Eric Zemmour
Journaliste au Figaro (droite libérale), et romancier. Sépharade "intégré". Remarquable portraitiste.
Auteur notamment de Balladur, immobile à grands pas, Grasset, Paris 1995, Le livre noir de la droite, Grasset, Paris 1998 ; Chirac, L'homme qui ne s'aimait pas, Balland, Paris, 2002 ; mais également d'un ouvrage qui révulse les "féministes" : Le premier sexe, Denoël, Paris, 2006.
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Il s'en fout. Il est « libre ». Il s'en fout. C'est la vérité. Il s'en fout. La vérité historique, il vous dit.
Que son discours ait culbuté le mythe inventé le 18 juin 40, confirmé en 1944, de l'illégitimité du régime de Pétain, «nul et non avenu », incapable d'incarner la France parce que soumis à l'envahisseur allemand, il s'en fout.
Qu'il ait renvoyé de Gaulle à son statut sous Vichy de soldat félon, ruiné définitivement la légende d'une France résistante, il s'en fout.
Qu'il ait ravalé notre pays au rang des vaincus de l'Allemagne, et détruit la savante construction politico-juridique élaborée par le général de Gaulle et René Cassin, qui légitima l'entrée inattendue de la France dans le camp des pays vainqueurs de la guerre, avec tous ses attributs, zone d'occupation allemande, siège permanent du Conseil de sécurité, etc., il s'en fout.
Qu'il donne raison posthume à Roosevelt d'avoir jusqu'au bout privilégié les rapports avec la France de Pétain, il s'en fout.
Que Pierre Juillet et Marie-France Garaud le tancent dans Le Monde, il s'en fout.
Que Philippe Séguin pique une colère noire en mémoire de son père, mort les armes à la main en 1944, il s'en fout.
Que Pierre Messmer, Maurice Schumann lui lavent la tête à l'Elysée, il s'en fout. Qu'il contredise ainsi tous ses prédécesseurs, même son cher Pompidou, il s'en fout. Il s'en fout, il s'en fout, il s'en fout.
La question juive de Chirac in Chirac, L'homme qui ne s'aimait pas, Balland, Paris 2002, p. 185.
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Le Président est un homme d'habitudes; d'ordre, jusqu'à la manie. Peu de choses, de gens, le mettent en rage; il en a trop vu, trop subi.
Mais que l'on déplace l'impeccable rangée de ses marqueurs de couleur alignés sur son bureau comme à une parade militaire de 14 Juillet, prêts à souligner, annoter, avaler leur lot de notes et de parapheurs quotidiens, et voilà un homme aimable, affable même, qui voit rouge, vert, jaune. Mais peu de ses interlocuteurs sont assez facétieux pour oser pareille insolence.
Alors, tout est en place, la journée peut commencer. Une journée de président de la République comme une autre. Avec les amicales, les cérémonieuses, les sans intérêt, les diplomatiques, les froides, les chaleureuses, les in english, les officielles, les officieuses, les officines, les tendues, les entre- deux-portes, les rigolardes, les par-derrière, les par le jardin, les avec monsieur le Premier ministre chaque mercredi, les téléphoniques, les journalistiques, par fournées en cas de besoin, comme les parlementaires qui se pressent dans son bureau, les où il ne dit rien, les où il en dit trop, les où il parle d'autre chose, les plus fréquentes où il « écoute », les autres où il abreuve son interlocuteur de propos enchaînés les uns aux autres pour ne pas lui laisser en placer une, les silencieuses lourdes d'arrière-pensées, les anodines sans réelle consistance.
Autant de Chirac que d'audiences, autant de Chirac que d'interlocuteurs.
Chirac s'adapte, Chirac se dissimule, Chirac vert-de-gris, Chirac caméléon, Chirac Arlequin. Quand il est gêné, embarrassé ou que l'orage gronde, il reçoit avenant, décontracté, les pieds sur le bureau. Quand Chirac déteste un livre, ou un film, il se force à 1 'hyperbole laudative:
- Superbe! Superbissime !
Quand il n'a pas ouvert l'ouvrage de son hôte, il le laisse traîner sur son bureau, parsemé de Post-it jaunes, marquant les pages les plus intéressantes. Quand Chirac s'ennuie, il pose ses deux mains sous son menton, fixe son interlocuteur d'un regard concentré, pendant que ses mains jouent une drôle de sarabande, tordant la bouche, le nez, tout le visage. Chirac déteste les conflits, les cris, les heurts :
- Ce n'est pas convenable.
