Véronique Vasseur

Novembre 2011 : La docteure Vasseur persiste sur les prisons

Septembre 2009 : Après la prison puis l'hopital la docteure Vasseur se fait la politique ... à suivre

Juillet 2006 : Sarkozyste de gauche, la Diagonale

Octobre 2005 : Et maintenant l'hôpital
Septembre 2005 : La République humiliée

Octobre 2003 : Quatre ans après

07 février 2002 : Des VIP déjà incarcérés hostiles à la prison

21 décembre 2001 : un point de vue au journal Le Monde "Silence, prison !"
En décembre 2001 la docteure Véronique Vasseur, ancien médecin-chef de la prison de la Santé, est membre de l'Observatoire international des prisons (OIP).

En 2000 la docteure Vasseur, médecin de garde en 1992 puis médecin-chef depuis 1993 à la prison de la Santé, où elle remplace le médecin-chef en place depuis quinze ans et licencié à deux mois de la retraite, et est nommée à la place de la médecin-chef adjoint qui travaille à la Santé depuis dix ans, publie un témoignagne bourgeoisement pathétique, et très médiatisé, sur son expérience professionnelle "Médecin-chef à la prison de la Santé", Le Cherche Midi, Paris, ouvrage dans lequel l'administration pénitentiaire en général, les "flics" et CRS, et les "matons" en particulier ne sont pas épargnés ...
Gràce, dès 1994, à une constante médiatisation, son passage à la Santé a permis une nette amélioration du fonctionnement du service médical, et de la condition des médecins de ce service, puisque payés à la vacation en 1992 (800 francs, 122 euros, l'unité) ils sont désormais intégrés à l'Assistance publique, payés comme des hauts fonctionnaires ...

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(1992) Les entrants : une dizaine, pas un ne parle français. Interrogatoire de sourds-muets, à l'aide de signes. La question «Avez-vous eu des maladies sexuelles?» provoque chez eux l'effarement ou le rire. Le mitard est plein. Toute la nuit, il s'est rempli d'excités. Les types sont tous à poil, les vêtements déposés en «tapouillon» devant les portes. Je ne connais pas le menu d'hier soir, mais ils ont tous la colique et des vomissements. J'ai les pieds en compote... Consultation à 10 heures. Juste le temps de déjeuner et puis hop ! ...Vingt personnes à voir.
Pas facile de garder la tête froide, entre les bobos du quotidien et les infirmières débordées. Le médecin-chef, imbu de son pouvoir, me reproche une signature illisible alors que je suis crevée, exténuée. Il commence vraiment à m'énerver : je sens ma bouche se pincer, je serre les dents. Les autres rigolent. Je suis prête à exploser, mais je parviens à garder mon calme. Mon air assuré le déstabilise. Il n'aura pas le plaisir de me voir craquer aujourd'hui.
Médecin-chef à la Santé, p. 26-27.

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Je suis à peine arrivée que je pars avec ma valise dans une cellule. Le type grelotte. Il a le teint bistre et souffre beaucoup. Beaucoup de théâtre aussi. Vingt gars m'attendent, aucun ne parle français. Je dois faire des signes ou me débrouiller avec un anglais approximatif. J'ai l'impression qu'ils comprennent mieux mon français.
J'arrive au mitard. Un détenu complètement excité tape dans la porte depuis hier. Les gardiens enfilent des gants en caoutchouc : ils sont sept et ont demandé du renfort. Je ne vois même pas son visage, car à peine ont-ils ouvert la porte qu'ils se précipitent sur lui, le plaquent au sol et le maintiennent. Ils m'appellent ; j'arrive avec la seringue toute prête. Le type se débat comme un beau diable. Il me faut viser le bon endroit de la fesse entre les têtes des gardiens...
Ibidem, p. 29

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C'est la journée des bagarres. Le temps est à l'orage, il fait lourd, la délation marche bon train : trafic de seringues, untel est fou... Les types mentent, disent n'importe quoi. Celui-là dit qu'il pisse au lit, que ça sent mauvais et qu'il lui faut des douches supplémentaires. Et, dans tout ce fatras de mensonges, il y a les vrais malades qui ne disent rien.
Je monte sur les barreaux du chauffage pour regarder dans la cour. Je ne suis pas la seule. Tout le monde est à la fenêtre, car c'est la promenade des spéciaux, des travestis. Il fait très chaud. Ces «dames» sont en petite tenue et, de loin, peuvent faire illusion. Certaines sont en soutien-gorge et se font bron- zer, d'autres se passent de la crème dans le dos... Les détenus hurlent des insanités aux fenêtres et tapent aux barreaux... Solarium insolite dans une prison d'hommes.
La chaleur aidant, la vermine court dans les matelas et les types sont couverts de boutons. Je n'ai jamais vu autant de maladies de peau en si peu de temps.
Ibidem, p. 35-36

