Hani Ramadan, le frère, un défenseur de la charia

Tariq Ramadan, professeur d'études islamiques contemporaines à Oxford, notamment.

Mars 2014 : Avec Edgar Morin "Au péril des idées" (sémitiques ?)

Avril 2012 : Au Bourget contre Sakozy
Mars 2012 : Présidentielle française, Tarig fustige Guéant à propos du halal dans les cantines

Mai 2011 : De Ben Laden aux printemps arabes
Mars 2011 : Piège Aubry et Fabius ? Réponse
Février 2011 : Vs Copé
Février 2010 : Contre le niqab mais aussi contre une loi d'interdiction
Janvier 2010 : Tariq Ramadan peut de nouveau entrer aux Etats-Unis
Novembre 2009 : "Catastrophé" par la votation suisse refusant (57%) les minarets des mosquées
Août 2009 : Congédié à Rotterdam ; Tariq Ramadan répond longuement sur son blog
Mars 2009 : Tariq Ramadan : Débattre avec l’extrême droite ?
Janvier 2009 : Conférence à la mosquée de Lille-Sud, un journaliste indésirable
Février/Mars 2008 : Salon du Livre de Paris : Tariq Ramadan et le boycott
Janvier 2008 : Face-à-face avec Marine Le Pen
Janvier 2008 : Après cinq ans Hani Ramadan obtient un million de francs Suisse
Juin 2007 : 2500 euros d'amende
Septembre 2006 : Refus de visa pour les Usa, pour "soutien matériel à une organisation terroriste".
Mai 2006 : Hani se modère ... ? ; la visite de Christine Boutin ... et de Dieudonné au rassemblement annuel de l'UOIF ;
Septembre 2005 : Le conseiller de Tony Blair ; professeur invité à l'université d'Oxford (Saint Antony's College),
Mars 2005 : Echec à Daniel
Octobre 2004 : Frère Tariq
Août 2004 : Tariq prend la défense de la France ...
Août 2004 : Tariq interdit de séjour aux Usa
Avril 2004 : Toujours pour la lapidation des femmes
Janvier 2004 : Professeur chez les catholiques ?
Décembre 2003 : Incontournable
14 novembre 2003 : Services secrets
Un prédicateur écouté dans les banlieues
Show au Front social européen
31 octobre 2003. Antisémite, judéophobe ou antisioniste ? Le point de vue d'Alain Finkielkraut, un juif sioniste
03 octobre 2003. Un texte antisémite explosif ?
08 juillet 2003. La langue d'Aladin
30 octobre 2002. Hani Ramadan : Pour la lapidation sans réserve
12 octobre 2002. Hani Ramadan : Révoqué par les autorités genevoises
27 septembre 2002. Tariq Ramadan : Le double langage
12 septembre 2002. Querelle inter-sémitique : Levy contre Ramadan
10 septembre 2002. Hani Ramadan : La charia incomprise : le sida un châtiment divin mérité

Tariq Ramadan. Enseignant musulman de philosophie et d'islamologie à l'Université de Fribourg en Suisse. Né à Genève en 1962, son père est le gendre de Hassan al-Banna, fondateur du mouvement égyptien des Frères musulmans, assassiné en 1949.
Auteur, notamment, de Peut-on vivre avec l'islam ?, le choc de la religion musulmane et des sociétés laïques et chrétiennes, entretiens avec Jacques Neirynck, Favre, 1999.

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Le monde musulman est complexe et exige une analyse précise, profonde et différencié : il se peut qu'une même tendance, instrumentalisée dans tel pays par les Etats-Unis, soit au contraire combattue ailleurs pour de pures raisons stratégiques. Ces manipulations sont anciennes et les musulmans en étaient conscients. En 1946 déjà, Hassan al-Banna envoie une missive aux Britanniques - j'ai la copie du document - pour leur dire : Si vous continuez à gérer ce pays comme vous le faites, les Américains prendront votre place. L'assassinat d'Al-Banna est l'oeuvre concertée des Britanniques, des Français et des Américains. A la fin des années quarante, les Américains sont déjà présents en Egypte et ils sont en contact avec Nasser.
Alain Gresh et Tariq Ramadan, L'Islam en questions, Sinbad/Actes sud, Paris 2000, p. 58.

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Comment résister ? Mettre des bombes dans les bus est inacceptable. Mais il faut aussi critiquer le terrorisme d'Etat auquel se livre Israël lorsqu'il fait sauter des maisons ou qu'il légitime la "torture de basse intensité" à l'encontre des Palestiniens. On ne met pas suffisamment de tels faits en avant. En Occident, les condamnations sont presque toujours unilatérales : on dénonce la bombe qui a tué des innocents sur un marché ou dans un bus, et l'on s'émeut, mais on ne fait pas état, ou si peu, de ces humiliations répétées et quotidiennes, du racisme et de ses discrimations flagrantes qui, en amont, ont provoqué ce geste : la politique israélienne ne fait pas non plus de nuances dans la répression.
Ibidem, p. 71.

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Je suis d'accord avec l'essentiel de votre analyse : le conflit avec Israël, la gestion du pétrole et, en ce sens, l'importance stratégique de la région expliquent au premier chef le caractère exceptionnel de la stagnation du monde arabe.
La protection des intérêts de l'Occident s'accommode de la pérennité des dictatures, voire les protège comme c'est le cas de l'Arabie saoudite que vous avez citée. Il faut ajouter d'autres paramètres à l'analyse. Les divisions entres les Etats arabes, profondes et entretenues par les puissances occidentales, sont aussi une façon d'endiguer de possibles synergies que permet le caractère transnational de la référence à l'Islam. C'était déjà l'intuition et la pratique de Londres depuis la fin du siècle dernier : les velléités panislamiques ont toujours été considérées comme un danger pour l'Occident, voire comme des postures antioccidentales.
La prégnance de la référence à l'Islam fait problème pour l'Occident et les propos de tant d'acteurs politiques britanniques ou français depuis le début du siècle devraient relativiser le caractère prétenduement "nouveau" du conflit de civilisations.
Ibidem, p. 87.

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Qu'entendez-vous exactement par "islamisme" ? Il faut faire la différence entre la pensée des uns, étroitement politique, et celle d'autres acteurs qui travaillent à la relecture des références et à l'élaboration d'un projet de société qui se veut pluraliste depuis un siècle déjà mais qui, il est vrai, peine à se donner les moyens de sa réalisation.
En ce sens, il est difficile pour le journaliste de percevoir autre chose qu'un repli. Mais il faut aussi constater que les dictatures accentuent ce phénomène. Le seul moyen de permettre au monde musulman un épanouissement de sa pensée, c'est la démocratisation des systèmes politiques. Mais l'Occident n'a aucun intérêt à cela.
Ibidem, p. 102.

5
La référence islamique est un élément dont on doit et dont on devra tenir compte. Si on continue à nier cette réalité, on va forcément produire des résistances radicales, des ruptures. C'est cela qui, au fond, me gêne. On refuse, jusqu'à la diaboliser, la référence islamique. On la rejette si fortement qu'on va jusqu'à soutenir des dictatures.
Prenons le cas afghan. Que de violences a-t-on alimentées en Afghanistan ! On peut critiquer les responsables afghans pour leur incapacité à collaborer entre eux après la victoire sur les Russes mais on ne doit pas être naïf : l'intervention américaine, qui a soutenu les éléments les plus radicaux de la résistance, a alimenté des conflits inextricables.
Je ne suis pas loin de penser qu'il y a une stratégie élaborée de maintien de foyers de troubles dans le monde musulman. On fait "coup double", si j'ose dire. On maintient les intérêts occidentaux et la référence à l'Islam demeure associée à la violence aveugle par opposition à la civilisation libérale et progressiste, qui défend la paix, la démocratie et les droits de l'homme. C'est simpliste mais efficace.
Ibidem, p. 109-110.

6
Il y a, dans les références musulmanes, un certain nombre de concepts qui sont faciles à instrumentaliser. On ne peut le nier. Dans le champ de références à l'Islam, certains concepts peuvent être déformés et en ce sens légitimer des réactions violentes, telles la notion de jihâd ou celle de tâghout - le tyran, le despote, "l'usurpateur du pouvoir", etc.
Certaines lectures radicales utilisent cette terminologie sans grand discernement pour justifier par les textes religieux la violence de leur engagement dans la lutte pour le pouvoir. Mais il ne faut pas, à cause de ces agissements, dénaturer le sens réel de ces concepts ni les traduire à la lumière des comportements extrémistes de ces groupuscules qui restent tout à fait minoritaires.
... La référence islamique a davantage nourri l'esprit de l'Andalousie florissante et l'expression esthétique en Turquie au temps de Soliman le Magnifique que justifié les actes terroristes.
Ibidem, p. 112 et 113.

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Effectivement, l'idée que le message de l'Islam s'adresse à tous, et par conséquent son universalité, ne fait aucun doute pour un musulman. Mais il y a plus. Au coeur de l'universalité de ce message se situe l'individu, "vice-gérant" sur la terre. dans le message coranique, on trouve très explicitement cette idée que chacun porte une mission fondamentale, celle de témoigner, de porter le dépôt de la foi et de la révélation. On la porte tant individuellement que collectivement.
Si mes êtres humains ont la même dignité parce qu'ils sont humains - la révélation coranique dit :"O vous les gens !" au sens d'êtres humains -, cela ne veut pas dire qu'aucune distinction ne puisse être tracée ensuite entre eux - la révélation apostrophe aussi par :"O vous les croyants, ô vous les porteurs de la foi !"
La distinction et le clivage existent.
Ibidem, p. 168-169.

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Les musulmans doivent être clairs tout en refusant d'être suspectés ; on ne peut donner aucune caution islamique à ces attentats (note : attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis), et il faut en chercher les auteurs en évitant les conclusions hâtives. En effet, les services secrets d'un Etat aux objectifs pervers, ou tout autre groupe politique "antiaméricain", pourraient avoir commis de tels actes en laissant des indices d'une filiation très évidente avec les réseaux de Ben Laden. Si c'est bien ce dernier, alors il doit être jugé, mais il faut éviter les simplifications qui éclaboussent tous les musulmans.
Tariq Ramadan, Condamner et résister ensemble, Le Monde, 03 octobre 2001, p. 17.

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"Dieu bénisse l'Amérique" : aucun doute ne vient troubler la belle assurance patriotique. La "paix américaine" protège surtout les intérêts de l'hyper-puissance : pour le Sud, elle a les allures d'une guerre qui ne dit pas son nom et qui tue des milliers d'êtres par jour. Une paix d'une violence inouie.
Les grands groupes financiers, les multinationales et les marchands d'armes, restent protégés par le mythe du libéralisme économique, alors que les citoyens sont réduits aux rôles de victimes potentielles ou de spectateurs passifs de ces dérives terroristes ou des seules logiques économiques.
Ibidem.

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La charia incomprise ?, par Albert Levy

Hani Ramadan, directeur du centre islamique de Genève, nous a livré, dans les pages Débats du Monde (10 septembre) son avis ("La charia incomprise") sur la charia, qui serait incomprise par les "Occidentaux", en nous expliquant ce qu'est la loi islamique.

Il faut l'en féliciter : c'est l'occasion de saisir la pensée islamique en acte, de comprendre le mode de raisonnement et d'argumentation développée par les intellectuels et responsables musulmans pour défendre et promouvoir leurs idées. Il ouvre ainsi le débat que l'on doit avoir avec eux sur ces questions.

Deux points sont reprochés aux "Occidentaux" dans ce point de vue : leur aveuglement sur certains crimes commis contre le monde musulman et leur vision réductrice et caricaturale de la charia.

Sur le premier point - les persécutions dont est victime le monde islamique -, nous sommes tout à fait d'accord avec lui pour nous indigner contre les massacres des Tchétchènes et contre les malheurs des Palestiniens (encore faudrait-il en analyser plus finement les causes et les origines pour éviter la simplicité des réponses).

Mais ne s'agit-il pas là, comme c'est souvent le cas, d'un procédé habituel de sélection-occultation de certains aspects politiques au détriment d'autres ? Ne faudrait-il pas s'indigner aussi du massacre de la population algérienne (plus de 100 000 morts depuis le début de cette guerre dite civile, en réalité religieuse) qui se poursuit, dont le drame (trop) quotidien est oublié ? Une population en danger est prise en étau entre l'armée et les islamistes. Ne faudrait-il pas compatir aussi avec les minorités persécutées (chrétiennes et animistes) au Soudan, en Indonésie, au Nigeria, en Irak (Kurdes) et ailleurs ? Ne faudrait-il pas se souvenir de la guerre (religieuse) du Liban, heureusement terminée, et de son cortège d'atrocités, et se demander quel nouveau Liban se met en place aujourd'hui sous l'occupation syrienne ?

Ne devrait-on pas, enfin, se demander quel usage fait le monde arabe des prodigieuses richesses énergétiques que la Providence lui a offertes, quand on sait que le sous-développement général y est chronique, que l'analphabétisme et l'illettrisme y sont massifs, que la misère des populations y est croissante et les pousse à fuir, à émigrer, vers... l'Occident ?

M. Ramadan vit et travaille à Genève, la Rome protestante (on sait que, dans le passé, le calvinisme n'a pas toujours été tolérant). En Arabie saoudite, quel autre culte que l'islam est-il, par exemple, admis ?

M. Ramadan jouit librement de l'Etat de droit et de la laïcité que lui offre l'Occident, c'est-à-dire la séparation de la religion et de l'Etat, sans doute une des plus grandes conquêtes humaines de l'Histoire, un des plus grands faits de civilisation que l'humanité a produits, qui permet à des gens de confessions différentes de vivre ensemble, en paix, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous.

Quelle est la position de la charia sur ces questions et que pense M. Ramadan de tous ces problèmes du monde arabo-musulman ?

Sur le deuxième point - la vision caricaturale de l'Occident sur la loi coranique -, il est intéressant de voir de quelle manière Hani Ramadan organise sa défense. C'est d'abord la référence médicale qu'il utilise pour légitimer les pratiques de la charia ("Réduire la richesse de la loi islamique aux seuls châtiments corporels, c'est un peu comme si l'on prétendait résumer toute la médecine aux seules amputations chirurgicales. La science médicale comprend une variété de disciplines, allant de la prévention aux traitements les moins éprouvants. Il en va de même pour la charia"). Cette opération vise paradoxalement à rechercher un fondement scientifique à la charia, argument auquel l'Occidental est sûrement sensible, alors que ce sont, à l'évidence, deux domaines de connaissance, foi et science, qui, par définition, sont antagonistes.

Plus important est le deuxième argument employé, selon lequel la charia obéirait aux lois de la nature ( "Cette conviction n'est pas nourrie par un fanatisme aveugle, mais par un réalisme correspondant à la nature des choses de la vie"), opération idéologique classique de naturalisation de pratiques culturelles et cultuelles, pour gommer leur relativité et leur conférer un caractère absolu, non historique.

C'est ainsi que lorsque la nature est violentée, "elle se rebelle" contre ceux qui enfreignent ses lois. Et Hani Ramadan de citer, évidemment, l'exemple du sida. "Qui a créé le virus du sida ?", demande-t-il. Et de comparer ensuite la mort lente (naturelle) d'un malade atteint du sida et celle de la personne (adultère) lapidée, pour justifier le châtiment identique, la même punition dans l'agonie, pour ces deux fautes, ces deux transgressions de la nature dont l'analogie des peines n'est alors plus fortuite. C'est pourquoi, dit-il encore, cette punition est une purification (élimination des éléments impurs dangereux non conformes à la nature humaine).

Derrière ce discours, on voit évidemment poindre l'homophobie de l'islam (voir le procès actuel du Caire contre les homosexuels), qu'il partage avec d'autres religions, mais aggravée ici parce que sanctionnée par la loi (coranique) en vigueur.

Il faut rappeler à M. Ramadan que la peste, le choléra, la tuberculose... sont aussi des pathologies issues du non-respect de la nature humaine, de ses conditions biologiques nécessaires, notamment l'absence d'hygiène et la misère, et qu'elles ont fait - et font encore - des millions de morts dans le monde avant que l'Occident ne leur trouve des réponses médicales appropriées.

Pour conclure, M. Ramadan pointe un doigt accusateur sur "la libération des mœurs à l'origine d'une incommensurable détresse...". De là à prononcer une fatwa contre les agents de cette libération il n'y a qu'un pas, vite franchi par certains.

Derrière ce discours, c'est toujours le même cliché de la décadence de l'Occident (qui a quitté l'état de nature) face à la "santé" du monde musulman (qui le respecte) qui est insinué, et exploité - cette idée mériterait, là encore, d'être vérifiée dans les faits.

