Marc Zaffran, dit Martin Winckler (Alger 1955 - ). Médecin, romancier, essayiste, contestataire. Auteur, notamment, de La vacation, Bol, Paris 1989 ; Les miroirs de la vie, Le passage, Paris 2000 ; Contraception, mode d'emploi, Au Diable Vauvert, 30600 Vauvert 2001 ; En soignant, En écrivant, J'ai Lu, Paris 2001.

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Le scandale de la prison ne réside pas dans la punition qu'elle représente - la privation de liberté. Si la prison est scandaleuse, c'est parce que les droits les plus élémentaires (se laver, se soigner, lire, écrire, communiquer avec sa famille, étudier, reprendre espoir et se préparer à (re)trouver une place dans la cité) y sont refusés à la majorité des détenus tout en étant accordés à quelques autres. Ce qui est scandaleux, c'est la violence, l'humiliation, le sadisme, le silence, l'iniquité et l'inhumanité qui y règnent et que quelques voix ne cessent de dénoncer sans être entendues. La prison est scandaleuse parce qu'elle démontre que notre société est hypocrite et inégalitaire. On meurt, en prison, lentement mais aussi violemment. « Ici, on tue et on laisse mourir tout à fait réglementairement. »
Citoyen, soignant et écrivain, je m'insurge contre toute forme de violence et de terrorisme physiques, intellectuels ou symboliques ; institutionnels, professionnels ou individuels. Ce qui me révolte, quand je lis ces livres, ce livre, c'est que la violence de la prison n'éteint pas la violence de ceux que la société y enferme. Elle l'attise, au contraire, elle l'entretient et, par un retournement pervers, elle finit par la justifier. Ce qui me révolte, c'est qu'a posteriori la violence carcérale semble donner raison aux analyses idéologiques qui ont conduit Jean-Marc Rouillan et ses compagnons à prendre les armes contre la société. Je ne veux pas de cette prison-là. Et vous?
Préface à Jean-Marc Rouillan, Je hais les matins, Denoël, Paris 2001.

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