Christian Pellerin
Juillet 2007 : A suivre
Juin 2006 : "Ma femme me fait chanter pour 30 millions d'euros"
Avril 2005 : Mise en examen pour escroquerie et abus de confiance
Décembre 2002 : Une résidence secrète pour François Mitterrand ?
(Octobre 2002) Démolition de l'ex-villa de Christian Pellerin à Antibes (notedt, notamment ensuite propriété de Arcadi Gaydamak et Gilbert Salomon)
Trois pelleteuses ont attaqué mardi (22 octobre 2002) à Antibes (Alpes-Maritimes) la démolition de l'ex-villa de 1.600 m2 du promoteur parisien Christian Pellerin, édifiée en totale infraction aux règles de l'urbanisme, dont la destruction a été ordonnée après 12 ans de procédures pénales et administratives.
Symbole d'une construction anarchique sur la Côte d'Azur, ce palais troglodyte, considéré comme le plus important dépassement jamais constaté pour une propriété privée en France, trône encore pour quelques jours à la pointe de l'Islette, au bord de l'anse du "Faux-Argent".
Sa démolition, qui doit durer six semaines, aura "valeur d'exemple", affirme Jean-Yves Belotte, directeur départemental de l'Equipement (DDE), rappelant que "personne n'est au dessus des lois".
Premières à entrer en action, les trois pelleteuses déblayent la terre qui enchâssait cette villa pharaonique dont plus de la moitié était enfouie et bâtie, selon la technique "de la taupe", autour d'une "maisonnette" de 250 m2, au pied d'un phare qui avait été surélevé.
La folie des grandeurs du promoteur Pellerin sera réduite à néant. Plus de deux ans de travaux avaient été nécessaires pour un projet architectural à la mesure de "l'homme de la tour BP" qui, à cette époque, "construisait 300.000 mètres carrés par an et employait 6.000 personnes", notamment dans le quartier des affaires de la Défense.
Cette immense maison en "L", où s'imbriquent le métal et le béton, "tape à l'oeil, clinquante, avec plaquage, agglomérés et fausses boiseries en trompe l'oeil avec des carrelages au sol de modeste qualité", recelait derrière une lourde porte en bronze une vaste salle de cinéma, une salle de jacuzzi et une chambre forte de 5 m2, selon le responsable du contentieux de la DDE. Elle était "vraisemblablement destinée à recevoir mais pas y habiter", dit-il.
Le maître mot de cette "maison qui a mal vieilli": la domotique. Tous les circuits électriques avaient été doublés, couplés à EDF et à un groupe électrogène. "C'était la défonce du consommateur pour la technologie", rapporte un responsable de la DDE. Dans l'imposant tableau technique, on a retrouvé la mention: "la chambre du président".
Quelques 1.800 tuiles seront démontées une à une et vendues aux enchères avec les appareils techniques ou nombreux systèmes vidéo qui seront récupérés.
Après le comblement avec les gravas et l'apport de 5.000 m3 de terre, la DDE restituera à son actuel propriétaire, une société luxembourgeoise "SA Palmeto", un terrain remis en son état naturel.
Condamné à deux ans de prison dont un ferme pour construction illégale, Christian Pellerin, qui avait dépensé quelque 147 millions de francs (22.41 millions d'euros), s'était engagé à consigner les coûts de cette démolition.
Les travaux de "déconstruction", financés par l'Etat et estimés à 150.000 euros, seront à la charge du promoteur et de son mandataire, Alain Aubert, qui ont déjà payé 90.000 euros de frais d'astreinte et de recouvrement, a indiqué la DDE.
lefigaro.fr, [mardi 22 octobre 2002 - 18h30 heure de Paris]
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Le mystère de la chambre du président
A qui était destinée la pharaonique villa du cap d'Antibes bâtie en 1989, au prix du plus énorme dépassement de permis de construire jamais constaté ? Au promoteur Christian Pellerin ? Ou à François Mitterrand, comme le laisse penser la mention, sur les plans, d'une "chambre du président" ? La justice vient de faire raser la maison. Enquête sur un scandale enterré.
Sur la route qui serpente vers le cap d'Antibes, à cinq minutes de voiture des remparts de la vieille ville, un petit chemin goudronné descend sur la droite, juste après les grilles d'un palace monumental aux façades blanches. Au bout du sentier, un mur de pierre aux teintes rosées interdit d'aller jusqu'à la mer. Sur les deux portes de bois blond, obstinément closes, un panneau indique encore : "Local repris par autorité de justice." Derrière s'est dressée, douze ans durant, une maison maudite. Le 21 octobre, les engins sont arrivés. En six semaines, dans un cliquetis continu de gravats et de marteaux piqueurs, une escouade d'ouvriers a réduit la demeure en poussière, à l'abri des regards. Du matin au soir, le chantier était gardé par des vigiles et des chiens. Le 3 décembre, ils ont cassé les derniers blocs de béton, comblé les dernières fosses du terrain, et ils sont repartis. Ici, à l'extrémité de la presqu'île de l'Islette, à l'endroit où, vue du ciel, la côte forme une main qui s'enfonce dans la mer, un désert succède à un mystère.