Finalement, si le propos tenu par Hani Ramadan n'est pas très éloigné de celui porté par la plupart des autres religions, la différence - et elle est de taille - est la place respective que la religion occupe en Occident et dans le monde arabe. Ce dernier n'a pas su, n'a pas pu, encore, opérer la désintrication de la sphère du religieux avec les sphères du politique, du juridique, du savoir... pour réaliser sa révolution démocratique.

Albert Levy est chercheur au CNRS (laboratoire Théorie des mutations urbaines, Institut français d'urbanisme, Paris-VIII).
LE MONDE | 12.09.02 | 12h18, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 13.09.02

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Le "double langage" de Tariq Ramadan en procès à Lyon

En principe, c'est le directeur de Lyon Mag' qui est sur la sellette. Et, pourtant, c'est la personne qui s'estime diffamée par ce magazine qui est au centre des débats, jeudi 26 septembre (2002), devant le tribunal correctionnel de Lyon. Barbe impeccablement taillée, nez busqué, profil de prince oriental sous les spots violents d'une salle de tribunal design. On le décrira successivement, et contradictoirement, comme "le prophète des banlieues", "l'abbé Pierre et Mère Teresa réunis", "un intellectuel de pointe", "un fondamentaliste charmeur"...

Est-il seulement homme de chicane ? C'est la première fois, affirme-t-il, qu'il porte plainte en diffamation. La coupe a débordé quand Lyon Mag', mensuel à la réputation sulfureuse, a publié une enquête sur les réseaux islamistes lyonnais, en octobre 2001. Le prédicateur musulman y était décrit comme "le roi de l'ambiguïté", "en apparence inoffensif" mais "une véritable bombe à retardement". La preuve : Antoine Sfeir, directeur des Cahiers de l'Orient, racontait que Djamel Beghal, islamiste arrêté à Dubaï en 2001, avait suivi assidûment les conférences de Tariq Ramadan.

Tariq Ramadan donc, citoyen suisse, né à Genève en 1962. Petit-fils de Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans. "Il n'y a pas encore de délit d'appartenance familiale, proteste Alain Gresh, rédacteur en chef du Monde diplomatique, cité par le plaignant. Ce qui m'intéresse, c'est la lecture que Tariq Ramadan fait de la pensée de Hassan al-Banna. On peut être d'accord avec lui ou pas. Mais le présenter comme le sergent recruteur du terrorisme, c'est de la diffamation !"

Antoine Sfeir persiste et signe : Tariq Ramadan emploie "un double langage", "des non-dits" qui le rattachent à la démarche des Frères musulmans. A la barre, les pro-Ramadan défilent : le militant laïque Michel Morineau ; l'universitaire Felice Dassetto ; la journaliste de France 3 Nathalie Dollé. Tous disent qu'ils ne l'ont jamais pris en flagrant délit de contradiction, que ce soit devant les fidèles musulmans de Casablanca ou au cours des tenues blanches, ouvertes au public, du Grand Orient. Jean-Luc Brunin, évêque auxiliaire de Lille, a même écrit au tribunal pour relater tout le bien qu'il pensait de l'intellectuel musulman. Il y a aussi les anti-Ramadan – le journaliste de RFI Richard Labevière, la démographe Michèle Tribalat.

Chacun y va de son décorticage. Chacun analyse les conférences, les cassettes, les livres du prédicateur vedette des jeunes musulmans. Eux sont là, dans la salle, attentifs et anxieux, venus de Vénissieux et de plus loin encore. Jeunes filles portant foulard, garçons arborant la barbe, un peu plus longue et moins disciplinée que celle de leur modèle.

"PIEUVRE"

Appelé par l'avocat d'Antoine Sfeir, Rachid Kaci est présenté comme "une preuve vivante du double langage de Tariq Ramadan" : il a assisté à quelques-unes de ses conférences. La preuve vivante bafouille et s'emmêle dans une explication confuse sur le foulard islamique ; d'où il ressort que Tariq Ramadan recommande celui-ci sans l'imposer, ce que l'intéressé ne conteste pas. Abderrahmane Dahmane, militant associatif, le présente comme "doté d'une double personnalité". Avec force gestes concentriques, il décrit la "pieuvre" de l'intégrisme dont M. Ramadan serait le centre : "C'est un homme rusé, qui a même réussi à séduire la Ligue islamique, euh, je veux dire la Ligue de l'enseignement... Il y animait un groupe sur l'islam et la laïcité."

Soheib Bencheikh, grand mufti de Marseille, est cité par Antoine Sfeir. On attendait cette confrontation entre les deux principaux porte-voix de l'islam de France. On est un peu déçu. Le mufti dénonce "un langage complètement ambigu". "Dans quel passage ?", demande Me Yves Baudelot pour Tariq Ramadan. "Dans son premier livre, je n'ai pas lu les autres !" Eclats de rire dans la salle. "Comment pouvez-vous juger, vous n'en avez lu qu'un ?" "Ça lui a suffi, confrère, jette Me Thierry Dumoulin pour Lyon Mag'. Avec un seul, il a compris !"

Tariq Ramadan admet pourtant que sa pensée a évolué : "Il y a cinq ans, je n'étais d'accord qu'à 99 % avec la laïcité à la française. Aujourd'hui, je pense que l'islam est tout à fait compatible avec la séparation des Eglises et de l'Etat." Le ministère public s'en remet à la décision du tribunal. Jugement le 19 novembre.
Xavier Ternisien, LE MONDE | 27.09.02 | 11h22, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 28.09.02

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10 septembre 2002 : La charia incomprise

EN Occident, qui voit dans l'application de la charia un retour à des règles moyenâgeuses, les condamnations à mort de Safiya et Amina au Nigeria ont soulevé un tollé. Doit-on comprendre que les musulmans, convaincus du bien-fondé des règles divines, sont des barbares, des coupeurs de mains sanguinaires et des assassins ?

Avant tout, il n'est pas inutile de rappeler que beaucoup, parmi ceux qui crient au scandale, ne réagissent pas devant des crimes d'une autre nature. Dans les capitales occidentales, on n'est guère ému par les rapports qui font état de l'extermination des Tchétchènes, avec son cortège de meurtres et de mutilations.

Personne ne se soucie du sort des enfants handicapés à vie en Palestine, fruit de la terreur et de la lâcheté de la communauté internationale, parce qu'il est plus facile de s'ingérer dans les affaires du Nigeria que dans celles des pays qui exercent au grand jour un terrorisme d'Etat inqualifiable.

A cela s'ajoute une vision caricaturale de la civilisation musulmane. Réduire la richesse de la loi islamique - reconnue par les plus grands spécialistes du droit comparé - aux seuls châtiments corporels, c'est un peu comme si l'on prétendait résumer toute la médecine aux seules amputations chirurgicales. La science médicale comprend une variété de disciplines, allant de la prévention aux traitements les moins éprouvants. Il en va de même pour la charia. Les peines concernant le vol et l'adultère ne peuvent être appliquées que dans une société où sont protégées les normes et les valeurs islamiques. Il est exclu de couper la main du voleur dans un Etat qui ne donne pas à ce dernier les moyens de vivre dignement.

La lapidation prévue en cas d'adultère n'est envisageable que si quatre personnes ont été des témoins oculaires du délit. Ce qui est pratiquement irréalisable, à moins que le musulman choisisse d'avouer sa faute. Avant l'exécution de la sentence, les juristes précisent qu'il lui est toujours possible de revenir sur son aveu.

Une grossesse illégitime peut également entraîner une mise en accusation. Mais en affirmant avoir été contrainte ou victime d'un viol, ou en soutenant que l'enfant est bien légitime, la femme échappera à toute sanction. Dans ce dernier cas, si son époux rejette la paternité du nouveau-né, les conjoints seront définitivement séparés, et elle conservera la garde de sa progéniture.

On le voit : ces peines ont donc surtout une valeur dissuasive. Le prophète Mahomet lui-même faisait tout pour en repousser l'application. Ainsi, lorsque Mâ'iz se présenta au Messager de Dieu en lui demandant de le purifier parce qu'il avait commis l'adultère, ce dernier se détourna de lui. Mais Mâ'iz confessa son erreur à quatre reprises. Dès lors, le Prophète ne pouvait qu'ordonner sa lapidation.

Parce qu'il s'agit d'une injonction divine, la rigueur de cette loi est éprouvante pour les musulmans eux-mêmes. Elle constitue une punition, mais aussi une forme de purification. Il est interdit d'insulter le coupable. Après sa mort, on prie pour lui. Ce que fit le Prophète pour une femme qui s'était livrée après avoir accouché d'un enfant adultérin, et dont le repentir avait été sincère.

La volonté de Dieu, pour les croyants, s'exprime à deux niveaux : dans le livre de la Révélation et dans celui de la Création. Les doctrines juive, chrétienne et musulmane affirment unanimement que Dieu seul est le créateur de toute chose. Or nous demandons : qui a créé le virus du sida ? Observez que la personne qui respecte strictement les commandements divins est à l'abri de cette infection, qui ne peut atteindre, à moins d'une erreur de transfusion sanguine, un individu qui n'entretient aucun rapport extraconjugal, qui n'a pas de pratique homosexuelle et qui évite la consommation de drogue. Par rapport à ces principes de base, seuls s'exposent à la contamination ceux qui ont un comportement déviant.

Avant de juger cette conception moralisatrice et complètement dépassée, je propose simplement que l'on fasse un effort de réflexion : la mort lente d'un malade atteint du sida est-elle moins significative que celle d'une personne lapidée ? Pour le musulman, les signes divins que l'intelligence humaine perçoit se découvrent aussi bien dans l'univers que dans la loi.

Soyons encore plus explicite, au risque de heurter cette fois la sensibilité des partisans invétérés des Lumières. Dans une tradition authentique, le prophète Mahomet annonçait : « La turpitude n'apparaît jamais au sein d'un peuple, pratiquée ouvertement aux yeux de tous, sans que ne se propagent parmi eux les épidémies et les maux qui n'existaient pas chez leurs prédécesseurs. » Qui pourrait nier que les temps modernes, conjuguant le déballage de la débauche sur grand écran et la hantise obsédante d'une contagion mortelle, offrent la parfaite illustration de cette parole ?

En clair, que ceux qui nient qu'un Dieu d'amour ait ordonné ou maintenu la lapidation de l'homme et de la femme adultères se souviennent que le virus du sida n'est pas issu du néant.

Remarquons cependant que l'éthique musulmane nous prescrit de soutenir le malade du sida dans l'épreuve qu'il subit, et qu'il est essentiel de l'accompagner et de le réconforter avec compassion. Remarquons encore que l'islam a encouragé la recherche médicale, le Prophète ayant indiqué qu'à toute maladie, si l'on excepte la vieillesse, correspondait un remède. Il reste que l'épidémie du sida devrait à notre sens, pour être conjurée, nous conduire à une réflexion morale sur le sens de nos responsabilités et sur la nécessité de revenir aux normes susceptibles de préserver notre spiritualité.

Les musulmans sont convaincus de la nécessité, en tout temps et tout lieu, de revenir à la loi divine. Ils voient dans la rigueur de celle-ci le signe de la miséricorde divine. Cette conviction n'est pas nourrie par un fanatisme aveugle, mais par un réalisme correspondant à la nature des choses de la vie. Vivre en paix et en conformité avec l'être et le devoir, tel est le principe de leur engagement, parce que, comme le souligne le Coran, « c'est certes à Dieu qu'appartiennent la création et le commandement ». (7, 54)

Les musulmans savent que la nature leur est soumise autant qu'ils se soumettent à Dieu, mais qu'elle se rebelle en revanche contre eux s'ils enfreignent les lois du Tout-Puissant. Ils ont la certitude que l'homme ne peut se suffire à lui-même, et que la libération des moeurs est à l'origine d'une incommensurable détresse qui touche des millions d'individus. Qui donc aurait le droit de le leur reprocher ?
PAR HANI RAMADAN, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10 Septembre 2002

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Suisse, RÉGIONS : Le Conseil d'Etat genevois met l'enseignant Hani Ramadan sur la touche

GENEVE. En raison de propos jugés incompatibles avec sa fonction de professeur, le directeur du Centre islamique de Genève n'est plus autorisé à enseigner. Si certains approuvent clairement la mesure, d'autres estiment qu'elle n'a pas de justification légale. Un débat sur la liberté d'expression dans l'enseignement est en tout cas demandé.

«Monsieur Hani Ramadan n'est plus autorisé à se rendre sur son lieu de travail.» Le Conseil d'Etat genevois, à l'initiative du Département de l'instruction publique (DIP), a finalement tranché. Après avoir auditionné le directeur du Centre islamique de Genève vendredi matin, le DIP a décidé de le mettre immédiatement sur la touche.
Elément déclencheur de cette décision: la lettre ouverte intitulée «La charia incomprise» que Hani Ramadan a publiée dans Le Monde le 10 septembre dernier (2002) et qui, en raison de propos choquants sur le sida et la légitimation de la lapidation en cas d'adultère, a suscité une vive polémique en France. Mais aussi à Genève, où le directeur du Centre islamique enseigne parallèlement le français au Cycle d'orientation de la Golette, à Meyrin (Le Temps du 10 octobre).
Pour la patronne du DIP, Martine Brunschwig Graf, Hani Ramadan, citoyen suisse d'origine égyptienne, n'a pas respecté le devoir de fidélité et de réserve que lui confère sa charge d'enseignant. En fonction de l'article 129 de la loi sur l'Instruction publique, son licenciement est de l'ordre de la quasi-certitude. Même si légalement, le Département se voit contraint d'ouvrir une enquête interne confiée à un ancien magistrat.
Sur ce point, la conseillère d'Etat libérale laisse clairement entendre que Hani Ramadan ne sera pas réintégré. Elle se défend toutefois d'avoir agi sous la pression médiatique. «D'ailleurs, cette mesure ne se base pas uniquement sur l'article du Monde», relève la magistrate. Le directeur du Centre islamique avait en effet déjà fait l'objet de plusieurs avertissements du DIP. Notamment en 1998, après ses propos jugés inappropriés sur la condition de la femme, mais aussi en 2000, lors d'une manifestation à la place des Nations où il s'était exprimé sur le djihad, la guerre sainte.
Martine Brunschwig Graf ajoute également que cette mise à l'écart se justifie par l'atmosphère délétère que crée cette affaire. «Lorsque des enseignants protestent contre d'autres enseignants, il faut se demander si cela ne met pas en danger l'institution», s'interroge-t-elle. Ce cas de figure ne manque pas de rappeler l'affaire, éclatée en 1986, autour de Mariette Paschoud, enseignante d'histoire dans un collège vaudois, qui s'était distinguée pour avoir défendu des thèses révisionnistes niant l'existence des chambres à gaz. Après des valses-hésitations, le conseiller d'Etat de l'époque, Pierre Cevey, avait réussi à lui faire prendre la porte.
Quant à Hani Ramadan, inatteignable, Le Temps n'a pas pu obtenir sa réaction. De l'avis de sources proches du dossier toutefois, il est prêt à recourir à tous les moyens légaux pour contester cette décision. Et à cet égard, l'avocat genevois Charles Poncet, ardent défenseur de la liberté d'expression, met en garde: «Si l'enseignant saisit le Tribunal fédéral ou la Cour européenne des droits de l'homme, il aura gain de cause», prédit-il. Il n'empêche, dans une ère sémantiquement très axée sur les droits humains, certains jugent la décision du Conseil d'Etat proportionnée.
C'est le cas par exemple du Parti libéral genevois, qui s'est fendu d'un communiqué dans lequel il fustige les propos de Hani Ramadan qui «choquent, humilient et divisent». Il martèle aussi que cette affaire met en évidence la nécessité de ne pas remettre en question les «principes fondamentaux de la laïcité de l'Etat, de la suprématie de la loi et de l'égalité entre homme et femme».
Dans les milieux musulmans, les réactions sont nuancées. Le porteparole du Centre islamique de Lausanne, Tawfik el Maliki, salue cette mesure même s'il estime qu'elle vient relativement tard. Mais il manifeste aussi des craintes: «J'espère que cette décision ne va pas déboucher sur une chasse aux sorcières et qu'on ne va pas désormais dire aux musulmans ce qu'ils doivent dire et penser.» En l'occurrence, Charles Poncet dénonce cette «maladresse politique». Selon lui, quand on sait que la Suisse compte plus de 500 000 musulmans, c'est le «meilleur moyen de s'assurer que la Suisse ne les intègre pas et de leur montrer qu'ils vivent dans un environnement hostile».
Quoi qu'il en soit, la mise à l'écart de Hani Ramadan ne fera pas l'économie d'un débat sur la liberté d'expression des enseignants. C'est en tout cas ce que pense Philippe Chervet, enseignant lui aussi au Cycle d'orientation de la Golette. «Avec le DIP, nous devrons définir plus clairement le cadre de la liberté d'expression des enseignants», estime-t-il, avant de conclure: «C'est un précédent qui pose un certain nombre de questions. Hani Ramadan a été suspendu non pas pour un manque de compétences professionnelles, mais pour ses idées.»
Le Temps, Samedi 12 octobre 2002, Auteur: Stéphane Bussard

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Hani Ramadan soutient la lapidation sans réserve
Jusqu'où va la liberté d'expression des fonctionnaires ? Le débat fait rage en Suisse depuis que les autorités genevoises ont suspendu ce professeur de lycée, par ailleurs directeur du Centre islamique de Genève.
Hani Ramadan avait justifié, dans une tribune publiée dans le Monde du 10 septembre (2002), le principe de la lapidation pour adultère au nom de la charia. Qui donc, ajoutait-il, a inventé le virus du sida, sinon Dieu créateur de toutes choses ?
L'exécutif genevois a estimé que ces propos, plaçant la loi divine au-dessus de l'Etat de droit, violent «le devoir de fidélité et l'obligation de réserve» . Une enquête interne confiée à l'ex-procureur genevois Bernard Bertossa a été ouverte.
L'avocat de Hani Ramadan, Alain Farina, a affirmé hier à Libération que «son client était prêt à faire valoir ses droits jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme».
Effet positif de l'affaire : un débat public est désormais ouvert sur la collision du principe de la liberté d'expression et du devoir de réserve des fonctionnaires.
Libération, Par Pierre HAZAN, mercredi 30 octobre 2002

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La langue d'Aladin
Tariq Ramadan, 40 ans. Star des milieux musulmans. Habile rhétoricien, il prône un islam strict jouant sa chance en Occident.