Chirac ne se livre jamais, c'est pourquoi il parle peu, flattant la vanité de celui qu'il « écoute » religieusement; mais il se livre encore moins quand il parle d'abondance.
C'est alors un disque qui tourne tout seul, et qu'il regarde tourner avec un air de triste ironie. Chirac observe avec goguenardise ce grand échalas impérieux qui parle pour ne rien dire, tient des propos dont il se moque à un interlocuteur qui fait des efforts surhumains pour paraître s'y intéresser mais s'ennuie presque autant que lui.
Un homme fait de tous les hommes, qui les vaut tous et qui vaut n'importe qui in Ibidem, pp. 233-234.
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Privé de ses propres mots, l'homme (mâle) a été peu à peu privé d'une pensée propre.
La machine est rodée. Implacable. D'abord, on ne lui parle que de grands principes, d'universel, d'humanité: il n'y a plus d'hommes, il n'y a plus de femmes, rien que des êtres humains égaux, forcément égaux, mieux qu'égaux, identiques, indifférenciés, interchangeables. Le discours qui confond ses propres valeurs avec celles de l'humanité est celui de toutes les puissances dominantes, de l'Empire romain jusqu'à la grande nation, du bon temps des colonies jusqu'à l'american way of life.
Des hommes avec ou sans majuscule au temps d'une société patriarcale. Et puis, dans un second temps, on suggère la supériorité évidente des « valeurs »
féminines, la douceur sur la force, le dialogue sur l'autorité, la paix sur la guerre, l'écoute sur l'ordre, la tolérance sur la violence, la précaution sur le
risque. Et tous, hommes et femmes, surtout les hommes, de communier dans cette nouvelle quête du Graal. La société unanime somme les hommes
de révéler la « féminité» qui est en eux. Avec une bonne volonté confondante, suspecte, malsaine, les hommes font tout ce qu'ils peuvent pour réaliser ce programme ambitieux: devenir une femme comme les autres. Pour surmonter enfIn leurs archaïques instincts. La femme n'est plus un sexe mais un idéal.
Le premier sexe, pp. 10-11
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Jadis, Madame Bovary prenait un amant pour connaître la vie rêvée des Parisiennes dont elle lisait les aventures dans la littérature de gare.
Aujourd'hui, les jeunes filles, toujours au bord de l'anorexie, se fabriquent un corps de garçonnet pour plaire à des créateurs homosexuels qui n'aiment
pas les femmes, qui les considèrent comme de simples « portemanteaux , et les terrorisent pour quelques grammes de trop, quelques onces de rondeur, de douceur, de féminité qu'ils ne veulent pas voir. Le snobisme mimétique des hommes - avoir la femme qui prouvera aux yeux des autres hommes qu'ils ont réussi, comme une belle voiture de sport - les pousse à désirer ces femmes. La bataille de l'élite est donc gagnée. En revanche, comme le remarque Lagerfeld, toujours très fin, l'homme de la rue résiste. Lui continue à désirer «le gros derrière» de Jennifer Lopez, les rondeurs de Sophie Marceau ou Monica Belluci, la «beauté
grecque» de Laetitia Casta. Et reste insensible aux charmes androgynes des mannequins russes.
Ibidem, p. 21
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Les mêmes mots, les mêmes rejets, les mêmes engouements se retrouvent ainsi chez les militants homosexuels et les féministes, au point que l'on peut parler d'alliance objective. Les rares hommes politiques qui assument ou revendiquent leur homosexualité sont aussi les féministes les plus ostentatoires. Il y a une rencontre sociologique, au cœur des grandes villes, entre homosexuels, militants ou pas, et femmes modernes, pour la plupart célibataires ou divorcées.
