Pierre Tourlier (1944-)

Chauffeur et garde du corps, pendant vingt ans (1974-1995), de Me François Mitterrand.
Publie ses merveilleux Mémoires, avec la collaboration de Laurent Delmas, Conduite à gauche, chez Denoël en 2000, et récidive en 2005 "Tonton, mon quotidien auprès de François Mitterrand", Rocher, Paris/Monaco, 2005.
Pour les souvenirs amers du chauffeur de M. Jacques Chirac, publiés chez Ramsay en 2001, sous sa signature : Jean-Claude Laumond, Vingt-cinq ans avec Lui.

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Au début des années 60, j'étais dans l'entourage de personnes qui faisaient partie de l'OAS, cette organisation clandestine aux méthodes ultraviolentes engagées dans une lutte à mort contre la personne du général De gaulle et sa politique algérienne. C'était une période particulièrement trouble. Il fallait être pour ou contre l'Algérie française. J'étais jeune, influençable, et je me suis laissé embarquer par des copains du secteur de Belleville. On a posé des bombes un peu partout dans Paris, dont une à l'Hotel de Ville, laquelle d'ailleurs n'a jamais explosé, certainement du fait de notre inexpérience en la matière.
Conduite à gauche, Mon chemin vers François Mitterrand, Une jeunesse française ..., p. 32.

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Quelques mois plus tard (note, après les Accords d'Evian d'avril 1962 mettant fin à la guerre d'Algérie), on nous envoie en mission en Algérie. Un séjour bref et ultra-secret. Je fais partie d'une section que l'on appelle communément "les nettoyeurs". Il s'agit tout simplement pour l'armée française d'effacer les traces les plus voyantes et les plus gênantes de la guerre, en éliminant, par exemple, les "balances", les "doublures" et autres "bavards" ... Je me revois maintenant comme une sorte de Rambo, fier de son casque lourd, de ses rangers et de son armement. On se déplaçait en hélicoptère par groupes de neuf soldats plus un gradé, pour mener à bien nos sales missions. Elles duraient deux jours. Puis nous nous reposions quatre jours à la caserne de Blida, sans permission de sortie, mais avec suffisamment de bière pour attendre la prochaine mission. J'ai longtemps effacé de ma mémoire ces souvenirs dont je n'avais jusqu'à ce jour jamais parlé.
Ibidem, Mon chemin vers François Mitterrand, L'expérience de la guerre, p. 33-34.

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A cette époque, je participe activement aux réunions du CERES (note, aile gauche du parti socialiste) qui se déroulent tous les premiers lundis de chaque mois dans les sous-sols de la mairie d'Alfortville. Ces réunions nous permettent de débattre librement des orientations politiques du PS et de critiquer nos dirigeants fédéraux et nationaux. A vrai dire, il m'arrive parfois de m'y ennuyer, surtout quand certains des participants croient devoir discourir et philosophuer durant des heures.
Ibidem, Mon chemin vers François Mitterrand, Canton gagnant, p. 53-54.

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C'est à cette époque que je rencontre Annie, une grande et jolie femme dont je tombe éperdument amoureux. Ensemble nous avons une petite fille, Julie. Il me faut alors assumer ma double vie : d'un côté Eliane, mon épouse, dotée d'une patience d'ange, et mes deux premiers enfants, Olivier et Eric, de l'autre ce second foyer avec cette petite fille qui fait mon bonheur. ... Les vacances de l'été 1977 sont l'illustration parfaite de cette félicité. Je me partage antre mes "deux familles", toutes deux en villégiature dans la région de Digne, à quelques kilomètres de distance. Puis la vie quotidienne reprend ses droits. Nous rejoignons Alfortville. Julie et sa maman dans un petit deux-pièces. Eliane et mes deux garçons dans l'appartement familial situé à deux pas ...
Ibidem, Mon chemin vers François Mitterrand, Une femme peut en cacher une autre, p. 56-57.

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Même durant cette période particulièrement chargée (note, pendant la campagne électorale pour la présidentielle de 1981), la vie privée de François Mitterrand était réglée de la même façon qu'auparavant. Chaque soir, nous passions à Saint-Germain-des-Près pour rentrer ensuite rue de Bièvre. Pendant la journée, François Mitterrand utilisait beaucoup le téléphone. Il appelait Anne Pingeot, évidemment, mais il ne se passait pas une journée sans qu'il téléphone à Danielle. Ce couple était bâti sur un respect mutuel. Il avait besoin de l'écouter, de savoir si elle allait bien. C'était pour lui un refuge, une complicité indispensable, le fruit d'une histoire commune qui a duré plus de cinquante ans.
Avec Anne, les choses étaient différentes. Il s'agissait d'une véritable passion amoureuse. François Mitterrand, dans cette relation, pouvait se montrer jaloux comme un enfant. Il y avait trentre ans d'écart entre eux. C'est une jolie femme, très jolie. Et dans les dernières années, plus encore, François Mitterrand se montrera très jaloux à son égard.
Ibidem, En route vers l'Elysée, Femmes, il vous aime ..., p. 106-107.