Tariq Ramadan en 10 dates
26 août 1962 Naissance à Genève.
1977 Premier séjour en Egypte.
1982-1990 Enseignant à Genève.
1991-1992 Formation théologique en Egypte.
1994 Premier livre, «les Musulmans dans la laïcité».
1995 Interdit de séjour en France par Pasqua. 2000 «L'Islam en questions», avec Alain Gresh.
Septembre 2002 Son frère Hani Ramadan déclenche une violente polémique en Suisse en publiant un texte justifiant la lapidation des femmes adultères au Nigeria.
2003 «Les Musulmans d'Occident et l'avenir de l'islam».
Mai 2003 Gagne en appel un procès en diffamation contre «Lyon Mag» qui l'avait accusé en octobre 2001 de recruter des jeunes «prêts à servir de relais à des actions terroristes».

Quel est l'avenir de l'islam ? «L'avenir de l'islam, c'est Tariq Ramadan.» La phrase est de Hassan al-Tourabi et elle remonte au milieu des années 90. C'est le genre de compliment qui vous poursuit jusqu'à la fin de vos jours, quand il ne vous tue pas sur le coup. Surtout quand il vient du «pape de l'islamisme», qui invitait alors à Khartoum le Who's Who du jihad. Ramadan, trop orgueilleux, trop conscient de ce que cet adoubement pouvait avoir de dangereux, a décliné.

Ses nombreux détracteurs s'empareront probablement de l'anecdote pour ajouter une nouvelle preuve à l'épais dossier d'accusation. Tariq Ramadan, «l'islamiste chic», «le prince du double langage», «le cheval de Troie du jihad en Europe», etc. Que n'a-t-on lu et entendu à son sujet ? Peu d'hommes suscitent une aversion aussi disproportionnée, ou alors une telle adhésion. Certes, il est insaisissable. Théologien ? Il n'en a pas la formation. Prédicateur ? Il lui arrive de diriger la prière dans son Centre islamique de Genève, mais on le croise plus dans les MJC que dans les mosquées. Philosophe, comme il se définit lui-même ? Pas de quoi réveiller Descartes, ni Averroès. Tariq Ramadan est un intellectuel religieux ou un clerc séculier, à la manière d'Emmanuel Mounier. Mais Ramadan a un «défaut» majeur : il n'a pas la gueule de l'emploi. Un islamiste qui porte des gilets de minet, parle avec l'accent suisse et joue avec un art consommé de sa séduction de ténébreux oriental... Il y a aussi dans l'animosité que suscite Tariq Ramadan un vieux relent colonial : l'Arabe passe encore, quand il nous ressemble et aime le bon vin, mais le musulman ne sera jamais qu'un «blédart», un taliban des cavernes. Tariq Ramadan, qui cite Nietzsche et Musset, qui ne doit rien à la France et se conduit en «égal», ne compte plus les refus de débattre, par peur de faire pâle figure face à ce séduisant patricien aux yeux en amande et aux mains soignées.

Tout est tellement controversé lorsqu'il est question de Tariq Ramadan que le mieux est de s'en tenir à son CV. Profession : professeur de philosophie et d'islamologie. Age : 40 ans. Situation de famille : marié à une Française convertie et voilée, quatre enfants. Pedigree : fils de Saïd Ramadan, lui-même gendre et disciple préféré de Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans égyptiens, la matrice de tous les islamismes. Tariq Ramadan est à l'islam politique ce que serait au communisme un «camarade» qui aurait eu Lénine pour père et Marx pour grand-père : un frère parmi d'autres un peu plus «frère» que les autres. Il est né en Suisse où son père a trouvé refuge après avoir échappé aux rafles nassériennes en 1954. Si son père fut un exilé jusqu'à sa mort en 1995, lui est un enfant de l'Occident qui a découvert l'Egypte à 15 ans et en est reparti déçu par l'absence de débat. Plus les années passent et plus il est convaincu que l'avenir de l'islam se joue en Occident, pas dans un monde arabe bloqué.

Son nom lui vaut autant d'intérêt et de respect dans le monde musulman que de suspicion en Occident. Ici, on le traite volontiers d'islamiste, d'intégriste. Lui se dit «réformiste». «Fondamentaliste», au sens strict du terme, serait plus juste, parce qu'il prône un retour aux fondements, c'est-à-dire au Coran, pour mieux l'adapter à la société occidentale moderne. Son horizon, c'est ici et maintenant, pas l'au-delà. L'islam qu'il prône est strict mais pas borné. La charia n'est pas un «manuel de savoir-vivre» qu'il s'agirait d'appliquer à la lettre. Aux jeunes filles, il dit : «Le voile est une prescription mais fondée sur la liberté. N'obéissez qu'à votre conscience !»

Peu connu du grand public, Ramadan est une star dans les milieux musulmans où aucun n'égale son charisme, sa force de persuasion, son art de l'argumentation. Ses livres, épais et arides, sont déclinés en fascicules de vulgarisation, ses discours enregistrés sur cassettes. Premiers succès, premiers ennuis. En 1995, Pasqua l'interdit de séjour, sur les conseils des services de renseignements égyptiens. Trois cercles concentriques gravitent autour de lui : les Jeunes Musulmans de France (JMF), son fan-club, Présence musulmane, son réseau, et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), son public. Avec l'UOIF, grand vainqueur de la consultation organisée par Sarkozy et partisan d'un islam «dur», les relations sont compliquées : une année, il est l'invité vedette du congrès du Bourget, la suivante, on le boude. Sur le fond, l'UOIF et Ramadan sont d'accord même si ce dernier prend des libertés qui agacent.

Ces derniers temps, le fossé s'est creusé. Ramadan a entamé un flirt prolongé avec la gauche altermondialiste. Depuis le succès de son ouvrage à deux voix avec Alain Gresh, directeur de la rédaction du Monde diplomatique et fils d'Henri Curiel, juif et fondateur du Parti communiste égyptien, Tariq Ramadan ne jure plus que par Attac et le Forum social européen. Ça lui rappelle ses jeunes années lorsque, professeur à Genève, il animait une ONG tiers-mondiste et rencontrait Dom Helder Camara ou mère Teresa. Il croit déceler dans cette convergence avec la gauche un même besoin de justice sociale et d'équité. Mais le public de gauche traîne parfois les pieds et, à force de diluer l'islam dans un humanisme éthique, Ramadan risque de perdre son public habituel en route.

Bien au-delà de son prétendu double langage, Ramadan a changé. Le 11 septembre 2001 est passé par là. Comprenant que les condamnations de principe ne suffisent plus, Tariq Ramadan ne mâche pas ses mots contre la violence des kamikazes ou l'antisémitisme dans les banlieues. «Nous avons un déficit d'autocritique.» A ses débuts, il disait en substance «Mes frères, n'ayez pas honte d'être musulmans dans cette société matérialiste et corrompue.» Aujourd'hui, il explique que l'Occident est la chance de l'islam, pas seulement le contraire. Il demandait «des espaces au sein de la laïcité» pour que les musulmans puissent vivre leur foi. Aujourd'hui, il est un fervent défenseur de la loi de 1905 qu'il comprend avant tout comme une garantie de la liberté de culte plutôt que comme une garantie de neutralité de l'espace public. S'il défend cette législation, c'est qu'il se doute qu'un nouveau texte, sur lequel pourrait déboucher la toute jeune commission Stasi, serait plus restrictif. «Il a sous-estimé les résistances. Il a cru que ses contacts avec la Ligue de l'enseignement et la Ligue des droits de l'homme étaient la preuve que les "laïcards" l'avaient accepté», explique un connaisseur de l'islam français. Si Ramadan suscite une telle méfiance, c'est parce que ses contradicteurs sentent confusément qu'il place la barre trop haut. On le traite de «communautariste». Erreur, il ne cherche pas à intégrer l'islam à la République, ce qu'il veut, c'est intégrer la République à l'islam !.
Libération, Par Christophe AYAD, mardi 08 juillet 2003

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Finkielkraut : «Le temps des antisémites sympas»
Le philosophe (juif) réagit aux déclarations de l'intellectuel musulman Tariq Ramadan, qui l'a accusé, avec d'autres, de soutien inconditionnel à Israël. Et s'étonne de la complaisance de certains médias à l'égard d'un nouvel antisémitisme.

Le Figaro Magazine - Tariq Ramadan, intellectuel musulman considéré par les uns comme un islamiste sulfureux et par les autres comme le symbole d'un islam modernisé, a défrayé la chronique en dénonçant, dans un texte, les intellectuels juifs, coupables, selon lui, de soutenir inconditionnellement Israël. Au-delà de sa personne, le soutien que lui a apporté la mouvance altermondialiste marque un tournant. Que vous inspire cette micro-affaire ?
Alain Finkielkraut - Le commissariat aux affaires juives de Tariq Ramadan n'est pas encore très professionnel. Aussi fait-il de Pierre-André Taguieff un Juif, ce que celui-ci n'est pas. Mais trêve de plaisanterie. Quand Le Pen dresse des listes de Juifs suspects, il est cloué au pilori, quand c'est Tariq Ramadan, il est hissé sur l'empyrée, c'est-à-dire, les choses étant ce qu'elles sont, invité à «Tout le monde en parle». C'est une preuve supplémentaire d'un chassé-croisé entre un antisémitisme raciste, identitaire, vieille France, qui ne cesse de régresser, et un antisémitisme compatissant que rien n'arrête et qui veut notre peau au nom de la reconnaissance de l'homme par l'homme.

Pour vous, cela confirme donc le diagnostic que vous établissez dans «Au nom de l'Autre» : l'émergence d'un antisémitisme droit-de-l'hommiste ?
J'ai mis du temps à m'apercevoir que l'antisémitisme contemporain s'exprimait quasi exclusivement dans la langue de l'antiracisme. On peut même se demander si le racisme n'a pas été une période, apocalyptique et très brève, dans la longue histoire de l'antisémitisme. Aujourd'hui, quand les Juifs sont haïs, ce n'est pas comme race à part, mais comme racistes fieffés, et leurs nouveaux détracteurs, inculpabilisables, s'adossent au devoir de mémoire. Cette injonction, en effet, a fini par vaincre l'oubli, mais à quel prix ! De la pluralité, de la complexité du monde, le devoir de mémoire ne laisse subsister que deux personnages : le nazi et sa victime. C'est dans ce cadre-là que, le plus souvent, on envisage le conflit israélo-palestinien. S'il n'y a que deux personnages, les Israéliens étant les plus forts, ce sont eux les nazis. L'antiracisme se pétrifie en idéologie, c'est-à-dire en système total, exhaustif, d'explication du monde.

Admettez que, aussi allergique soit-on aux bons sentiments, il est difficile d'être contre l'antiracisme, non ?
Hannah Arendt nous a avertis : ce ne sont pas les opinions en tant que telles qui sont dangereuses, mais les idéologies. L'idéologie antiraciste signifie que rien ne doit échapper à l'alternative entre tolérance et stigmatisation. Un exemple : le débat sur les nouveaux réactionnaires. Autrefois, le réactionnaire était le possédant ou son complice, le chien de garde de la bourgeoisie. Aujourd'hui, le réactionnaire est le raciste. Il est, par exemple, raciste de s'interroger sur la légitimité de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, car ce serait constituer l'Europe en club chrétien, or l'Europe n'est pas un club ni même une civilisation distincte, mais l'humanité en marche. Ce qui rend les choses difficiles à penser, c'est que les Juifs ne font pas les frais d'une haine raciale particulièrement véhémente, mais d'un antiracisme échevelé.

Vous ne prétendez pas que cette hostilité est totalement déconnectée de la situation en Israël et dans les Territoires palestiniens ?
On nous explique que la haine des Juifs n'est pas antisémite puisqu'elle naît d'une politique effective, alors que dans les époques antérieures, cette haine était d'origine fantasmatique. C'est faux ! Oui, les Pharisiens ont voulu se défaire de Jésus ; oui les Rothschild ont existé. Mais il y a le même lien entre les Rothschild et les Sages de Sion qu'entre la politique israélienne et la lecture qu'en fait Etienne Balibar.

Mais vous dites vous-même que Sharon mène une politique de cow-boy ! Vous n'allez pas défendre la construction du mur entre Palestiniens et Israéliens !
Le cas du mur de sécurité est très intéressant. Cette proposition a été d'abord formulée par la gauche, dans un objectif double : protéger les Israéliens et établir de facto une frontière avec l'Etat palestinien. La droite ne s'y est ralliée que contrainte et forcée par la perpétuation des attentats. Elle l'a reprise à son compte en lui donnant un contenu différent et elle s'arrange pour placer certaines implantations à l'intérieur de la barrière de sécurité en traversant des champs palestiniens. Il y a là matière à discussion, à critique même véhémente. On se doit cependant de constater qu'Israël n'est pas en posture de conquête, mais en posture d'assiégé. Autrement dit, il s'agit d'un mur de l'effroi et non d'un mur de l'apartheid. Aucune théorie de l'inégalité des races ne sous-tend cette barrière. Israël est une démocratie au sens moderne du terme, c'est-à-dire une démocratie qui ne fonctionne pas simplement à l'égalité des citoyens, mais qui enracine cette égalité dans l'idée que tous les hommes sont égaux. Ce qui signifie que les Arabes israéliens jouissent des mêmes droits sociaux et politiques que les Juifs. Il y a certes des tensions, des difficultés, et même pire, mais la politique israélienne, comme la politique de toutes les démocraties, repose sur l'idée d'humanité universelle et il est moins risqué d'être arabe à Haïfa que juif à Casablanca.

J'insiste : rien ne justifie rien, mais il n'en est pas moins vrai que la politique d'Ariel Sharon est éminemment critiquable politiquement, et dans certains cas condamnable moralement !
Je suis sioniste, mais pas sharonien ; aujourd'hui moins que jamais. En rendant coup pour coup et en menaçant Arafat, les dirigeants israéliens dissimulent leur absence de perspective et de courage politique sous le masque de la résolution martiale. Il est vrai que s'ils prenaient une mesure spectaculaire unilatérale, comme le démantèlement des implantations de la bande de Gaza, les extrémistes palestiniens crieraient victoire. Mais quel autre moyen ont-ils de montrer aux Palestiniens fatigués que ceux-ci ont intérêt au compromis ? Comme ils ne le font pas, les Israéliens les plus raisonnables en appellent à une résolution de l'ONU qui mettrait la Cisjordanie et Gaza sous tutelle internationale pour préparer la création d'un Etat palestinien. Il y a dans cet appel un tel irréalisme, un tel aveu d'impuissance que j'en viens à me demander en tremblant s'il n'est pas trop tard pour la paix. L'histoire, ce n'est pas un processus, ce sont des occasions. Et rien ne nous garantit que l'occasion gâchée à Camp David par Arafat se représentera.