Vaste et plate villa aux lignes pures, la bâtisse était vouée à la confidentialité, destinée à se confondre avec son environnement - 17 hectares de roches, d'arbustes et de pelouse - et simplement baptisée L'Islette, comme pour ne faire qu'un avec le lieu. Elle acquit pourtant une notoriété subite au début de l'année 1993, lorsqu'il apparut que le promoteur Christian Pellerin, concepteur du quartier parisien de la Défense et grand brasseur d'affaires, l'avait fait édifier au prix du plus énorme dépassement de permis de construire jamais constaté en France. Invisible de l'intérieur des terres, encerclée par les flots, la "villa Pellerin", comme on la baptisa alors, fut examinée, scrutée, fouillée ; ses architectes, constructeurs, décorateurs furent questionnés, confondus, puis condamnés. Le 13 juin 2000, la cour d'appel d'Aix-en-Provence en ordonna la démolition, invoquant le "mépris affiché des lois" qu'elle symbolisait. Attribuant à son propriétaire "des méthodes du type de celles que l'on rencontre en matière de grand banditisme" , elle le condamna à un an de prison ferme - qu'il n'a pas effectué à ce jour, malgré la confirmation de la Cour de cassation, le 3 avril 2001.
S'il avait rêvé, au faîte de sa gloire immobilière, d'en faire le joyau de son patrimoine, Christian Pellerin n'a jamais résidé à L'Islette. Lancée en 1989, la construction n'en était pas complètement achevée lorsque le juge d'instruction Jean-Pierre Murciano, du tribunal de Grasse, en força la porte. C'était le 8 janvier 1993. Escorté de policiers et d'inspecteurs de l'équipement, le magistrat avait requis l'assistance de deux jardiniers travaillant dans les propriétés voisines pour témoigner de la régularité de la perquisition. "Vous voulez visiter la maison ? s'était étonné l'un d'eux. Mais pour faire le tour des sous-sols, il vous faudrait un vélo !"
Ainsi furent découverts d'immenses aménagements souterrains - quelque 1 650 mètres carrés habitables - comprenant chambres à coucher, saunas, jacuzzis et chambres froides, ainsi qu'un garage capable d'accueillir vingt voitures ; le tout occulté de l'extérieur par de fines cloisons de plâtre formant une série d'arcades, des niches à statue en trompe-l'œil et, face à la mer, de faux rochers en polystyrène qu'il suffisait de pousser pour dévoiler les baies vitrées. Facétieux, le juge se fit photographier, ce jour-là, soulevant à bout de bras, sans effort apparent, l'une de ces énormes pierres ! L'exploration du palais troglodytique révéla l'existence d'une "salle des machines" aux équipements futuristes, commandant un dispositif de surveillance digne d'une aventure de James Bond : les rayons invisibles détectaient la moindre présence - sur terre ou sur mer - aux abords de la propriété pour en informer aussitôt l'ordinateur central. C'est là, sur un large tableau électronique détaillant les parties de la villa, que fut observée, pour la première fois, l'intrigante inscription "chambre du président".
Une découverte en forme d'énigme qui, près de dix ans après, ne peut être catégoriquement résolue. Imprenable, inaccessible, fût-ce aux regards, la demeure du cap d'Antibes, avec sa plage et son port privés, sa piscine et sa galerie d'art décorée par César, était-elle, en réalité, destinée à François Mitterrand ? Répondre par l'affirmative reste "un pas" que le juge Murciano se "garde de franchir", à lire ses souvenirs, rassemblés l'an dernier dans un livre (Juge sur la Côte d'Azur, Michel Lafon). "Comme beaucoup de ceux qui ont eu à connaître le dossier de L'Islette, a expliqué depuis au Monde le juge d'instruction de Grasse, j'ai vite pensé que la villa n'était pas construite pour Christian Pellerin. Mais on ne peut pas exclure que sa destination ait changé en cours de chantier. La personnalité de Pellerin a fait le reste : il avait des amitiés très haut placées - il s'en vantait facilement - et ses entrées à l'Elysée au temps de François Mitterrand. Sans parler du secret qui a entouré le chantier et des mesures de sécurité hors norme ; un promoteur, même vedette, avait-il besoin d'une telle protection ?"
Episodiquement évoquée en marge de l'enquête judiciaire et depuis son dénouement, l'hypothèse d'une résidence secrète de l'ancien chef de l'Etat - décédé en 1996 -, bâtie pour abriter ses vieux jours au soleil d'Antibes, a été banalisée par la rumeur sans avoir jamais reçu la moindre confirmation formelle, mais sans que l'inventaire des indices fût vraiment établi. La mention d'une "chambre du président" apparaît ainsi sur plusieurs des plans établis par l'architecte de la villa, Pierre Bergeret, durant la première phase du projet, entre la mi-1988 et le début 1989 ; soit à l'orée du second septennat de François Mitterrand (il fut réélu le 8 mai 1988). Elle apparaît aussi sur des listings techniques et autres documents liés à la construction, parfois complétée de références à une "salle de bains-président" et à un "WC-président" . Flagornerie d'architecte ? La pièce ainsi désignée avec ses dépendances était d'évidence réservée au maître des lieux : située dans la partie émergée du bâtiment, elle débouchait sur une terrasse et offrait la plus belle vue sur le large. Elle jouxtait en outre une chambre forte et une immense bibliothèque en poirier, qui témoigne d'une passion des livres que nul n'a jamais connue à Christian Pellerin. Aucun de ceux qui ont, à cette époque, fréquenté l'influent promoteur ne se souvient d'ailleurs de l'avoir entendu se faire appeler "président" ; au contraire, proches et collaborateurs l'appelaient facilement Christian, dans une familiarité factice que contredisait un autoritarisme notoire.
"CP prendra les décisions lui-même", peut-on lire, de fait, sur le compte-rendu d'une réunion préparatoire au chantier, daté du 28 juillet 1988. Curieusement rédigé sur papier à en-tête de la "direction technique des études Afrique" de Campenon Bernard Constructions (CBC), la société chargée du gros œuvre, le document désigne les trois participants par leurs initiales : CP pour Christian Pellerin, GS pour Gilbert Simonet, dirigeant de CBC, et JG pour son directeur technique, Jean Guichard. Le texte rapporte que M. Pellerin s'occupe de tout : "CP a désigné un décorateur", CP donnera "le feu vert pour la charpente métallique", "CP a demandé une protection contre la tempête"... Mais, à la rubrique "Problèmes à traiter", il est écrit : "Le modèle de tuiles proposé par M. Bergeret n'a pas la convenance du client", ce qui paraît établir que CP et "le client" sont deux personnes distinctes...