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A plusieurs reprises, François Mitterrand me demanda de le conduire dans le XVIème arrondissement. Je le déposais au pied d'un immeuble bourgeois. Puis j'attendais son retour dans la voiture. Le temps me paraissait bien long ! Enfin je le voyais revenir, l'air quelque peu fatigué, je dois l'avouer. Quelque temps après, une jeune femme, au Parti, me propose de la rejoindre chez elle pour passer la soirée tendrement. La chair est faible, j'accepte. Et soit dit en passant, le fait de travailler au service d'une personnalité rend ce genre de rencontres beaucoup plus facile. Or lorsqu'elle me donne son adresse, je m'aperçois qu'il s'agit de ce fameux immeuble du XVIème arrondissement. ...
Dans des circonstances assez comparables, une permanente du Parti me propose de nous retrouver chez elle le soir même. ... La soirée est délicieuse et se termine, comme prévu, dans un lit. Un peu plus tard le téléphone retentit. (C'est son ami, il faut que le chauffeur parte immédiatement, ce qu'il fait). Au moment de passer le coin de la rue, j'entends un taxi qui s'arrête ... J'ai juste le temps d'apercevoir une silhouette. Bien assez cependant pour reconnaître sans l'ombre d'une hésitation François Mitterrand en personne !
Ibidem, En route vers l'Elysée, Hasards et coïncidences, p. 110-111.

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La force de séduction de François Mitterrand est un euphémisme. Il aimait plaire. "J'aime que l'on m'aime, disait-il, et nul ne peut m'en vouloir." Il est vrai que les femmes l'aiment, depuis les femmes du peuple jusqu'aux têtes couronnées, c'est l'amour. J'ai en mémoire cette reine d'un pays plus ou moins lointain qui donna rendez-vous au Président. Les festivités officielles sont terminées, les invités royaux regagnent l'hotel de Marigny, résidence officielle des autorités étrangères en visite en France, qui se trouve dans la rue jouxtant l'Elysée. Après s'être changé, la nuit est déjà avancée, il me dit :"Nous allons à l'hôtel de Marigny." Nous faisons le tour du pâté de maisons et Mitterrand rend une visite nocturne à cette reine dont l'époux royal s'est absenté. "Ne vous méprenez pas, ce fut purement culturel et cérébral", me dit-i en sortant. Pourtant, peu de temps après, cette visite nocturne fut rapportée aux oreilles de ce roi jalous qui faillit bannir sa reine ... mais la culture l'emporta !
Ibidem, En route vers l'Elysée, Une reine du Proche-Orient, p. 112-113.

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Je ne sais si madame Soleil avait prédit à François Mitterrand ce qui lui arriverait le 10 mai 1981 ... Quoiqu'il en soit, on a déjà beaucoup décrit ici et là cette journée mémorable au cours de laquelle les Français l'on choisi comme président de la République. ...
Il pleut à verse, je roule avec prudence, mais l'ambiance est doucement euphorique. Tout à coup, je me rends compte que Danielle fredonne L'Internationale et que François Mitterrand lui emboîte le pas. Je ne résiste pas à l'envie de joindre ma voix aux leurs.
Ibidem, En route vers l'Elysée, La victoire en chantant, p. 114-115.

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Ces exigences de sécurité, François Mitterrand les comprenait plus ou moins. ... Cette insouciance avait le don d'irriter le responsable de la sécurité ... Bien sûr tout était fait pour limiter les risques d'incident. Nous empruntions les couloirs de bus et les feux rouges n'existaient pas. A telle enseigne d'ailleurs qu'un jour un automobiliste, choqué de voir le cortège officiel ne pas respecter le code de la route, essaya de nous rattraper. En vain, cela va sans dire.
Ibidem, Les premières années Elyséennes, Les super-gendarmes, p. 149-150.