Le cœur de cible de ce fameux électorat bobo. Mêmes revenus, mêmes modes de vie, même idéologie «moderniste», « tolérante », multiculturelle. À Berlin, Hambourg et Paris, ces populations ont élu comme édiles trois maires homosexuels - et fiers de l'être - qui ont la conviction de porter un nouvel art de vivre, une nouvelle renaissance. Peu à peu, la production, l'activité industrielle, toute activité productive ou même du négoce de marchandises ont été expulsées de ce villes transformées en musée pour touristes ou casino virtuel pour prédateurs de la finance - l'industrie c'est sale, c'est noir, c'est un travail d'hommes aux mains calleuses et aux mœurs rudes. Peu à peu, les ouvriers puis les classes moyennes ont été expulsé de ces paradis par la spéculation immobilière, il ne reste plus que les gens très aisés, les fameux bobos et les familles immigrées, avec ou sans papiers mono ou polygames, peu importe, puisque leur rôle est de servir - à bas prix - les nouveaux maîtres de la culture et de la fête.
Ibidem, pp. 24-25
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On dira, c'est l'Amérique, le puritanisme américain.
Ou, comme Élisabeth Badinter, le féminisme radical, américain lui aussi, inspiré de groupes de lesbiennes. Ainsi les communistes ont-ils un temps distingué Staline - ses erreurs et ses crimes - de Lénine - qui aurait vu juste. Le distinguo a fini par s'écrouler. Le stalinisme était déjà dans le léninisme. De même, le féminisme est un bloc. C'est une vision du monde, une volonté de changer la femme et l'homme. Une ambition prométhéenne. "Effacer cinq mille ans de distinction des rôles et des univers", comme l'a très bien écrit Élisabeth Badinter. En somme, détruire l'héritage judéo-chrétien. C'est justement en cela que le féminisme est un "-isme" du xx' siècle qui ne peut échapper à ses démons totalitaires. En France, la "campagne" contre la prostitution en est l'exemple le plus récent.
Ibidem, pp. 53-54
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Deux siècles pour ça.
Ces chiffres ne sont pas sans conséquence sur le destin de nos pays.
Les plus grands démographes nous alarment quant au devenir de l'Allemagne ou de l'Italie, le peuplement de ce dernier pays devant tomber à vingt millions de personnes d'ici quelques décennies seulement. Depuis trente ans, on s'extasie sur la maîtrise parfaite, entre contraception et avortement, de la fécondité par les femmes. On ne dit jamais que la fin de cette histoire est funeste, qu'elle se conjugue justement avec la fin de l'histoire, avec la disparition programmée des peuples européens. Comme si un spectre hantait cette féminisation des sociétés occidentales, qui commença sous de si riants auspices, comme si cet appel à la vie, à l'amour, make love not war, devait finir tragiquement par la disparition collective. Comme si le mâle était maudit, et retrouvait in fine cette mort qu'il ne voulait plus donner.
Symboliquement, tout s'est passé comme si les vieux peuples fatigués renonçaient à se reproduire eux-mêmes et appelaient à la rescousse des plus
vigoureux, plus juvéniles. Tout s'est passé comme si les hommes français et européens, ayant posé leur phallus à terre, ne pouvant ou ne voulant plus
féconder leurs femmes devenues rétives, avaient appelé au secours leurs anciens « domestiques » qu'ils avaient émancipés. Tout s'était passé comme
si la France, et l'Europe, devenue uniformément femme s'était déclarée terre ouverte, attendant d'être fécondée par une virilité venue du dehors.
Ibidem, pp. 106-107-108
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Le cas des jeunes Juifs des quartiers populaires, dans Paris ou en banlieue, est fort instructif.
Ils ont eux aussi trouvé une virilité par procuration. Ils sont sionistes. Israël et son armée, et ses chars, ses avions, tous ces phallus de fer et d'acier, son mépris des organisations internationales, les coups de menton virils d'Ariel Sharon.
Ils ne se trompent pas. Le sionisme est d'abord une tentative historique d'en finir avec l'image « féminisée» du Juif européen, ce Juif aux mains fines et de santé fragile, ce Juif du ghetto, étudiant en théologie, fouetté par des cosaques brutaux et avinés, ce Juif intellectuel des pays d'Occident, amateur de livres et d'objets rares, ce Juif qui n'abîme pas ses mains dans la terre ni à la guerre, ce Juif religieux qui refuse toute activité sportive.
Ce Juif honni, le sionisme veut s'en débarrasser, il veut le régénérer par le travail de la terre (les kibboutz) et la guerre. Le soldat-paysan est le
modèle du sionisme, pour enterrer définitivement le Juif féminisé de l'exil. Cette régénération explique que les dirigeants israéliens comme Sharon restent
sourds aux appels de ceux qui les somment de cesser leur politique brutale à l'égard des Palestinens au nom des « valeurs juives ».