Chargé d'une expertise approfondie du chantier de L'Islette par le juge Murciano, l'architecte Ernest Bracco, expert près la cour d'appel d'Aix-en-Provence, releva cette discordance dans l'un de ses rapports, rendu le 15 avril 1994 - aujourd'hui classé aux archives de la juridiction. Il s'y interrogeait aussi sur la réalisation d'un "prototype" de la façade, dont plusieurs documents attestent qu'il devait être mis en place sur le terrain le 20 juin 1989, en guise de "présentation au client" du bâtiment à venir, le lendemain. L'urgence et l'insistance exprimées dans plusieurs courriers successifs auprès de la société de Digne (Alpes-de-Haute-Provence), à laquelle la fabrication de cette maquette grandeur nature (avec tuiles) avait été commandée, montrent que la date de la "présentation" était impérative : le "client" n'était visiblement pas totalement maître de son emploi du temps. Le 21 juin était un mercredi - jour de conseil des ministres pour un président en exercice -, mais une escapade aérienne de quelques heures pouvait aisément permettre un aller-retour Paris-Antibes dans l'après-midi. Les premiers descriptifs du projet prévoyaient d'ailleurs la réalisation d'un héliport.
Les archives de la construction montrent cependant que le rendez-vous fut reporté, et qu'il eut finalement lieu le 29 novembre 1989. Dans le cas d'un empêchement de dernière minute, le promoteur de la Défense, s'il s'agissait de lui, aurait-il dû attendre cinq mois pour fixer une nouvelle date ? Ni son nom ni ses initiales ne figureront sur le compte-rendu de la visite effectuée en novembre ; mais le document mentionnera que la maquette devait être "retirée pour le 20 décembre" , après que des photographies auraient été prises. Les clichés n'ont pas été retrouvés, mais l'opération a coûté, au total, près de 500 000 francs (77 000 euros).
Dans son rapport, l'expert Bracco s'étonnait "que MM. Simonet et Pellerin, qui ont bâti une grande partie du quartier de la Défense (...) et qui sont donc particulièrement avertis des choses du bâtiment, aient [eu] besoin de faire faire un prototype pour se rendre compte de l'effet produit par leur œuvre". Il ajoutait : "La chose est d'autant plus curieuse que toutes les commandes de matériaux sont déjà passées et tous les travaux en cours." Autrement posé : si la villa n'était promise qu'à lui, M. Pellerin avait-il vraiment besoin d'une maquette in situ et aux vraies dimensions, lui dont l'architecte Jean Willerval, l'un de ses partenaires de prédilection à la Défense, affirmait en 1993 dans L'Expansion : "A l'Ecole des beaux-arts, où j'enseigne, j'ai connu peu d'élèves qui aient, comme Pellerin, le don de voir un dessin en trois dimensions" ?
Dans son arrêt de condamnation du 13 juin 2000, la cour d'appel d'Aix-en-Provence s'est efforcée de trancher sans ambages ce doute persistant. Balayant les "considérations personnelles" de l'expert, qu'ils jugeaient "manifestement étrangères à sa mission d'expertise", les magistrats tenaient pour "démontré" que "la villa avait été édifiée pour le compte de Christian Pellerin". Ils estimaient notamment que "la découverte d'une chambre avec une clé portant le prénom de sa fille" en était "la démonstration éclatante". C'était pourtant oublier que sur la première série de plans (ceux où figurait la "chambre du président") la "chambre Julie" - du nom, en effet, de la première fille du promoteur - n'apparaissait pas : la même pièce, située au premier niveau du sous-sol, au bas d'un escalier secret, était alors dénommée "appartement privé".
A ces détails troublants, Christian Pellerin n'a jamais répondu. L'enquête ne s'y est jamais attardée et le promoteur a repoussé avec constance, depuis quatre ans, les sollicitations régulières du Monde. Tout au plus promettait-il, au printemps 1999, qu'il "livrerait toute la vérité sur cette histoire une fois que la procédure pénale [serait] terminée", ce qui supposait qu'il ne l'avait pas fait jusqu'alors. Invité à honorer cet engagement le 18 novembre dernier, il se déclarait "loin de tout ça", assurait n'avoir "plus aucune envie d'en parler", mais en confiant qu'il avait été "complètement dépassé" . Au fil des années et des procès, l'ancien Tycoon de la Défense a souvent manié ainsi le sous-entendu, invoquant pêle-mêle, sans convaincre, les "initiatives" de ses collaborateurs et la responsabilité de son propre beau-père, le promoteur cannois Claude Muller ; niant que la demeure ait eu un autre destinataire que lui-même, tout en laissant prospérer l'idée selon laquelle il se serait, peu à peu, désintéressé d'une résidence qui lui a pourtant coûté plus de 140 millions de francs... "A l'époque, j'étais riche et occupé", avait-il lâché au juge, cassant, au cours d'un interrogatoire, en 1996.
