Pierre Beregovoy
Pierre Bérégovoy a-t-il été assassiné ? (Le Parisien, 2003)
Le "suicide", le 1er mai 1993, de l'ancien Premier ministre Pierre Bérégovoy, fils d'un immigré russe qui fut capitaine du tsar et menchevik, ouvrier fraiseur militant syndical puis politique, demeure énigmatique, de même que le "suicide", en 1994, d'un « ami » du Président de la République, François de Grossouvre, de même que la mort d'un autre ami de François Mitterrand, Patrice Pelat, fils d'un ouvrier de chez Renault et d'une blanchisseuse ayant fait la guerre d'Espagne, petit industriel favorisé et très bien informé ...
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DOMINIQUE LABARRIÈRE : « Bérégovoy avait un rendez-vous fatal »
Relance dans un livre de la thèse de l'assassinat
DENIS TILLINAC y croit. « Je publie ce livre parce que le suicide de Pierre Bérégovoy m'a toujours semblé suspect. Il n'y a jamais eu d'enquête sérieuse, et comme le délai de prescription est proche, j'estime que c'est le moment d'en ouvrir une », nous indique le patron de la Table ronde.
Le plus chiraquien des éditeurs parisiens publie le livre de Dominique Labarrière, une enquête de plusieurs années sur la mort de Pierre Bérégovoy (*), le dernier Premier ministre socialiste de François Mitterrand, mort à Nevers en 1993.
Quelle est votre thèse sur la mort de Pierre Bérégovoy ?
Dominique Labarrière. Je suis convaincu qu'il a été assassiné. Je pense même que le 1 e r mai 1993, le long du canal, il avait rendez-vous avec quelqu'un. A cet endroit, protégé par quelques mètres de bois, on rejoint une route juste derrière. D'après moi, cette rencontre a mal tourné.
Quelles preuves avez-vous ?
Il y a un faisceau d'indices troublants. Pierre Bérégovoy n'a laissé aucun mot d'adieu, alors qu'il est très proche de sa famille. Son carnet a disparu. On sait qu'il notait tout sur ce carnet et qu'il l'avait dans sa poche une demi-heure avant sa mort. Je pense donc qu'il y avait sur ce carnet la trace du dernier rendez-vous.
On voit aussi, sur l'unique photo du mort sur le brancard, que l'orifice sur le sommet du crâne n'est pas très grand et ne ressemble pas à la trace que laisse, dans la majorité des cas, un 357 Magnum. Il aurait fallu faire une expertise balistique.
La famille a toujours réclamé en vain le rapport d'autopsie. En fait, il n'y a pas eu d'enquête. Sous la pression politique, en un quart d'heure, une vérité officielle s'est imposée, celle du suicide d'un homme désespéré.
« Ses proches attestent qu'il avait des projets, qu'il allait mieux » Pourtant tout le monde a décrit un Pierre Bérégovoy profondément dépressif...
Oui, même son chauffeur et son garde du corps sont venus dire qu'il avait fait d'autres « tentatives » dans la journée du 1er mai 1993. Alors pourquoi l'avoir laissé seul avec l'arme dans la boîte à gants ? On a beaucoup brodé sur la « déprime » de Bérégovoy, pour mieux cacher le « lâchage » dont il avait été victime de la part de l'Elysée.
D'accord, deux mois avant, au moment de son départ de Matignon, il n'était pas bien. Mais il avait remporté les élections législatives dans sa ville de Nevers et tous ses proches attestent qu'il avait des projets, qu'il allait mieux.
Plus troublant : des témoins ont entendu deux coups de feu. Tous les psychiatres que j'ai consultés voient mal un désespéré tirer un premier coup pour essayer l'arme, puis tirer une seconde fois pour se tuer. Ce cas de figure n'arrive jamais.
Mais qui aurait voulu l'assassiner ?
Des milieux d'affaires pouvaient craindre que l'ancien Premier ministre témoigne un jour. Pierre Bérégovoy était un honnête homme. Libéré des contraintes du pouvoir, il aurait témoigné devant la justice dans un certain nombre de dossiers.
J'ai découvert aussi que James Andanson, l'ancien photographe paparazzi, était à Nevers ce 1er mai 1993. Il connaissait très bien Bérégovoy et je suis très étonné qu'il ne se soit pas manifesté. James Andanson, d'après moi, aurait pu jouer un rôle dans le rendez-vous fatal, peut-être une simple mise en relation. Quand on sait que le même Andanson a été retrouvé « suicidé » dans sa voiture le 6 mai 2000, on se pose des questions.
Pourquoi réveiller ces doutes dix ans après ?
Je sais que des gens disposent d'indices inédits qu'ils ont peur de communiquer. Le 1er mai prochain, cela fera dix ans et les faits seront prescrits. J'aimerais qu'une enquête officielle soit enfin menée.
(*) « Cet homme a été assassiné », de Dominique Labarrière, aux Editions la Table ronde.
Propos recueillis par Laurent Valdiguié, Le Parisien, samedi 15 février 2003, p. 15