Pourquoi maintenant ? Est-ce seulement lié à la mythologisation de la cause palestinienne (parfaitement défendable au demeurant), mais érigée, pour faire court, en nouveau Vietnam ?
Je crois que c'est l'un des effets très étranges de l'effondrement du communisme. Je suis frappé par l'évaporation de la sagesse antitotalitaire. Il n'y a plus qu'une puissance, et puisqu'il n'y en a qu'une, elle peut tout ; et une puissance qui peut tout, c'est le grand retour de la pensée du complot. Les Juifs ont tout à craindre, à tout moment, de la pensée du complot. On pourrait se mettre autour d'une table pour discuter de ce qui devrait être fait, militer ensemble contre le mur ou contre son tracé, mais ces possibilités politiques nous sont, à nous, Juifs, interdites si nous ne voulons pas participer au lynchage des nôtres. Je n'étais pas forcé d'être pour la guerre en Irak, et d'ailleurs je ne l'étais pas, mais je n'avais pas ma place dans les manifestations, car on défilait contre une entité appelée Bush-Sharon. On aurait pu parler de Bush-Blair, contester cet empire anglo-saxon, ou Bush-Berlusconi. Et on a créé Bush-Sharon. José Bové en tête, les altermondialistes se sont lancés à l'assaut de l'américano-sionisme. Rien ne reste du combat antitotalitaire contre la réduction de la politique à l'affrontement de deux volontés. Voici une nouvelle fois les Juifs accusés de comploter pour le malheur du monde, mais dans la langue des gens sympas et non dans celle des salauds.

Pour vous, les Juifs sont renvoyés aujourd'hui à leur singularité. Mais cela ne vient-il pas conforter chez beaucoup la conviction que la singularité doit primer sur l'universalité. N'en arrivez-vous pas vous-même, parfois, à cette conclusion ?
Quelque chose s'était mis en place en faveur des Juifs dans la seconde moitié du XXe siècle qui se retourne aujourd'hui contre eux : la religion de l'humanité. Nos sociétés, disait Durkheim pendant l'affaire Dreyfus, ne sont pas plus dévotes, mais elles sont encore religieuses. De cette religion, l'homme est à la fois le fidèle et le Dieu : «Quiconque attente à une vie d'homme, à la liberté d'un homme, nous inspire un sentiment d'horreur, analogue à celui qu'éprouve le croyant qui voit profaner son idole.» Ce sont les Juifs qui, idoles hier, inspirent aujourd'hui ce sentiment d'horreur. Je n'en conclurai certes pas qu'il faut renoncer à l'universel ni à l'idée d'humanité. Celle-ci est constitutive de la démocratie moderne. A Athènes, les hommes étaient égaux en tant que citoyens ; dans la démocratie moderne, ils sont égaux en tant que citoyens parce qu'ils sont égaux en tant qu'hommes. La politique doit donc se faire à la lumière de l'humanité, au nom de l'humanité, pour l'humanité. C'est bien la raison pour laquelle une décision contraire aux droits de l'homme, même prise à la majorité, est spontanément jugée antidémocratique dans les démocraties. Et c'est bien sûr une conquête sur laquelle il ne faut pas revenir. Mais si la religion de l'humanité doit nous conduire à ériger l'antiracisme en idéologie, alors nous avons tout lieu d'être inquiets.

Mais si de plus en plus de Juifs veulent vivre entre eux, là-bas comme ici, nous avons tout lieu d'être inquiets, comme vous dites ! Doit-on se résigner à ce que les Juifs soient des déçus de l'universel ?
Si l'universel, c'est le mensonge, la falsification et un antifascisme permanent qui conduit à la mise au pilori des Juifs, alors oui, on a d'abord besoin de se retrouver entre soi. Pour la première fois de ma vie, j'éprouve la nécessité d'être dans un milieu juif pour m'exprimer totalement et pour réfléchir impartialement, sans complaisance à ce qui se passe au Moyen-Orient. D'où mon intervention hebdomadaire sur une radio juive. Ce n'était pas mon destin. J'ai vu naître les radios juives avec méfiance. Je ne voulais pas accélérer, mais retarder, au contraire, la transformation de la nation en société multiculturelle, et j'entendais bien préserver ma liberté d'esprit de toute pression communautaire. Mais le monde commun est devenu un tribunal.

Il y a vingt-trois ans, dans «le Juif imaginaire», vous affirmiez votre refus de faire du génocide des Juifs le coeur de votre identité et l'horizon de votre histoire. Vous êtes-vous trompé ?
J'ai été simultanément l'héritier du malheur absolu et un enfant gâté. C'est cette double situation que j'ai alors analysée. J'ai dégonflé la baudruche et j'ai cru pouvoir passer à autre chose. L'histoire en a décidé autrement, mais cette réflexion ancienne m'a au moins protégé contre un certain nombre de lieux communs, comme le retour des vieux démons. J'ai très vite compris que la persécution, l'étoile jaune, restaient très cotés à la Bourse des malheurs. Ce qui remplace l'étoile jaune, c'est le signe d'égalité mis par les progressistes entre la croix gammée et l'Etoile de David.

Avez-vous déjà envisagé, ne serait-ce que très abstraitement, de quitter la France ?
Non. J'aime la France. J'aime sa langue et sa littérature. Mais la France ne s'aime plus, sa langue est à l'abandon et la judéophobie fleurit sur le terreau de ce désamour. Je comprends que certains aient envie de changer d'air. Pour ma part, je continue à me dire que le pire n'est pas toujours sûr.
lefigaro.fr, PROPOS RECUEILLIS PAR ELISABETH LÉVY [31 octobre 2003]

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Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires par Tariq Ramadan
Oumma.com, vendredi 3 octobre 2003

Le présent texte, publié ici en exclusivité, vient d'être refusé par les journaux Le Monde et Libération. Ces refus, cinq fois répétés pour Le Monde, sont plus que regrettables : on s'en prend au seul « communautarisme musulman » mais on peine à accepter la critique de ces intellectuels tant chéris par les médias qui nous servent à longueur d'articles et d'interviews des analyses très discutables et souvent biaisées de la société française comme de la scène internationale. Taguieff, Adler, Finkielkraut, Glucksman, Kouchner, BHL, entre autres, disent la vérité du monde, des bons, des méchants, de « nos alliés »… et Israël, toujours, échappe à leurs critiques sélectives.

La rentrée est agitée. On ne compte plus les livres traitant de l'antisémitisme ou du sionisme. Pour les uns, il existerait un nouvel antisémitisme parmi les jeunes français d'origine immigrée (arabes et musulmans) ou dans les rangs du mouvement altermondialiste qui le dissimuleraient derrière leur critique du sionisme et de l'Etat d'Israël. En face, on dénonce « Un intolérable chantage » à la judéophobie.

Force est de constater, en amont de ce débat, un phénomène qui brouille les données. Depuis quelques années (avant même la seconde intifada), des intellectuels juifs français que l'on avait jusqu'alors considérés comme des penseurs universalistes ont commencé, sur le plan national comme international, à développer des analyses de plus en plus orientées par un souci communautaire qui tend à relativiser la défense des principes universels d'égalité ou de justice.

Les travaux de Pierre-André Taguieff sont très révélateurs. Son pamphlet La nouvelle judéophobie est le prototype d'une réflexion « savante » faisant fi des critères scientifiques. Le sociologue s'est mué en défenseur d'une communauté en danger dont le nouvel ennemi réel ou potentiel est l'Arabe, le musulman, fusse-t-il français. On ne trouve pas ici de mise en perspective fondée sur une analyse critique de la politique sociale de l'Etat, des réalités de la banlieue ou même de la scène internationale. La conclusion est limpide : la communauté juive de France ferait face au nouveau danger que représente cette nouvelle population d'origine maghrébine qui, de concert avec l'extrême gauche, banaliserait la judéophobie et la justifierait par une critique très retors d'Israël et un « antisionisme absolu ». C'est surtout Alain Finkielkraut qui excelle dans le genre : on savait le penseur impliqué dans les grands débats sociaux mais voilà que l'horizon se réduit et que le philosophe est devenu un intellectuel communautaire. Son dernier ouvrage Au nom de l'Autre, réflexions sur l'antisémitisme qui vient se présente comme une attaque sans nuance de toutes les dérives antisémites (altermondialistes, immigrées ou médiatiques). Alain Finkielkraut verse dans tous les excès sans être gêné de soutenir Sharon. Le débat n'est plus fondé sur des principes universels et même s'il prétend être lié à la tradition européenne commune, sa prise de position révèle une attitude communautariste qui fausse les termes du débat, en France comme au sujet de la Palestine. Sa dénonciation du « culte de l'Autre » ne cesse, en miroir, d'exacerber le sentiment d'altérité du juif-victime et le mur de la honte devient « une simple clôture de sécurité » qu'Israël construit à contre cœur. Juifs ou sionistes (ceux qui font la différence sont antisémites) ne seront jamais des victimes ou des oppresseurs comme les autres.

Alexandre Adler avait témoigné, au côté de Finkielkraut, dans le procès surréaliste intenté au journaliste Daniel Mermet. On pouvait s'étonner. L'analyse attentive de ses écrits nous éclaire néanmoins. La lecture du monde qu'il nous propose se comprend surtout au regard de son attachement à Israël. Il ne s'en cache pas et dans l'ouvrage collectif Le sionisme expliqué à nos potes il avance qu'il « devient de plus en plus inenvisageable de concevoir une identité juive qui ne comporterait pas une composante sioniste forte »1 et plus loin : « Un équilibre va s'instaurer entre diaspora et appartenance israélienne, autour duquel le nouveau judaïsme va se développer »2. On relèvera le mélange de genres mais on retiendra la leçon au moment d'analyser ses positions en politique internationale, de même que celles de certains intellectuels juifs français, notamment lorsque Adler rappelle lui-même que les Etats-Unis ont renforcé leur soutien à Israël, lequel a par ailleurs établi une alliance stratégique avec l'Inde.

La récente guerre en Irak a agi comme un révélateur. Des intellectuels aussi différents que Bernard Kouchner, André Glucksman ou Bernard-Henri Lévy, qui avaient pris des positions courageuses en Bosnie, au Rwanda ou en Tchétchénie, ont curieusement soutenu l'intervention américano-britannique en Irak. On a pu se demander pourquoi tant les justifications paraissaient infondées : éliminer un dictateur (pourquoi pas avant ?), pour la démocratisation du pays (pourquoi pas l'Arabie Saoudite ?), etc. Les Etats-Unis ont certes agi au nom de leurs intérêts mais on sait qu'Israël a soutenu l'intervention et que ses conseillers militaires étaient engagés dans les troupes comme l'ont indiqué des journalistes britanniques participant aux opérations (The Independent, 6 juin 2003). On sait aussi que l'architecte de cette opération au sein de l'administration Bush est Paul Wolfowitz, sioniste notoire, qui n'a jamais caché que la chute de Saddam Hussein garantirait une meilleure sécurité à Israël avec des avantages économiques assurés. Dans son livre Ouest contre Ouest, André Glucksman nous livre un plaidoyer colérique pour la guerre qui passe sous un silence très parlant les intérêts israéliens. Bernard-Henri Lévy, défenseur sélectif des grandes causes, critique très peu Israël à qui il ne cesse de témoigner sa « solidarité de juif et de Français »3. Sa dernière campagne contre le Pakistan semblait comme sortie de nulle part, presque anachronique. En s'intéressant à l'abominable et inexcusable meurtre de Daniel Pearl, il en profite pour stigmatiser le Pakistan dont l'ennemi, l'Inde, devrait donc naturellement devenir notre ami… Lévy n'est bien sûr pas le maître à penser de Sharon mais son analyse révèle une curieuse similitude quant au moment de son énonciation et à ses visées stratégiques : Sharon vient d'effectuer une visite historique en Inde afin de renforcer la coopération économique et militaire entre les deux pays.

Que ce soit sur le plan intérieur (lutte contre l'antisémitisme) ou sur la scène internationale (défense du sionisme), on assiste à l'émergence d'une nouvelle attitude chez certains intellectuels omniprésents sur la scène médiatique. Il est légitime de se demander quels principes et quels intérêts ils défendent au premier chef ? On perçoit clairement que leur positionnement politique répond à des logiques communautaires, en tant que juifs, ou nationalistes, en tant que défenseurs d'Israël. Disparus les principes universels, le repli identitaire est patent et biaise le débat puisque tous ceux qui osent dénoncer cette attitude sont traités d'antisémites. C'est pourtant sur ce terrain que doit s'engager le dialogue si l'on veut éviter le choc des communautarismes pervers. S'il faut exiger des intellectuels et acteurs arabes et musulmans qu'ils condamnent, au nom du droit et des valeurs universelles communes, le terrorisme, la violence, l'antisémitisme et les Etats musulmans dictatoriaux de l'Arabie Saoudite au Pakistan ; on n'en doit pas moins attendre des intellectuels juifs qu'ils dénoncent de façon claire la politique répressive de l'Etat d'Israël, de ses alliances et autres méthodes douteuses et qu'ils soient au premier rang de la lutte contre les discriminations que subissent leurs concitoyens musulmans. On relèvera avec respect le courage de celles et de ceux, juifs (pas forcément altermondialistes ou d'extrême gauche), qui ont décidé de s'insurger contre toutes les injustices et notamment celles qui sont le fait de juifs. Avec les Arabes et les musulmans qui ont la même cohérence, ils sont la lumière et l'espoir de l'avenir parce que celui-ci a plus que jamais besoin de cette exigence et de ce courage.
Tariq Ramadan
Notes :
1 Le sionisme expliqué à nos potes, éditions la Martinière, 2003, Paris, p. 241
2 Le sionisme expliqué à nos potes, éditions la Martinière, 2003, Paris, p. 241
3 Le sionisme expliqué à nos potes, éditions la Martinière, 2003, Paris, p. 14
Tariq Ramadan : Auteur de Les Musulmans d'Occident et l'avenir de l'islam, Actes Sud/Sindbad, 2003. Membre du Groupe des Sages sur le dialogue des peuples et des cultures attaché à la Commission européenne sous la présidence de Romano Prodi

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Tariq Ramadan, cible des services secrets européens

Le nom du prédicateur vedette des jeunes musulmans français est cité dans plusieurs procédures terroristes.

DEPUIS quelques semaines, un juge du tribunal fédéral de l'Etat de Washington dispose sur son bureau de notes des services de renseignements européens mettant en cause Tariq Ramadan dans plusieurs enquêtes liées aux activités d'Al-Qaïda. Selon nos informations, ces pièces ont été versées dans le cadre de la plainte déposée le 15 août 2002 par les avocats des familles des victimes de l'attentat commis contre le World Trade Center le 11 septembre 2001. Une action menée aujourd'hui au nom de 5 600 plaignants afin d'obtenir des dommages et intérêts contre les personnes ou institutions soupçonnées d'avoir soutenu l'organisation d'Oussam ben Laden.

Selon Jean-Charles Brisard, ancien membre des services de renseignement, enquêteur privé mandaté par les familles de victimes, cette enquête internationale a obtenu la coopération politique et policière d'une trentaine d'Etats. Depuis fin décembre 2002, le centre islamique de Genève, dont Tariq Ramadan est membre du conseil d'administration et dont le frère, Hani Ramadan, en est le directeur, figure parmi les organisations visées dans cette procédure.

« Aucun lien avec les Frères musulmans »

Plusieurs éléments récents visent personnellement le prédicateur vedette des jeunes musulmans français. D'après les éléments fournis à la justice américaine, Tariq Ramadan serait ainsi le neveu d'Omar Abdel Rahman, cerveau du premier attentat contre le World Trade Center, condamné aux Etats-Unis à la prison à vie. Petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Banna, il aurait été désigné en 1993 par cette internationale islamiste comme responsable de la Daawa (prêche) pour l'Europe. Autant d'éléments que Tariq Ramadan récuse : « Je n'ai aucun lien familial avec Omar Abdel Rahman, ni aucun lien organique avec les Frères musulmans. »

« Deux conversations anodines »

Par ailleurs, le nom de l'intellectuel musulman a été cité dans plusieurs procédures terroristes. Dans le cadre d'une enquête menée en Espagne sur une cellule d'Al-Qaïda, il est désigné comme étant l'un des « contacts habituels » d'Ahmed Brahim, considéré comme l'un des trésoriers d'Al-Qaïda inculpé en avril 2002 par le juge Garzon.

