Alain Tiffreau

Professeur à l'Ecole de guerre économique.
Auteur avec Didier Lucas, chercheur à l'université Paris II, de Guerre économique et information, Les stratégies de la subversion, Ellipses, Paris 2001.

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Les actions d'influence multiforme ciblées

Pour les nations émergentes dont les marchés sont particulièrement prometteurs, cela consiste à organiser la déstabilisation de la concurrence par des campagnes d'opinion mondiales véhiculées sur Internet et généralement lancées par des ONG ou des instituts internationaux de coopération.
Cela se traduit également par l'information et l'influence en amont de projets de construction ou de reconstruction.
Certes, les américains n'ont pas le monopole de ces pratiques, mais ils manifestent une présence supérieure à la norme moyenne.
Les concepts de « nation building» et de foreign international defense mis au point par l'United States Special Operations Command ont été expérimentés lors de récentes interventions (Cambodge, Somalie, Haïti, Bosnie) avec comme finalité de concourir à l'essor économique par le recours à des actions psychologiques élaborées.
Guerre économique et information, Stratégie de dissuation et rapports de force, Ellipses, Paris 2001, p. 200

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Le concept de soft power

Si le hard power s'applique aux avancées technologiques et industrielles, le soft power est relatif à la promotion de l'American way of life au niveau planétaire.
Ce concept, exportateur d'un mode de vie dont les enseignes seraient Nike, Mc Do' et Coca Cola a pour ambition de diffuser une idéologie au moyen des nouvelles technologies de l'information et de la communication.
Dans un premier temps, il s'agit de créer un état d'esprit réceptif à la magnificence des valeurs éternelles de l'Amérique. Ceci étant, une telle démarche n'est en rien condamnable dans la mesure où elle crée une émulation et favorise une dynamique concurrentielle dont profitent également les entrepreneurs européens.
Cependant, le soft power révèle sa pleine dimension lorsque l'on appréhende son application communément baptisé perception management. Ce concept est le fruit d'une étude initiée en 1992 par deux chercheurs, John Arquilla et David Ronfeldt, de la Rand & National Defense Research Institute.

La thèse qu'ils développent est la suivante :
1. L'issue des conflits dépendra de plus en plus de l'information et de la communication.
2. Tout objet tire son identité de l'information qu'il contient, qu'elle soit traitée ou non.
Ainsi, la libre circulation de l'information sert les intérêts des États-Unis.
Dans leur dernier ouvrage ils décrivent : « la noopolitik est une conduite en matière de politique étrangère et de stratégie adaptée à l'ère de l'information qui met en valeur la mise en forme et le partage des idées, des valeurs, des normes, des lois et de la morale au moyen du pouvoir doux c'est-à-dire la capacité d'atteindre ses objectifs dans le domaine international au moyen de l'attraction plutôt que de la coercition. ».
C'est pourquoi, ils mettent particulièrement en exergue l'habilité des organisations non gouvernementales (ONG) qui ont parfaitement intégré ce précepte.
Ibidem, p. 203

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