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Quand j'ai connu François Mitterrand, ses goûts culinaires, mais peut-être aussi ses moyens de l'époque, le portaient plutôt vers la fréquentation des brasseries, comme Dodin Bouffant ou Lipp. Mais l'élection présidetielle lui a ouvert d'autres horizons ...
Très rapidement, l'habitude fut donc prise pour le Président de quitter l'Elysée pour aller manger à l'extérieur, en dehors, évidemment, des repas officiels. Un certain nombre de grandes adresses parisiennes devinrent ainsi les lieux où François Mitterrand avait coutume de déjeuner ou de dîner. La Gauloise, Le Pichet, Le Divellec ou encore Le Duc figurèrement au nombre de ces tables qu'il affectionnait particulièrement. ...
Pour ma part, sur les conseils de Robert Badinter, lequel était un fidèle de cette cuisinière aux idées soixante-huitardes, je fis découvrir à François Mitterrand L'Assiette, tenue par la sympathique Lulu, dans le XIVème arrondissement. Et c'est chez elle qu'est organisé, tous les 8 janvier, un dîner auquel j'assiste et qui rassemble les amis fidèles du Président. ...
La Cagouille, près de Montparnasse, fut également un lieu apprécié. ...
Quant au restaurant Chez René, situé au bout du boulevard Saint-Germain, près de la Seine, il aimait y venir en compagnie d'Anne et de Mazarine pour y déguster de superbes spécialités typiquement lyonnaises. ...
Heureusement, d'une façon générale, ces repas se déroulaient dans une ambiance bon enfant. C'est ainsi que, quand François Mitterrand venait au Beato, rue Malar, dans le VIIème arrondissement, il se retrouvait en sortant face à l'une de mes adresses prédérées, L'Ami Jean où se prépare une merveilleuse cuisine basque. ...
Il ne faudrait pas croire pour autant que ses goûts culinaires étaient exclusivement hexagonaux. Il aimait manger italien chez Conti, chinois chez Yong, japonais chez Niki ou marocain à L'Atlas. ...
Chacune des deux familles de François Mitterrand avait par ailleurs son restaurant : avec Mazarine et Anne, on allait chez Le Divellec, avec Danielle et les proches, on allait chez Le Duc et à La Marée.
Ibidem, Mitterrand privé, Mitterrand, le gourmand, p. 201-202-206-207.

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Voilà, ma part de vérité, c'est ce livre qui est dédié à l'amour et à l'amitié. Parce que je crois que le grand amour et la profonde amitié sont en bien des points comparables. Ils se fondent sur des coups de foudre et libèrent la même intensité. Par amour ou par amitié, deux êtres se rejoignent et fondent leurs destins. Seule la disparition de l'un d'entre eux fait cesser leur relation. Au fond, la seule vraie grande différence entre ce grand amour et cette profonde amitié, c'est que l'on peut être amoureux plusieurs fois dans sa vie ...

J'allais oublier une dernière chose, un petit rien, une peccadille. Moi, Pierre Tourlier, chauffeur de François Mitterrand durant vingt ans, je n'ai jamais passé mon permis de conduire !
Ibidem, Adieu, La dernière cérémonie, p. 245.

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Le droit de conduire

Ma vie avant François Mitterrand fut pour le moins singulière et chaotique. J'avais été élevé dans une famille bourgeoise avec, comme tous les enfants, la tête pleine de rêves. C'était l'âge de toutes les impatiences où rien n'allait assez vite pour le jeune homme pressé que j'étais, avide de croquer la vie à belles dents. Je rue par conséquent dans les brancards familiaux et m'acoquine avec les recruteurs d'un groupe d'activistes plus ou moins en marge de la légalité républicaine. C'est ainsi qu'à la fin des années 50, à l'âge de seize ans, je me retrouve à militer dans les rangs de petites organisations d'extrême droite en cheville avec les factieux de l'OAS.

... Je voulais de l'action et j'en ai eu: des mois d'entraînement à la dure fondé sur l'exercice physique, les sports les plus éprouvants et la claire volonté de nous pousser au-delà de nos propres limites. Mont-de-Marsan, Bayonne puis Pau furent les lieux de cet apprentissage rigoureux qui me permit d'obtenir mon Brevet de parachutiste, soit le diplôme dont je suis le plus fier. Ce Brevet n° 201271, c'est le premier que j'ai acquis par ma seule volonté.

