ministre accroît les tensions avec ses voisins.

Un mois avant la fin de son mandat, et pour la sixième fois consécutive, le Premier ministre japonais, Junichiro Koizumi, a bravé hier l'interdit du sanctuaire de Yasukuni en y honorant autant ses morts que ses démons.
En allant prier de nouveau dans ce haut lieu controversé du patriotisme nippon, Koizumi n'ignore pas que, par la force des choses, il honore aussi les quatorze grands criminels de guerre qui y reposent aux côtés de plus de deux millions de Japonais, civils et militaires, morts pour le pays depuis la restauration Meiji (1868) jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
Parmi lesdits «Quatorze de Yasukuni» figure, entre autre, le général Tojo, artisan des campagnes d'agression nippones en Asie, condamné et exécuté par les Alliés.

Ironiser.
«C'est un peu comme si, à Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel honorait dans un cimetière de guerre les tombes des Allemands morts au combat depuis un siècle, dont celles des chefs et généraux SS Goebbels, Himmler, Rommel», ironise, à Tokyo, un ancien haut fonctionnaire devenu historien.
Il y a dix jours, Koizumi avait prévenu : il se «réservait le droit de visiter Yasukuni à tout moment». La visite d'hier n'en reste pas moins perçue, une fois de plus, au Japon même, comme une entorse grossière à la Constitution de l'archipel, qui prône la séparation de la religion et de l'Etat.
Provocation suprême : c'est la première fois que Koizumi, vêtu des habits officiels, se rend à Yasukuni un 15 août, jour anniversaire de la défaite du Pays du soleil levant (15 août 1945). «L'envie», a-t-il confié maintes fois, l'en démangeait depuis sa prise de fonctions en 2001. Jouer la carte nationaliste est pour lui un moyen de garder l'électorat le plus conservateur du parti désorienté par les réformes économiques des dernières années.

Les réactions outragées des capitales d'Asie ont aussitôt afflué. La Chine et la Corée du Sud, qui ont beaucoup souffert de l'ex-Japon fasciste et voient en Yasukuni un symbole glorifiant «son passé militariste», ont réagi avec virulence. L'ambassadeur du Japon a été aussitôt convoqué par le ministère chinois des Affaires étrangères pour de rudes explications. Idem à Séoul, où l'ambassadeur japonais a reçu des autorités coréennes un message en forme de blâme.
Quant aux excuses de Koizumi pour «les énormes souffrances» infligées en Asie durant la guerre, offertes hier à sa visite du sanctuaire, elles ont été perçues à la fois comme un acte de «maladresse» et une «provocation». Cette sixième visite aura, à n'en pas douter, de sérieuses répercussions dans les relations déjà délétères entre le Japon et ses voisins chinois et coréen.

Lever un «malentendu».
Hier, le porte-parole du gouvernement japonais, Shinzo Abe, un ultraconservateur assuré de succéder à Koizumi le mois prochain, a estimé, en tentant d'apaiser les tensions, que la question de Yasukuni méritait d'être «expliquée» à la Chine afin de lever un «malentendu». Pas sûr, pour autant, que l'Asie accepte la leçon.
Symbole d'une droite radicale et décomplexée qui souhaite que la Chine comme la Corée du Sud cessent «toute ingérence» dans les affaires intérieures du Japon, par exemple dans «sa façon d'honorer les morts», Shinzo Abe n'est autre, en effet, que le petit-fils de l'ancien criminel de guerre Nobusuke Kishi. Lui-même se rend régulièrement à Yasukuni. Un «malentendu» qu'en octobre 2005 Newsweek résumait ainsi en gros titre : «Pourquoi le Japon n'a plus d'amis.»
Par Michel TEMMAN, Libération, QUOTIDIEN : Mercredi 16 août 2006 - 06:00, p. 2-3

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16.08.06 | 18:43, COREE DU NORD, Le Japon, "cancer" de l'Asie, selon Pyongyang

La Corée du nord dénonce la visite de Koizumi à un sanctuaire où sont honorés des criminels de guerre.

La visite mardi du Premier ministre japonais Junichiro Koizumi au sanctuaire du Yasukuni, haut-lieu du nationalisme nippon, scandalise la Corée du nord qui a qualifié mercredi 16 août le Japon de "cancer" de l'Asie, l'avertissant que leurs relations iraient "de mal en pis".
Le régime communiste de Pyongyang a accusé le Japon -une "entité cancéreuse"- d'"exonérer son passé archi-criminel" et d'être "possédé par un revanchisme visant à ressusciter un militarisme sourd aux voix des peuples de la région".

Contacts limités

Depuis le début de la crise nucléaire nord-coréenne et du contentieux des enlèvements de ressortissants japonais pendant la Guerre froide, Pyongyang et Tokyo n'ont pas de relations diplomatiques.

A six semaines de ses adieux au pouvoir, Junichiro Koizumi a déclenché une nouvelle fois l'ire de ses voisins en visitant mardi le sanctuaire du Yasukuni à Tokyo le jour anniversaire de la reddition du Japon impérial en 1945.

Victimes du militarisme nippon au siècle dernier, Chinois et Coréens considèrent comme une grave insulte qu'un Premier ministre japonais se recueille dans un sanctuaire où sont honorées les âmes de 14 criminels de guerre condamnés par les Alliés après 1945, parmi celles des 2,5 millions de Japonais tombés au champ d'honneur depuis 1853.
NOUVELOBS.COM | 16.08.06 | 18:43

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jeudi 12 octobre 2006, 19h26 Villepin: "ce n'est pas une bonne chose de légiférer" sur les "questions d'histoire et de mémoire"

POINTE-A-PITRE, Guadeloupe (AP) - "Ce n'est pas une bonne chose de légiférer" sur les "questions d'histoire et de mémoire", a estimé jeudi le Premier ministre Dominique de Villepin, en déplacement à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, au sujet du vote de la proposition de loi punissant la négation du génocide arménien.

Concernant "le projet de loi qui est actuellement en discussion, -et nous sommes au début du processus parlementaire-," le Premier ministre a déclaré à France Info, que cela posait "une question difficile", "celle de légiférer sur les questions d'histoire et de mémoire".