Neuf ans auparavant, c'est pourtant le même homme, alors en pleine ascension, qui, tapi dans la coulisse, avait organisé le rachat de L'Islette à son ancienne propriétaire. Septuagénaire réputée excentrique, Georgette Saffian était la veuve d'un ingénieur américain décédé d'un cancer à New York, en 1967. Elle en avait hérité, entre autres biens, tous les terrains de la presqu'île. Succession controversée : accusée d'avoir falsifié le testament, la veuve avait passé plusieurs mois en prison aux Etats-Unis. De retour en France en 1971, elle céda, une à une, les parcelles du cap d'Antibes à de riches acquéreurs - dont Herbert Quandt, patron historique de la firme allemande BMW -, ne gardant pour elle que la pointe. Elle y fit dresser une petite maison sans confort et un vaste patio entouré d'arcades qui n'était pas achevé lorsqu'elle repartit pour l'Amérique. Désaffectée, L'Islette devint alors un lieu de passage pour nomades et baigneurs. Le terrain se couvrit d'herbes folles. Seule la présence de gendarmes, dont l'école de plongée, basée à Antibes, organisait là des stages réguliers, éloignait les intrus.
A son retour, en 1983, Georgette Saffian envisage de s'installer à l'Islette. Désireuse d'agrandir la masure, elle sollicite plusieurs fois un permis, que la mairie d'Antibes lui refuse avec constance. Au bout de trois ans, elle met la propriété en vente - pour 14 millions de francs. Mais les candidats sont rebutés par l'impossibilité de construire. Aussi la veuve, lassée, confie-t-elle la mission de trouver un acquéreur à un courtier local, Antoine Lozano. Surgit alors Alain Aubert. Ancien clerc de notaire devenu le fondé de pouvoir de Christian Pellerin, il se présente comme le gérant d'une société civile immobilière (SCI) en cours de constitution, baptisée "Chemin du cap". Lui et Lozano signent prestement, chez un notaire de Nice, une promesse de vente pour 7,7 millions de francs - dont l'homme de confiance de Mme Saffian captera l'essentiel, via un circuit bancaire tortueux, passant par Monaco et Lugano.
Alertée par le gardien de l'Islette, qui lui dit redouter une "arnaque" , la vieille dame tentera de revenir en arrière. Mais elle avait signé un mandat en faveur de Lozano et tout porte à croire qu'elle fut dissuadée de le dénoncer. Quelques jours avant la vente, prévue le 29 avril 1987, une voiture la renversa sur la promenade des Anglais, heureusement sans la blesser. La veille de la signature, elle fut agressée par deux hommes sur le palier de son appartement niçois et rouée de coups. Incapable de se déplacer, terrorisée, elle ne se rendit pas chez le notaire, laissant Lozano parapher l'acte à sa place.
S'il n'apparut jamais durant la transaction, Christian Pellerin détenait - avec sa première épouse - les parts de la SCI Chemin du cap, et c'est lui qui rémunéra, par chèque, l'agent immobilier cannois qui l'avait mis sur la piste de l'Islette. Mme Saffian sombra dans la folie et mourut deux ans après. Convaincu d'escroquerie, Lozano fut condamné à trois ans de prison. L'enquête exhuma, en Suisse, un chèque de 3,8 millions de francs au débit du compte de M. Pellerin qu'il n'avait pas encaissé, mais auquel on avait, semble-t-il, substitué à Genève une somme en espèces. Le 17 juin 1987, Alain Aubert annonçait par écrit au gardien que la propriété était vendue et lui demandait d'en interdire l'accès, sauf à quatre "personnes habilitées" : Christian Pellerin, sa secrétaire, ainsi que Claude Muller -"notre représentant sur place" - et lui-même. Le 6 juillet, le promoteur y dépêchait un géomètre. Quelques semaines plus tard, l'architecte traçait les premières esquisses d'une villa.
Les permis qui manquaient à Georgette Saffian ? Christian Pellerin s'en moque. A ceux qui, dans son entourage, l'interrogent, il se dit sûr de les obtenir ou, mieux, de pouvoir s'en passer. Irrésistible en affaires, il préside alors plusieurs grandes sociétés immobilières dont les programmes champignonnent dans tout le pays. Adossé à la puissante Compagnie générale des eaux, il pèse des milliards. Dans toutes les villes, les élus l'accueillent comme un messie. Ses relations politiques sont nombreuses et éclectiques. Parmi elles figure, en bonne place, le meilleur ami de François Mitterrand, l'industriel Roger-Patrice Pelat, dont la propriété en Sologne est voisine de la sienne. Lui-même est régulièrement convié à l'Elysée, le jeudi matin, pour partager avec quelques rares convives le petit-déjeuner de François Mitterrand.
A Antibes, où il a lancé une vaste zone d'activités et dont le maire, Pierre Merli, est un autre compagnon de Résistance de François Mitterrand, il ne rencontre guère d'obstacles. "M. le maire souhaite signer ce permis le plus rapidement possible" , est-il écrit sur l'avis des services de l'urbanisme, le 12 octobre 1988, une semaine après le dépôt d'une demande d'extension de l'Islette qui se fonde sur des documents mensongers - l'architecte évoque 80 mètres carrés supplémentaires, alors que le projet avoisine 3 000 mètres carrés habitables... Sur la presqu'île, le ballet des bulldozers soulève bientôt autant de poussière que de soupçons. Mais lorsqu'une association de riverains alerte le préfet, l'administration fait mine de ne rien voir. Prévenus de l'imminence d'un contrôle par la responsable du contentieux de la direction départementale de l'équipement (DDE) - dont le mari travaille, à Paris, pour Christian Pellerin -, architectes et entrepreneurs ont monté les fausses cloisons et tendu des rouleaux de pelouse pour camoufler les sous-sols. Encore ne s'agit-il que de préserver les apparences. Dans les derniers jours de 1988, la DDE a fait rehausser le petit phare de la Garoupe, planté juste derrière la propriété, preuve qu'elle savait que la villa, une fois terminée, outrepasserait les limites du permis de construire et réduirait son faisceau. Un matin, sous les regards éberlués des voisins, une grue a soulevé le sémaphore comme un chapeau, le temps de poser au-dessous deux anneaux de béton. Contre toutes les règles, la manœuvre a été facturée - 800 000 francs - à la SCI Chemin du cap et comptabilisée par l'administration sous la forme d'un "don de particulier".