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(1993-1995) Bob Denard, le mercenaire, vient d'arriver. Il a des médicaments plein sa valise. Des médicaments inconnus ici. Je suis obligée de téléphoner à la pharmacie centrale qui ne sait pas et m'envoie au centre-de documentation. Heureusement que j'ai le traitement équivalent, sinon j'étais obligée d'envoyer un fax en Afrique du Sud ! Il m'apporte un bilan entièrement en anglais. J'appelle un copain cardio. Le problème est réglé pour l'instant. Je retourne voir Bob Denard dans sa cellule, il est très étonné des conditions de détention sordides. Il a l'air éberlué et très timide.
L'infirmerie est installée au rez-de-chaussée, là où il y a la division des VIP. Ce matin, j'ai vu Garretta, la moustache en bataille, emmené par deux gardiens. J'avais décidé d'aller lui rendre visite aujourd'hui, mais il va tous les jours voir l'avocat à l'heure où je pourrais le rencontrer. Il risque les assises alors qu'il n'a pas fait appel. Il doit être dans un état épouvantable. J'ai fini par le rencontrer et nous avons passé trois quarts d'heure à bavarder. Il est très sympa. Il m'appelle des coursives quand je passe... Garretta étant médecin, il veut se rendre utile. Et, ironie du sort, il y a un hémophile à qui il faut passer des culots ; étant donné que je n'y connais strictement rien, je fais venir Garretta pour qu'il me donne des conseils. '"
Je vois Bob Denard qui m'explique son affaire aux Comores ! Une infirmière qui répète tout, mal élevée, entre dans le bureau sans frapper pour me donner un dossier. Il me regarde, il a compris : si vous avez des problèmes d'autorité, vous m'appelez ! J'ai eu des hommes mes ordres. J'ai dirigé un pays. Je vais vous aider !
Quelques jours plus tard. Pauvre mercenaire ! Sa belle assurance des premiers jours s'est évanouie. Il s'est mis à boîter, à avoir mal à la tête - séquelles de sa balle dans le crâne. il est cassé par la détention.
Ibidem, p. 94-95

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L'année 1996-1997 a été particulièrement étonnante du point de vue des VIP. Ont défilé successivement Le Floch-Prigent, Crozema- rie, Botton, Biderman, Tapie... et quelques autres moins connus.
On a également eu, dans un autre genre, celui des détenus particulièrement surveillés, le gratin du GIA au grand complet! L'hôpital de Fresnes les a refusés. Personne n'en veut. Le juge antiterroriste étant à Paris, on nous les colle tous et le prosélytisme va bon train.
Cela donne des situations d'autant plus étranges que nous avons été en travaux durant tout ce temps-là.

Ironie du sort ou inconséquence, Biderman et Le Floch ont été placés dans deux cellules l'une en face de l'autre alors qu'ils n'ont pas le droit de communiquer entre eux.
Biderman a pris un détenu pour faire le ménage de sa cellule. Quand le surveillant est arrivé, l'auxiliaire s'était caché sous le lit! Après, j'ai entendu tambouriner à la porte: c'était le détenu qui voulait sortir...

Insolite, je viens d'apprendre que les lunettes de Crozemarie ont été payées par la pénitentiaire!

Le Floch est sidéré car on lui a mis deux travestis dans la cellule voisine. Ces travestis avaient été transférés de Fleury, car ils avaient l'habitude de se prostituer au sein même de la prison, ce qui a déclenché un scandale. Ds sont donc venus à la Santé et toutes les nuits ils proposaient une « fellation à 100 balles » à Le Floch !!!
Ibidem, p. 148-149

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Le quartier des Halles est assez chaud. J'y rencontre donc très souvent des ex-détenus. Cette fois-là, la concierge était estomaquée : je venais de croiser devant ma porte un type avec une coiffure afro pas possible, un accoutrement bariolé, des rollers aux pieds et un walkman sur les oreilles. Il me hèle en criant : « Docteur! » et il en profite pour me soutirer une petite consultation gratuite. Pour me 1 remercier, il m'a demandé la permission de m'embrasser! J'en ai encore rencontré un autre dans une brocante. Il m'a sauté au cou : « Salut toubib! » Mon mari était sidéré.
Une nuit, je rentre chez moi vers cinq heures du matin. La place est déserte. Un Noir avec des lunettes de soleil, en short, me regarde bizarrement. J'ai un peu peur. Je demande aux amis qui m'ont raccompagnée d'attendre que je sois rentrée dans l'immeuble. J'ai appris le lendemain qu'il était allé voir mes copains dans la voiture en leur disant : « C'est à cause du docteur Vasseur que je suis allé en centre de rétention mais je lui pardonne. Allah est grand! »
Ibidem, p. 160-161

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Menace de mort sur une infirmière par un détenu déchaîné. Fritage entre un médecin et une infirmière qui pleure. Je descends faire trois consultations. Un qui me gueule dessus pendant trois quarts d'heure: « On est tous des pourris! » Depuis, il a tenté de se suicider... Je vois un curé pour pédophilie. Je n'arrive pas à établir le contact avec lui. n ne me regarde pas, il ne pense qu'à partir. Le troisième, un avocat anorexique, me réconci- lie heureusement avec les détenus.
Lettre recommandée: je l'ouvre. C'est encore une lettre d'insultes : je suis insolente et incorrecte!
Aujourd'hui, j'ai vu un monsieur qui demandait un régime sans viande. Motif : depuis qu'il a découpé son pote en morceaux, il ne peut plus manger de viande... Cela ne s'invente pas!
Ibidem, p. 165