Son nom est notamment évoqué au cours d'une conversation téléphonique le 22 avril 1999, dont nous avons la copie, entre Ahmed Brahim et un responsable de la librairie Tawhid à Lyon, qui édite les livres de Tariq Ramadan. Une conversation où il est question de l'acquisition de cassettes audio vierges et de l'invitation de jeunes Français à Majorque afin de « travailler pour le chemin d'Allah ».

L'intellectuel suisse est également cité dans la procédure menée en France contre un groupe soupçonné d'avoir préparé un attentat contre l'ambassade des Etats-Unis. Djamel Beghal, considéré comme le chef du réseau, déclare le 1 e r octobre 2001 devant le juge Jean-Louis Bruguière : « En 1994, j'ai suivi les cours dispensés par Tarek Ramadan. » Réponse du prédicateur : « Je ne connais pas Ahmed Brahim. Mon nom a été cité simplement au détour de deux conversations anodines... Par ailleurs, je n'ai commencé à donner des cours à Paris qu'en 1997. »

Autre élément à charge : selon les recherches menées par les avocats des victimes du World Trade Center, les coordonnées de la famille Ramadan figurent dans l'agenda de la banque Al Taqwa, qui est sur la liste des organisations accusées par le département d'Etat américain de soutenir le terrorisme islamiste. Nouveau démenti de Tariq Ramadan : « Nous n'avons jamais entretenu de relations avec cette banque. »

« Un vrai faisceau d'indices »

Dernier élément consigné par les services de renseignement : Tariq Ramadan et son frère auraient coordonné en 1991 une réunion dans un hôtel de Genève à laquelle assistaient Ayman Al Zawahiri, actuel n o 2 d'Al-Qaïda et Omar Abdel Rahman. Quid de ces relations « dangereuses » ? « Je n'ai jamais rencontré ces personnes. »

Autant de dénégations qui laissent de marbre Jean-Charles Brisard : « Il existe aujourd'hui un vrai faisceau d'indices qui permettent de soupçonner Tariq Ramadan d'avoir eu des relations avec plusieurs terroristes, conclut-il. Il récuse les Frères musulmans mais il en partage l'héritage. Sous couvert d'un discours modéré, il distille un discours radical qui peut encourager le jihad. »
C.D. Le Parisien, vendredi 14 novembre 2003, p. 3

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Un prédicateur écouté dans les banlieues

UN JOUR à Washington, un autre à Londres, un autre à Paris, un autre en Afrique... Tariq Ramadan, barbe finement taillée, costume-cravate, raisonne à l'échelle planétaire. Cependant, son discours est en prise directe avec la réalité du terrain, notamment dans les banlieues françaises. Ses cassettes s'écoulent par centaines de milliers d'exemplaires. Ses conférences - il peut en aligner quatre en un week-end dans quatre régions différentes ! - sont suivies par des milliers de jeunes séduits par l'élégance de l'intellectuel qui sait parler à une population en manque de repères.

« Pour certains jeunes, c'est l'équivalent d'une autorité papale, confirme Ghaleb Bencheikh, animateur de l'émission dominicale Islam sur France 2. Il exerce un ascendant extraordinaire sur ces jeunes, qu'il caresse dans le sens du poil. Il leur parle de leurs parents qui ont été spoliés, leur demande de se réapproprier leur destin, de s'intégrer, de voter... le tout étant bercé de versets du Coran. »

« A la fin tous les barbus et les filles voilées sont allés le voir »

Ses aficionados versent dans l'allégorie. Hassan Iquioussen, « imam itinérant », extrêmement écouté au sein de la communauté musulmane, le considère comme le « soleil de France » : « Il y a peu de gens qui ont sa carrure, souligne le religieux. Il est présent dans les facs, les mosquées, les banlieues, les plateaux de télévision. On lui fait des procès d'intention. Je n'ai jamais vu de contradictions entre ses textes et son discours. »

L'art de Tariq Ramadan est d'occuper un terrain totalement délaissé par les services sociaux ou investi par des imams en décalage avec la réalité occidentale. Son principal reproche : il tiendrait un discours modéré à l'extérieur de la communauté musulmane, mais plus musclé à l'intérieur. Un théorème rarement démontré, même si Ramadan flirte avec la ligne jaune. « Un jour, au Sénat, quelqu'un lui a demandé s'il condamnait le GIA, raconte Ghaleb Bencheikh. Il a répondu qu'il condamnait d'abord les généraux algériens, ce qui est criminel pour quelqu'un qui dispose d'une prise de parole publique. Une autre fois, lors d'une conférence à Bruxelles, le ton était courtois, mais à la fin tous les barbus et les filles voilées sont allés le voir. Les autres sont allés vers moi... »

Son cercle proche se lasse de ces reproches : « On ne peut plus avoir de spécificité spirituelle sans passer pour un intégriste, soupire Fiham Andalouci, coordinatrice de Présence musulmane, principal organisme sur lequel Ramadan s'appuie en France. Nous prônons simplement la compréhension des textes à la lumière du contexte. » Un islam ouvert, moderne, à l'échelle européenne, respectant les règles de la laïcité... Une équation reprise par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui s'est imposée au sein du Conseil français du culte musulman de France (CFCM), dont Tariq Ramadan a été proche avant - selon lui - de prendre des distances.

Que cherche-t-il vraiment ? « C'est quelqu'un d'ambitieux et d'intelligent, analyse un spécialiste de l'islam. Je suis convaincu qu'il se voit un destin politique, même si, pour le moment, il est trop tôt. »
C.D. Le Parisien, vendredi 14 novembre 2003, p. 2

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Forum social européen
Le show de charme de Ramadan
Vendredi (14 novembre 2003), l'intellectuel taxé d'antisémitisme a tenté de se montrer sous son meilleur jour.

Le numéro de charme s'accentue.
Ramadan a amplifié vendredi son entreprise de séduction des altermondialistes. Il la poursuivra samedi en participant à un débat, à Ivry-sur-Seine, sur le thème «Racisme, xénophobie et antisémitisme». Toute la journée de vendredi, l'intellectuel suisse, accusé d'«antisémitisme» par certains, de «communautarisme» par d'autres, a tenté de se montrer sous son meilleur jour. Affable, prévenant, prônant «le dialogue et l'écoute entre tous», seul moyen de construire «un autre monde». Car «il n'y a pas qu'une seule voie pour faire la place aux exclus». En homme parfaitement rompu à l'art de la langue de bois, il a répété, matin, midi et soir, les mêmes propos. Le matin, devant 800 personnes massées dans une salle de cinéma d'Ivry, dont beaucoup de confession musulmane. A midi, devant la presse. Et, en fin de journée, au micro de Daniel Mermet sur l'antenne de France Inter, dont le studio était décentralisé à la Grande Halle de la Villette à Paris, l'un des sites du Forum social européen.

«Procès en sorcellerie».
Arrivé la veille de Suisse, Tariq Ramadan s'est rendu très tôt au cinéma Pathé d'Ivry. A sa suite, une cour composée de cadres des mouvements Présence musulmane et du Collectif des Français musulmans. Parmi eux, pas une femme. Le service d'ordre, composé de syndicalistes musclés, est sur les dents. Marie-Agnès, de la Ligue des droits de l'homme, chargée de veiller au bon déroulement des débats, se dit «sous pression». Les autres intervenants arrivent. Deux professeurs à l'Ecole des hautes études ­ Esther Benbassa et Michael Löwy ­, un philosophe, Miguel Benasayag, un enseignant libanais, Ali Fayyad, et une militante d'Attac, musulmane venue d'Allemagne, Magida Shehadeh, échangent des idées sur la place des religions dans les luttes sociales et l'altermondialisation. Très vite, le débat se concentre sur Tariq Ramadan. Le théologien l'a bien cherché. D'entrée, il félicite ceux qui «n'ont pas plié» en maintenant son invitation au FSE malgré «le procès en sorcellerie» qui lui a été fait. Il accuse des dirigeants du PS de chercher «à régler leurs comptes» sur son dos. Allusion à un texte cosigné par Manuel Valls, Jean-Luc Mélenchon et Vincent Peillon, publié dans le Nouvel Observateur, qui suppliait les altermondialistes de condamner les propos de Ramadan. Puis le théologien récite son discours : «En France, il y a une révolution silencieuse. Pendant longtemps, on a parlé à la place des Arabes. Pendant longtemps, les Arabes, les musulmans ont été confinés dans des ghettos. Lorsqu'ils sortent des ghettos, on les accuse de communautarisme.» Applaudissements nourris.

Dehors, une cinquantaine d'individus tentent de pénétrer dans la salle. A la tribune, Miguel Benasayag essaie bien d'emballer le débat. Il s'adresse aux filles voilées dans l'assistance. «Ce n'est pas une provocation. Ma fille fait ce qu'elle veut de son corps. Nous nous sommes battus pour cela. Alors ce voile, ça évoque l'ablation, l'excision, la répression.» Ramadan lui répond : «Non, trois fois non !» Une seule fois, il est pris au dépourvu. Il s'en prend à la presse et lui intime l'ordre d'«arrêter de faire du bricolage» avec ses citations. Il parle d'«imposture intellectuelle» lorsqu'on lui refuse une tribune pour répondre à BHL et dit : «On ne répond pas à un homme qui écrit des livres (lui-même, ndlr) en faisant du bricolage digne d'une presse de banlieue... Euh, je n'ai rien contre la presse de banlieue... Je voulais dire presse people.»

«Mêmes insinuations».
Devant la presse, justement. Tariq Ramadan est la seule personnalité invitée par le FSE à tenir une conférence de presse. Pour dire qu'il regrette qu'on s'occupe trop de lui. «Ce FSE ne se résume pas à ma présence», rappelle-t-il, tout en organisant sa propre mise en scène médiatique, comme n'importe quelle vedette. Il en croisera une autre, José Bové, au micro de France Inter. Autour du studio temporaire installé à la Villette, un millier de personnes se sont pressées. Elles applaudissent chacun des propos du théologien. Daniel Bensaïd, philosophe et mem bre de la LCR, lance : «On dit que Ramadan est trop honnête. Ce sont exactement les mêmes insinuations que certains adressaient naguère aux intellectuels juifs.» Le «show» Ramadan se poursuivra jeudi prochain. Sur le plateau de 100 minutes pour convaincre, il sera opposé à Nicolas Sarkozy.
Libération, Par Didier HASSOUX samedi 15 novembre 2003

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Tariq Ramadan, sa famille, ses réseaux, son idéologie

L'intellectuel est devenu en quelques mois, grâce à son débat avec le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, et sa participation au Forum social européen, la figure centrale de l'islam de France. Cette notoriété se nourrit de controverses et de zones d'ombre sur lesquelles "Le Monde" a enquêté. Depuis quelques mois, Tariq Ramadan n'est plus seulement un prédicateur très populaire chez les musulmans français. Son dialogue en direct avec Nicolas Sarkozy, sa participation au Forum social européen l'ont imposé comme la personnalité médiatique centrale de l'islam de France, bien qu'il réside à Genève et n'ait pas la nationalité française. Cette accession à la notoriété s'est nourrie de controverses : Tariq Ramadan a été taxé d'antisémitisme après une tribune sur des intellectuels juifs, ses déclarations sur le statut des femmes ont choqué, notamment après sa formule en faveur d'un "moratoire"sur la lapidation. Sa célébrité a aussi prospéré sur les interrogations que suscite le personnage, sur les doutes à propos des non-dits de son discours officiel, sur les inconnues de son parcours personnel et intellectuel. Enquête sur ces versants moins visibles de Tariq Ramadan.

Ses liens avec les Frères musulmans
Né en 1962, l'intellectuel musulman est le dernier des six enfants (cinq garçons, une fille) de Wafa al-Banna, fille aînée de Hassan al-Banna, le fondateur du mouvement égyptien des Frères musulmans, formation islamiste qui cherchait à introduire l'islam sur la scène politique. Son père est Saïd Ramadan, considéré comme le disciple préféré du maître. Il fut exilé par Nasser en 1954 et s'est installé en Suisse. En 1961, il a créé le Centre islamique de Genève.

Tariq Ramadan affirme qu'il n'a jamais eu aucun lien avec les Frères. Il reconnaît que son père a été considéré, après son exil, comme le responsable des Frères musulmans à l'étranger. Cette fonction aurait cessé au début des années 1970. "Quand mon père meurt, en 1995, il est reconnu comme une autorité morale par les Frères, mais il n'est plus du tout dans la structure", avance-t-il.

Plusieurs sources égyptiennes, interrogées par Le Monde, démentent tout lien entre l'intellectuel suisse et les Frères. Abdelmonam Abou Al-Foutouh, membre du Haut Conseil de la guidance et successeur probable de l'actuel guide suprême, affirme : "Tariq Ramadan n'a pas de lien direct avec nous, même s'il existe une relation historique avec sa famille. Nous respectons son travail, mais il est dans une perspective qui n'est pas la nôtre." Issam Al-Aryan, autre responsable de l'organisation égyptienne, trouve que "Ramadan va trop vite et trop loin". Gamal Al-Banna, le petit-frère de Hassan Al-Banna, qui a toujours été éloigné des Frères musulmans et défend un islam ouvert, ne tarit pas d'éloge sur son petit-neveu : "Il défend des idées nouvelles sur l'islam, parce qu'il est jeune et que sa culture est européenne. Si les racines de sa pensée viennent des Frères, son interprétation est très différente."

Ses sources de financement
Richard Labévière rappelle, dans son livre Les Dollars de la terreur (Grasset), que Saïd Ramadan avait l'appui financier du roi Fayçal d'Arabie saoudite. Pour sa part, Tariq Ramadan affirme que son père est mort avec un demi-million de francs suisses de dettes et que le centre islamique a longtemps été hypothéqué. Il reconnaît cependant que Saïd Ramadan a été aidé financièrement, au début de son exil, par le roi Fayçal et par des Frères musulmans. Ce soutien aurait cessé à la fin des années 1960, quand les relations se sont normalisées entre l'Arabie saoudite et l'Egypte. L'intellectuel suisse explique qu'il est persona non grata en Arabie saoudite. Dans Etre musulman européen, il s'en prend violemment au royaume saoudien, "la trahison la plus manifeste et la plus odieuse des principes de l'islam".

Tariq Ramadan est professeur de philosophie au lycée de Saussure, à Genève, et professeur d'islamologie à l'université de Fribourg. Les éditions Tawhid de Lyon vendent "50 000 cassettes audio de Tariq Ramadan par an, tous titres confondus". Les revenus tirés des droits d'auteur sont versés à l'Association pour la promotion des auteurs musulmans (APAM). Celle-ci loue un bureau à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et rémunère une secrétaire à trois quarts de temps. Tous les déplacements du conférencier sont payés par les structures invitantes. Les interventions sont payantes, de 3 à 5 euros l'entrée.

Ses réseaux
Au début de sa prédication, Tariq Ramadan a beaucoup utilisé le réseau de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans. Il a prononcé ses premières conférences devant les auditoires des Etudiants musulmans de France (EMF) et des Jeunes Musulmans de France (JMF). C'est le début de l'ascension de M. Ramadan dans l'islam français. Pourtant, dès 1994, un fossé se creuse avec l'UOIF, qui regarde avec condescendance et défiance Présence musulmane, la structure qu'il crée pour organiser des cours en province. Aujourd'hui, cette instance est en sommeil. La structure la plus proche de Tariq Ramadan est le Collectif des musulmans de France, dont le noyau est l'Union des jeunes musulmans (UJM) de Lyon, qui gère les éditions Tawhid.

En 1995, Tariq Ramadan noue des contacts durables avec des membres de la Ligue de l'enseignement. Le responsable du service des relations avec l'islam de l'Eglise catholique, le Père Gilles Couvreur, lui présente Michel Morineau, alors responsable des questions de laïcité à la Ligue. Ce dernier met en place une commission islam et laïcité, qui tiendra ses travaux jusqu'en 2000 et constituera le relais le plus efficace de l'intellectuel suisse dans les milieux non musulmans français.

Ancien militant tiers-mondiste, M. Ramadan participe au Forum altermondialiste de Porto-Alegre dès 2001. En avril 2002, le collectif d'associations Divers-Cité, dont fait partie l'UJM, invite José Bové à donner une conférence à Lyon. Après ce premier contact, en juin 2002, M. Ramadan rencontre Bernard Cassen, d'Attac ; ils décident de travailler ensemble. En novembre 2003, l'intellectuel musulman participe au Forum social européen de Saint-Denis.