Pour l'Islette, rien ne paraît impossible. Chacun des protagonistes de cette intrigue immobilière le dira, avec ses mots, durant l'enquête pénale, de 1993 à 1996. A les relire, avec le recul, leurs explications paraissent encore se référer à quelque influence supérieure, prolongeant le sous-entendu. "Tout le monde était au courant de ce qui se passait, c'est-à-dire quelque chose d'important" , assurait Daniel Higoin, dirigeant d'un bureau d'études qui jouait, sur place, le rôle du chef de chantier. L'un des chefs de la DDE, Pierre Allegret, évoqua, lui, des "réseaux d'influence à un haut niveau" qui favoriseraient "l'évaporation de l'infraction". Réputé pour sa rigueur, le préfet de l'époque, Yvon Ollivier, déclara, embarrassé : "Malgré la vigilance que j'ai manifestée, j'ai le sentiment de ne pas avoir tout compris, que certaines choses m'ont échappé." Et le maire d'Antibes lui-même répondit aux suspicions de complaisance en des termes qui méritent l'attention : "Ce dossier de permis de construire a fait partie de ceux pour lesquels des interventions ont eu lieu, affirmait-il au juge, le 11 septembre 1995. Il est exact que si une intervention de ministre était faite auprès de moi, j'examinais le dossier avec bienveillance. (...) J'ai tendance à servir l'Etat avec un réflexe de respect." Fallait-il comprendre qu'un ministre était effectivement intervenu ? Que l'Etat lui-même était partie prenante dans la construction de la villa ?
"La maison a été faite pour un chef d'Etat, français ou étranger", affirmait, catégorique, l'expert Ernest Bracco au Monde, en 1999. Plus précis, l'ex-capitaine Paul Barril, ancien membre de la fameuse "cellule antiterroriste" de l'Elysée sous François Mitterrand, devenu, après sa mise à l'écart, familier de Pierre Merli, parle aujourd'hui d'un "secret de Polichinelle"et assure que "la villa avait évidemment été prévue pour François Mitterrand" . A l'en croire, l'ancien président aurait discrètement visité la propriété au mois de décembre 1987, à l'occasion du sommet franco-africain qui se tenait à Antibes. Il logeait à Ailen Roc, résidence d'apparat léguée à la ville par une riche Américaine et qui surplombe, en face de l'Islette, ce que les Antibois appellent la "Baie des milliardaires", mais que la cartographie locale, plus nuancée, nomme "l'Anse de l'argent faux". "D'Ailen Roc, explique l'ancien gendarme, il suffisait de prendre un bateau pour gagner la maison en cinq minutes, par la mer, sans que personne ne puisse rien voir. Aucun service de sécurité n'aurait pu rêver d'une situation aussi sûre."
Fin 1987, François Mitterrand terminait son premier septennat par une cohabitation tendue avec Jacques Chirac. Sa réélection était loin d'être assurée. Et Christian Pellerin avait acquis la propriété depuis quelques mois. Durant la même période, le gardien de l'Islette assure avoir aperçu Roger-Patrice Pelat visiter les lieux. L'ami du président devait décéder, on le sait, un an et demi plus tard, le 7 mars 1989, cerné par le scandale des délits d'initiés de l'affaire Pechiney. C'est par lui que Christian Pellerin avait connu et apprécié Gilbert Simonet, le patron de CBC. L'entrepreneur avait effectué, déjà, des travaux dans les propriétés solognotes des deux hommes - dont une partie leur fut "offerte", ainsi que l'a dévoilé une autre enquête, menée par le juge Thierry Jean-Pierre et presque concomitante avec celle du juge Murciano. Approché dès 1988, M. Simonet fut officiellement chargé de la construction de l'Islette le 15 mars 1989, une semaine après la mort de Pelat. Il s'en désista en novembre 1991, apparemment excédé par les revirements incessants de son commanditaire. Dans l'intervalle, deux témoins assurent - sous couvert d'anonymat - que le chantier aurait aussi été visité par Michel Charasse, alors conseiller du président Mitterrand. "Ces témoins sont bidon ! nous a répondu l'intéressé. Je n'y ai jamais mis les pieds et je ne vois pas ce que je serais venu y faire. Je connais à peine Pellerin. Je suis allé une fois à la chasse chez lui, en Sologne, mais il ne m'a même jamais invité à bouffer !"
Les travaux s'éternisèrent, jusqu'à ce que l'irruption de la justice les interrompe. Prévue pour avoisiner 50 millions de francs, la facture globale se monta à 147 millions de francs. Mais le rapport Bracco en estimera la réalité à moins de 30 millions, déduisant que la différence s'était évaporée grâce à un système de "fausses facturations" sur lequel, toutefois, le juge Murciano ne pourra jamais enquêter : l'élargissement de son instruction aux circuits de financement de la villa lui sera refusé par le parquet de Grasse et lui-même sera dessaisi, en 1994, après l'annulation d'investigations qui visaient directement Pierre Merli. Désigné ultérieurement, un second expert en urbanisme, André Akerib, jugera que "dans le meilleur des cas, une soixantaine de millions n'ont pas été justifiés" durant la construction de la maison. Le solde s'est évanoui sans qu'on en retrouve la trace.