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En prison, les principales maladies sont l'ennui et l'oisiveté. Dès que l'intérêt se porte sur quelque chose de tangible, les maladies et les souffrances sont oubliées. Quand il y a un concert, une expo, un spectacle, les détenus ne sont plus malades, même ceux que l'on suit pour une pathologie ; ce qui compte alors pour eux, c'est qu'on leur donne des remèdes magiques, immédiats et puissants (comme nous, quand on est malade et qu'on veut à tout prix aller travailler). Ce genre d'activités devrait être plus répandu afin que le temps carcéral ne soit plus attente et béance, mais un temps privilégié pour surmonter les déficits de culture, d'instruction, de socialisation. La prison déstructure, elle vide de l'intérieur, elle prive le détenu de toute intimité. Ceux qui avaient un boulot dehors le perdent. La famille est ébranlée, les enfants perturbés. Beaucoup de détenus hésitent à les faire venir dans cet endroit de peur de les bouleverser.
Les cours, les spectacles peuvent être un moteur pour se redresser. Tous n'ont pas la force et la capacité de lire, d'écrire. Les spectacles favorisent les contacts, le sentiment d'appartenance à un groupe.
Ibidem, p. 170-171

9
(1999) Si la médecine en prison a fait des pas de géant, le reste ne suit pas toujours. II y a eu quelques améliorations : la peinture des lieux communs a été refaite, quelques cellules également. Le prix des cantines a sensiblement baissé. Des machines à laver sont à la disposition des détenus au prix de 16 francs. Ils ne sont plus obligés de laver leur linge dans la douche.
Les repas arrivent toujours glacés dans les cellules. II y a un projet de cuisine centrale avec une chaîne froid-chaud, comme dans les hôpitaux. Mais l'essentiel des problèmes demeure : la drogue, les trafics, les incohérences, l'absence de surveillance de nuit, le manque d'hygiène, la saleté, la vétusté. Et les mentalités qui n'évoluent pas...
Ibidem, p. 176

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Les CRS, en treillis, crânes rasés, matraque au flanc et rangers aux pieds, ont remplacé les flics du commissariat pour garder les détenus à l'hôpital. La surveillante de chirurgie téléphone en rigolant : « Qu'est-ce que c'est que ces Rambos que vous nous avez envoyés ? Je vous préviens, ils sont tellement hard qu'on ne leur offre même plus le café. » Tout le monde rigole. Il parait même qu'ils sont à quinze dans une estafette à l'entrée de l'hôpital : c'est ça la brigade de proximité ! Les autres patients demandent si c'est le Kosovo. Non, répondent les surveillants, c'est seulement la Santé !
Ibidem, p. 186-187

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(2000) Mon carnet de bord m'a servi de confident et d'exutoire pour tenir tout au long de ces années. Et si l'accès aux soins est devenu "normal", le reste n'a pas évolué : conditions d'hygiène précaires voire insalubres, locaux vétustes, oisiveté, enfermement sans projet, travaux occupationnels non valorisants, absence d'intimité, promiscuité, absence de vie affective, attente interminable, espoirs sans cesse déçus, colère et désespoirs, violence, automutilations, tentatives de suicides et suicides, mais aussi sécurité parfois excessive et paranoïaque, fouilles à corps répétées, entraves aux poignets et parfois aux chevilles, règlements arbitraires, brimades inutiles et humiliantes, système de balances avec pressions sur les plus vulnérables, isolement prolongé pendant plusieurs années, quartier disciplinaire moyen-âgeux et, enfin, absence de droit totale dans une institution censée la représenter.
Dostoïevski écrivait: «Nous ne pouvons juger du degré de civilisation d'une nation qu'en visitant ses prisons ». Au moins c'est fait et bien fait...
Le constat est accablant. Les députés et sénateurs, rendant leur rapport, l'ont intitulé « Une honte pour la République »...
Nous sommes tous responsables. Mais la question est : sommes-nous civilisés?
Je me suis lancée dans l'aventure, car je n'avais pas le choix moral de faire autrement. Je ne regrette rien. J'ai aimé profondément cet endroit et ses occupants. J'ai beaucoup appris. J'ai eu des moments de désespoirs mais aussi de grandes joies et beaucoup d'émotions.
Ibidem, p. 208-209

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Pendant mes huit années passées à la Santé, j'ai été frappée de voir, à part quelques exceptions, une population marginale, pauvre, souvent sans accès aux soins, profitant de son séjour carcéral pour se faire soigner. L'enfermement deviendrait-il le mode de traitement de la pauvreté ?
Nous avons tous, chacun à notre niveau de responsabilité, laissé faire par routine, par manque de révolte, par habitude.
En fait la prison n'intéressait personne. Elle est depuis cette année « à la mode »... Si cela pouvait durer...
Non seulement beaucoup de personnes n'ont rien à y faire, il faudrait revoir le Code pénal, mais en plus tout y est fait pour broyer l'individu, casser sa personnalité, n'en faire qu'un matricule aux ordres, car l'humiliation y est programmée et institutionnelle. C'est la prise du pouvoir du plus fort sur le plus faible. Cela revient à dire, et ce serait moins hypocrite : « Ici, tu n'es plus rien! »
Un tel pouvoir, en vase clos, sans aucune transparence, sans contrôle externe, ne peut aboutir qu'à des dérapages. La nature humaine est ainsi faite et il en va de même pour toutes les institutions fermées.
La prison rassure autant qu'elle fait fantasmer. On se dit, le mal est dedans, bien gardé, nous pouvons dormir tranquille. Mais la réalité est autre. Le détenu est entre parenthèses et doit sortir. Même dans un but sécuritaire, l'objectif est que celui qui purge sa peine ressorte mieux qu'il n'est rentré, pour éviter de récidiver. Qu'il ne sorte pas avec la haine et la colère. Il faut envisager plus de permissions de sorties, plus de libérations anticipées. Selon les statistiques, plus le détenu va en fin de peine, plus il récidive... Si la peine est trop longue, il est détruit à tout jamais. Or, en France, en l'espace de quinze ans, les libérations conditionnelles ont diminué de moitié...
Il existe déjà beaucoup d'alternatives à la prison - contrôle judiciaire, semi-liberté, réparation pénale pour les mineurs, placement à l'extérieur, sans ou sous surveillance, travaux d'intérêt général... -, mais ces aménagements restent insuffisants et la justice n'y fait pas assez recours. Il faut donc inventer de nouvelles alternatives. Ces aménagements devraient être judiciaires comme le souhaitent les avocats, avec le droit à l'assistance d'un avocat à tous les stades de la procédure. Il faudrait également que la prison joue son rôle éducatif et social, car on ne fait pas un être social dans un cadre asocial... Ce n'est qu'en respectant le détenu que l'on peut espérer qu'il retrouve le respect de lui-même et les autres.
Ibidem, p. 212-214