Cette régénération explique aussi l'irréductible opposition du monde arabe à Israël. Dans l'imaginaire millénaire des Arabes, le Juif a toujours vécu à côté d'eux, pacifiquement, mais il ne pouvait pas porter d'arme, il avait un statut juridique et fiscal inférieur. ils acceptaient volontiers que les Juifs les plus doués, les plus intelligents, les plus instruits, devinssent conseillers du roi, financiers ou écrivains. Des esprits raffinés et délicats comme les femmes, que l'on vénère tout en
les tenant dans un statut second, inférieur, soumis. Mais une "femme" qui fait pousser des oranges dans le désert et gagne toutes les guerres contre des
soldats arabes, des vrais hommes. ils ne s'en sont jamais remis.
Ibidem, pp. 111-112
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Comme tous les petits mâles depuis le début de l'Humanité, les jeunes Arabes ont peur des femmes.
Peur de ces machines à castrer, peur de ne pas être à la hauteur de leur appétit qu'ils espèrent et craignent insatiable. Autour de la Méditerranée, on règle depuis toujours cette peur de la féminité en exprimant une virilité exacerbée, surjouée, et en dissimulant les attraits de la sensualité féminine, cheveux et chevilles, poitrines et hanches, sous des vêtements amples, informes. Nos Arabes réagissent ainsi. Les plus religieux obligent leurs sœurs à se voiler; les autres exigent des filles qu'elles portent les mêmes vêtements qu'eux, survêtements, tennis. Ainsi, grimées en garçons, elles leur font moins peur.
Si elles persistent à se vouloir féminines, à vouloir leur faire peur, à mettre au défi leur virilité incertaine et fragile, alors, pour pouvoir les désirer, pour être sûr de bander, ils appliquent l'autre méthode masculine, le plan B des hommes depuis l' Homo sapiens, l'irrespect militant, d'autant plus furieux, violent même, qu'il est inquiet. Seules la « salope », la « pute» peuvent réveiller le désir fragile du mâle.
Ibidem, pp. 113-114
10
En 1974, lors de la crise pétrolière, les autorités françaises ont hésité entre le renvoi dans leur pays de ceux dont on n'avait
plus besoin dans nos usines et l'accueil de ces futurs chômeurs.
Nous avons choisi la solution « humaniste ».
Notre société féminine ne supportait pas la cruauté de la rupture.
Nous avons refusé la solution d'hommes, qui renvoient ceux qu'ils considèrent inconsciemment comme des rivaux dans la compétition pour la conquête des femmes. Nous avons préféré la douceur d'une solution féminine, l'accueil, l'intégration. Ce mot devint incantation, religion,
conjuration. Il remplaça le modèle traditionnel français de l'assimilation. Renoncer à assimiler les immigrés et leurs enfants, c'était renoncer à leur imposer
- virilement - notre culture.
Devant cette ultime preuve de faiblesse française, si féminine, les enfants de ces immigrés préféreront renouer avec la loi de
leur père idéalisé, les venger. Leur mère les approuvait. Ils seraient leur revanche. Pour cela, ils transgresseront allégrement la loi française, cette marâtre
qu'ils haïssent. Ils seront, eux, des hommes, dans cette société de « zessegon ». Ils vont « niquer la France ». La France, cette femme, cette « salope »,
cette « putain ».
Eux, les hommes. Ils vont brûler, détruire, immoler les symboles de sa douce protection maternante, les écoles, les transports en
commun, les pompiers. Ils vont caillasser les seuls hommes qu'elle leur envoie pour la défendre: les policiers. Ces flics qu'ils « haïssent ». Les seuls qui
osent les affronter encore dans un combat entre hommes. Un combat où est en jeu la domination virile. Un combat qui ne peut être qu'à mort.
Ibidem, pp. 116-117
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C'est tout le paradoxe féminin.
Les femmes conduisent quand la vitesse est limitée ; elles fument quand le tabac tue ; elles obtiennent la parité quand la politique ne sert plus à
grand-chose; elles votent à gauche quand la Révolution est finie; elles deviennent un argument de marketing littéraire quand la littérature se meurt ;
elles découvrent le football quand la magie de mon enfance est devenue un tiroir-caisse.