... A peine ai-je eu le temps de passer la première vitesse que la sirène se met à hurler, nous intimant l'ordre de courir aux abris. Une fois à l'intérieur, l'examinateur me toise et, pressé d'en finir avec moi, me tend un papier d'obtention du permis de conduire. C'est ainsi que j'ai eu mon permis en poche, sans l'ombre d'un examen. En 1962,je fis transformer tout à fait légalement ce permis militaire en document civil.
Tonton, Le droit de conduire, p. 19, 21, 22

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La naissance de tonton

Quoi qu'il en soit, j'avais lancé l'usage de désigner le Premier secrétaire par le fort peu protocolaire « Tonton », au moins au sein du personnel de sécurité.
.... Je n'eus aucun mal à convaincre mes petits camarades de l'intérêt y compris tactique de ce surnom facile à retenir et à populariser. Bientôt, ce fut l' ensemble du personnel du parti socialiste qui en adopta l'usage. Et lors de la campagne présidentielle de 1981, nous n'assurions plus la sécurité de François Mitterrand mais celle de Tonton. Le grand public, lui, se familiarisa plus lentement avec ce surnom, jusqu'au moment où en 1988 l'excellent chanteur Renaud l'immortalisa.
Ibidem, La naissance de tonton, p. 26,27

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(Le chiot du Prince)

Quoi qu'il en soit, nous arrivons enfin à bon port et à l'heure dite. Toutefois, je vais discrètement voir Tonton pour lui demander un délai de dix minutes afin de pouvoir nettoyer le pauvre chiot sur lequel son petit compagnon de voyage s'était largement épanché...
Au moment du dessert, Upsilon, tel sera son nom, s'est précipité, frais et pimpant, dans les bras de Danielle qui était aux anges. Commencée comme un polar, cette histoire se terminait en conte de fées... provisoirement.

En effet, à la suite d'une indiscrétion, les médias eurent vent de cette acquisition et fustigèrent allégrement ce président de la République qui, à des fins personnelles et futiles, passait outre le contrôle des changes alors en vigueur, le tout dans un contexte social plus que morose.
Tonton dut déployer toute sa diplomatie pour se sortir de ce mauvais pas. Peu de temps après, il prit soin d'organiser un voyage officiel en Suisse et les autorités de ce pays eurent le bon goût et la grande habileté de lui offrir un ... Bouvier bernois !
Ibidem, De Cluny à Jarnac, p. 90-91

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L'homme qui aimait les femmes

Je voudrais en toute sincérité dire merci à toutes ces femmes qui ont fait de François Mitterrand un homme heureux de vivre. C'est grâce à elles aussi qu'il a trouvé l'énergie nécessaire pour conquérir le pouvoir.
Au moment où j'écris ces lignes, je pense dans le plus complet désordre à ces rencontres féminines et qui se matérialisaient d'abord pour moi à travers une simple localisation: rue de Courcelles, boulevard Saint-Germain, avenue d'Auteuil, Côte-d'Or, île Saint-Louis, Nevers, rue de Clignancourt, rue Pierre-Ier-de-Serbie, rue de La Boétie, du Ranelagh, boulevard du Montparnasse, rues de Passy, rue Lecourbe, et tant d'autres encore.
Je pense à elles comme je pense à toutes celles qui venaient le voir ou qu'il fallait aller chercher pour les amener discrètement par la rue de l'Élysée puis les raccompagner ensuite et toujours dans le plus grand secret à Gentilly, Saint-Cloud, Paray-Vieille-Poste, Maisons-Alfort ou Pontoise, Mantes-la-Jolie ou Meaux.
Ces trajets s'effectuaient la plupart du temps à des heures pour le moins tardives.
Ibidem, L'homme qui aimait les femmes, p. 95

16
(Le bon ami de la famille)

De fait, Danielle sombra dans une profonde dépression. Pour elle la rupture forcée avec Émile (dit Jean chez Chemin) ne passait pas. Elle fit tout pour faire revenir Émile, allant même jusqu'à solliciter la médiation de sa sœur et de son beau-frère auprès de l'amant écarté.
C'est depuis l'Élysée même que Danielle mena cette campagne perdue d'avance. Et pour cause: de son côté, Émile a définitivement tourné la page, il vit une nouvelle histoire d'amour et un mariage est en vue. Or, Danielle ne supporte pas ce bonheur qu'elle ne partage plus. Et Émile finit effectivement par épouser une charmante femme pleine de qualités se prénommant Maïté.

