Daniel Sibony. Psychanaliste

1
Les humains - seuls ou en groupe - ont si fréquemment, si régulièrement des réactions dites "racistes", qu'on croirait volontiers que c'est ce qu'ils ont en commun ; de vraiment commun ; et que le "racisme" c'est ce qui malgré eux les rapproche, par-dessus leurs mêlées agressives, par-delà ces états seconds où ils semblent hors d'eux en proie à de sacrés vertiges ; en proie au sacré. Oui, ce serait leur petite incursion périodique dans la transcendance. On a les petits élans qu'on peut.
Ecrits sur le racisme, Christian Bourgois Editeur, Paris, 1988, p. 7.

2
Un groupe humain cherche irrésistiblement un chef, un responsable, une tête, comme pour pouvoir perdre la tête à sa guise, à l'occasion. Et voilà que du même mouvement il cherche aussi en cas de malheur un "responsable" à son malheur, pour lui imputer cette catastrophe supplémentaire : d'avoir perdu la tête, en pleine catastrophe. Le racisme donc. Un mur. On l'érige pour se retrancher derrière, retrouver la sécurité, mais aussi pour tirer du haut de ses remparts ou de ses meurtrières sur ces mystérieux intrus, qui s'avancent avec les couleurs de la citadelle alors qu'ils sont autres, ou qu'ils sont autres bien qu'ils aient l'air semblables, bref ces intrus qui brouillent la différence, qui sont cause des embrouilles qu'on a avec la différence.
Ibidem, p. 7.

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