Stéphane Sirot

Docteur en histoire, professant à l'Université de Cergy-Pontoise.
Co-directeur de L'Histoire sociale de l'Europe, Arslan, Paris 1998, auteur de Maurice Thorez (1900-1964), Presses de Sciences Po, Paris 2000.

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De son accession officielle au poste de secrétaire général du PCF en janvier 1936 à sa mort le 12 juillet 1964, Thorez est l'objet d'un culte de la personnalité qui s'accélère au lendemain de la seconde guerre mondiale et connaît des moments de paroxisme. ...

C'est au moment du Front populaire que Thorez commence à personnifier le parti, à en devenir la véritable incarnation. La publication de Fils du peuple, en octobre 1937, occupe à cet égard une place cruciale : lorsque Thorez se donne à voir, se montre en exemple à suivre, alors son culte se met véritablement en place.
Désormais le secrétaire général du PCF, offert en modèle de l'exemplarité militante, est glorifié parce qu'il est l'incarnation d'un parti et de militants ouvriers dont la personnalité est célébrée au travers de celle, emblématique, de Thorez.
C'est ce que traduit l'expression, souvent utilisée dans les publications communistes pour le désigner : "le meilleur d'entre nous".
Maurice Thorez, Sciences Po, p. 54/55.

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La guerre terminée, la sacralisation du chef charismatique reprend de plus belle. Des moments de paroxysme rythment cet exercice devenu habituel. Ainsi les années 1945-1947, celles où Thorez reprend sa place à la tête du parti après cinq ans passés à Moscou et siège au gouvernement.

Plus généralement, ses anniversaires sont fêtés presque systématiquement. Le cinquantième est l'occasion de l'apogée du culte alors que, quelques mois plus tôt, l'URSS et le mouvement communiste international ont célébré le soixante-dixième anniversaire de Staline ; les 60 ans du secrétaire général du PCF sont aussi fêtés abondamment, même si la pratique du culte connaît un recul d'intensité après la dénonciation par Khrouchtchev de la vénération vouée à Staline.
Ibidem p. 56.

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Cette attitude (totalitaire) découlerait de la pratique du culte de la personnalité. Pour Auguste Lecoeur (L'autocritique attendue, Editions Girault, Saint-Cloud 1955, p.11-12), ancien secrétaire à l'organisation poussé à la démission en 1954, loin de s'y opposer, "Maurice Thorez s'accommoda très bien de la chose et en fut flatté.

Lorsqu'on en arrive à s'apprécier de la sorte, il est malaisé d'admettre qu'un mauvais travail puisse venir de vous". Ainsi, le culte satisfait la vanité du secrétaire général et, dans le même temps, renforce ses tendances autocratiques.

Tillon (Charles Tillon, Un "procès de Moscou" à Paris, Le seuil, Paris 1971, p. 57-58) estime, pour sa part, que cette pratique assoit le pouvoir de Thorez dans la mesure où elle le lie filialement à Staline, le rendant ainsi intouchable :"La nationalisation du culte du meilleur stalinien ramenait chacun de nous, à propos de tout et devant tous, à nous prononcer en même temps pour le père et le fils. Il restait à Thorez, maître absolu, le pouvoir de choisir selon son jugement et celui de son groupe".
Ibidem p. 73.

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