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Ecrire ce livre, c'est évident, m'a soulagée. J'en avais assez de la Santé, de ses incohérences, des lourdeurs administratives et surtout du manque d'envol de ce milieu clos... Huit ans d'enfermement, c'est suffisant. Je ne voulais pas quitter ce lieu sans rien dire et non plus écrire une fois partie, ce qui aurait été plus commode, mais plus lâche... Normal, donc, que je m'en sois pris plein la figure!
La pression médiatique a été violente pour ma famille et moi. Mais je n'ai rien fait pour fuir la presse, car elle a été une protection énorme. Si je n'avais pas eu tous ces journalistes derrière moi, je risquais probablement d'être pulvérisée. Je ne suis pas naïve, mais idéaliste sûrement. J'ai reçu en quelques mois un concentré d'humanité : tracts injurieux, sexistes, menaces, essai de diffamation, hostilité mal contrôlée, mensonge... Mais aussi un immense soutien des médias, des politiques, de tous les corps de métier travaillant dedans ou autour du monde carcéral, de beaucoup d'anonymes et surtout des détenus de la Santé et d'ailleurs, des détenus libérés et de leur famille. Courage, lâcheté, jalousie, perfidie, mesquinerie, manipulation, récupération, un jeu de yo-yo pennanent, encensée et descendue, une douche écossaise dont je sors franchement rincée !
Huit ans d'enfermement, une grande année sous le feu des projecteurs, s'il fallait le refaire, je referai tout.
Ibidem, p. 215-216

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(2001) Silence, prison !

Que reste-t-il de la grande réforme promise par le premier ministre après la prise de conscience unanime du désastre carcéral ? Une future loi pénitentiaire écrite par l'administration pénitentiaire pour l'administration pénitentiaire. Un texte qui aspire notamment à réduire chacun au silence : "Sont tenus au secret professionnel, dans les termes de l'article 226-13 du code pénal, les personnels de l'administration pénitentiaire et toute personne exerçant, à quelque titre que ce soit, une fonction à l'intérieur d'un établissement pénitentiaire."

Aumôniers, médecins, enseignants, visiteurs, surveillants... sont donc priés de se taire. Jusqu'au futur contrôleur général des prisons que l'on bâillonne par avance alors qu'il devait être le garant d'une institution transparente et respectueuse du droit commun. Avec l'épée de Damoclès d'une peine de 100 000 francs d'amende et d'un an d'emprisonnement, qui demain osera prendre la parole ?

L'actuelle garde des sceaux envisage d'ailleurs le contrôle extérieur comme le plus sûr moyen de mettre la prison et son personnel "à l'abri des accusations les plus diverses et non vérifiées". Ceux qui ont témoigné ou décrit leur vécu professionnel derrière les barreaux n'ont malheureusement rien inventé. Tout est désespérément vrai. La prison qui détruit. Et la réinsertion qui lui sert d'alibi.

Il y a bientôt deux ans, témoigner était mon devoir. Aujourd'hui, il me semble tout aussi indispensable de dénoncer un projet de loi qui vise à refermer définitivement la porte qui s'était entrouverte sur un monde dramatiquement clos.

Dans les prochaines semaines, les sénateurs seront appelés à examiner le projet gouvernemental. Ils devront mesurer les effets d'une telle chape de plomb et repousser l'indécent : l'omerta gravée dans le marbre de la loi républicaine. Ils devront rejeter l'indigne : la généralisation des fouilles à nu comme la légalisation des "investigations corporelles internes". Ils devront refuser l'absurde : l'armement des surveillants comme le retour des "quartiers de haute sécurité".

L'année 2000 a placé la France face à ses prisons. Un temps considéré comme une "humiliation pour la République", la réalité carcérale demeure. Par la force de l'inertie. Par hypocrisie. Mais aussi par manque d'imagination et de courage.

La journée "portes ouvertes" à la presse est restée sans lendemain. L'indignation des parlementaires est demeurée sans suite. Le gouvernement est resté sans rien faire pendant plus d'un an. A quelques mois des élections, il abandonne toute velléité réformatrice et concède un texte taillé sur mesure pour une institution retranchée derrière ses murs.