"Compte tenu de l'expérience qui est la nôtre, nous savons que ce n'est pas une bonne chose que de légiférer sur ces questions", a-t-il poursuivi, avant d'ajouter: "donc c'est une position de principe que nous défendons". AP
Yahoo.fr, actualités, jeudi 12 octobre 2006, 19h26

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mardi 7 novembre 2006, 19h49 Gollnisch reconnaît que la Shoah est un crime contre l'humanité

LYON (Reuters) - Le numéro 2 du Front national, Bruno Gollnisch, a reconnu mardi la réalité de la Shoah et l'utilisation des chambres à gaz dans l'extermination des juifs pendant la Seconde guerre mondiale.

Bruno Gollnisch a répondu par l'affirmative à une interpellation de Me Alain Jakubowicz, avocat de la Licra, de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et de l'amicale des déportés d'Auschwitz au premier jour de son procès pour "contestation de crime contre l'humanité".

L'avocat lui a proposé d'abandonner les poursuites s'il consentait à reconnaître que l'extermination des juifs en Europe constituait un crime contre l'humanité perpétré notamment par l'utilisation des chambres à gaz dans les camps de concentration.

"Tout à fait, ma réponse est affirmative", a déclaré Bruno Gollnisch après un long silence.
"J'ai peut-être réveillé sa conscience", s'est réjoui Me Jakubowicz. "Pour moi, c'est la plus belle des victoires que les Français puissent entendre le n°2 du Front National reconnaître expressément la Shoah".

Bruno Gollnisch est poursuivi pour des propos polémiques sur l'existence des chambres à gaz, notamment, lors d'une conférence de presse au siège lyonnais du FN, en octobre 2004.
Il encourt une peine d'un an de prison et 45.000 euros d'amende. La légalité d'une éventuelle sanction d'inéligibilité dans ces dossiers n'est en revanche pas certaine.

"DISCOURS NÉGATIONNISTE"

"J'ai déjà reconnu des choses bien plus précises et je ne vois là rien de nouveau", a-t-il déclaré en marge de l'audience.
"C'est grotesque et ridicule de considérer qu'il s'agisse d'une victoire pour les parties civiles et je suis étonné qu'il ait fallu deux ans pour enfoncer des portes ouvertes", a-t-il ajouté.

Avant ce rebondissement, Bruno Gollnisch contestait les propos qui lui avaient été prêtés tout en revendiquant son droit à la liberté d'expression.
Le dirigeant frontiste estime que les journalistes qui assistaient à la conférence de presse avaient voulu par leurs questions l'amener "sur ce terrain pour (lui) mettre la moustache d'Hitler et la casquette d'un SS".
Aucun enregistrement audio ou vidéo n'avait été réalisé lors de cette rencontre.

Ces faits lui ont déjà valu une exclusion pour cinq ans de l'université Jean Moulin Lyon 3, où il assurait des cours de civilisation japonaise. Le Parlement européen a par ailleurs accepté de lever son immunité pour ce procès.

Le président du tribunal a repris une par une les phrases citées dans les notes manuscrites des journalistes en notant que plusieurs avaient relevé les mêmes phrases.(notedt: 11 octobre 2004, le numéro deux du Front national aurait dit: "Il n'y a aucun historien sérieux qui adhère intégralement aux conclusions du procès de Nuremberg, je pense que sur le drame concentrationnaire la discussion doit rester libre. L'existence des chambres à gaz, c'est aux historiens d'en discuter". )
"Alors, ils sont coupables et sont les provocateurs à la commission d'un fait délictuel", a répliqué Bruno Gollnisch.

Pour les parties civiles, ce procès fait "tomber le masque" de Bruno Gollnisch.
"Même si aujourd'hui il tente de revenir sur ses propos, il tient un véritable discours de négationniste. Le discours d'un antisémite et d'un raciste", a estimé Me Jakubowicz.
Yahoo.fr, actualités, mardi 7 novembre 2006, 19h49

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mercredi 8 novembre 2006, 21h43 10.000 euros d'amende requis contre Bruno Gollnisch à Lyon

LYON (Reuters) - Le procureur a requis mercredi une amende de 10.000 euros contre Bruno Gollnisch, jugé depuis la veille pour ses propos contestés sur le génocide des juifs durant la seconde guerre mondiale.

Le Procureur de la République de Lyon, Bernard Reynaud, a estimé que les propos tenus par le numéro 2 du Front national le 11 octobre 2004 au cours d'une conférence de presse constituaient une contestation de crime contre l'humanité et relevait de la loi Gayssot.

Pour le magistrat, "quand Bruno Gollnisch affirme qu'il reconnaît l'existence des chambres à gaz, mais qu'il n'est pas un spécialiste et qu'il appartient aux historiens d'en débattre, il exprime un doute.

"C'est une insinuation, une forme déguisée, dubitative qui crée le doute" a-t-il poursuivi. "C'est dans ce sens que je crois que M. Gollnisch a passé la ligne jaune, qu'il a commis une faute, qu'il a dérapé", a conclu le procureur.
Le jugement a été mis en délibéré.
Yahoo.fr, actualités, mercredi 8 novembre 2006, 21h43

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13 décembre 2006, 17:31 Conférence sur l'Holocauste : Paris n'exclut pas des poursuites contre Robert Faurisson

Le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a indiqué mercredi 13 décembre que Paris étudierait "toutes les voies de droit pour poursuivre" l'ancien universitaire Robert Faurisson "en fonction des propos qu'il aura tenus" lors de la conférence très controversée qui se tient en Iran sur l'Holocauste.

"Nous allons étudier toutes les voies de droit pour poursuivre M. Faurisson en fonction des propos qu'il aura tenus à l'étranger concernant l'Holocauste", a mis en garde le chef de la diplomatie lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.

Robert Faurisson "a déjà proféré des thèses négationnistes. Pour cela, il a été poursuivi par la justice française et a été radié de l'université française", a rappelé Philippe Douste-Blazy.

