AFP - Paris. Le 11 janvier 2001 Peut-on libérer Papon ?
Robert Badinter se dit favorable à une libération de l'ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde, aujourd'hui âgé de 90 ans, et qui fut condamné en 1998 à dix ans de réclusion pour complicité de crime contre l'humanité.

Une attitude qui suscite la colère des parties civiles et du CRIJF (conseil représentatif des institutions juives de France).
Le président de l'Assemblée nationale, le socialiste Raymond Forni, est également hostile à sa libération :"compte tenu des crimes de Maurice Papon, sa libération n'est pas envisageable. Je ne suis pas favorable à (cette) libération".
Par contre Me Badinter est soutenu par l'ancien ministre centriste et catholique de la Justice, M. Pierre Méhaignerie, et le MRAP (mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples).

Des propos qui choquent
En s’exprimant ainsi, jeudi, sur la chaîne parlementaire Public Sénat, l'ancien ministre de la Justice Robert Badinter a déclenché un véritable tollé. Il répondait indirectement à la demande déposée la veille par les avocats de Maurice Papon. Ceux-ci, jugeant que "l'enfermement en univers carcéral d'un homme âgé de plus de 90 ans est contraire à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme", avaient adressé une requête à la Cour européenne des droits de l'Homme pour "traitement inhumain et dégradant".

"Il dit qu'il est vieux, mais les nôtres ne sont jamais devenus vieux"
Peut-on libérer Maurice Papon ? L’idée fait bondir les parties civiles. L’ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde sous l'Occupation, condamné le 2 avril 1998 par la cour d'assises de Bordeaux à une peine de dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crime contre l'humanité, pourrait-il vraiment recouvrer la liberté moins de trois ans après sa condamnation… et alors qu’il est emprisonné depuis un peu plus d'une année ?

Me Gérard Boulanger
"Je suis un peu atterré parce que j'ai beaucoup d'affection pour Robert Badinter et ses combats que j'ai longtemps partagés. Les gens plein d'humanité (comme l'ancien garde des Sceaux) se font piéger car ils ont été loin du combat que nous avons mené", juge Me Gérard Boulanger. Selon l'avocat bordelais, Robert Badinter "n'a ni le droit moral ni la légitimité pour se substituer aux victimes qui ont mené le combat (pour faire condamner Maurice Papon). Quand il était garde des Sceaux, il n'a pas levé le petit doigt". Réaction identique d’une partie civile au procès, Juliette Benzazon. "Je ne vois pas pourquoi on le libérerait. Il parle d'humanité, il dit qu'il est vieux, mais les nôtres ne sont jamais devenus vieux", plaide-t-elle.

"Quel serait l'effet sur les familles de victimes ?"
L'avocat Serge Klarsfeld, président de l'association Fils et filles des déportés juifs de France, s’oppose également "avec la plus grande énergie" à une libération anticipée de Maurice Papon. Me Klarsfeld, qui fut également partie civile lors du procès, n’épargne pas ses reproches à Robert Badinter. L'ancien ministre de la Justice, selon lui, "s'est déjà ‘planté’ magistralement en admonestant les manifestants juifs qui reprochaient à François Mitterrand son amitié avec René Bousquet. Maurice Papon, qui se compare volontiers au capitaine Dreyfus, ne subit pas les conditions de l'île du Diable mais celles de la prison de la Santé où il est médicalement suivi chaque jour. Une grâce médicale ne devrait intervenir que dans la certitude d'une fin prochaine. Quel serait l'effet sur les membres des familles de victimes de Papon si, libéré par anticipation, il allait fêter son centième anniversaire ?"

PARIS - 21 janvier 2001.

Papon: Mme Alliot-Marie pour une prise en compte de la "dimension humaine"
La présidente du RPR Michèle Alliot-Marie a déclaré que la "dimension humaine" devrait être intégrée dans une décision sur la mise en liberté ou pas de Maurice Papon, condamné à 10 ans de réclusion criminelle pour complicité de crime contre l'humanité.

Ancien secrétaire général de la préfecture de Bordeaux, de 1942 à 1944 Papon a été condamné par la cour d'assises de Bordeaux, le 2 avril 1998, pour avoir organisé la déportation de quelque 1.500 Juifs.

Raymond Barre favorable à la libération de Papon
PARIS - Raymond Barre se prononce, dans une interview à la Tribune pour la libération de Papon. "Je partage entièrement l'opinion de Robert Badinter. Il l'a exprimée dans des termes que je comprends et que j'approuve. Cette attitude, à mes yeux, l'honore", déclare M. Barre.

Charles Pasqua pour la libération de Papon
PARIS - Le président du RPF, Charles Pasqua, s'est déclaré favorable à la libération, en raison de son âge, de Maurice Papon.

"Je ne vois pas ce que ça peut apporter que de garder en prison quelqu'un qui a dépassé l'âge de 90 ans", a déclaré M. Pasqua.

Grand rabbin Sitruk : "prématuré" de parler de la libération de Papon
PARIS - Le grand rabbin de France Joseph Sitruk a estimé "qu'il est prématuré d'évoquer (une) libération" de Papon.