"On ne peut juger du degré d'une civilisation qu'en visitant ses prisons", disait Dostoïevski. Les geôles du pays des droits de l'homme ont été visitées. En long, en large et en travers. Il restera à chacun, au lendemain de l'adoption d'une telle loi, à juger du degré de notre civilisation.
Véronique Vasseur, LE MONDE | 21.12.01 | 12h33 | point de vue, Le Monde, 22 décembre 2001, p. 16

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Les juges et la vie en prison remis en question par "un groupe de dangereux repris de justice"

DANS le public, Louise-Yvonne Casetta passe presque inaperçue. L'ancienne financière occulte du RPR, condamnée en appel pour recel d'abus de biens sociaux à six mois de prison avec sursis, prend discrètement des notes. Elle approuve parfois de la tête les propos tenus à la tribune. Là, les membres du groupe "Mialet", du nom d'un ex-officier de police qui se pendit dans sa cellule, parlent de leur expérience et se présentent : "Nous sommes un groupe de dangereux repris de justice."
Les "repris de justice" ont tous des visages connus : Loïk Le Floch-Prigent, cinq mois de détention provisoire, condamné dans l'affaire Elf ; Jean-Jacques Prompsy, ancien directeur de l'eau à la Lyonnaise des eaux, condamné dans l'affaire Carignon ; Jean-Michel Boucheron, ancien maire (PS) d'Angoulême, condamné pour abus de biens sociaux à dix-huit mois de détention ; Olivier Spithakis, ancien directeur général de la MNEF, cinq mois de détention provisoire. Tous ont connu le scandale, les gardes à vue et, surtout, ces cellules que l'on dit réservées aux "VIP", mais "où l'on mange la même chose que les autres et où l'on se suicide tout autant".

Ils ont donc imaginé ce colloque "Justice et citoyen", jeudi 7 février (2002), pour dénoncer cette "machine à broyer" qu'est à leurs yeux la prison (Le Monde du 2 février). Déjà, ils ont décrit l'isolement, la dépression, la cour de 23 m2 "où l'on ne tourne pas en rond puisqu'elle est triangulaire". Jean-Michel Boucheron, qui a vu les images de Didier Schuller arrêté à son arrivée à Paris, a revécu la fin de sa propre cavale : "Est-ce qu'un simple contrôle judiciaire n'aurait pas suffi ?" L'ancienne médecin-chef de la prison de la santé, Véronique Vasseur, a dénoncé "ce lieu de brimades et d'humiliation".
Dans les couloirs, Jean-Christophe Mitterrand, arrivé sous une horde de caméras, en jean et avec barbe de trois jours, commente les trois semaines de détention qu'il a dû effectuer : "Cela a été ma mort civile..."

Pourtant, aucun des membres du groupe Mialet ne veut en rester là. On n'a pas dirigé des entreprises ou des villes sans avoir une petite idée de la façon dont on peut se faire entendre. Ils ont donc invité tous les partis et, surtout, les candidats à l'élection présidentielle. Si aucun ne s'est déplacé, plusieurs ont envoyé un représentant.
L'ancien ministre de la justice Jacques Toubon (RPR) tente désespérément d'éviter les questions de la presse sur l'affaire Schuller. L'UDF a délégué son porte-parole Pierre Albertini, le PS son député le plus en pointe sur ces questions, Julien Dray. Le président de l'Association des maires de France, Jean-Paul Delevoye (RPR) est également présent, ainsi que les représentants de Christine Boutin et du PCF.

"ATTENDRIR LA VIANDE "
Le débat oscille entre la dénonciation des conditions de détention en France et la contestation du... juge d'instruction. La plupart des personnalités du groupe Mialet en ont gardé un souvenir épouvantable. Les élus présents sont eux-mêmes partagés. M. Albertini juge nécessaire de "séparer les fonctions d'investigation et les fonctions de jugement", ce qui signifie "à terme la mort du juge d'instruction". Comme M. Toubon, qui souhaite qu'au système "inquisitoire" français on substitue une procédure "contradictoire".
L'ancien médiateur de la République Jacques Pelletier est plus direct encore. Les juges ? "Ils ne sont qu'une douzaine à être très médiatisés. Ils ont des moyens, des voitures avec chauffeurs, des gardes du corps, écrivent des livres. Certes, ils ont fait du bien en dénonçant certaines affaires. Mais on peut craindre aussi qu'ils aient parfois perdu de vue l'intérêt public."

Le président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), Valéry Turcey, recentre le débat : "Le nombre des affaires qui passent à l'instruction n'est que de 7 %. Ce sont les affaires criminelles et, aussi, les affaires politico-financières. Mais le juge d'instruction est un magistrat du siège indépendant. Si on ne le remplace pas par un juge aussi indépendant que lui, ce sera une régression."Dans les couloirs, M. Mitterrand, reste de marbre. Des juges, il n'a gardé qu'une image : "Ils cherchent seulement à attendrir la viande pour qu'elle parle."
Raphaëlle Bacqué, Le Monde, 09 février 2002, p. 9, LE MONDE | 08.02.02 | 15h56

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« Les mesures d'urgence ont été suivies de peu d'effets »

Il y a quatre ans, votre « coup de gueule » avait conduit les parlementaires à se mobiliser sur la question des prisons. Avez-vous le sentiment d'avoir été utile ?
Véronique Vasseur. J'ai l'impression que cela n'a servi à rien. Je n'ai plus le moindre contact, aujourd'hui, avec les membres des commissions d'enquête, qu'ils soient de droite ou de gauche. A la suite de la publication de mon livre*, l'administration pénitentiaire m'a fait vivre un véritable enfer qui m'a poussée à quitter l'univers carcéral pour me recentrer sur l'hôpital. Le seul réconfort me vient de certains de mes patients, anciens détenus. Ils me disent que le regard sur eux a changé.