Le ministre a une nouvelle fois condamné la conférence organisée par Téhéran. Elle "est inacceptable sur le plan historique, sur le plan moral et sur le plan politique", a-t-il sévèrement tancé.
Yahoo.fr, actualités, Jerusalem Post édition française, 17:31 | 13 décembre, 2006

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HOLOCAUSTE L'ONU adopte une résolution condamnant le négationnisme NOUVELOBS.COM | 27.01.2007 | 10:28

Les Nations unies ont adopté vendredi (26 janvier 2007) une résolution condamnant la négation de la Shoah. Seul l'Iran s'y est opposé.

A la veille de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté vendredi 26 janvier une résolution condamnant la négation de la Shoah.

Seul l'Iran s'y est opposé, estimant qu'il s'agit d'une tentative des Etats-Unis et Israël d'instrumentaliser l'atrocité de ce crimes dans leur propre intérêt politique.

La résolution, proposée par Washington (notedt, AFP, "Le texte, proposé par les Etats-Unis et parrainé par 103 des 190 pays a été adopté par consensus, c'est-à-dire sans vote") et approuvée par consensus, "condamne sans réserve toute négation de l'Holocauste".

La résolution ne vise aucun pays en particulier, mais les Etats-Unis et Israël ont estimé que l'Iran devrait en prendre note, surtout après la conférence sur la Shoah à caractère négationniste qu'il avait organisée le mois dernier.

Mais le représentant iranien a maintenu vendredi la position de son pays selon laquelle l'étendue de la Shoah devrait être examinée de plus près. "Seule une étude objective de ce qui est arrivé dans le passé peut garantir que de tels crimes ne se reproduiront jamais", s'est justifié Hossein Gharibi, accusant Israël de "tenter d'exploiter les souffrances du peuple juif dans le passé pour couvrir les crimes qu'il a perpétré ces six dernières décennies contre les Palestiniens".

Une position qui selon les Etats-Unis et Israël ne fait qu'approfondir l'isolation de l'Iran, frappé de sanctions par le Conseil de sécurité de l'ONU pour son refus de suspendre son programme nucléaire.

Devoir de mémoire

"Alors que les nations du monde se réunissent ici pour affirmer l'historicité de l'Holocauste avec l'intention de ne plus jamais permettre un génocide, un membre de cette assemblée est en train d'acquérir les capacités d'en réaliser un lui-même", a déclaré l'ambassadeur israélien auprès de l'ONU, Dan Gillerman, rappelant que le président iranien a déclaré par le passé qu'Israël devrait être "rayé de la carte".

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé au devoir de mémoire face à cette "tragédie unique indéniable" afin que "les nouvelles générations connaissent cet événement historique".
"Le travail de mémoire rend hommage à ceux qui ont péri; mais il joue aussi un rôle vital pour nos efforts visant à barrer la route à la cruauté humaine", a-t-il déclaré dans un communiqué à l'occasion de la deuxième cérémonie commémorative de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, samedi.
"De plus, cela constitue une réponse essentielle à ces individus malavisés qui prétendent que l'Holocauste n'a jamais eu lieu ou a été exagéré", a-t-il rajouté, sans citer le régime iranien. (AP)
NOUVELOBS.COM | 27.01.2007 | 10:28

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Négationnisme : l'Italie fait marche arrière. Pressé par les historiens, le gouvernement renonce à créer un délit de «négation de la Shoah». Par Eric JOZSEF, Libération, QUOTIDIEN : samedi 27 janvier 2007, p. 8

Symboliquement, la mesure devait être adoptée avant le 27 janvier (2007), Journée de la mémoire de l'Holocauste.

Mais jeudi, le gouvernement de Romano Prodi a préféré renoncer.
Le délit de «négation de la Shoah» ne sera pas introduit dans le code pénal transalpin.

A l'occasion du dernier Conseil européen des ministres de l'Intérieur et de la Justice, qui s'est tenu à la mi-janvier à Dresde et au cours duquel l'Allemande Birgite Zypries avait demandé à l'UE d'adopter des sanctions contre les révisionnistes, le garde des Sceaux transalpin, Clemente Mastella, avait pourtant enchéri : «La civilisation européenne a le devoir de dire non au négationnisme. Il ne peut y avoir de liberté d'opinion quand il s'agit d'incitation à la haine raciale.» Et d'annoncer, dans la foulée, la présentation d'un texte allant dans ce sens au Conseil des ministres italien.

Mais la proposition a provoqué un véritable tollé parmi les historiens.

A l'appel du professeur Marcello Flores, 150 d'entre eux, parmi lesquels Carlo Ginzburg ou Claudio Pavone, ont publié un manifeste intitulé : «Contre le négationnisme, pour la liberté de recherche», dans lequel ils dénoncent le risque d'établir «une vérité historique d'Etat».
Pour eux, les lois en vigueur «suffisent à poursuivre les comportements criminels» en la matière. «Aujourd'hui, c'est le négationnisme qu'on cherche à punir, mais demain ?» s'interrogeait l'historien Angelo d'Orsi.

Devant cette levée de boucliers, Clemente Mastella a fait marche arrière. D'autant que, au sein même de la majorité de centre gauche, certains voyaient d'un mauvais oeil un texte pouvant apparaître comme liberticide.

Quant à la communauté juive, elle s'est divisée. Certains de ses représentants ont estimé qu'après les lois raciales adoptées en 1938 par le régime fasciste de Benito Mussolini ils n'avaient pas besoin de nouvelles «lois spéciales». A l'inverse, Amos Luzzatto, ex-président des communautés juives italiennes, est convaincu que «nier l'Holocauste doit être un délit».

Prévoyant initialement une peine de douze ans de réclusion pour les négationnistes, le garde des Sceaux a ensuite évoqué l'idée de considérer la remise en cause de la Shoah comme une circonstance aggravante dans le cas de procès pour incitation à la haine raciale.
Au bout du compte, le gouvernement s'est contenté de durcir les normes existantes. La diffusion d'idées fondées «sur la supériorité et la haine raciales ou ethniques» sera désormais sanctionnée d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison. Au lieu d'un an et demi de réclusion ou une amende de 6 000 euros dans le «délit d'opinion» tel que l'avait révisé le gouvernement Berlusconi, début 2006.