Son idéologie
On peut dire que Tariq Ramadan est un "intégraliste", au sens où il a une conception intégrale de la religion, qui concerne toute la vie du croyant et pas seulement la sphère privée. Pour lui, l'islam est un englobant : "L'islam, dans son essence, dépasse le domaine de définition du mot religion,écrit-il. L'islam investit le champ social et l'influence de façon conséquente." Le Père Christian Delorme, qui a longtemps travaillé avec les jeunes musulmans lyonnais, est très critique sur le conférencier : "Sous couvert de modernisme, son discours crée de la séparation dans la société française. Quand on dit que toutes les valeurs sont contenues dans l'islam, on nie qu'il y a d'autres valeurs qui précèdent l'islam dans la société française."

Un double discours ?
Khadija Mohsen-Finan, sociologue à l'Institut français des relations internationales, a mené une enquête approfondie sur le cas Ramadan pour le compte de l'Institut des hautes études sur la sécurité intérieure. Elle explique : "Je ne crois pas au double discours, au sens où on l'entend, c'est-à-dire que Ramadan irait dans les banlieues, dirait une chose, et autre chose ailleurs. Je crois, en revanche, qu'il s'est trop avancé sur la laïcité. Quand on lui demande d'être précis, il ne peut pas aller plus loin. Ce n'est pas du double discours, c'est qu'il est coincé. Aujourd'hui, on ne peut pas être séducteur à la fois dans le monde arabe, dans les banlieues et auprès des responsables politiques européens."Hakim El-Ghissassi, directeur du magazine musulman La Médina, fait une analyse du même ordre : "Son problème, c'est qu'il est tiraillé entre sa base et une volonté d'avancer dans sa réflexion. Comme il n'a pas de légitimité religieuse, il ne peut pas aller plus avant. Je considère Tariq Ramadan davantage comme un homme politique que comme un religieux."

Xavier Ternisien

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Le "piège" des écoles confessionnelles

S'exprimant pour la première fois depuis l'annonce d'une loi sur les signes religieux, Tariq Ramadan s'est prononcé, samedi 20 décembre, à la mosquée d'Evry-Courcouronnes (Essonne), contre le recours aux écoles confessionnelles. "Ce serait un piège", a-t-il martelé. "Si certains pensent qu'à cause de la loi "il faut une école à nous", c'est exactement ce que veulent ceux qui souhaitent vous marginaliser, a-t-il lancé. Il faut que nous luttions contre l'attitude de victimisation : "on n'aime pas les arabes, les musulmans". Vous avez des droits, des devoirs".

Il a estimé que cette loi, venant après "quarante cas problématiques et quatre -cas- conflictuels, est la preuve que le débat politique en France est vide de projet". Exceptionnellement, pour ce colloque, les femmes n'étaient pas reléguées derrière les claustras du premier étage. Voilées pour la plupart, elles assistaient aux interventions, assises par terre, séparées des hommes.
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 23.12.03, LE MONDE | 22.12.03 | 13h28

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Hani, un frère provocateur et encombrant

Le discours et les fonctions de Hani Ramadan en font un frère encombrant. Tariq Ramadan affirme avoir pris, depuis longtemps, ses distances avec lui. Hani dirige le Centre islamique de Genève, visé par une plainte déposée aux Etats-Unis par les familles des victimes du 11 septembre contre les soutiens et les financiers des réseaux terroristes d'Al Qaida. Tariq souligne qu'il a cessé d'y collaborer à partir de 1994 et s'est occupé du Foyer culturel musulman de Genève, une association autonome. Pourtant, au même titre que le reste de la famille, il figure toujours, selon les documents officiels, au conseil d'administration du centre.

Située en plein centre-ville, l'institution - une maison aux volets verts - est la première du genre en Europe ; 200 à 300 élèves y suivent des cours d'arabe et de civilisation islamique. Hani Ramadan se charge souvent des sermons du vendredi. "Le centre islamique n'a pas d'idéologie affichée, explique Fawzia al- Ashmaw, enseignante au centre. Notre but est d'apprendre leur religion à de jeunes musulmans vivant en Suisse."

D'après la plainte des victimes du 11 septembre, l'institution genevoise a pour "principal soutien financier" le groupe Dar al-Maal al-Islami (DMI), considéré comme la structure centrale du financement saoudien de l'islamisme international. Selon Jean-Charles Brisard, l'enquêteur qui travaille pour le compte des familles, le Centre islamique aurait également des liens avec la banque Al-Taqwa, figurant sur la liste des organisations accusées par les autorités américaines de soutenir le terrorisme international. D'après lui, Ahmed Huber, l'un des anciens membres du conseil d'administration de la banque, se serait converti à l'islam dans l'institution de la famille Ramadan. "Tout ça, c'est de la foutaise", lâche M. Huber, qui reconnaît juste qu'Al-Taqwa a pu effectuer "des petits dons"au centre islamique de Genève, au moment du ramadan. L'ancien administrateur de la banque précise s'être converti à l'islam en 1963, dans l'appartement d'un " religieux lié au centre". A propos de Tariq Ramadan, il affirme : "Ce n'est pas un islamiste comme nous, il est d'un autre bord."

"LES DEUX FACES D'UNE MÊME PIÈCE"

Hani Ramadan refuse de répondre aux questions sur le Centre islamique de Genève. Tariq, de son côté, rejette les accusations de financement par les banquiers islamistes. "Aucun transfert de fonds n'a eu lieu entre la banque Al-Taqwa et le centre, pas un sou, assure-t-il. M. Huber est intervenu deux fois au centre mais il n'a aucun lien structurel ou financier avec nous." François Jung, du Groupe de recherche sur l'islam en Suisse, ne croit pas à une manne financière d'origine islamiste. "Au début, le Centre était financé par l'argent saoudien, explique-t-il. Mais maintenant il est criblé de dettes."

Hani Ramadan fait aussi l'objet, à titre personnel, d'une enquête judiciaire en Suisse pour "provocation publique au crime ou à la violence". Cette procédure a été ouverte à la suite de ses prises de position sur les femmes, qui lui ont aussi valu d'être suspendu de son poste de professeur de français dans l'enseignement public suisse. Dans une tribune au Monde, publiée le 10 septembre 2002, Hani Ramadan avait justifié la lapidation. Le 7 mai 1998, il déclarait, à L'Hebdo de Lausanne : "Ce que vous devez absolument comprendre, c'est que Tariq et moi sommes les deux faces d'une même pièce. Nous savons parfaitement ce que nous faisons et où nous allons." "Il est plus littéraliste que moi", constate simplement Tariq Ramadan, soucieux de se démarquer de son frère sans le condamner.
Frédéric Chambon (avec Afsané Bassir Pour à Genève), ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 23.12.03, LE MONDE | 22.12.03 | 13h28

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Ramadan, prof aux Etats-Unis
Le théologien musulman helvétique qui a récemment défrayé la chronique en France par sa dénonciation du «communautarisme» des «intellectuels juifs», a confirmé hier qu'il avait été nommé professeur à l'université catholique Notre-Dame aux Etats-Unis, où il compte se rendre, pour un an, en septembre, dès que le gouvernement américain lui aura délivré son visa.
Tariq Ramadan enseigne actuellement l'islamologie à l'université de Fribourg, en Suisse, et devrait donner des cours sur les rapports entre religions, conflit et promotion de la paix à l'université Notre- Dame, située près de South Bend, dans l'Indiana, non loin de Chicago, dans un centre de recherche financé par la veuve du fondateur de la chaîne McDonald's.
Libération, 29 janvier 2004, p. 13

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(Avril 2004) Le frère de Tariq Ramadan reste privé d'école à Genève
Le gouvernement genevois refuse la réintégration du professeur de français qui persiste à justifier la lapidation des femmes adultères.

Décidément, l'affaire Hani Ramadan, frère de l'idéologue musulman Tarik Ramadan, n'en finit pas de faire des vagues sur les bords du lac de Genève. Et suscite des questions de fond aussi bien sur le devoir de réserve des fonctionnaires, et en particulier celui des enseignants, que sur les contours de la laïcité. S'opposant à une décision de justice, le gouvernement genevois vient en effet de refuser de réintégrer Hani Ramadan, professeur de français de nationalité suisse, pour avoir à plusieurs reprises publiquement justifié la lapidation.

Devoir de réserve.
La polémique commence à l'automne 2002. Hani Ramadan publie une tribune libre dans les pages du Monde. Il y justifie la lapidation des femmes adultères, même s'il reconnaît que la sanction est difficile, voir impossible à exécuter. Qui donc, ajoutait-il, a inventé le virus du sida, sinon Dieu créateur de toutes choses ? L'exécutif genevois avait estimé que ces propos, plaçant la loi divine au-dessus de l'Etat de droit, violent «le devoir de fidélité et l'obligation de réserve». Une enquête interne, confiée à l'ex-procureur genevois Bernard Bertossa, aboutissait en février 2003 à la radiation de l'enseignant.

Hani Ramadan, auteur, par ailleurs, de la Charia incomprise, intentait aussitôt un recours. Il y a quelques jours, la justice lui a donné partiellement raison et ordonné sa réintégration. Stupeur à l'exécutif genevois ! Après quelques jours de réflexion, il a fait savoir mercredi qu'il n'était pas question que Ramadan soit réintégré, même s'il en coûte «une procédure d'indemnisation». Robert Cramer, le président du gouvernement genevois, a annoncé dans la foulée l'ouverture d'une nouvelle enquête administrative contre le professeur de l'enseignement secondaire, car, selon lui, «Hani Ramadan a persisté à justifier la lapidation». En effet, dans un article publié dans le Matin-Dimanche, le 4 avril, celui-ci légitime à nouveau la lapidation «pour son effet dissuasif» selon «le même principe que la bombe atomique». Cette nouvelle déclaration est incompatible «avec les valeurs éthiques, républicaines, laïques et démocratiques de la République», a tranché le gouvernement genevois qui espère peut-être aussi diminuer le montant des indemnités qu'il devra verser à Hani Ramadan.

Quant à ce dernier, il ne décolère pas. Et dénonce avec virulence «la décision du gouvernement genevois qui remet en cause une autorité judiciaire dans un Etat de droit. C'est plus grave que tout ce qu'on pourrait me reprocher», lance-t-il, tentant de retourner à son profit l'argumentation démocratique.

Flou.
Bref, le bras de fer est loin d'être terminé. Dans un pays où le port du voile est autorisé pour les élèves et où certains cantons disposent de Constitutions religieuses (catholique), la laïcité a toujours été définie de manière floue. Une difficulté pour les autorités, alors que la composition sociologique de la Suisse a profondément changé. Il y a vingt ans, le nombre de musulmans était insignifiant, aujourd'hui, il est de près de 400 000. Découvrant sa nouvelle multiculturalité au-delà de sa traditionnelle diversité avec ses quatre langues nationales, la Suisse s'aperçoit aussi que les définitions du devoir de réserve et de fidélité à l'Etat ont, elles aussi, un besoin urgent de clarification.
Libération, Par Pierre HAZAN, samedi 10 avril 2004, p. 10

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(Août 2004) Tariq Ramadan : Son visa de travail dans une université américaine a été annulé.

La prestigieuse université américaine Notre-Dame, près de Chicago, ne comptera pas parmi ses professeurs le plus médiatique et le plus controversé des islamologues européens: Tariq ramadan. Chargé pour un an de donner des cours sur les rapports entre religion, conflit et promotion de la paix, il ne s'est pas présenté mardi devant ses étudiants.

Et pour cause: l'administration américaine lui refuse purement et simplement l'entrée du territoire. Ramadan, 41 ans, avait obtenu en février un visa de travail et son déménagement était déjà en cours lorsque le département d'Etat américain a annulé son permis de travail le 28 juillet, ont indiqué mardi des responsables de l'université.

Les services de l'immigration et des douanes, qui avaient recommandé au département d'Etat de lui retirer son permis de travail, ont refusé de préciser les raisons de ce revirement brutal. Ramadan, joint chez lui en Suisse par le «Chicago Tribune» n'a pas commenté. Un porte-parole de Notre-Dame, Matthew Storin, s'en est chargé: «Le professeur Ramadan est un universitaire brillant et un partisan de la modération dans le monde musulman (...) La décision envoie un mauvais message au monde musulman sur la volonté de l'Amérique d'écouter ce que les musulmans ont à dire».

La nomination du petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Banna, considéré comme l'un des porte-drapeaux de l'islam en France avait, entre autres, provoqué des remous dans les milieux juifs américains.
Par Liberation.fr, mercredi 25 août 2004 (Liberation.fr - 17:47)

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(août 2004) Otages en Irak: Tariq Ramadan demande à Paris de ne pas céder

PARIS (Reuters) - L'intellectuel musulman Tariq Ramadan a appelé dimanche la France à ne pas céder à "l'odieux chantage" des ravisseurs de deux journalistes français en Irak.

"Notre condamnation est sans appel et nous invitons le gouvernement français à ne pas céder à cet odieux chantage", a-t-il déclaré dans un communiqué daté de Genève.

"L'enlèvement des journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot est déjà, en soi, un acte inacceptable et contraire à tous les principes de l'islam et des droits humains quelque soit la situation en Irak", écrit-il.

Pour Tariq Ramadam, intellectuel dont certaines prises de position ont été l'objet de polémiques, les institutions et les musulmans de France "sont concernés au premier chef".

"C'est à eux de rappeler que, citoyens d'un pays démocratique, ils discutent les politiques et les lois dans le cadre d'une Constitution et d'une République qui permet le débat dans le respect de l'Etat de droit", a-t-il dit.

"Quelle que soit leur opinion sur 'la loi sur les signes religieux', ils doivent affirmer que seul le dialogue ouvert et démocratique peut être envisagé dans le traitement des affaires concernant les musulmans de France".
yahoo.fr, actualités, dimanche 29 aout 2004, 15h40

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Caroline Fourest, auteur de Frère Tariq (Grasset)(2004), décrypte la stratégie politique du prédicateur

Vous avez disséqué les discours, fouillé la pensée de Tariq Ramadan. Représente-t-il une réelle menace pour la démocratie?

Tariq Ramadan est non pas un poseur de bombes, mais un poseur d'idées particulièrement nocives pour les libertés publiques. Sa plus grande force est de ne pas être un intégriste caricatural, immédiatement repérable. On ressent une sorte de malaise en lisant ses livres, mais on en a le cœur net après avoir écouté ses cassettes, dans lesquelles Tariq Ramadan s'adresse à son public - souvent de jeunes diplômés sensibles aux thèses islamistes. On y découvre le Ramadan chef de guerre, qui donne ses consignes et livre ses objectifs politiques: modifier la laïcité et faire évoluer les choses vers «plus d'islam». Malheureusement, il s'agit de diffuser non pas un islam éclairé et moderne, mais, tout au contraire, un islam fondamentaliste et réactionnaire, intégriste, que Tariq Ramadan souhaite voir grandir au détriment de l'islam libéral grâce à la dawa (le prosélytisme). Il faut reconnaître qu'il sait mieux que quiconque inciter les jeunes musulmans à agir et à en finir avec leur posture de victimes. Malheureusement, c'est pour mieux les transformer en petits soldats de l'intégrisme.

«Il affaiblit la résistance laïque face à l'intégrisme en tissant des alliances avec des associations laïques et antiracistes»

Ramadan veut «plus d'islam», dites-vous. Mais cela ne signifie pas qu'il veuille islamiser la société tout entière, non-musulmans compris.

Je ne vois personne d'aussi efficace que Tariq Ramadan, aujourd'hui, pour faire avancer l'intégrisme en France. Il radicalise les musulmans sous son influence en les initiant à la pensée de Hassan al-Banna (c'est l'introduction de ses séminaires enregistrés sur cassette), puis il les met en contact avec les idéologues actuels des Frères musulmans: Youssef al-Qaradhawi, l'un des rares théologiens musulmans à approuver ouvertement les attentats des kamikazes, ou Fayçal Mawlawi, qui est non seulement un Frère musulman, mais aussi le principal chef d'une organisation terroriste libanaise. Et ce n'est pas tout. Il affaiblit la résistance laïque face à l'intégrisme en tissant des alliances avec des associations laïques et antiracistes. Il a réussi un tour de force: rendre l'islamisme séduisant aux yeux de certains militants de la gauche alter-mondialiste! Sa tactique est simple: envoyer des jeunes acquis à sa cause s'inscrire dans des associations antiracistes et dans des partis de gauche. Ils proposent des tables rondes, comme au Forum social européen de Saint-Denis, en novembre 2003, et il vient faire son numéro.

Comment a-t-il pu pénétrer la gauche laïque?