Il y a une malédiction féminine qui est l'envers d'une bénédiction. Elles ne détruisent pas, elles protègent. Elles ne créent pas, elles entretiennent. Elles n'inventent pas, elles conservent. Elles ne forcent pas, elles préservent. Elles ne transgressent pas, elles civilisent. Elles ne règnent pas, elles régentent. En se féminisant, les hommes se stérilisent, ils s'interdisent toute audace, toute innovation, toute transgression. ils se contentent de conserver.
On explique en général la stagnation intellectuelle et économique de l'Europe par le vieillissement de sa population. Mais Cervantes écrivit Don Quichotte à soixante-quinze ans; de Gaulle revint au pouvoir à soixante-huit, et le chancelier allemand Adenauer à plus de soixante-dix.
On ne songe jamais - ou on n'ose jamais songer - à sa féminisation.
Ibidem, pp. 128-129
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Né le 31 Août 1958.
Diplômé de l’I.E.P. Paris
Journaliste politique au Quotidien de Paris,(1986-94)
Editorialiste à Info Matin (1994-95)
Grand reporter au Figaro ( depuis 1996)
Journaliste à Marianne (depuis 1997)
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(Avril 2006) Eric Zemmour, 47 ans, journaliste. Volontiers provocateur, il est l'auteur d'un pamphlet contre le féminisme triomphant, tout à la gloire du macho à l'ancienne.
Bite génération
A mes grands-pères, Mon père, Mes fils».
Dans le Premier Sexe, court pamphlet sur la féminisation de notre société, titre et dédicace résument efficacement la thèse. Il y a aussi des phrases provocantes, calibrées pour la renommée de la télé. En publiant, il y a deux mois, un essai déplorant la fin des hommes virils, le journaliste Eric Zemmour a eu les honneurs de tous les médias.
Qui n'a pas vu, chez Ruquier ou Ardisson, le petit homme, physique chafouin, arrogance de premier de la classe, endosser le rôle du «macho» tradi face aux féministes de toujours, Isabelle Alonso ou Clémentine Autain? «Les hommes sont sommés de devenir des femmes comme les autres. Ils n'ont plus le droit de désirer, de séduire ou de draguer. Ils ne doivent plus qu'aimer.» Ténacité de roquet accroché au bas des jupes, Zemmour est le client en or des ardissonneries du samedi : «J'essaie de mordre les mollets du politiquement correct, dit-il. J'ose dire ce qui ne se dit plus dans notre société dominée par le fémininement correct. Si on ne fait pas du rentre-dedans, on n'est pas entendu.»
Avec 40 000 exemplaires vendus, il rejoint la cohorte des croisés de la masculinité. Comme l'écrivain Alain Soral, il réhabilite le droit divin du dragueur : hétérosexuel et masculin exclusivement. Comme le pédiatre Aldo Naouri, dont il dit «partager les idées à 2000 %», il veut restaurer la monarchie paternelle : le père, seul et unique dépositaire de l'autorité.
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Mais qui est donc Eric Zemmour pour asséner des certitudes pareilles ?
Une curiosité surannée. Grand reporter au Figaro, il ausculte depuis vingt ans le monde politique, son aile droite exclusivement. Chirac, Bayrou, Sarko, il aime ce monde d'hommes, une des dernières forteresses avec le football, la chasse et les finances, à rester imperméables à la mixité. Il exècre une Ségolène Royal, symbole de «l'égalitarisme féministe et du néo-puritanisme». Tout en exécutant l'homme politique, il se régale du Chirac des années 70, surnommé «deux minutes, douche comprise», qui ouvrait les banquets d'un : «A nos femmes, à nos chevaux, et à ceux qui les montent !»
Tous les matins, Eric Zemmour a la goutte au nez comme les jeunes enfants il ne sait pas d'où ça lui vient.
Dans le glaçant ordonnancement des nouveaux locaux du Figaro, boulevard Haussmann, il vibrionne, indécis sur l'endroit où boire un café, courtois, sympathique, terriblement bavard. D'une maigreur quasi anorexique, il ressemble plus, malgré ses 47 ans, à un ado monté en graine qu'à un manager à la virilité assumée. Pas de costume à solides rayures mais une chemise à petits carreaux de grand garçon, une montre de premier communiant.