Il y a eu quelques changements, quand même ?
Sur les trente mesures d'urgence préconisées il y a trois ans par les parlementaires, rien ou presque n'a été fait. Et les quelques réformes qui ont été adoptées sont, dans la pratique, vidées de leur contenu. Ainsi, l'application de la loi Kouchner, qui permet d'accorder une suspension de peine aux personnes en très mauvaise santé, vient d'être limitée par la chancellerie au nom de « l'ordre public ». De même, la possibilité pour un détenu faisant l'objet de poursuites disciplinaires d'être assisté par un avocat s'avère malaisée en pratique. Par ailleurs, tous les aménagements de peine, toutes les alternatives à l'incarcération sont en chute libre. C'est un constat accablant.

« Même un court séjour vous marque à vie »

La prison est-elle systématiquement déstructurante ?
Même un court séjour vous marque à vie. Dans les conditions de surpopulation, de promiscuité et de manque d'hygiène actuelles, la violence et l'insécurité viennent s'ajouter à la honte que ressent tout entrant. Rappelons que l'immense majorité d'entre eux est des détenus provisoires, des présumés innocents.

Vous semblez découragée.
Je n'ai pas beaucoup d'espoir pour que les conditions d'incarcération s'améliorent, c'est vrai. Historiquement, on sait qu'un vent de réforme se produit tous les trente ans. Qu'il est généralement suivi par une vague répressive, elle-même suivie par une période d'oubli. Il semble que l'on soit actuellement dans la phase répressive. Celle du silence et de l'oubli n'a pas encore commencé...
* « Médecin-chef à la prison de la Santé ». Le Cherche-Midi, 2000.
Propos recuillis par E.F., Le Parisien, mardi 28 octobre 2003, p. 13

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(Septembre 2005) Prisons: l'«humiliation pour la République» continue

A l’issue de son tour des lieux de «privation de liberté» de 32 pays d’Europe, le commissaire européen aux Droits de l’homme Alvaro Gil-Robles a dressé un nouveau constat accablant des conditions de rétention en France. «Etre en prison c’est être privé de liberté, et non pas vivre dans un lieu indigne d’êtres humains», déclare le commissaire européen. Son rapport s’ajoute à de nombreux autres, produits tant par des ONG spécialisées que par le Parlement français qui, dans un document datant de 2000, décrivait la situation carcérale française comme «une humiliation pour la République».

D’année en année, les rapports et témoignages se succèdent, se ressemblent, et rien n’y fait: en dépit de la bonne volonté régulièrement manifestée, les prisons françaises ne sont pas à la hauteur, voire pire. Le témoignage du commissaire européen aux Droits de l’homme, publié jeudi dans le quotidien Libération, ne fait pas exception. Alvaro Gil-Robles achève en France un tour d’Europe des lieux de «privation de liberté» (prisons, hôpitaux psychiatriques, centres de rétention, etc.). Il doit remettre son rapport au gouvernement fin novembre et d’ores et déjà son récit est encore une fois accablant pour le système pénitentiaire français.

De la prison marseillaise des Baumettes, M. Gil-Robles déclare que «c’est un endroit répugnant» et «doute qu’on puisse jamais en faire un lieu normal, même en y mettant des milliards». Il décrit un lieu surpeuplé de gens «très excités et c’est normal, entassés comme ils sont !», dit-il à Libération. Il n’a pas échappé non plus au commissaire européen qu’une grande quantité de prisonniers incarcérés souffraient de problèmes psychiatriques au mépris de leur droit aux soins et des «problèmes que cela pose au personnel».

«Sauf en Moldavie…»

Du dépôt des étrangers en situation irrégulière, situé dans les sous-sols du palais de justice de Paris, il déclare: «de ma vie, sauf en Moldavie, je n’ai vu un centre pire que celui-là». Selon lui, «il faut fermer cet endroit, c’est urgent». Le commissaire s’interroge sur la nécessité de faire dormir les gardés-à-vue du commissariat du XVIIIe arrondissement de Paris à même le sol, et se demande comment les demandeurs d’asile du centre de rétention de Roissy peuvent matériellement rédiger leur dossier dans des délais et des conditions aussi défavorables: «impossible et (…) inacceptable», dit-il.

Pourtant, en dépit de ce constat désespérant, le commissaire européen souligne qu’il a rencontré des professionnels inquiets et ouverts, et qu’il a été réconforté par ces associations utiles et dévouées qui «font en grande partie le travail de l’Etat». Car c’est évidemment là que le bât blesse: dans l’attribution de moyens. M. Gil-Robles néanmoins s’est félicité de l’écoute attentive qu’il a reçue des ministres des Affaires étrangères et de la Justice, regrettant toutefois que le ministre français de l’Intérieur ait été le seul parmi ses collègues européens à ne pas avoir trouvé le temps de le recevoir. «C’est le seul ministre de l’Intérieur européen qui n’a pas reçu le commissaire au droits de l’homme», note Alvaro Gil-Robles dans l’entretien.