Le projet de loi qui doit encore être adopté par le Parlement prévoit également la création auprès du chef du gouvernement d'un Observatoire sur l'antisémitisme. Le porte-parole de la communauté juive de Rome, Riccardo Pacifici, a salué ce «texte important». En attendant désormais une initiative européenne sur le négationnisme.
Par Eric JOZSEF, Libération, QUOTIDIEN : samedi 27 janvier 2007, p. 8

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L'historien attaquait en diffamation l'ancien garde des Sceaux. Faurisson, négationniste impénitent face à Badinter Par Christophe BOLTANSKI, Libération, QUOTIDIEN : mardi 13 mars 2007

Quand Robert Faurisson pénètre dans le tribunal encore vide, il prend place du côté des prévenus, à la gauche de la barre. Par habitude. Il a tant de fois été condamné pour négationnisme ou apologie de crimes de guerre. Aujourd'hui, pourtant, c'est lui qui attaque. Il poursuit l'ancien garde des Sceaux, Robert Badinter, celui-là même qui, en 1981, lui avait fait subir son premier déboire judiciaire. Un quart de siècle plus tard, celui qui nie non seulement l'existence des chambres à gaz, mais aussi la réalité de la Shoah, tente d'inverser les rôles.

Devant la 17e chambre correctionnelle de Paris, l'ancien maître de conférence à Lyon-III accuse l'ex-ministre de lui avoir causé «un préjudice considérable en mentant sciemment» le 11 novembre 2006, sur la chaîne Arte. Invité de l'émission le Forum des Européens, Robert Badinter avait évoqué au détour d'une phrase son passé d'avocat : «Le dernier procès que j'aurai plaidé dans ma vie avant de devenir ministre, c'est le procès contre Faurisson. J'ai fait condamner Faurisson pour être un faussaire de l'histoire.»

Argutie.

Un propos «diffamatoire», selon Faurisson qui, debout, brandit le jugement du 8 juillet 1981. «Je demande où, à quelle page, à quel alinéa, à quelle ligne, il est dit que Robert Faurisson a été condamné pour être un faussaire de l'histoire ? La réponse est : nulle part !» Lors de ce premier procès, les juges avaient estimé qu'il avait «manqué aux obligations de prudence, de circonspection objective et de neutralité intellectuelle qui s'imposent au chercheur qu'il veut être», qu'il avait même «volontairement tronqué certains témoignages». Mais le tribunal avait estimé «ne pas avoir à rechercher si un tel discours constituait ou non une falsification de l'histoire».

C'est cette argutie juridique qui lui permet de traîner en justice «l'ancien garde des Sceaux, l'ancien président du Conseil constitutionnel», comme il se plaît à le rappeler. Il réclame 15 000 euros de dommages et intérêts et la lecture du jugement sur Arte. La situation semble le réjouir. Cet homme de 77 ans, le crâne garni de deux petites touffes blanches, qui en parlant de lui-même dit «Faurisson», s'enflamme à mesure qu'il ressort ses vieilles antiennes sur «les prétendues chambres à gaz et le prétendu génocide des Juifs». Le président, Nicolas Bonal, lui rappelle que ces mêmes propos lui ont valu d'être condamné. En vain. C'est un négationniste impénitent qui revendique haut et fort un brûlot antisémite, posté en ligne et cité par un témoin de la défense. «J'en suis l'auteur, j'en suis l'auteur !» crie-t-il à propos d'un texte intitulé Je bois du petit lait qui compare l'Holocauste à une «baudruche» qu'il faut crever et ajoute : «C'est un bidon fondamental, ce grand martyr de la race juive.»

Assis en face de lui, Robert Badinter parvient difficilement à contenir sa colère. «C'est un fou !» murmure-t-il plusieurs fois. Debout à son tour devant les juges, il explique que l'émission d'Arte portait sur un tout autre sujet : les menaces des intégristes sur la liberté d'expression. Interrogé «à la fin, presque à l'improviste» sur les lois mémorielles, il a réitéré les réserves qu'il partage avec les historiens et rappelé qu'en tant qu'avocat de la Licra, la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme, il avait réussi à faire condamner Faurisson bien avant la loi Gayssot.

Plaidoirie.

Le 22 juin 1981, il n'avait pas cessé de traiter dans sa plaidoirie l'universitaire de «faussaire de l'histoire». Deux jours plus tard, nommé garde des Sceaux par Mitterrand, il avait quitté le barreau pour la chancellerie. Lors du jugement, le 8 juillet, il était assailli par ses nouvelles tâches. «J'ai été certainement avisé du résultat. [...] Je ne suis pas sûr d'avoir lu le jugement. [...] Pour un article, j'aurais vérifié. Sur un plateau de télévision, vous répondez en fonction de vos souvenirs.»

Voilà pour la forme. Sur le fond, il ne regrette rien. Dans la décision de 1981, un attendu, raconte-t-il, le concerne personnellement. «C'est celui qui évoque les survivants et les enfants de celles et de ceux qui ont disparu dans le génocide. Je suis de ceux-là.» Il poursuit sans parvenir à contenir son émotion : «J'avais 13 ans quand mon oncle a été arrêté au domicile que nous venions de quitter, en octobre 1941 . Il a été dénoncé et envoyé à Drancy et, de là, a disparu. J'avais 14 ans quand ma grand-mère paternelle a été arrêtée à son domicile par des policiers français sur ordre de Bousquet. C'était au début de l'automne 1942. Elle avait 80 ans. On l'a descendue sur une civière, envoyée à Drancy, déportée, et on n'a plus eu de ses nouvelles. J'allais avoir 15 ans quand mon père a été arrêté à Lyon ; [...] bien entendu, nous n'avons jamais eu de ses nouvelles.» Il raconte comment, à la Libération, il allait au Lutetia interroger les survivants, comment, plus tard, il a récité le kaddish dans le camp de Sobibor, tombeau de son père. Faurisson est coupable de «l'une des pires entreprises de faussaires de l'histoire... On en est arrivé à dire que ces gens sont morts du typhus, sous les bombardements alliés. Par hasard». Il hausse la voix, se tourne vers son accusateur : «Que les choses soient claires. Pour moi, jusqu'à la fin de mes jours, tant que j'aurai un souffle, vous et ceux de votre espèce ne serez jamais que des faussaires de l'histoire la plus tragique.»

Témoins.