D'autres indices ont disparu en fumée. Lorsqu'il se rendit à la conservation des hypothèques de Grasse pour examiner les documents cadastraux correspondant aux terrains de la presqu'île, Ernest Bracco apprit qu'ils avaient brûlé quelques mois plus tôt. L'incendie n'était pas accidentel : un chiffon imbibé d'essence avait été enflammé, juste sous l'étagère qui abritait les pièces correspondant au cap d'Antibes. L'auteur n'en a pas été identifié. Et les archives sont restées incomplètes : les exemplaires des services municipaux, commandés pour que des copies en soient réalisées, se seraient égarés entre Antibes et Grasse...
La villa, elle, s'est trouvée délaissée. Désespérément vide, elle est alors passée de main en main. Inquiet de la tournure de ses affaires, Christian Pellerin en avait d'abord transféré la propriété à sa seconde épouse, fille de Claude Muller. Au mois de décembre 1993, elle est ensuite vendue - pour 40 millions de francs - à Gilbert Salomon, magnat de l'import-export avec les pays de l'Est, patron des Boucheries Bernard et partenaire d'affaires régulier de Christian Pellerin. Si la fortune lui revient, ce dernier peut encore espérer la reprendre. Faute de pouvoir la revendre, Gilbert Salomon la met en location à partir de l'été 1994. Il y a, pour cela, effectué quelques aménagements en dehors des parties interdites - dont les portes sont scellées à la cire rouge. Le premier locataire est un homme d'affaires russe. L'année suivante, le milliardaire Arkadi Gaydamak s'y installe avec sa famille. Il y déambule de longues heures à la pointe du cap, reçoit des dignitaires venus de l'Est et des amis français, passe ses après-midi dans une chaise longue, devant la "chambre du président". Tombé "amoureux" de la villa, il en devient le maître le 17 juillet 1997 : Gilbert Salamon la lui cède via la société luxembourgeoise Palmetto SA. Prix de la transaction : 59 millions de francs.
Industriel prolifique, Arkadi Gaydamak s'est bâti une fortune colossale dans la production d'engrais chimiques dans les anciennes Républiques soviétiques. D'autres enquêtes ont établi, depuis, qu'il avait fait office de mandataire pour l'Etat angolais dans la renégociation de sa dette à l'égard de la Russie et pour la vente de matériels militaires - dans des conditions contestées par la justice française. Visé par un mandat d'arrêt international depuis le mois de décembre 2000, il s'est réfugié en Israël - d'où il a contesté, lors d'un entretien téléphonique avec Le Monde, le 2 décembre, être le véritable propriétaire de la maison. Entre-temps, le 9 octobre 2001, comme attiré par la malédiction de l'Islette, un autre juge d'instruction, Philippe Courroye, avait investi le domaine, huit ans après Jean-Pierre Murciano. Il n'y découvrit que des téléviseurs et quelques vieux papiers. Les meubles avaient été déménagés avant son arrivée.
C'est dans cet état, vide et sans âme, que la villa du cap a patiemment, depuis, attendu sa mort. Sous les tonnes de ses débris sont à présent enfouis les souterrains illégaux qui ont causé sa perte et, sans doute à jamais, son secret.
lemonde.fr, Hervé Gattegno, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 08.12.02
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(Avril 2005) Christian Pellerin mis en examen
Le promoteur immobilier, connu notamment pour avoir été le promoteur et concepteur du quartier d'affaires de la Défense, est poursuivi pour "escroquerie" et "abus de confiance". Son expert-comptable a été pour sa part mis en examen pour "complicité d'escroquerie, faux et usage".
Le promoteur immobilier Christian Pellerin, le concepteur du quartier d'affaires de la Défense, a été mis en examen vendredi soir par un juge d'instruction de Nanterre et écroué dans une affaire de fraudes présumées dans la gestion de sociétés civiles immobilières (SCI). Il devra répondre "d'escroquerie, abus de confiance, complicité de faux en écriture privée et usage, complicité d'établissement de fausses attestations et usage, et abus de biens sociaux". Son expert-comptable Pascal Duclos a également été mis en examen, pour "complicité d'escroquerie, faux et usage, fausses attestations et usage", selon une source judiciaire qui n'a pu préciser s'il a été écroué, ainsi que l'avait requis le parquet.
Le promoteur avait été interpellé mercredi, et son expert-comptable jeudi, et tous deux avaient été placés en garde à vue par les gendarmes de la section de recherches de Versailles. Le parquet de Nanterre avait ouvert en septembre 2004 une information judiciaire pour "abus de confiance et escroquerie au jugement", après plainte avec constitution de partie civile de l'ex-épouse du promoteur, Valérie Muller.
Soupçons autour de la SCI Trapèze
Durant le divorce, Christian Pellerin avait demandé la saisie de deux SCI, propriétaires d'immeubles et de terrains du quartier d'affaires de la Défense (Hauts-de-Seine) et appartenant à son épouse, le promoteur prétendant y détenir un compte courant de 4,9 millions d'euros. Pour justifier la saisie, obtenue en octobre 2003, le promoteur avait produit des bilans des SCI et une attestation de son expert-comptable. Or, les gendarmes ont trouvé des preuves de falsification de ces documents, et des indices montrant que les loyers versés aux SCI pour l'occupation des immeubles à la Défense ont été détournés à partir de 1997 au profit de Christian Pellerin ou d'une autre SCI lui appartenant, la SCI Trapèze.
Deux autres affaires concernent la SCI Trapèze. Des malversations présumées au sein de cette SCI ont conduit, après plainte avec constitution de partie civile d'un administrateur, à l'ouverture d'une seconde information judiciaire pour "abus de biens sociaux" à Nanterre. Le juge d'instruction Richard Pallain, chargé de cette affaire, a interrogé en janvier Christian Pellerin, qui n'est pas mis en examen dans ce dossier. Une enquête préliminaire a également été lancée courant 2004 par le parquet de Nanterre à propos de surfaces construites en fraude (des milliers de mètres carrés) dans des tours de la Défense, dont certaines ont été édifiées grâce à des droits à construire de la SCI Trapèze.