Ce témoignage s’ajoute à quantité d’autres

La France n’avait pas besoin d’une enquête européenne pour révéler l’état misérable de son système pénitentiaire. Ce témoignage vient en effet s’ajouter à quantité d’autres, périodiquement publiés depuis le tournant des années 90, alors que les juges français entamaient une série d’enquête sur les indélicatesses politico financières d’un certain nombre de notables. La situation des prisons françaises était donc déjà connue et dénoncée, notamment par le Comité européen pour la prévention de la torture, en 1993, puis en 1998. L’Observatoire international des prisons (OIP) épinglait également la politique carcérale française au cours de ces années-là.

En 2000, le témoignage-choc du docteur Véronique Vasseur (Médecin-chef à la prison de la Santé, Le Cherche-Midi, 2000) apportait sa contribution à la sensibilité montante de l’opinion publique sur ce thème. En septembre 1999, en visite à la maison d’arrêt de Saint-Denis-de-la-Réunion, la présidente de la commission des lois Catherine Tasca s’écriait que cet établissement était «une honte pour la République». Tant et si bien qu’une commission d’enquête parlementaire était diligentée, la première depuis 1875. En juillet 2000, elle rendait un rapport rigoureux dressant, officiellement cette fois, le constat, maintes fois décrit, des «inégalités de traitements entre détenus», d’une «inadaptation importante de beaucoup de lieux de détention» et des «difficultés rencontrées par une administration pénitentiaire désorientée et confrontée à une mission impossible».

«Vladimir Poutine a promis de travailler sur mes recommandations»

Plus récemment, en 2003, l’OIP rendait un rapport faisant état d’une dégradation encore plus profonde des conditions d’incarcération. Selon l’organisation, le nombre de personnes écrouées atteignait des records inégalés, avec plus 57 000 prisonniers (record largement battu depuis, avec plus de 60 000 détenus incarcérés enregistrés avant la dernière grâce présidentielle, le 14 juillet. Le chiffre est aujourd’hui d’un peu plus de 58 000). La France dispose d’un peu moins de 50 000 places dans ses prisons. Les taux d’occupation franchissent donc souvent la barre des 100%: 125,4% en moyenne, 150 à 200% dans 53 maisons d’arrêt. Cette surpopulation carcérale se traduit par une promiscuité propice aux violences, abus, traitements inhumains, suicide… Selon l’OIP, «le tout carcéral fait office de politique pénale et la construction de prisons de politique pénitentiaire». Les témoignages et critiques publiés par l’OIP avaient été qualifiés de «d’attaques grotesques et excessives» par le ministre de la Justice de l’époque, Dominique Perben.

Interrogé enfin sur la réaction des gouvernements aux rapports de la Commission européenne aux droits de l’Homme, Alvaro Gil-Robles indique qu’«en général, ils réagissent avec beaucoup de respect» à ses observations. Il cite à titre d’exemple l’Italie et le Luxembourg parmi les bons élèves; la Suisse et le Danemark parmi les plus irascibles. Il a été surpris par le président russe, Vladimir Poutine, qui l’a reçu et lui «a publiquement promis de travailler concrètement sur (ses) recommandations». Mais il ne se fait guère d’illusions. Après un débat public devant les quarante-six membres du Conseil de l’Europe, le rapport sera adressé à l’assemblée européenne et ensuite… «Ensuite il faut que les gens s’en emparent pour faire bouger les choses», conclut-il en appelant à l’action.
RFI, Georges Abou, Article publié le 22/09/2005, Dernière mise à jour le 22/09/2005 à 16:32 (heure de Paris)

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04.07.06 | 13h37 Les sarkozystes se dotent d'une "aile humaniste"

Leur dossier de presse ratisse large. Toute personnalité qui a eu un mot aimable pour Nicolas Sarkozy s'y trouve enrôlée de gré ou de force.
L'historien Max Gallo y côtoie l'ex-"lofteuse" Kenza Braiga, l'avocat Jean-Gilles Portejoie, Pascal Sevran et Jacques Attali, le footballeur Edouard Cissé.

Les voilà estampillés "sarkozystes de gauche" et "parrains" du club La Diagonale, qui tenait, mardi 4 juillet, en présence de Brice Hortefeux, sa première réunion publique.

Anciens membres de cabinets de ministres socialistes, ex-encartés ou sympathisants du PS, ils se disent favorables au droit de vote des étrangers et aux droits des homosexuels.
S'ils se défendent d'être la "caution sociale" de M. Sarkozy, ils veulent incarner "une aile humaniste". M. Hortefeux a insisté : "Leur démarche est individuelle, spontanée et non organisée."

Les fondateurs et premiers sympathisants de ce mouvement fort d'une centaine de membres ont exprimé leur attente d'un "changement". Patrick Rojoelina, un ancien du cabinet de Marie-Noëlle Lienemann, ex-ministre déléguée du gouvernement Jospin, a déclaré "être séduit par la rupture, le réalisme et le sens du débat" du futur candidat de l'UMP à la présidentielle. Philippe Sauvannet, ancien secrétaire fédéral (PS) de l'Allier, a raillé "les vielles rengaines idéologiques".

Véronique Vasseur, ancien médecin-chef de la prison de la Santé, a confessé : "J'ai toujours été connotée à gauche. On peut être de droite en ayant des idées sociales et humanistes. La gauche n'a pas le monopole de la bien-pensance. Lorsque j'annonce que je suis pour Nicolas Sarkozy, on me traite de réac et de facho. J'en ai marre !"