Robert Badinter a obtenu que cette audience , qui s'achèvera le 2 avril, soit filmée «pour l'histoire». Ses témoins ­ des historiens, comme Annette Wieviorka, le romancier Didier Daeninckx... ­ démontent les méthodes falsificatrices du plaignant qui usurpe jusqu'à son titre de «professeur d'université». Valérie Igounet, auteur d'une histoire du négationnisme en France, explique : «Faurisson part de son postulat que les chambres à gaz n'existent pas et, à partir de ce postulat, il va interpréter les faits.» Tous soulignent aussi sa «phobie antisémite» exprimée récemment lors d'une conférence négationniste sur l'Holocauste à Téhéran où il vitupère contre «la juive Simone Veil» ou le «juif Fabius».

Après avoir détaillé comment le plaignant «triture, tronque et falsifie», l'historienne Nadine Fresco conclut qu'il faut «apprendre à vivre avec ces faussaires» tout en continuant «à travailler et à les combattre». Car, ajoute-t-elle : «ils procèdent par scandales» . «On est dans le chagrin, eux sont dans la jouissance. Et leur jouissance semble immense.»
Libération, 13 mars 2007, p. 16, Christophe Boltanski

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«J'ai été karchérisé» Alain Morvan voulait débarasser l'Université de Lyon 3 «de son négationnisme et de son affairisme» (DR)
Alain Morvan, le recteur de l'académie de Lyon limogé ce mercredi, s'opposait depuis des mois à l'ouverture d'un collège-lycée musulman, un projet «mal ficelé» selon lui. Il s'estime victime de Nicolas Sarkozy, qui a fait pression en faveur de l'ouverture de cet établissement •
Par Alice GERAUD, LIBERATION.FR : mercredi 21 mars 2007

«J’ai été karchérisé». Alain Morvan , recteur de l’académie de Lyon, résume ainsi son limogeage mercredi matin en Conseil des ministres pour manquement répété à son obligation de réserve. « Je ne veux pas citer de noms pour ne pas m’attirer davantage d’ennuis », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse au rectorat. Néanmoins, Alain Morvan explique à demi-mots que sa révocation a bel et bien été décidée par le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy.

Depuis le mois de juin dernier, le recteur était en conflit de plus en plus ouvert avec le ministre concernant le projet d’ouverture d’un collège-lycée musulman en banlieue lyonnaise. Selon le recteur, ce projet était « mal ficelé », tant sur les questions de sécurité que sur l’organisation pédagogique.

« J’ai senti une insistance très forte de l’Intérieur (avec un grand « I ») pour que je baisse les genoux ». « Il me semble pourtant que mon autorité de tutelle est le Ministère de l’Education Nationale », ironise le recteur.

En août dernier, il avait été convoqué place Beauveau pour se voir rappeler que s’opposer à l’ouverture de ce lycée était « un combat perdu d’avance ». Or, non seulement le recteur a déposé plusieurs recours contre ce lycée mais, lorsque l’établissement a fini par avoir son autorisation d’ouverture le mois dernier, il a publiquement dénoncé les méthodes de Nicolas Sarkozy.

« On m’a demandé de me faire sans jamais m’expliquer pourquoi. On me reproche de parler au nom des valeurs républicaines. Il me semble que c’est justement mon devoir », rétorque aujourd’hui le recteur. Selon lui, le droit de réserve s’applique en matière d’élections, de partis, d’hommes politiques, «mais pas pour les valeurs ».

Depuis son arrivée au rectorat de Lyon en 2002, cet homme au verbe haut s’était illustré par sa volonté de « nettoyer », selon ses propres termes, « l’Université Lyon 3 de son négationisme et de son affairisme ». Il a notamment été à l’origine des sanctions disciplinaires contre le numéro 2 du FN et enseignant à Lyon 3 Bruno Gollnisch, suite à ses propos sur les chambres à gaz.

Ses rapports étaient depuis plus que houleux avec la présidence de cette université, la seule, à Lyon, à ne pas lui avoir envoyé de message de soutien ce mercredi. Hasard du calendrier, ce même mercredi, un ancien prof de Lyon 3, dans le collimateur du recteur, comparait en correctionnelle pour une affaire de détournement de frais de scolarité.

A 63 ans, ce professeur de littérature anglaise retournera enseigner à Paris 3, « le cœur lourd mais la tête haute ». « Je vis cette révocation comme un honneur, qui justifie les combats que j’ai mené ». Alain Morvan, proche de Jacques Chirac, refuse de commenter le fait que le chef de l’Etat ait validé sa révocation. « Je garde beaucoup de respect pour le Président de la République », a-t-il simplement indiqué.
Par Alice GERAUD, LIBERATION.FR : mercredi 21 mars 2007

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lundi 2 avril 2007, 15h25 Au procès Faurisson/Badinter, le parquet qualifie Faurisson de "faussaire"

PARIS (AFP) - Le parquet de Paris a conclu lundi que Robert Faurisson, maintes fois condamné pour négationnisme, était bien "un faussaire" de l'Histoire, comme l'a affirmé en novembre 2006 l'ancien ministre Robert Badinter, ce qui lui vaut d'être poursuivi en diffamation par l'ancien universitaire.

Le parquet a ainsi demandé au tribunal de "débouter" M. Faurisson de ses demandes.

La 17e chambre correctionnelle, qui siégeait en matière civile, a mis son jugement en délibéré au lundi 21 mai. Au civil, le parquet ne prononce pas de réquisitions mais peut exposer son point de vue.

M. Faurisson estime que l'ancien président du Conseil constitutionnel l'a diffamé le 11 novembre dans une émission d'Arte lorsqu'il a affirmé que "le dernier procès" qu'il avait plaidé avant de devenir garde des Sceaux en 1981 "c'est le procès contre Faurisson". "J'ai fait condamner Faurisson pour être un faussaire de l'histoire", avait-il dit.

M. Badinter faisait référence à un jugement du 8 juillet 1981.

Ce jugement "est un réquisitoire totalement implacable qui vous a donné l'ensemble des attributs du faussaire", a affirmé le procureur adjoint de Paris François Cordier en s'adressant au tenant des thèses révisionnistes.