Dans une autre affaire, Christian Pellerin avait été condamné en 2000 à deux ans de prison dont un ferme, pour avoir construit en zone inconstructible, pour 22,41 millions d'euros, un palais troglodyte de plus de 1.600 m2 sur la presqu'île du Cap d'Antibes, considéré à l'époque comme le plus important dépassement jamais constaté en France Il a depuis été condamné début 2003 à un an de prison avec sursis et 200.000 euros d'amende pour "recel d'abus de biens sociaux" après la construction d'une luxueuse propriété lui appartenant par une entreprise du bâtiment de la région du Mans.
tf1.fr, news, Vendredi 1 avril - Mise à jour : 23h20
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21/06/2006 JUSTICE. « Ma femme me fait chanter pour 30 millions d'euros »
Christian Pellerin, le bâtisseur de La Défense, accuse aujourd'hui sa femme, avec laquelle il est en instance de divorce, d'alimenter des dossiers judiciaires contre lui.
Valérie Pellerin dément.
Plusieurs affaires sont en cours au tribunal de Nanterre.
RIEN NE VA PLUS chez les époux Pellerin.
L'ancien « roi de l'immobilier
», promoteur des tours de La Défense, est visé par deux enquêtes judiciaires en cours au tribunal
de Nanterre, pour abus de biens sociaux et détournement de fonds.
Christian Pellerin est également
au coeur d'une enquête préliminaire lancée par le parquet de Nanterre sur des dépassements de
mètres carrés à La Défense.
Il accuse aujourd'hui sa femme, Valérie, avec laquelle il est en
instance de divorce, de « chantage » et d'être à l'origine, « directement ou indirectement »,
de ses ennuis judiciaires.
Au passage, il met en cause son beau-père, le promoteur Claude Muller,
qui lui aurait réclamé pour solde de tout compte 30 millions d'euros.
La charge est rude, mais
« ne surprend pas » Valérie Pellerin-Muller. « Rien ne m'étonne avec lui, nous confie-t-elle.
Je n'ai jamais demandé 30 millions d'euros, je veux simplement récupérer ce qui est à moi, un
point c'est tout.
Au-delà de l'argent, je veux récupérer ma liberté dans tous les sens du terme.
» Elle se dit « étrangère » aux ennuis judiciaires de son « futur ex-mari » : « Je n'ai quand
même pas pris ma truelle pour aller rajouter des mètres carrés à La Défense », ajoute-t-elle,
accusant Christian Pellerin de « tout mélanger » et le qualifiant « d'affabulateur ».
« Christian Pellerin a détourné des fonds au détriment de sociétés, dont son épouse était propriétaire, et a falsifié des comptes, ce qui a mis Valérie Pellerin dans l'obligation de saisir la justice, pour que la réalité comptable soit établie », affirme M e Jean-Pierre Gastaud, avocat de Valérie Pellerin.
Son père, Claude Muller, est tout aussi catégorique. Le dépassement de permis de construire de sa villa des îles de Lérins ? « C'est complètement faux », assure-t-il, niant aussi avoir perçu des fonds sur la vente de l'Islette au Cap-d'Antibes.
Une chose est sûre, le bras de fer des époux Pellerin risque d'animer encore longtemps la saga judiciaire de l'ancien « roi de l'immobilier ».
Silencieux depuis des années, Christian Pellerin sort aujourd'hui de ses gonds.
Vous n'avez jamais parlé de vos affaires. Pourquoi ?
Christian Pellerin.
On a
beaucoup parlé de moi quand j'ai sauvé La Défense. Je passais pour le roi de l'immobilier !
Puis j'ai été déstabilisé par l'affaire BP, qui s'est soldée par deux non-lieux. J'étais trop
présent dans les Hauts-de-Seine et à la Compagnie générale des eaux (CGE). On a voulu m'écarter.
Vous avez été l'homme le plus riche de France, puis ruiné...
Non, pas le plus riche, même si j'étais très riche. Je pesais environ 400 millions d'euros. Je suis tombé à presque zéro en 1992. Je me suis fait laminer par la crise immobilière et les affaires.
« Aujourd'hui, je sais que j'ai été piégé par Claude Muller »
On vous a accusé d'avoir plombé la CGE. Qu'en est-il ?
C'est faux. Les pertes que j'ai causées à la CGE, dans des opérations à Lyon et à Bordeaux notamment, étaient des pertes « calculées ». Il fallait « rendre service » à la CGE, en négociation par ailleurs avec les élus locaux.
Quand, ensuite, Jean-Marie Messier est arrivé, il a bradé
tout l'immobilier sans discernement, ce qui a fait la fortune d'anciens de la CGE, Nexity, Vinci
et des fonds américains et canadiens.
La tour Descartes à La Défense, par exemple. Je l'ai construite
à 18 000 F (2 745 ) le mètre carré. Messier l'a vendue aux Américains 21 000 F (3 200 ) le
mètre carré. Deux ans après, ils la revendaient à plus de 30 000 F (4 573 ).
Au total, j'assume
un quart des pertes qui m'ont été imputées.
Vous avez été condamné dans l'affaire de l'Islette, votre propriété d'Antibes démolie pour 1 000 m2 de dépassement de permis de construire. Aviez-vous dérapé ?
Pour partie oui, j'assume mon erreur. Je n'ai pas apporté la vigilance nécessaire
à cette opération.