Interrogé sur RMC, M. Sitruk a rappelé que le procès de l'ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde avait été "tardif" du fait de Maurice Papon. Si ce dernier "a cet âge-là, ce n'est pas de la faute de la justice", a-t-il précisé, ajoutant que "cet un homme n'a exprimé à aucun moment le moindre regret". "Restons-en là. Lorsque la peine sera à mi-parcours peut-être que nous pourrons en reparler mais pas maintenant", a encore expliqué Joseph Sitruk.

Le grand rabbin Bernheim favorable à une libération de Papon
COLMAR - Le grand rabbin de la synagogue de la Victoire à Paris, Gilles Bernheim, s'est déclaré favorable à une libération de Papon. "Je ne suis pas enclin à souhaiter le maintien en détention d'un homme qui a dépassé les 90 ans. Je pense que la déchéance sur le plan social, sur le plan politique et surtout sur le plan symbolique a été immense", a déclaré le rabbin.

L'Humanité (PCF), 23 Janvier 2001 - SOCIETE
Paroles de témoins du procès Papon
Juliette Benzazon et Hersz Librach ont été entendus comme témoins et parties civiles pendant le procès de Maurice Papon. La polémique qui enfle à propos de l'ancien haut fonctionnaire de Vichy, condamné pour crimes contre l'humanité, ravive chez eux des blessures à jamais ouvertes.

Maintenant il serait trop vieux ?
Juliette Benzazon : Je ne suis pas du tout pour cette libération. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi Robert Badinter a pris une position pareille. C'est juste le quinzième mois qu'il est en prison. On a attendu plus de 18 ans pour avoir ce procès. On a fait confiance à la justice. Je trouve que même la justice est bafouée là-dedans. · quoi ça a servi six mois de procès ? Je n'imagine pas qu'on laisse sortir cet homme comme ça. Il n'a pas eu un mot de regret pendant le procès, ni même un peu de compassion pour nous. Au contraire, je peux dire qu'il a employé des mots qui nous blessaient, on a été obligé de se révolter. Son avocat parle d'humanité, c'est un mot qu'il ne devrait pas employer. Tout le cinéma qu'il nous a fait pendant ce procès... Ce qui est dommage c'est qu'on ne puisse pas montrer ce procès avec tous les détails de son attitude, que même le meilleur des journalistes ne pouvait pas rendre. De la façon dont les choses sont présentées aujourd'hui, ça peut toucher, mais cela voudra dire que l'on mettra les personnes âgées à la relégation. Je pense que les personnes âgées sont aussi valables que les jeunes. Il était capable de vouloir se défendre, de se montrer intelligent à la cour, en insultant tout le monde, en disant que si c'était à refaire, il le referait. Et maintenant il serait trop vieux...

Contraire à un minimum de justice
Hersz Librach : Le projet de Badinter, même si on sait qu'il n'était pas très favorable au procès, m'a surpris. Que lui, avec la personnalité qu'il a, porte ce projet, c'est encore plus invraisemblable. Papon n'a jamais cherché à exprimer le moindre repentir de ce qu'il a fait. Il a toujours prêché son innocence. Dans l'affaire de mon cousin, il était coupable, et logiquement, il devait être condamné à perpétuité. Donc je ne comprends pas la position de Robert Badinter. Je pense à tous ceux qui ont participé au procès Papon, ça doit les faire trembler de rage et de désespoir, d'imaginer que celui qui il y a un an et demi a été condamné pour crimes contre l'humanité puisse être remis en liberté... M. Papon est dans une prison tout à fait à l'aise, il a sa télévision, sa radio. On lui apporte des repas commandés. Il est dans une cellule particulière. Je trouve que c'est presque indécent de demander sa libération. Que le jugement ait eu lieu, on s'en réjouit, mais la demande de libération dans de telles conditions, ça me paraît vraiment invraisemblable et contraire à un minimum de justice que l'on doit à tous ceux qui ont souffert et qui continuent à souffrir. Il n'y a pas un seul des survivants qui ne pense plus à ceux qui ne sont plus là. Ajouter une nouvelle plaie à celle qui existe déjà, je trouve que c'est vraiment indécent. D'après ce que j'ai pu comprendre, maître Varaut est en train de créer un état de mansuétude autour de Papon, laissant entendre, que dans le fond, il aurait été mal jugé. J'ai l'impression que Me Varaut envisage une révision du procès. C'est un grand avocat, personne ne le conteste, mais là je trouve qu'il pousse le bouchon un peu trop loin.

Le 29 janvier 2001 M. Jean Kahn, président du consistoire central de France, s'élève contre les juifs qui souhaitent la libération de M. Maurice Papon. Il rappelle, dans un communiqué, que la justice française doit être appliquée, d'autant que "jamais les nazis et leurs comparses français n'ont tenu compte de l'âge de leurs victimes". En conséquence il faut donc leur appliquer la loi du talion (oeil pour oeil, dent pour dent).

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