"Votre condamnation n'était pas fondée sur des considérations morales comme vous le soutenez aujourd'hui mais parce que vous avez falsifié l'histoire", a ajouté M. Cordier.

L'un arguments de M. Faurisson et de sa défense est que le terme de "faussaire" n'apparaît pas dans le jugement de juillet 1981. "Le tribunal l'a en effet jugé sans le dire", a rétorqué le procureur.

"Ses raisonnements, ses analyses, ses conclusions sont faussés", a estimé M. Cordier à propos des thèses de l'universitaire, qualifiant le procès intenté par le négationniste d'"imposture, de tentative de mystification".

S'adressant au tribunal, M. Cordier a conclu: "Vous direz que tous ces enfants, toutes ces femmes, tous ces vieillards, tous ces hommes qui n'ont été arrêtés, déportés, exterminés que parce qu'ils étaient juifs, tziganes ou encore malades mentaux demeureront éternellement dans notre mémoire qui est leur unique sépulture".

M. Faurisson réclame 15.000 euros à M. Badinter et la lecture du jugement sur la chaîne franco-allemande.
Yahoo.fr, actualités, lundi 2 avril 2007, 15h25

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Bruno Gollnisch condamné à 3 mois de prison avec sursis
Reuters - Jeudi 28 février, 11h14LYON (Reuters) -

La cour d'appel de Lyon a condamné à trois mois de prison avec sursis et 5.000 euros d'amende le numéro 2 du Front national Bruno Gollnisch pour "contestation de l'existence de crime contre l'humanité".

La cour a ainsi confirmé en appel la peine prononcée en première instance par le tribunal correctionnel de Lyon le 18 janvier 2007.

Bruno Gollnisch était poursuivi pour avoir tenu, le 11 octobre 2004 dans une conférence de presse, des propos controversés sur les chambres à gaz.

"Il n'existe plus aucun historien sérieux qui adhère intégralement aux conclusions du procès de Nuremberg", avait-il notamment déclaré, estimant que, "sur la façon dont les gens sont morts, les historiens ont le droit d'en discuter".
"L'existence des chambres à gaz, c'est aux historiens d'en discuter", avait-il ajouté.
L'élu du Front national n'était pas présent à l'audience de la cour d'appel.

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Politique Les députés renoncent à écrire l'histoire AP | 18.11.2008 | 18:20

Après le vote de lois sur le génocide arménien ou sur le "rôle positif" de la colonisation, les députés semblent prêts à renoncer à écrire l'histoire par la loi.
La mission d'information sur les questions mémorielles estime en tout cas, dans son rapport publié mardi, que "le Parlement doit désormais renoncer à la loi pour porter une appréciation sur l'histoire".

La commission présidée par le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer juge qu'il "n'appartient pas aux majorités politiques de porter une appréciation sur des faits du passé" ni de "remettre en cause la liberté d'expression et d'opinion" en imposant des sanctions pénales pour ceux qui exprimeraient leur désaccord avec la version "légale" d'un fait historique.

Le Parlement "n'a pas à outrepasser le domaine de la loi en prescrivant le contenu des programmes d'histoire", ajoute le rapport, citant en particulier le texte qui demandait aux enseignants d'évoquer le "rôle positif" de la colonisation, disposition "déclassée" par le Conseil Constitutionnel en janvier 2006.

Ce rapport contredit le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos qui avait suggéré le 28 octobre, avant de se rétracter le lendemain, que le contenu des programmes "soit prescrit par la représentation nationale".

Pour autant, les parlementaires n'entendent pas remettre en cause les lois "mémorielles" actuelles: celle de 1990 visant à réprimer le racisme, la xénophobie et l'antisémitisme, celle de janvier 2001 sur le génocide arménien, celle de mai 2001 sur la reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité et celle de février 2005 sur la colonisation.

Ils estiment aussi que le Parlement devrait utiliser la Constitution modifiée pour adopter des résolutions, qui seront "un meilleur outil d'expression" que la loi pour évoquer les événements importants ou souligner les valeurs républicaines.

Après la polémique soulevée par la proposition de l'historien André Kaspi de réduire le nombre de journées de commémorations nationales, les députés demandent d'être associés à "toute modification significative du calendrier commémoratif".

Sur ce point, ils prônent une "redynamisation" des commémorations et en particulier de la Fête de l'Europe (9 mai): la commission suggère que ce soit "l'occasion de célébrer les jumelages à travers toute l'Europe en développant les échanges sportifs, culturels et humanitaires". AP

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Mgr Williamson/négationnistes: réactions AFP 23/01/2009 | Mise à jour : 16:12 | lefigaro.fr

La Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) et le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) ont condamné aujourd'hui les propos négationnistes de l'évêque intégriste britannique Mgr Richard Williamson.

Cet évêque, l'un des quatre ordonnés par Mgr Marcel Lefebvre dont l'excommunication pourrait être levée prochainement par un décret du pape Benoît XVI, a affirmé dans une interview à la télévision suédoise que les juifs n'étaient pas morts dans les chambres à gaz.

Dans un communiqué diffusé aujourd'hui, la Licra "proteste vivement" contre la décision du pape de réhabiliter Mgr Williamson.

"En niant l'existence des chambres à gaz et le nombre de victimes de la Shoah, Mgr Williamson fait incontestablement partie du clan des falsificateurs de l'histoire", écrit la Licra.

"Une telle réhabilitation est un recul inquiétant dans la politique menée par l'Eglise contre l'antisémitisme depuis le concile Vatican II", ajoute-t-elle.

De son côté le Crif "s'indigne" des déclarations de Mgr Williamson, le qualifiant de "méprisable menteur qui n'a pas d'autre objectif que de réveiller la haine multiséculaire contre les juifs".

"Le Crif, organisation juive, n'a pas à porter de jugement sur la levée de l'excommunication des évêques intégristes", précise-t-il dans son communiqué. Il souligne que "les positions de cet homme sont ultra minoritaires dans l'Eglise catholique et que c'est dans ces moments difficiles que le dialogue judéo-catholique prend toute sa signification".