En 1995, Tariq Ramadan est apparu comme un martyr lorsque Jean-Louis Debré [alors ministre de l'Intérieur] l'a interdit de séjour pour «menace à l'ordre public» à cause de ses discours et de ses fréquentations. En l'occurrence, on le soupçonnait de fréquenter des anciens du Fida, le groupe du GIA chargé du meurtre des intellectuels en Algérie, à une époque où la France était visée par le GIA... Honnêtement, il y avait de quoi être inquiet en voyant un prédicateur aussi sulfureux gagner du terrain en France. Mais la droite pouvait légitimement être soupçonnée de faire du «délit de faciès». Sitôt réautorisé à entrer en France, il a été sollicité par la Ligue de l'enseignement pour figurer, en vedette, dans la commission Islam et laïcité, dont la Ligue des droits de l'homme a ensuite repris le flambeau. Les musulmans libéraux membres de cette commission ont eu beau claquer la porte face aux prises de position de Ramadan, certains intellectuels laïques, tel Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l'homme, ont pris fait et cause pour Ramadan, persuadés qu'ils avaient affaire à un vrai réformateur.

Comment expliquer un tel aveuglement?

L'un des boucliers qui protègent le plus Tariq Ramadan de la critique lucide, c'est le différentialisme culturel. Par souci de tolérance, et surtout par peur d'être accusés de racisme antimusulman, voire d' «islamophobie» - terme chéri des islamistes - ses interlocuteurs lui pardonnent des propos qu'ils ne pardonneraient pas une seconde à un intégriste chrétien. Si un prédicateur chrétien venait vous dire: «Je pense que l'homosexualité, l'adultère et la sexualité hors mariage sont des crimes devant Dieu», ou: «Je suis pour que les femmes se voilent, en signe de sujétion, comme saint Paul le demandait», personne ne croirait une seconde qu'il s'agit d'un chrétien libéral! Pourquoi s'obstine-t-on à présenter Ramadan comme un musulman libéral alors qu'il tient des propos similaires? Nous sommes tellement habitués à l'idée que l'islam est une religion archaïque que, lorsqu'un représentant musulman parle gentiment ou propose un moratoire sur la lapidation, nous percevons cela comme une formidable avancée! L'islam, qui est une religion beaucoup moins rigide qu'on ne le croit, laisse tout à fait la place à l'ijtihad (l'interprétation) et à la choura (la délibération), donc à l'esprit critique. Pourquoi n'entend-on pas les vrais musulmans libéraux, qui souhaitent réellement moderniser l'islam? Parce que Tariq Ramadan parle à leur place sur les plateaux de télévision.

Que reproche-t-il aux musulmans laïques?

Aux yeux de Ramadan, les musulmans qui s'avisent de vouloir réformer leur religion dans le sens du progrès et de la modernité, ou qui souhaitent tout simplement évoluer vers une foi individuelle, plus culturelle que politique, sont de faux musulmans, accusés d'avoir vendu leur âme à l'Occident. Il les méprise et les combat à partir du camp adverse: celui des fondamentalistes, plus exactement des salafistes réformistes. Il ne faut pas se méprendre sur l'adjectif. Contrairement aux salafistes littéralistes, les salafistes réformistes disent vouloir replacer les enseignements du Prophète dans leur contexte. Mais, même chez eux, «contextualiser» ne veut jamais dire «actualiser». Pour Ramadan, réexaminer un principe du Coran au nom des droits de l'homme, par exemple abandonner le port du voile, revient à trahir l'islam. Ramadan a joué un rôle majeur dans l'éclosion des voiles dans les banlieues. Il veut bien que les filles prennent leur temps pour se faire à l'idée de porter le foulard - c'est ce qu'il appelle le temps du «cheminement». Mais son but est de leur faire comprendre qu'une bonne musulmane est une musulmane pudique et discrète, donc voilée.

Tariq Ramadan est le petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Banna, ce dont on peut difficilement le tenir pour responsable. En revanche, vous affirmez qu'il est bien l'héritier politique de son grand-père. Pourquoi en êtes-vous si sûre?

Pour avoir étudié ses propos et ses écrits, j'ai été frappée de constater à quel point le discours de Tariq Ramadan n'est souvent qu'une répétition de celui que tenait Banna au début du XXe siècle en Egypte. Il ne critique jamais son grand-père. Au contraire, il le présente comme le modèle à suivre, un homme irréprochable, non violent et injustement critiqué à cause du «lobby sioniste»! Ce qui fait froid dans le dos quand on sait à quel point Banna était fanatique, qu'il a accouché d'un mouvement dont sont issus les pires jihadistes (comme Ayman al-Zawahiri, n° 2 d'Al-Qaeda) et qu'il voulait établir une théocratie dans chaque pays comptant un musulman!

Tariq Ramadan soutient qu'il n'est pas un Frère musulman. Comme tous les Frères musulmans... puisqu'il s'agit d'une confrérie aux trois quarts secrète, où il est permis de nier tout lien organique pour éviter d'être repéré. Un Frère musulman est avant tout quelqu'un qui adopte la méthode et la pensée de Banna. Or Ramadan est l'homme qui a le plus fait pour diffuser cette pensée et cette méthode. Qui plus est, il ment lorsqu'il nie tout lien organique avec la confrérie: il occupe le poste d'administrateur au QG de sa branche européenne, le Centre islamique de Genève!

Quel enseignement tirer de l'ascension d'un personnage comme Tariq Ramadan?

Il va bien falloir que l'on fasse le bilan de la complicité de tous ceux - intellectuels et politiques - qui ont facilité l'emprise de prédicateurs tels que lui. Depuis dix ans, les pouvoirs publics ont abandonné les quartiers populaires à des prêcheurs censés ramener les jeunes dans le droit chemin grâce à la religion. Tariq Ramadan est le produit de cette démission.
L'Express du 18/10/2004, Entretien, «Ramadan est un chef de guerre», propos recueillis par Claire Chartier

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Tariq Ramadan va conseiller la Grande-Bretagne dans sa lutte contre l'extrémisme islamique
L'intellectuel musulman Tariq Ramadan a été recruté pour conseiller le gouvernement britannique dans sa lutte contre l'extrémisme islamique, selon le journal The Guardian.

Tariq Ramadan, de nationalité suisse, fait partie d'un groupe de treize personnes appelées à faire des propositions pour empêcher les musulmans de Grande-Bretagne de glisser dans l'extrémisme, précise le journal.
Le groupe doit rendre son rapport au premier ministre, Tony Blair, et au ministre de l'intérieur, Charles Clarke, à la fin du mois de septembre. La mise en place de ce groupe intervient moins de deux mois après les attentats-suicides du 7 juillet à Londres, qui ont fait 56 morts, dont les quatre poseurs de bombes et 700 blessés. Trois des quatre kamikazes étaient d'origine pakistanaise et le quatrième d'origine jamaïcaine.

Charles Clarke a présenté, mercredi 24 août, les nouvelles "règles du jeu" contre le terrorisme. Elles permettent d'empêcher l'entrée sur le territoire britannique de prédicateurs aux "comportements inacceptables". On y trouve notamment le fait de "fomenter, justifier ou glorifier la violence terroriste" ou, encore, de "fomenter la haine pouvant mener à des violences intercommunautaires ".

"VISAGE AIMABLE DE LA TERREUR"

Tariq Ramadan vient d'être nommé universitaire-invité du prestigieux Saint Antony's College d'Oxford pour l'année académique 2005-2006 qui débute en octobre. L'établissement d'enseignement supérieur a rappelé qu'il est un intellectuel internationalement reconnu qui a été classé par le magazine Time parmi les cent innovateurs du XXIe siècle pour ses travaux sur la création d'un islam européen indépendant.

En juillet 2004, les autorités américaines avaient retiré à M. Ramadan son visa, ce qui l'avait obligé à démissionner de l'université américaine Notre-Dame, qui lui avait confié une chaire, et à retourner à Genève.
Ce petit-fils de Hassan Al-Banna, fondateur des Frères musulmans égyptiens, a croisé le fer à de nombreuses reprises avec des personnalités officielles françaises, au sujet de la place de l'islam en France.
Il avait été interdit d'entrée en France durant quelques mois en 1995.

M. Ramadan a séjourné en Grande-Bretagne peu après les attentats du 7 juillet. Il a donné une conférence, le 24 juillet, à l'invitation de la police métropolitaine de Londres.
Le Sun avait publié sa photo en "une", assortie de ce commentaire : "Interdit aux Etats-Unis pour terrorisme, interdit en France, accueilli en Grande-Bretagne après les attentats d'Al-Qaida !"
Le journal présentait M. Ramadan comme offrant "un visage aimable de la terreur afin de séduire les jeunes musulmans".
LEMONDE.FR : Article publié le 01.09.05

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(Mars 2006) Cohn-Bendit se frotte au controversé Tariq Ramadan
A Bruxelles, le leader Vert a partagé pour la première fois une tribune avec l'intellectuel musulman.

«Prenons-le au mot ! Qu'est-ce qu'on risque ?» Après deux heures de débat public, Daniel Cohn-Bendit s'est senti conforté dans sa décision de rencontrer Tariq Ramadan, le plus controversé des intellectuels musulmans.

Ce face-à-face a eu lieu mercredi soir (29 mars 2006) à Bruxelles dans le cadre d'une conférence internationale sur l'«islam en Europe» organisée par les Verts des Pays-Bas, traumatisés par les tensions intercommunautaires.

Cohn-Bendit avait reçu de nombreuses mises en garde. «Comment peux-tu, toi, discuter avec le "prédicateur" d'un islam radical ? Ramadan, c'est un artiste du double langage», lui ont déclaré en substance des compagnons de route.
Elevé en Suisse où il enseigne la philosophie, le petit-fils du fondateur des Frères musulmans égyptiens, a été parfois empêché de réunions publiques en France. Dans le même temps, en Grande-Bretagne, le gouvernement Blair l'associait à sa réflexion sur l'extrémisme musulman.

Mercredi soir , au Parlement européen, on se bousculait pour assister à la confrontation entre le soixante-huitard libéral-libertaire et le quadragénaire musulman altermondialiste.
Beaucoup de femmes, presque toutes voilées, dans un public essentiellement composé de musulmans belges, français et hollandais.

Face à un Cohn-Bendit qui s'était juré de ne tolérer aucune ambiguïté, l'élégant Ramadan a déroulé un discours irréprochable.
Il «refuse» l'interdiction faite au musulman, sous peine de mort, de quitter sa religion. Il conteste le fondement théologique de cet interdit.
Pour en finir avec les mariages forcés, les répudiations et les violences faites aux femmes, il faut, dit-il, «changer l'islam de l'intérieur».

Ramadan demande une «désislamisation» des problèmes sociaux qui s'expriment en France à travers la crise des banlieues.
Le vrai communautarisme, selon lui, c'est celui qui parque dans des ghettos «une jeunesse musulmane de la troisième, voire de la quatrième génération pour qui la question n'est plus celle de l'intégration mais de l'accès à la citoyenneté».

Et quand le président du groupe Vert objecte que, sans «islamiser» les problèmes, on peut «s'interroger sur ce qui se passe aujourd'hui en France dans des quartiers où des enfants juifs ont peur d'aller à l'école», Tariq Ramadan rappelle solennellement qu'il a toujours été «parfaitement clair» dans sa dénonciation de l'antisémitisme.
Il annonce l'avènement d'un islam qui n'a «aucun problème avec aucune législation européenne» et qui s'accommode parfaitement de la «sécularisation comme espace de gestion du religieux».

«Je ne sais pas ce que dit Tariq Ramadan ailleurs, mais ce qu'il dit ici a sa cohérence», a lâché Cohn-Bendit, pour conclure.

C'est alors seulement que le débat s'est échauffé avec une théâtrale colère de Ramadan : «Dire cela, c'est rendre impossible notre dialogue. Il faut arrêter de fantasmer.
On parle de double discours, de double appartenance, on tient sur nous le discours qu'on a tenu sur les juifs. Ta responsabilité c'est de savoir ce que je dis ailleurs !»

«Tu ne vas tout de même pas m'obliger à lire tout Tariq Ramadan !» a fait remarquer son interlocuteur. «Alors, a répondu l'autre, si tu n'as pas la preuve de mon double discours, tu dois me faire confiance.»

Cohn-Bendit y est prêt. Hier, alors que s'achevait à Bruxelles la conférence sur «l'islam en Europe», le leader écologiste proposait de poursuivre, dans de nouveaux débats publics, la «clarification» engagée.
Libération, 31 mars 2006, p. 13, par Alain AUFFRAY

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(6 mai 2006) Boutin et Dieudonné à l'écoute de l'électorat musulman
Les deux personnalités étaient présentes au rassemblement annuel de l'UOIF.

Deux candidats proclamés à l'élection présidentielle ont été accueillis, samedi, au rassemblement annuel de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), au Bourget (Seine-Saint-Denis).

La très catholique députée UMP, Christine Boutin, et l'humoriste Dieudonné, défenseur autodésigné des opprimés.
Elle était, officiellement, invitée pour participer à une table ronde, et effectuait là sa première visite.
Lui, venait pour la seconde fois et a payé son entrée.
«Nous avons invité une femme croyante, plus qu'une femme politique, précise Lhaj Thami Breze, président de l'UOIF. Ce matin, il y a eu à la tribune des catholiques et des protestants.»

Thème de la rencontre de cette année : la pratique quotidienne de la religion musulmane en France. Et, plus précisément, les contraintes qu'elle subit, ainsi que les obstacles qui lui sont opposés, «au nom de la lutte contre le communautarisme, parfois au nom de la liberté, et souvent au nom de la défense de la laïcité».

Catholique.
Sur ce terrain, Boutin apparaît comme une alliée. En mars 2004, cette ardente catholique n'avait pas voté la loi interdisant le port des signes religieux à l'école. Elle avait alors invoqué le risque de stigmatisation des musulmans et le droit à l'expression collective de la liberté religieuse. Si elle a accepté l'invitation de l'UOIF, c'est pour «montrer que la République, c'est le respect de toutes les croyances et toutes les religions».

A la tribune, elle se fait complice avec la salle, rappelant, sous les applaudissements, son opposition à l'interdiction du foulard, son attachement à la famille, «havre de liberté et de respect», sa conviction «de la vertu de médiateur des religions dans la société». «Je suis une catholique pratiquante. Je suis une femme de paix, de réconciliation, une responsable politique qui croit en Dieu, comme vous», ajoute-t-elle.

«Lapidation».
En coulisse, la députée affirme qu'elle n'est pas venue draguer les voix musulmanes pour l'UMP : «Je ne suis pas en service commandé. Je suis une femme libre, majeure. Si les juifs, les francs-maçons m'avaient invitée, j'y serais allée.» Selon elle, sa visite risque plutôt de la mettre en délicatesse avec sa famille traditionnelle : «J'ai été surprise que l'UOIF m'appelle. J'ai eu un peu d'appréhension : est-ce que je n'allais pas chez des ayatollahs qui prônent la lapidation des femmes ? N'ayant pas la réponse totale à cette question, j'ai pris le risque de faire confiance, et je n'ai pas été déçue. Je sais que beaucoup de catholiques vont être surpris de m'avoir vue ici. Mais, j'espère que certains vont se dire : "Si Christine Boutin y est allée, c'est peut-être qu'il y a quelque chose à faire avec les musulmans".»

Mea-culpa.
A priori, la présence au rassemblement de l'UOIF de l'autre personnalité du jour peut aussi surprendre. Le 28 mars 2005, sur les ondes de Beur FM, Dieudonné avait souhaité «la dissolution de l'UOIF islamiste». Depuis, il a visiblement fait son mea-culpa. Dans un communiqué, il justifie sa participation à la rencontre par une volonté de réaffirmer «sa conception laïque, et donc neutre, de la République, à l'heure où une campagne de diabolisation de l'islam sans précédent se fait jour avec la complicité active du PS et de l'UMP, mais aussi des médias».

Contrairement à Christine Boutin, il n'est pas arrivé par l'entrée des VIP, mais comme tout le monde par le fond de la salle. Certes, il n'a pas été convié officiellement à la rencontre, mais se dit «soutenu par pas mal de gens ici» et «dans le monde musulman», à cause notamment du «lynchage injuste» dont il est l'objet.

Entouré de sa garde rapprochée, Dieudonné s'assoit au premier rang.
Au bout de quelques minutes, un membre de l'UOIF vient le chercher et l'emmène vers le salon de réception. A son arrivée, des dignitaires musulmans lui serrent la main : «Nous vous soutenons». Lhaj Thami Breze lui ouvre les bras : «Les persécutés se rencontrent. Ils ne veulent pas qu'on pratique notre religion, les libertés sont en train de se rétrécir, les musulmans sont acculés à la clandestinité», se plaint le président de l'UOIF.