Aujourd'hui, je sais que j'ai été piégé par Claude Muller, alors patron d'une
filiale immobilière de la CGE pour la Méditerranée. Il m'avait assuré que beaucoup de maisons
d'Antibes étaient construites de façon « bienveillante ».
D'ailleurs, sur sa maison des îles de Lérins, il a lui-même doublé la surface de 750 m2, malgré un procès verbal de
contestation dressé à la demande de l'ancien maire de Cannes.
La justice niçoise a ensuite classé
l'affaire.
Pour l'Islette, j'ai laissé faire Muller en pensant que c'était une pratique courante
sur la Côte.
Pourquoi ne pas avoir expliqué cela lors de votre procès en 2000 ?
Parce qu'à l'époque
je vivais avec sa fille Valérie. Avec sa soeur, elle m'a demandé de ne pas mettre en cause son
père, alors en détention préventive dans une affaire d'urbanisme et d'escroquerie.
C'est Muller
qui m'avait proposé de racheter l'Islette à une certaine Mme Safian. J'ai
fait un chèque de 7 millions de francs (1,06 M), mais j'ai découvert par la suite qu'elle n'avait
touché que 700 000 F (106 714 ).
Muller ne voulait pas que la justice s'intéresse à cet aspect
du dossier. La différence, 6,3 MF, a atterri sur un compte suisse lui appartenant. A l'époque,
je ne le savais pas.
En couvrant Muller, je pensais masquer ses opérations d'urbanisme. Je me
suis rendu compte qu'il ne voulait pas que la justice découvre le dessous de ses opérations
financières.
Vous êtes en conflit avec votre femme et votre belle-famille...
J'ai épousé Valérie Muller en 1991.
Début 1992, elle est partie.
Depuis, craignant de ne pas obtenir suffisamment
dans la procédure de divorce, elle n'a de cesse d'enclencher, directement ou indirectement,
une foule de procédures pénales ou civiles contre moi.
Je connais le tarif. Son père est venu
me voir au printemps 2003 pour me dire qu'il « prenait en main » le divorce de sa fille et qu'il
me réclamait 30 millions d'euros.
J'ai décidé de ne pas céder.
Combien de procédures sont en cours ?
Elles sont multiples. Valérie a d'abord déposé une plainte pour violences à Paris.
La police a conclu à un « montage ». Elle a en initié une autre à Ajaccio. Classée sans suite.
Elle a aussi déposé deux plaintes à Nanterre. L'une vise un immeuble dont j'ai fait donation
à nos enfants, qu'elle essaie de s'approprier. Un comble !
L'autre, sur un deuxième immeuble,
est initiée par l'avocat qui avait conseillé à l'époque le montage juridique contesté aujourd'hui
!
Dans ce dossier, le juge de Nanterre disposerait d'un rapport accablant contre votre gestion...
Ma
femme a produit aux gendarmes, le 17 décembre 2004, un rapport d'expert daté du 2 novembre 2004,
concluant à des abus de biens sociaux et des détournements de fonds.
Or nous avons découvert
que le même expert, le 9 décembre 2004, avait fait un autre rapport, excluant toute possibilité
d'abus de biens sociaux et de détournements de fonds.
Ce deuxième rapport a été caché sciemment
à la justice dans le but de pouvoir prétendre que tout lui appartenait et bloquer par le pénal
ses autres affaires.
En attendant, je suis pris à la gorge, victime d'un chantage. J'attends
une enquête de la justice sur ce mauvais coup.
« Je ne veux pas laisser à mes enfants l'image d'un père véreux »
Vous êtes aussi visé par une enquête sur des dépassements de mètres carrés pour les tours de La Défense...
Ma femme s'est alliée à un homme d'affaires, Christian Guilbert, contre lequel j'ai déposé plainte en 2003, auprès du juge Van Ruymbeke. Via une association ad hoc, spécialisée dans les attaques de permis de construire, on veut faire croire que j'ai triché. J'ai remis un dossier complet aux enquêteurs, j'ai écrit au procureur, à Nicolas Sarkozy, qui est président de l'Epad (NDLR : l'Etablissement public qui gère La Défense). Toute cette affaire a été montée, il s'agit là aussi d'un chantage orchestré. En fait, le litige porte sur une interprétation des règles de l'urbanisme concernant la comptabilisation des locaux techniques. Pour tous les professionnels, il n'y a pas de tricherie. Si tel était le cas, alors tout le monde, y compris la Ville de Paris et l'Epad, se serait mis hors la loi. J'en ai assez.
Vous semblez en colère...
J'ai longtemps cru que la justice allait elle-même démonter rapidement tout cela. Je me suis tu pendant trop longtemps. Je n'avais surtout pas envie de mettre sur la table les turpitudes familiales, le rôle de ma femme et de mon beau-père, qui alimentent sans cesse mes ennuis.
Aujourd'hui, je suis obligé de parler à cause de mes cinq enfants. Après ce que
j'ai réalisé dans ma vie, je ne veux pas leur laisser l'image d'un père promoteur immobilier
véreux.
Je n'entends pas non plus laisser faire ma femme, qui tente de spolier ses propres enfants.
A la fin, mon silence serait coupable.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié, Le Parisien, 21 juin 2006, p. 16
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Juillet 2007.
Les mètres carrés démultipliés de Pellerin
Le promoteur est au centre de trois procédures pénales.
Par RENAUD LECADRE, Libération
QUOTIDIEN : mercredi 4 juillet 2007, p. 11
En 2005, Pellerin a passé sept semaines en prison suite à la plainte déposée par son épouse, qui réclame une prestation compensatoire de plus de huit millions d’euros. Leur patrimoine étant constitué de sociétés immobilières, ils s’écharpent par experts comptables interposés.
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