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Polémique après le retour des évêques lefebvristes Jean-Marie Guénois 26/01/2009 | Mise à jour : 07:09 | lefigaro.fr

Au lendemain de la levée par Benoît XVI de l'excommunication de quatre évêques intégristes, les propos négationnistes tenus par l'un d'entre eux, Mgr Richard Williamson, attisent la polémique.

La polémique est mondiale.

Les propos négationnistes de Mgr Richard Williamson, un des quatre évêques lefebvristes qui a bénéficié, samedi, de la levée romaine de l'excommunication qui les frappait depuis 1988, ne passent pas.

Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité Saint Pie X, a certes pris ses distances - «Je déplore ses propos, ils n'engagent pas la Fraternité» -, mais le cardinal André Vingt-Trois, président de la conférence des évêques de France, a reconnu, samedi, «qu'un certain nombre de catholiques vont avoir une arête en travers de la gorge devant les propos de Williamson. Moi aussi, j'ai une arête en travers de la gorge. »

La communauté juive, à l'image de beaucoup, est profondément scandalisée.

Le rabbin David Rosen, président du Comité juif international pour les consultations interreligieuses, a même estimé que «tant que le Vatican n'exige pas la rétractation (de ces propos), c'est l'Église tout entière qui est contaminée». Le parquet de Ratisbonne, en Allemagne, a ouvert une enquête pénale à l'encontre de l'évêque.

Dimanche, Benoît XVI, lors de l'angelus dominical, a choisi de ne pas entrer dans cette polémique ni même de commenter sa décision alors que ce rendez-vous hebdomadaire donne souvent lieu à des observations publiques sur l'actualité.

À la même heure, en revanche, les conversations de sorties de messes allaient bon train sur les parvis entre catholiques. À Paris, dans les deux paroisses les plus symboliques de cette affaire, les sentiments étaient très différents mais l'embarras était commun.

À Saint-Nicolas-du-Chardonnet les sourires dominaient. Agnès et Franck Lobignat, jeune couple avec deux enfants, se disaient «ravis» de la levée de l'excommunication, mais en «totale désolidarisation» devant les thèses de Mgr Williamson. «Il n'a pas du tout le soutien des fidèles de la Fraternité», précisaient-ils.

Doublement sonné

A quelques centaines de mètres, Bertrand Cavalier, un des piliers de la paroisse Saint-Séverin, témoin, à l'époque, des «grandes souffrances» de la crise qui déchira les fidèles de ce qui était alors une paroisse unique en deux églises, confiait, un brin résigné : «Qui ne souhaite pas se réconcilier ?» Mais ajoutait «ça nous laisse un peu d'incompréhension». Sans parler de son malaise profond pour l'affaire Williamson qui ajoutait nettement au trouble.

Plus largement, les évêques de France, partageant cette totale réprobation des propos de Mgr Williamson, évitaient de se prononcer publiquement avant d'évaluer les conséquences théologiques et pastorales posées par cette décision papale qui les a tous pris de court.

Aucun, en effet, n'en a été informé au préalable. Il n'y a pas eu, comme en 2007, une lettre spécifique que Benoît XVI avait pris soin de leur écrire pour leur expliquer sa décision de rétablir la messe du missel de 1962 (dite en latin) comme «rite extraordinaire» dans l'Église.

Une Église de France doublement sonnée donc. Par la polémique Williamson - cet anglican converti, redouté au sein même de la Fraternité Saint Pie X, pour ses déclarations extrêmes - et par «la secousse» que le cardinal André Vingt-Trois a reconnue. Même si, constatait un autre évêque : ce choc est diversement ressenti «selon les générations» qui ont connu ou pas la crise intégriste.

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Libération 31 janvier 2009 p. 16 Show ~ Alors que des jeunes juifs manifestaient, l'historien révisionniste était dans la salle.

Dieudonné se redonne en spectacle douteux sous l' œil de Faurisson

Dieudonné-Faurisson, acte II. Comme en décembre, l'historien révisionniste, Robert Faurisson, a assisté au spectacle de l'humoriste donné dans son théâtre de la Main d'Or. Mais jeudi soir, pas de montée sur scène pour le vieil homme de 80 ans, resté sagement assis dans un coin de la salle. Le profil bas était de rigueur. Pas question de faire de grande démonstration. Même pas de provoquer la dizaine de jeunes de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) venus en début de soirée tracter pour dénoncer le show "d'une étoile montante de l'extrême draite». Ceux-ci tentent d'instaurer, sans grand succès, un dialogue avec les spectateurs.

L'assistant de Dieudonné, jacky, fait son apparition en robe de chambre rose ornée d'une étoile jaune. L'étoile pour dénoncer l'omniprésence de la Shoah dans la mémoire collective. La robe rose pour attaquer Bertrand Delanoë.

Blancs d'un certain âge, caricatures de skinheads, jeunes Beurs et Noirs : un casting contrasté. 20h30: le spectacle va debuter. A l'extérieur, la tension monte. «Dégagez, je ne vous écoute pas», lance la serveuse du théâtre aux jeunes juifs. «Nous ne faisons qu'un acte citoyen», lui rétorque l'un d'eux.

Le videur presse les spectateurs de rentrer. En réponse, un homme ramène des fac-similés du quotidien régional La République du Centre : «Il y a soixante ans la fin des camps». «Vous voyez, vous ne pouvez pas nous accuser de négationnisme», ironise-t-il. Quelques heures plus tard, sur ce même trottoir. il s'en moquera: «Ce sont les tracts de l'ennemi, un tissu de conneries. Très drôle.» «Rats d'Hol1ywood». A l'intérieur, la salle est comble. La lumière s'éteint et une voix off met dans l'ambiance. Les spectateurs sont priés d'éteindre leur portable «par respect pour toutes les victimes de la Seconde guerre mondiale». Le comédien en remet une couche: «L'UEJF, j'm'en fous, je les emmerde.» Sur les planches l'ancien acolyte d'Elie Semoun dézingue à tout va devant une salle pliée en deux: les Pygmées, les catholiques, les dirigeants africains corrompus, les seriaI killers, etc.

Tout le monde en prend pour son grade, certes. mais les allusions contre les juifs courent, elles, tout le long du spectacle. Des «rats d'Hollywood» à l'affaire Julien Dray, tous les poncifs antisémites sont exploités jusqu'à la corde. Dieudonné en a après ce qu'il appelle "la fine équipe" : liera, UEJF, associations des droits de l'homme, etc.