Lors du voyage de noces en Irlande, Danielle n'hésita pas à téléphoner au jeune couple alors en pleine idylle amoureuse. De la même manière, Danielle pendant un certain temps continua d'aller guetter Émile à la sortie du lycée où il était professeur, tandis que sa sœur Christine se rendit de nombreuses fois chez lui à Charenton pour tenter de le faire changer d'avis. En vain évidemment, car Émile comme on l'a vu, construisait sa nouvelle existence, loin de la famille Mitterrand, enfin, surtout, loin de Danielle.
A cette époque elle se comporta en femme amoureuse, en femme malheureuse qui ne supportait pas l'idée de la rupture et de la séparation définitive.
Ibidem, Danielle, tonton et les autres ..., p. 107

17
(Il faut protéger Anne et Mazarine)

- Monsieur le Président, selon moi, seul le GIGN serait à même de remplir efficacement cette mission. Ce sont des militaires gendarmes. De plus je connais un certain nombre de ses membres qui seraient fiers de vous servir car ils sont basés à Maisons-Alfort et habitent la commune voisine Alfortville. J'ai eu l'occasion d'en rencontrer quelques-uns.

- Faites donc une note en ce sens à François de Grossouvre, s'il vous plaît.

Ce qui fut fait l'après-midi même. Mais les méandres de la vie à l'Élysée, les appétits de certains conseillers dans le cabinet même du président, firent progresser le dossier très lentement.
Il ne fallut pas moins de six mois et la fin de l'année 1982 pour contacter officiellement Christian Prouteau, le patron de ce corps d'élite.

Ainsi parvint-on à la création du GSPR, le Groupement de sécurité du président de la République.
Dans mon esprit, il s'agissait avant tout de donner à la sécurité privée du président une véritable existence à côté de la sécurité officielle et du Service des Voyages officiels, lesquels n'étaient pas faits ou prêts pour cette mission et ne disposaient pas des moyens, humains et matériels, pour l'assurer efficacement, malgré la présence de Gaston Defferre au ministère de l'Intérieur. C'était une question d'hommes.
Ibidem, La sécurité à pas comptés, p. 114-115

18
(L'acharnement du juge Thierry Jean-Pierre)

Nous décidons donc avec trois gendarmes membres de la sécurité privée du président de louer un camion et de transférer, les cartons de photos notamment, depuis l'appartement d'Anne à Saint-Germain-des-Prés jusqu'à mon logement de fonction du quai Branly.
Nous avons opéré de nuit, dans la plus grande discrétion, riant sous cape de la bonne blague que nous jouions ainsi à la presse à scandales qui aurait fait ses délices de quelques-uns des clichés ainsi transportés.

Comme il se doit, personne n'a eu vent de ce déménagement aussi nocturne qu'insolite et je me suis retrouvé avec une centaine d'albums photos pendant des mois dans une pièce fermée où seuls François Mitterrand et Anne pouvaient accéder, comme je m'y étais engagé. Chauffeur du président, j'étais devenu pour un temps son archiviste privé!

Les craintes de perquisitions se sont éloignées quelques mois plus tard avec la clôture du dossier judiciaire faute de combattant. Roger Patrice Pelat décéda de maladie. Mais pour faire cesser cette affaire sans véritable fondement, il a fallu le suicide d'un homme, celui de Pierre Bérégovoy, le 1er mai 1993. On sait combien François Mitterrand fut touché par cette affaire et plus encore par son épilogue douloureux.
Les « chiens » avaient bien travaillé ...
Ibidem, Une simple question de respect, p. 175-176

19
(J'accueille et accompagne Jacques Chirac)

L'ordre a été donné aux rares personnes présentes dans l'appartement de ne pas téléphoner, de ne prévenir qui que ce soit de ce qui vient de se passer. L'information doit rester secrète jusqu'à l'arrivée sur place du président Jacques Chirac. C'est moi qui suis chargé de l'accueillir à l'entrée de l'immeuble.

Il arrive en tout début de matinée, visiblement très ému. Après l'avoir salué, je l'accompagne jusqu'à l'ascenseur puis à l'appartement où il est conduit devant le corps allongé sur le lit mortuaire. Une photo volée puis vendue à Paris-Match donnera à peu près l'atmosphère que découvre alors le président de la République.
Ce dernier adresse ses condoléances aux personnes présentes et les informe des cérémonies officielles à venir.

De nouveau, je lui sers d'accompagnateur et alors que nous sommes dans l'ascenseur, il me dit avec une extrême gentillesse:
- Pierre, c'est une période difficile qui s'ouvre aussi pour vous. Sachez que je vous considère comme un fidèle du président Mitterrand et j'aime les gens fidèles. Quand tout sera passé, venez me voir, vous serez le bienvenu et nous parlerons ensemble.
Ibidem, c'est la fin ..., p. 184

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