Quand l'éditrice, Clara Dupont-Monod, lui propose d'écrire un livre sur les rapports hommes-femmes dans un style «indigne» c'est le nom de la collection chez Denoël , il ne peut résister. Car Zemmour a un péché mignon : échafauder des théories sur tout. Aucun sujet ne lui fait peur. «J'aime mettre en système, dit-il. Mes copains disent que je suis dogmatique.» Il est aussi doté d'un vilain défaut : la prétention de croire qu'il peut laisser trace dans le monde des idées. «"Souviens-toi, je l'ai écrit en premier" est sa phrase fétiche. L'autre étant "tu connais ma grande théorie...", rapporte un confrère journaliste. Sauf qu'il part en vrille toujours sur les mêmes thèmes : Louis XIV, Louis XVI, la France en déclin... C'est un bouffon médiatique. Comment voulez-vous qu'il existe autrement ?»
Pour monter son petit mécano théorique personnel sur la différence des sexes, Zemmour est allé piocher dans sa cour de récré favorite, peuplée des héros de son enfance : Bonaparte d'abord, pour son génie politique. Le football, ensuite. Pas celui de Beckham, étiqueté, avec ses breloques, «incarnation des nouveaux hommes féminisés». Son idole à lui est le mythique Hollandais des années 70, Johan Cruyff, troublante beauté androgyne et premier footballeur à porter les cheveux longs.
Enfin, il y a la littérature : il se délecte des confidences de comtesses et d'ingénus de Point de lendemain de Vivant Denon (1777). D'où sa passion pour le marivaudage, style qui convient à son hystérique besoin de parler et de briller. «Quand j'étais petit, dit-il, je lisais tout le temps. Ma mère qui m'adorait me défendait quand mon père voulait que je reste en famille.»
D'origine juive pied-noir, la famille vit à Drancy (Seine-Saint-Denis), résidence Faidherbe.
Sa mère, femme au foyer, le couve, son père, ambulancier, est d'une sévérité extrême. «Quand nous restions dans le verbe, j'avais le dessus sur lui. Quand il m'attrapait, cela se terminait par la ceinture.» Eric est élevé dans le culte de l'école son grand-père, cordonnier, se saoule au champagne à son admission à Sciences-Po et l'amour de la France. «Tant que j'étais premier de la classe, ma mère me laissait tout faire. Si j'étais deuxième, elle me comparait à Poulidor. Elle m'a donné une incroyable confiance en moi. Elle était le genre de femme à dire : "Mon fils est un demi-dieu. Il peut mieux faire."» A 14 ans, il lit le Monde, découpe les articles, les classe dans des dossiers sur la table de la salle à manger familiale.
Il n'oublie pas aussi d'être un adolescent de son époque : «Biberonné à la culture 68, je lisais Charlie Hebdo, écoutais les Rolling Stones, portais les cheveux longs et bouclés. On m'appelait Rocheteau.» De la liberté sexuelle, il avoue n'avoir pas trop profité. «Je ne suis pas très doué pour la drague en boîte de nuit», dit celui qui vante aujourd'hui la sexualité débridée des hommes.
En 1980, il rate l'Ena, traumatisme évident de son existence il a l'honnêteté de le reconnaître.
Il se rêvait éminence grise refourguant ses théories aux grands de ce monde. Il sera simple polémiste. En 1981, il vote Mitterrand. Et encore à gauche en 2002, pour Chevènement. En 1982, il rencontre sa femme. Mère de ses trois enfants, elle est administratrice judiciaire, pas du genre effacé, «un fort caractère», dit-il. Ils vivent dans le VIIIe arrondissement, à l'ombre de saint Augustin, les enfants vont à l'école dans un cours privé, prisé pour son niveau de grammaire. «Celui des années 50», précise Zemmour, «effaré par l'effondrement de l'école d'aujourd'hui».
Ce partisan de «la sélection et de l'excellence» se vit comme une espèce menacée. En tant qu'homme, blanc et Français. Car outre les féministes et les gays, il honnit aussi la banlieue d'aujourd'hui, apprécie exclusivement «les Noirs et les Arabes qui aiment la France et le français». Les autres participent au déclin généralisé, vision catastrophiste qu'il partage avec un Finkielkraut admiré.
De la culture 68, il n'a retenu qu'une seule chose : «Tout est politique.»
