Fille d'un professeur d'Université, lui-même fils d'un aristocrate russe ayant dirigé les chemins de fer entre la Russie et la Chine, ayant pour oncles un conseiller à la cour de cassation et un préfet, Laurence Vichnievsky n'est pas une parvenue.
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12 Octobre 2009 jdd.fr
Vichnievsky veut nettoyer la Provence
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Laurence Vichnievsky
Elle fait partie, comme d'ailleurs le juge Halphen, de ces nomenclaturistes qui ont une haute opinion de l'Etat de droit et qui pensent que le droit positif démocratique doit s'appliquer à tout le monde, y compris aux politiciens ...
Juge d'instruction pendant dix ans, auprès de la juge emblématique et médiatisée Eva Joly, à la section financière du Palais de justice de Paris, elle se fait nommée, épuisée semble-t-il, en 2002, tandis qu'Eva Joly retrouve son pays d'origine, la Norvège, à la présidence du TGI de Chartres.
Avocat général à la Cour d'Appel de Paris en 2007.
Auteur avec Jacques Follorou de "Sans instructions", Stock, Paris 2002.
Enfin, nous n'avons pas vocation à éradiquer le mal de la surface de la terre.
Nous fonctionnons comme les soupapes d'une société qui nous demande pourtant plus que nous ne pouvons lui donner. La justice pénale, et son emblème, le juge d'instruction, ne va pas, à elle seule, résoudre tous les problèmes de la collectivité.
Il appartient d'abord au juge de respecter la règle du jeu, même si celle-ci ne permet pas d'appréhender l'ensemble des comportements
délictueux ou supposés tels.
Sans instructions, p. 144.
La lutte contre la corruption ne doit pas pour autant être abandonnée au seul bon vouloir d'organismes d'État, voire supranationaux.
Le juge d'instruction est pleinement compétent pour enquêter sur les rétrocommissions, appellation technique utilisée dans le cadre des contrats
commerciaux internationaux.
Lorsque le vendeur, une entreprise française, conclut un marché avec un pays étranger grâce, notamment, au versement de pots-de-vin à des intermédiaires ou à des responsables du pays acheteur, une partie de ces fonds peut emprunter le chemin du retour et revenir en France ou ailleurs, rétribuant ainsi,
soit un responsable salarié de l'entreprise - partie au contrat en France -, soit un intermédiaire au rôle mal défini, soit un responsable politique, ou plus souvent, des proches du personnel politique.
Dès lors, la justice, en droit, a tout loisir de poursuivre les bénéficiaires de ces commissions paraissant avoir été prélevées
sur l'entreprise sans contrepartie.
Je n'ai pas de réponse définitive, mais je reste, a priori, très attachée au respect de nos règles de compétence, en l'espèce territoriale, et à la nécessité, pour chacun des acteurs, de ne pas empiéter sur les prérogatives qui ne sont pas institutionnellement les siennes.
Ibidem, p. 149/150.
A mes yeux, les hommes ou femmes politiques n'appartiennent pas à une race à part.
Ils font partie, à gauche comme à droite, de mon environnement familial et social depuis mon enfance. J'ai la chance de compter, parmi mes proches, plusieurs responsables politiques à des niveaux divers, du plus modeste au plus élevé.
Elles ou ils m'impressionnent par l'investissement personnel consenti, l'énergie dépensée, le travail fourni et l'intérêt porté à la chose publique, indépendamment de toute question de pouvoir, même si celle-ci est bien évidemment sous-jacente.
Par ailleurs, dans le cadre de mes procédures, j'ai eu l'occasion de faire de nombreuses rencontres singulières, comme celle de ce responsable communiste, de second plan, naturellement élégant, chez lequel j'ai cru percevoir ce qu'un engagement personnel représentait de sacrifices consentis au nom de convictions respectables.
Même blessé, il paraissait lucide sans être amer. D'autres hommes politiques entendus dans mon cabinet me sont apparus estimables. Beaucoup d'entre eux ont joué le jeu, même si ni eux ni moi n'étions dupes de la position obligée de chacun.
Parce que je respecte tout particulièrement la fonction politique, mon exigence est grande à son égard. Comme le juge, l'élu sert l'intérêt commun. Il me semble qu'ils doivent, tous les deux, pouvoir vivre en bonne intelligence pourvu que chacun exerce son métier et simplement le sien, l'élu en votant la loi, le juge en l'appliquant, tous deux la respectant.
Ibidem, p. 191/192.
Après vingt ans d'exercice de la profession de magistrat, dont l'une des fonctions consiste à faire respecter une certaine égalité devant la loi, force est de constater qu'il vaut mieux être riche et puissant face à la machine judiciaire que pauvre et faible.
Ibidem, p. 118.
Elle ne voudrait pas que la politique l’abîme. On la dit dure, austère: "Je me protégeais, mon métier de juge, ce n’était pas du show-biz. En sortant d’une perquisition tendue, je ne souriais pas. Je vais sûrement avoir besoin de me protéger en politique. J’ai conscience de la dureté de ce milieu, j’ai envie de croire que je saurai résister. La désaffection par rapport à la politique me mine, je vois que mes enfants n’ont pas toujours envie d’aller voter; là, ils iront. Je suis un peu fleur bleue, mais si chaque maman s’engageait en politique, ça donnerait envie aux enfants."
La nouvelle partenaire de Dany Cohn-Bendit avait 13 ans en Mai-68, "mes copains occupaient l’Odéon."
Le 10 mai 1981, juge d’instance à Colombes, Vichnievsky a cru en la victoire de Mitterrand, "ce grand espoir d’un changement possible", avant d’être déçue. Sa vie est un décalque des espoirs et des désillusions de la gauche française, passée
du mitterrandisme à l’écologie… Ou au sarkozysme? Elle s’en défend, évidemment: "Je m’engage dans un mouvement de gauche, je ne m’allierai pas avec la droite." Mais elle est pourtant une amie personnelle de Nicolas Sarkozy, même si elle ne l’a pas rencontré depuis son élection. "Je connais bien Nicolas Sarkozy, même si je ne l’ai pas vu depuis le 6 mai 2007. Je lui conserve mon amitié, j’ai des amis de droite et de gauche. Je dois être une sorte d’Amélie Poulain, mais très avertie", avoue Vichnievsky. Sa nouvelle vie en politique l’amuse et l’effraie un peu. Elle a déjà fait deux infarctus, elle redoute vraiment d’en faire un troisième.