Une heure après la levée de rideau, l'assistant de Dieudonné. Jacky, fait son apparition en robe de chambre rose, ornée d'une étoile jaune. L'étoile pour dénoncer l'omniprésence de la Shoah dans la mémoire collective. La robe rose pour attaquer Bertrand Delanoë, le maire de Paris (PS), qui cherche à interdire l'histrion de tribune publique. Quand Jacky a accueilli Robert Faurisson en décembre, il était vêtu d'un pyjama avec une étoile. Le comédien explique tristement que les policiers ont mis son pyjama sous scellés et l'ont retenu deux jours, «injustement».

Des provocations pas toujours com­préhensibles pour une partie du pu­blic. Quand Dieudonné rappelle son «happening» au Zénith, une jeune fille se penche à l'oreille de sa copine et lui demande, entre deux rires: «Mais c'est qui ce Faurisson ?»

Autographes. A la fin du show, après le départ d'une bonne partie du public, un autre spectacle prend forme. Au bar et dans la petite salle de restaurant, les initiés se lâchent: lobby juif, négationnisme, propagande d'extrême-droite, tout y passe. Parmi les convives, se trouvent Marc Robert, Marc George de son vrai nom, ex-candidat FN aux dernières municipales à Nice, Ginette Skandrani, cofondatrice des Verts, exclue pour «cryptonégationnisme» ou encore Michele Renouf, ancienne reine de beauté, connue pour ses propos négationnistes dans diverses conférences.

Mais la vedette est sans conteste Robert Faurisson. Tout le monde essaie de le photographier, mais la garde rapprochée veille et insiste régulièrement pour interdire tout flash. Après avoir signé des autographes, Dieudonné rejoint tout ce monde à une table pour déguster poulet et gambas grillés avec celui qui conteste depuis trente ans la réalité de l'Holocauste. MATHIEU GALT1ER et STÉPHANIE GOUTTE

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L'évêque négationniste Williamson persiste 07.02.2009, 22h49 | Mise à jour : 23h06 leparisien.fr

L'évêque Richard Williamson persiste.
Il a refusé de renier ses propos négationnistes. Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire allemand «Der Spiegel» à paraître lundi mais déjà mis en ligne sur Internet, l'évêque britannique ne semble pas avoir entendu les recommandations du Vatican qui lui ordonné de clarifier ses positions sur la question de la Shoah.

Au contraire, à la lecture de cet entretien, Richard Williamson relance la polémique sur la levée par le pape de son excommunication.

Insensible à tous ceux qui lui ont demandé de se rétracter après ses premières déclarations niant l'existence des chambres à gaz, l'évêque intégriste a estimé qu'il lui fallait étudier d'abord les «preuves» historiques avant, éventuellement, de retirer ses déclarations. «Il s'agit de preuves historiques, pas d'émotions. Et si je trouve des preuves alors je rectifierai. Mais cela va prendre du temps», dit-il dans l'interview accordée à Der Spiegel. Cet entretien est le seul qu'il ait accordé, par téléphone, depuis le décret du Vatican, pris en sa faveur le 24 janvier.

Peu après, la levée par le pape de son excommunication et celle de trois autres évêques intégristes, a soulevé une fronde dans de nombreux pays. Elle a suscité un tollé dans la communauté juive et dans les milieux catholiques d'Allemagne où de nombreuses voix se sont élevées contre la décision du Vatican. Devant ce tollé, le Vatican a dû s'expliquer et a assuré que le pape ignorait tout des déclarations négationnistes de l'évêque britannique, Richard Williamson. Lui, il se dit simplement «étonné» de la polémiqué créée par ses déclarations. Leparisien.fr avec AFP

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Un négationniste écope de 6 ans de prison -TF1.fr le 25/02/2009 - 16h33
L'ancien avocat du parti néonazi NPD Horst Mahler a été condamné pour avoir qualifié l'Holocauste de "plus énorme mensonge de l'histoire du monde".

Après l'évèque intégriste Williamson niant l'existence de la Shoah, voici un nouveau cas de propagation des thèses négationnistes. Mais cette fois-ci, elles ont été bloquées net. Une figure de l'extrême droite allemande, l'ancien avocat du parti néonazi NPD Horst Mahler, 73 ans, a été condamné mercredi à six ans de prison ferme pour avoir qualifié l'Holocauste de "plus énorme mensonge de l'histoire du monde".

Horst Mahler, un habitué des prétoires qui fut membre du NPD de 2000 à 2003 mais a quitté ce parti qu'il estimait "désuet" car trop "calqué sur le parlementarisme", a été condamné pour "incitation à la haine raciale" par un tribunal de Munich (sud). Il a été arrêté et incarcéré à l'énoncé du jugement. L'extrémiste, qui s'était lui-même dénoncé au parquet afin d'utiliser son procès comme une tribune pour propager ses thèses, a été condamné pour des propos tenus dans une vidéo, et pour avoir propagé de la littérature négationniste.

Membre fondateur d'un groupe d'extrême-gauche

Avant son engagement à l'extrême droite, Horst Mahler avait été l'un des fondateurs de l'organisation terroriste Fraction armée rouge (RAF), groupe d'extrême gauche violent qui fit la guerre à l'Etat "impérialiste" dans les années 70-80. Cet engagement lui avait d'ailleurs valu de passer dix ans en prison, de 1970 à 1980. Depuis qu'il a rallié l'extrême droite, il a été condamné à plusieurs reprises pour ses provocations. Ainsi en avril 2008 il avait écopé de dix mois de prison pour avoir nié la Shoah et pour avoir salué d'un "Heil Hitler" un animateur juif qui l'interviewait à la télévision. En mai 2004, il avait été condamné à 7.800 euros d'amende pour avoir fait l'apologie des attentats du 11 septembre 2001.

Une procureur allemande avait été limogée l'été dernier d'un poste d'encadrement après avoir estimé à l'occasion d'un énième verdict contre Horst Mahler que ce dernier forçait "le respect" pour sa constance à assumer ses opinions au mépris des lois.

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