A en croire M. Hortefeux, dont la réputation d'homme de gauche reste à faire, cette initiative serait la preuve que "le sarkozysme bouscule les traditions et dérange les clichés."
lemonde.fr, Philippe Ride, Article paru dans l'édition du 05.07.06, LE MONDE | • Mis à jour le 04.07.06 | 13h37

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"Le panier de crabes", ou les désillusions politiques du Dr Véronique Vasseur ("Le panier de crabes", par Véronique Vasseur, éditions Flammarion, 248 pages, 19 euros) (AFP) – 19 septembre 2009

PARIS — Le Dr Véronique Vasseur, qui s'est lancée en politique en 2007 à Paris avant de tirer sa révérence au soir du second tour des municipales de 2008, vide son sac dans un livre aux accents pamphlétaires "Le panier de crabes".

Ancien médecin-chef à la prison de la Santé, la dame avait pourtant l'habitude de rudes combats. Sa plongée dans l'UMP, alors qu'elle était plutôt étiquetée de gauche, l'a laissée "meurtrie et écoeurée". "Si j'avais soupçonné qu'en m'engageant, je plongerais dans un monde de faux-semblants, de calculs sordides, d'agitation superficielle, où l'humain n'a pas sa place, je n'aurais jamais fait le grand saut", confesse-t-elle.

"Je me suis retrouvée dans la nasse d'un panier de crabes hostiles", "plus agressifs et pitoyables les uns que les autres", explique cette représentante de la société civile, qui a "surtout perdu ses illusions" dans ce monde particulier de la politique "à la fois calculateur et humainement médiocre".

Seule candidate à Paris membre du Parti radical, sollicitée par l'UMP pour se présenter aux législatives 2007 dans la 10ème circonscription à cheval sur les XIIIème et XIVème arrondissements, elle est allée de déconvenues en déconvenues.

"Dans cette circonscription carbonisée dont le roi déchu ne joue pas le jeu tout en faisant mine d'être amical, il me faut slalomer entre les peaux de banane", écrit-elle, affirmant que l'ancien maire Jacques Toubon n'arrive pas à décrocher et ne lui facilite pas la tâche.

D'une plume vengeresse, Mme Vasseur décrit par le menu la férocité d'une campagne électorale dans une circonscription perdue depuis dix ans par la droite. Avec 43% des voix, elle est battue par le socialiste Serge Blisko le 17 juin 2007. Echaudée, elle se jure qu'on ne l'y reprendra plus mais... cède aux amicales pressions de Françoise de Panafieu, surnommée Madame de..., et de l'UMP pour les municipales de mars 2008.

Las! Les méthodes n'ont guère changé: "En politique, assure-t-elle, les gens vous trouvent sympathique tant que vous leur êtes utile", et les municipales ne seront que "la pathétique redite des législatives, en pire". L'UMP et l'opposition municipale parisiennes en sortent "laminées" face au maire socialiste sortant Bertrand Delanoë. "Mais moi, soulagée", déclare celle qui s'était fait connaître du grand public avec un ouvrage dénonçant les conditions de détention à la prison de la Santé.

("Le panier de crabes", par Véronique Vasseur, éditions Flammarion, 248 pages, 19 euros)

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Pays Basque 17/11/2011 Les quatre vérités de Gabi Mouesca et de Véronique Vasseur G.T. lejpb.com

“Plus qu’un débat de société, c’est une question civilisationnelle”. Gabi Mouesca, ancien président et actuel secrétaire national de l’Observatoire international des prisons (OIP) n’a pas peur des mots. Il a publié hier avec Véronique Vasseur, ancienne médecin chef de la prison de la Santé, “La prison doit changer, la prison va changer”… Avait-il dit (éd. Flammarion, 264 pages), un regard croisé entre les deux spécialistes de la question pénitentiaire.

Répondant à la proposition de la maison d’édition, ils retracent les événements marquants de la dernière décade, à partir de la publication du best-seller de la doctoresse, Médecin chef à la Santé (2 000). “Il y a eu un avant et un après ce livre”, explique l’ancien militant et prisonnier d’Iparretarrak.

L’évolution concernerait plus la société que les politiques. En définitive, la loi de 2009 promise par Nicolas Sarkozy pendant sa campagne n’aurait fait que “valider ce qu’étaient les prisons avant celle-ci”, selon G. Mouesca. Même constat d’immobilisme quant à la mise en place en 2007 d’un contrôleur général des lieux de privation de liberté, “l’Etat se fout éperdument de ses rapports”.

Des promesses envolées qui ne concernent pas que l’actuel président de la République, bien que le titre reprenne une de ses citations. Depuis 2000, les gouvernements se sont succédé ; d’abord celui de Lionel Jospin puis celui de Jacques Chirac, mais les 197 prisons continuent à “enlaidir le visage de Marianne qui porte 197 pustules”, selon les propos du responsable de l’OIP.

Débat de la campagne

Le nouvel ouvrage s’adresse aux citoyens français “pour les informer et les aider à se comporter comme tels”. Il paraît la veille de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2 014 et “donne un éclairage inédit sur le scandale des prisons françaises et rappelle la nécessité de faire de la réinsertion des prisonniers l’axe central d’une politique pénale enfin digne de la patrie des droits de l’Homme”, annonce la maison d’édition.

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