Prime à la casserole

Théorie selon laquelle un politique mis en cause, ou, mieux, condamné, par la justice, bénéficierait de la part du peuple Souverain d'une préférence particulière par rapport à un candidat non encore mis en cause, préférence pouvant se traduire par sa réélection : par exemple Dominique Strauss-Kahn, Henri Emmanuelli, Alain Juppé, Patrick Balkany , Jacques Mellick ; mais pas nécessairement Alain Carignon, Laurent Dominati, Xavier Dugoin.

Avril 2003 : Alain Carignon de nouveau en selle, à l'UMP chiraquienne

Législatives 2002 : Malgré les affaires, la politique continue
CENT QUINZE candidats à ces législatives ont eu affaire à la justice. Dans une circonscription sur cinq, les électeurs ont donc eu à se prononcer sur un candidat en fonction de critères judiciaires. Ont-ils sanctionné ou non les « mis en examen » ?
A la lecture des résultats d'hier soir, les électeurs semblent avoir tranché : les ennuis judiciaires ne sont plus « éliminatoires ».
Le cas le plus emblématique est celui de Jean-François Mancel qui a retrouvé hier soir son siège de député de l'Oise. Avec 55,1 % des suffrages, il revient de loin. Les "affaires" le poursuivent depuis 1993. Les électeurs lui ont pardonné les mises en examen et les condamnations.

Fini donc, l'époque où la moindre « inculpation » signait la fin d'une carrière. Celle de Jacques Médecin, par exemple, l'ancien maire de Nice, qui en 1990 avait dû démissionner et partir en cavale après sa mise en examen pour ingérence.

Les bénéficiaires de la « prime à la casserole » passent les scrutins

Fini aussi, l'époque où les ministres, Bernard Tapie (sous Bérégovoy), Michel Roussin, Alain Carignon et Gérard Longuet (sous Balladur), et DSK (sous Jospin), devaient quitter le gouvernement séance tenante pour cause de mise en examen. Depuis, deux d'entre eux, Strauss-Kahn et Longuet, sont revenus en politique, une fois blanchis. Deux autres ont tourné la page, comme Roussin et Tapie, et Carignon, pour l'heure inéligible, rêve d'un retour.
En politique, les « affaires » ne tuent plus… et n'empêchent plus aujourd'hui de devenir ministre.
Le premier tournant a eu lieu aux municipales de 2001. Philippe Séguin, empêtré dans les divisions parisiennes, a découvert ce qu'il a appelé la « prime à la casserole ». Jean Tiberi, malgré les soupçons de fraude électorale et de trafic d'influence dans le dossier des HLM, a perdu son fauteuil de maire de Paris, mais a sauvé sa mairie du Ve . Hier soir il a retrouvé son fauteuil de député.
Le deuxième acte s'est tenu le 21 avril dernier (2002). Ceux qui pensaient, Jospin en tête, que les « affaires » allaient empêcher la réélection de Jacques Chirac se sont trompés.

Jean-Pierre Raffarin a choisi de surveiller les CV de tous ses futurs ministres

Avec 19 % des voix, c'est le président « convoqué » qui a viré en tête du premier tour.
Dans la foulée, le gouvernement Raffarin a nommé aux Affaires européennes un ministre mis en examen pour « blanchiment » et « infraction à la loi sur le financement des partis politiques ». Bourde ou volonté d'installer la « présomption d'innocence » en nouvelle jurisprudence ?
Un bras de fer a, en tout cas, opposé toute la semaine dernière l'Elysée à Matignon sur la règle « Balladur ».
Même s'il se défend d'avoir tranché la question de la jurisprudence "Balladur", le Premier ministre passe au peigne fin les CV des nouveaux entrants au gouvernement. « Désormais, le Premier ministre à l'oeil », confie un de ses amis. Si « les affaires » ne tuent plus, elles continuent d'empoisonner les destins ministériels.
En attendant une prochaine amnistie ?
Bruno Jeudy et Laurent Valdiguié, Le Parisien, lundi 17 juin 2002, p. 13.

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(avril 2003) Carignon, le retour

Assurant en fin d'année dernière n'avoir plus "aucune ambition" politique, l'ancien ministre RPR et ex-maire de Grenoble a été réélu samedi à la tête de l'UMP de l'Isère.

Une rédemption réglée comme du papier à musique. Après une traversée du désert de quelques années, Alain Carignon, 54 ans, condamné en 1996 et emprisonné 29 mois pour corruption et abus de biens sociaux, achève aujourd'hui son retour en grâce. L'ex-ministre RPR, ex-maire de Grenoble et ancien président du conseil général de l'Isère a été porté samedi à la présidence départementale de l'UMP par 135 voix contre 51 à Fabrice Marchiol, maire de la Mure. Alain Carignon fait ainsi un retour en force en politique quelques mois à peine après avoir recouvré ses droits civils et civiques temporairement supprimés par une peine connexe.

Fabrice Marchiol, dernier président départemental du RPR et "hostile au retour d'Alain Carignon", s'était aussi présenté malgré une victoire prévisible de l'ancien homme fort de l'Isère. "Ce qui me gêne, c'est une question de morale. Je considère que lorsqu'on a été condamné pour corruption, (...) ça pose problème que l'on soit ensuite le porte drapeau de la famille politique", a-t-il indiqué. Qu'importe : "aujourd'hui il y a dans l'Isère un président légitime", s'est félicité Serge Lepeltier, secrétaire national adjoint de l'UMP, chargé de contrôler le bon déroulement du scrutin.

"Aujourd'hui il y a dans l'Isère un président légitime"

Malgré sa "traversée du désert" en effet, Alain Carignon avait conservé de très nombreux soutiens. La semaine dernière, ses proches lui avaient préparé le terrain en remportant les neuf postes de délégués de circonscription de l'Isère, lors d'élections internes. Et le nombre d'adhérents isérois à l'UMP était passé de 1.000 à 3.400 peu avant la clôture des inscriptions le 31 décembre 2002. Nombre des nouveaux venus étaient des fidèles partisans d'Alain Carignon, qui a adhéré le 9 septembre 2002 à l'UMP de l'Isère.

A l'issue de l'élection, Alain Carignon a lancé un véritable appel à la mobilisation des "troupes" de l'UMP : "ce qui est important c'est que la démocratie interne ait fonctionné et qu'ensuite nous soyons en ordre de marche (...) pour à nouveau reconquérir le conseil général, la ville et l'agglomération".
tf&.fr, news, Mis en ligne le 13 avril 2003

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