En premier lieu, la division des genres. Il défend mordicus la distinction des sexes, affirme que le même tue le désir, avoue ne pas savoir où ranger l'attirance homosexuelle. Lui, élevé dans un univers féminin, entend «retrouver [sa] part virile». Refusant la psychanalyse, il se rééduque par lui-même, s'efforce d'être un père autoritaire, au moins pour ses fils de 9 et 8 ans il a également une fille de 2 ans. «Quand on affronte son père, on devient un homme. Aujourd'hui, les jeunes n'ont plus de père à tuer. En me confrontant au mien, je me suis endurci, c'est pour cela que j'aime la bagarre.»
Zemmour jubile d'être catalogué «réactionnaire et antiféministe» ce sont ses propres mots.
Il se vante aussi de recevoir un nombreux courrier féminin un piège à filles ? , et savoure son éphémère coup médiatique. Fierté comme une autre. Mais quand on tape machinalement son nom sur Google, l'Internet n'affiche pas en haut de page le dernier défenseur des mâles mais un certain Eric Zemmour «coiffeur ambassadeur pour l'Oréal» (notedt, et ensuite http://denistouret.net/textes/Zemmour.html)
Libération, par Cécile DAUMAS, QUOTIDIEN : samedi 22 avril 2006, p. 44
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lexpress.fr mardi 15 janvier 2008, mis à jour à 17:55 Louise Pothier
Polémique Va-t-on interdire le roman d'Eric Zemmour? Petit Frère, le roman d'Eric Zemmour inspiré d'un fait divers sanglant, fait l'objet d'une requête ce mardi visant son interdiction pour cause de diffamation. L'éditeur nous confirme que l'affaire est en délibéré jusqu'à jeudi. Lorsqu’un écrivain se risque à transformer un fait divers en roman, la polémique n’est jamais loin. C’est Eric Zemmour qui, cette fois, s’est risqué au genre. Son roman Petit Frère, fraîchement publié par les éditions Denoël, fait l’objet ce mardi d’un référé visant à obtenir son interdiction, pour diffamation. Le chroniqueur politique déjà souvent sujet à controverses s’est essayé à la fiction pour la première fois. Fiction? L’ouvrage relate l’histoire d’un jeune juif, Simon Sitruk, sauvagement assassiné sur un parking par son voisin de toujours, un jeune maghrébin. Sous couvert de l’observation des conflits judéo-musulmans, l’auteur ne nie pas avoir librement puisé son inspiration dans un fait divers bien réel, lui. En 2006, Adel bénéficie d’un non-lieu après avoir brutalement mutilé Sébastien Selam, jeune DJ d’obédiance juive. La justice a estimé qu’il était irresponsable au moment des faits. L’ouvrage a d’abord été remarqué pour son cynisme face à la prétendue naïveté des autorités quant aux conflits entre communautés. Il est maintenant attaqué par la famille de la victime. Leur avocat, Me Axel Metzker, affirme dans les colonnes du Parisien que ses clients sont "injuriés", "traînés dans la boue" et "accusés des pires maux". Réponse jeudi. Récurrence des polémiques Jusqu’où peut aller le romancier dans son inspiration? S’attaquer à de cruels faits divers en en adaptant le propos est pourtant chose courante. Déjà, en 1965, Truman Capote expose dans De Sang Froid la description exhaustive de meurtres perpétrés au sein d’une famille du Kansas et bénéficie rapidement d’un succès immense. Le droit au nom et à l’image n’était certes pas, à l’époque, aussi protégés et l’auteur américain n’est pas poursuivi. Plus récemment, Philippe Besson, en 2006, s’attaque à l’affaire du petit Grégory dans son roman L’Enfant d’octobre. La polémique éclate mais Christine Villemin, la principale intéréssée, renonce à porter plainte, alors qu'elle aurait pu invoquer une atteinte à sa vie privée. En 2007, c’est le tour de Mazarine Pingeot. Son roman, Le Cimetière des poupées, serait largement inspiré de l’histoire de Véronique Courjault, mise en examen pour le triple infanticide de ses enfants. Des proches de la famille font circuler une pétition dans la région de Chinon demandant le report de la publication du roman. Mais cela ne suffit pas. L’auteur se défend de l’accusation de diffamation et le livre sort à la date prévue. Et il connaît un certain succès, grâce à la formidable publicité engendrée par le scandale...--------