Le théologien Hani Ramadan, frère de Tariq, l'islamologue genevois qui avait fait scandale en 2002 en défendant l'application de la charia et la lapidation des femmes adultères, s'approche à son tour : «Je sens à travers vos engagements que vous êtes très proche des musulmans. J'ai l'impression que vous êtes un frère. Merci d'être là.»
«Nous sommes des Afro-Européens. La terre africaine est un lien important», répond Dieudonné.

L'humoriste s'en va, Boutin fait son apparition.
Bien que présentes au même moment, les deux vedettes de la journée ne se sont pas rencontrées. Elles ne chassent pas sur les mêmes terres. Christine Boutin vise l'électorat musulman conservateur, rebuté par l'islamophobie de Philippe de Villiers. Dieudonné flatte le ressentiment de certains Arabo-musulmans exaspérés par les discriminations dont ils sont l'objet, et tente d'orienter cette rancoeur contre les juifs, afin de la récupérer à son profit.
Libération, par Catherine COROLLER QUOTIDIEN : lundi 08 mai 2006

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(Septembre 2006) Les Etats-Unis refuse un visa à Tariq Ramadan

NEW YORK (AP) -- Les autorités américaines ont refusé d'entrée sur leur territoire l'intellectuel musulman suisse Tariq Ramadan, l'accusant d'avoir soutenu un groupement terroriste.
Un avocat américain de défense des droits civiques a estimé de son côté que l'administration du président George W. Bush s'est servi d'une petite donation caritative comme prétexte pour censurer M. Ramadan.

Selon la porte-parole du département d'Etat Janelle Hironimus, un consulat américain a refusé la demande d'un visa professionnel et touristique provisoire en évoquant de nouvelles informations obtenues sur M. Ramadan, qui enseigne à Oxford, en l'occurrence qu'il avait "fourni un soutien matériel à une organisation terroriste".
La porte-parole a refusé de donner des détails sur la demande de M. Ramadan, en raison des règles de confidentialité en vigueur pour ce genre de processus.

De son côté, l'Union américaine des libertés civiles (ACLU) a affirmé que la demande de visa avait été refusée en raison de donations que M. Ramadan a faites auprès d'organisations humanitaires suisses et françaises oeuvrant dans les territoires palestiniens.
Selon l'ACLU, elles sont reconnues en tant qu'organisations humanitaires en France, mais les autorités américaines affirment qu'elles ont offert des fonds au Hamas et sont donc liées à des activités terroristes.
Un avocat de l'ACLU a estimé qu'il s'agissait au contraire d'une question de liberté d'expression.
"Le gouvernement utilise les lois sur l'immigration comme un moyen de réduire au silence et de stigmatiser une (voix) critique proéminente", a déclaré Jameel Jaffer.

Tariq Ramadan, qui s'est opposé à la politique étrangère américaine mais a affirmé n'avoir aucun lien avec le terrorisme, a déclaré sur son site Web qu'il avait lui-même informé le département d'Etat de ses donations.
M. Ramadan avait s'était déjà vu refuser un visa en 2004, alors qu'il avait accepté un poste à l'Université de Notre Dame.
Sa récente demande n'avait initialement pas été traitée par les autorités américaines, finalement sommées de la considérer par un tribunal de New York. AP
lenouvelobs.com, 26/09/2006 01:37]

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7 juin 2007 Libération, Société, p. 15 Coup de sang de Tariq Ramadan
Le tribunal correctionnel de Bobigny a condamné Tariq Ramadan à 2500 euros d'amende, pour outrage.
L'intellectuel musulman avait insulté deux agents de la Police aux frontières (PAF) de Roissy.

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Genève indemnise Hani Ramadan de plus d'un million de francs

L'enseignant a dérapé en 2002. Il vient de sortir vainqueur d'un bras de fer de cinq ans avec l'Etat. Découvrez les dessous d'un scandale
Fabiano Citroni - le 18 Janvier 2008, 08h43 Le Matin On line

Prôner la lapidation, ça rapporte.

Viré de son poste d'enseignant pour avoir justifié cette pratique barbare, Hani Ramadan, 48 ans, vient de gagner le bras de fer qui l'oppose depuis plus de cinq ans au gouvernement genevois. Dans cette affaire, le frère de Tariq aura empoché plus d'un million de francs. Payé par les contribuables.

En septembre 2002, dans le journal Le Monde et sur le site Internet du Centre islamique de Genève, qu'il dirige, Hani Ramadan - qui enseigne le français à Meyrin depuis 1981 - franchit la ligne rouge.
Extrait: «La lapidation est terrible, tout comme le sida. Mais elle est à la mesure d'une faute qui est d'une gravité extrême. (...) En outre, la nature de la peine correspond à la nature du péché: la main coupée pour le vol, la lapidation pour le plaisir illégitime. Elle constitue une punition, mais aussi une forme de purification.»

«Ramadan a tenu des propos inadmissibles. C'est choquant qu'il empoche plus d'un million»
Maria Roth-Bernasconi, conseillère nationale

Le Conseil d'Etat ne laisse pas passer ces propos. Il suspend l'enseignant, puis le vire. Ramadan fait recours. Gagne une fois, puis une deuxième fois. Mais le Conseil d'Etat ne veut toujours pas de lui. La situation s'enlise.

Le président du gouvernement, Laurent Moutinot, a annoncé mercredi l'épilogue du feuilleton: Ramadan prend définitivement la porte, mais il touche une indemnité de départ de deux ans de salaire. Et l'Etat prend en charge ses frais d'avocat. Il faut ajouter à cela que l'enseignant a été payé pendant cinq ans pour rien. Total: Ramadan aura touché environ 1,2 million de francs.

Le principal intéressé est-il fier de lui? Quel discours tient-il, aujourd'hui, sur la lapidation? On ne le saura pas, Ramadan et son avocat refusant de nous répondre. Et pourquoi le gouvernement a-t-il versé l'indemnité maximale à Ramadan? Il l'a fait pour «la paix des ménages», répond Laurent Moutinot, qui n'apporte pas d'autre commentaire.

«Monsieur Lapidation»

«Ramadan a tenu des propos inadmissibles. C'est assez choquant qu'il empoche plus d'un million, déplore la conseillère nationale socialiste Maria Roth-Bernasconi. L'Etat a eu raison de le licencier et de refuser de le réintégrer. Mais je ne comprends pas comment il a bénéficié d'une telle indemnité.» Le député libéral Pierre Weiss n'en pense pas moins: «Monsieur Lapidation aura coûté plus d'un million aux contribuables. C'est le prix de la démocratie, mais aussi des législateurs qui font des lois aberrantes. Jusqu'en 2007, l'Etat était obligé de réintégrer des fonctionnaires si la justice le décidait.»

Deux erreurs

Une source très proche du dossier, qui tient à rester anonyme, explique pourquoi le gouvernement a payé le prix fort pour se débarrasser de Ramadan: «L'Etat était coincé. Il avait trois possibilités: réintégrer l'enseignant, mais les élèves auraient fui et les médias crié au scandale. Ignorer la décision de la justice, mais il aurait dû payer Ramadan jusqu'à sa retraite. Trouver un accord, ce qu'il a fait, mais Ramadan se trouvait alors en position de force.»

Selon notre interlocuteur, le gouvernement a commis deux erreurs dans cette affaire: «En 2003, il a surréagi en licenciant Ramadan. Ce dernier avait déjà dérapé, mais il n'avait jamais reçu d'avertissement. Le Conseil d'Etat aurait dû commencer par là. Et en 2004, lorsque la justice a ordonné la réintégration de Ramadan, l'Etat n'a rien voulu entendre. Il aurait dû négocier à ce moment-là.»

Président du Tribunal administratif et candidat au poste du procureur général, François Paychère était l'un des cinq membres de la commission qui a donné raison à Ramadan, en 2004. «Nous avons estimé que le licenciement était disproportionné et nous avons retourné le dossier à l'Etat pour qu'il prenne une autre sanction. Il aurait aussi pu négocier avec lui à l'époque. Il ne l'a pas fait. Il porte donc la responsabilité des montants versés à Hani Ramadan.»

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Cinq ans à rien faire

Septembre 2002 Hani Ramadan signe une tribune libre dans Le Monde. L'auteur défend la lapidation.

Octobre 2002 L'Etat le suspend.

Février 2003 Ramadan est viré.

Mars 2004 La Commission de recours du personnel enseignant ordonne sa réintégration.

Avril 2004 Ramadan justifie encore une fois la lapidation dans notre journal. Le Conseil d'Etat ordonne une nouvelle enquête et refuse de le réintégrer.

Mai 2005 La Commission de recours du personnel enseignant ordonne au Conseil d'Etat de continuer de payer Ramadan.

Janvier 2008 Le Conseil d'Etat et Hani Ramadan trouvent un accord. Ramadan touche le pactole.

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Trois dérapages de l'enseignant

1 « La lapidation est terrible, tout comme le sida. Mais elle est à la mesure d'une faute qui est d'une gravité extrême, parce que ses conséquences s'avèrent souvent dramatiques.

En outre, la nature de la peine correspond à la nature du péché: la main coupée pour le vol, la lapidation pour le plaisir illégitime. Elle constitue une punition, mais aussi une forme de purification.»

2 «Si la vision de la lapidation est dure et marque les esprits, les témoignages révèlent que la souffrance du condamné est rapidement abrégée: la pluie de pierres qui s'abat sur lui l'assomme en effet en l'espace de quelques secondes.»

3 «Qui a créé le virus du sida? Observez que la personne qui respecte strictement les commandements divins est à l'abri de cette infection, qui ne peut atteindre, à moins d'une erreur de transfusion sanguine, un individu qui n'entretient aucun rapport extraconjugal, qui n'a pas de pratique homosexuelle et qui évite la consommation de drogue.

Par rapport à ces principes de base, seuls s'exposent à la contamination ceux qui ont un comportement déviant.»

Hani Ramadan, extraits d'un texte paru en septembre 2002 sur le site Internet du Centre islamique de Genève

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Le Pen-Ramadan : rencontre choc sur l’immigration
Bakchich, Débat | vendredi, 4 janvier 2008 | par Siham Moore

Un dialogue sur l’immigration aura lieu entre l’islamologue controversé et la leader du Front National. Pour un public sélect.
La date ne figure pas à la rubrique « agenda » de son site internet. Mais le 14 janvier, Tariq Ramadan débattra à Paris avec Marine Le Pen. Le thème : politique d’immigration et test ADN.

Le professeur d’islamologie d’Oxford (Grande-Bretagne) et Doshisha de Kyoto (Japon), considéré comme un fondamentaliste par une partie des médias français et Bernard Henri-Lévy et comme un progressiste en Grande-Bretagne où il travaille avec le gouvernement travailliste, dialogue tous azimuts.
Notamment avec Alain Finkielkraut, chef de file des intellos néo-réactionnaires, avec lequel il s’est trouvé des points de convergence. On se souvient qu’il affronta aussi Nicolas Sarkozy sur France 2. L’idée d’échanger avec la fille du président du Front National, chef d’orchestre des campagnes du parti d’extrême droite, ne le rebute pas.

Quant à Marine Le Pen, le challenge ne l’effraie pas non plus : « J’accepte de débattre avec tout le monde, dit-elle. On ne l’a jamais entendu parler de politique d’immigration. Sur l’Islam, je n’aurais sans doute pas accepté, car ce n’est pas un sujet politique. L’immigration, c’est le sujet majeur du XXIème siècle et Tariq Ramadan rencontre un écho auprès d’un certain nombre de gens, cela m’intéresse de connaître son point de vue sur cette question ».

Organisé par « The Kitson » un groupe issu de l’Association de la presse anglo-américaine de Paris, fondé en 2005. Il réunit des journalistes, des professionnels de la communication et du marketing ainsi que le gotha du CAC 40. The Kitson, du nom de sa fondatrice, promeut un nouveau concept, le « débat Off » : des gens se parlent mais l’auditoire n’est pas censé répéter ce qu’il entend. « On fait, mais on ne souhaite pas le faire savoir, c’est une sorte de club privé » explique Faten Ben Ahmed, sa secrétaire générale. Club sélectif, les cotisations annuelles vont de 150 à 300 euros. Pour écouter Tariq et Marine, il faudra débourser 80 euros pour les journalistes, 160 …pour les autres. Mais grâce aux « Grands crus du Médoc », l’un des sponsors, les participants pourront boire à l’œil.

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Auteur : La République des Lettres, jeudi 28 février 2008 URL : http://www.republique-des-lettres.fr/10324-salon-du-livre.php
Tariq Ramadan / Salon du Livre 2008. Tariq Ramadan explique le sens du boycott du Salon du Livre de Paris.

Dans une tribune publiée dans Le Monde (édition datée du 29 février), l'islamologue Tariq Ramadan revient sur le boycott par les pays arabes -- Liban, Tunisie, Maroc, Algérie, Egypte, Jordanie, Yemen, Arabie saoudite, Iran et Palestine notamment -- de la Foire du Livre de Turin (du 8 au 12 mai 2008) et du Salon du Livre de Paris (du 14 au 19 mars 2008), ces deux manifestations ayant mis Israël en "Invité d'honneur" à l'occassion du 60e anniversaire de la création de l'Etat hébreu.

Se défendant d'avoir été l'initiateur de l'appel au boycottage de la Foire de Turin -- ce sont les organisations d'écrivains palestiniens et égyptiens qui ont initié l'appel conjointement avec l'influente Ligue arabe -- Tariq Ramadan précise que le sens de ce boycott n'est aucunement de nier l'existence d'Israël mais de manifester une opposition pacifique à la politique d'apartheid menée à l'encontre des palestiniens.

Pour l'intellectuel genevois, la célébration des 60 ans de l'Etat hébreu est éminemment politique et "s'y opposer ne veut pas dire nier la culture et la liberté d'expression des écrivains israéliens", comme tentent de faire accroire les amis de l'Etat juif qui voient de l'antisémitisme dans toute critique politique d'Israël.

Il s'agit pour les défenseurs des droits des Palestiniens d'utiliser l'arme pacifique du boycott afin de ne pas laisser tomber dans l'oubli la sombre réalité des territoires occupés à l'heure où Israël utilise les vitrines des plus grands rendez-vous internationaux de la Culture pour célébrer son anniversaire.

Tariq Ramadan soutient l'initiative des organisations palestiniennes qui ont décidé d'être présentes au Salon du Livre de Paris afin de célébrer eux le 60ème anniversaire de la "Nakba". C'est-à-dire l'autre réalité de la fondation de l'Etat israélien en 1948: son installation désastreuse sur les territoires de la Palestine historique, suivi en 1967 de l'occupation du peu de terres qui restaient encore aux palestiniens, la Cisjordanie et la Bande de Gaza.

Pour lui, il est nécessaire que des voix rappellent ces "soixante années de colonisation, de déplacement de populations, d'exil et de morts palestiniens", ainsi que la situation indigne d'un pays, Israël, "qui ne respecte ni les résolutions de l'ONU ni le droit international".

Pour Tariq Ramadan "le choix d'Israël comme invité d'honneur, au moment où le peuple palestinien se meurt à Gaza, est une maladresse et une faute". En organisant un "autre Salon" au coeur du Salon du livre de Paris, l'objectif est selon lui de dénoncer l'injustice et le "deux poids deux mesures" qui prévaut dans les pays occidentaux sur le conflit israélo-palestinien.

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08/01/2009 liberation.fr Un journaliste viré d'une conférence de Tariq Ramadan

LIBERTÉ DE LA PRESSE - Hier soir, un journaliste de la Voix du Nord, Lakhdar Belaïd, a été éjecté d'une conférence publique à la mosquée de Lille-Sud sous les yeux de ses confrères. Tariq Ramadan s'y exprimait sur la Palestine. Le recteur de la mosquée, Amar Lasfar, a justifié ce geste devant l'assemblée en l'accusant d'avoir écrit «des mensonges», et précisant que «tout journaliste qui joue de la sorte avec nous, nous saurons lui dire que nos portes ne lui sont pas ouvertes», selon le compte-rendu du journal Nord-Eclair, qui a pu assister au débat. Entretien avec Lakhdar Belaïd.

Comment se sont déroulés les événements d'hier soir ?

Je suis arrivé vers 20h15, 20h30, je ne sais plus. La porte de la mosquée était ouverte, il y a un grand hall d'entrée. Un homme m'a fait comprendre qu'il fallait retirer mes chaussures, cela s'est passé naturellement, il m'a souri, je lui ai souri. Je suis entré, j'ai salué quelqu'un de la salle, puis je suis allé rejoindre mes confrères. A ce moment-là, quelqu'un de la mosquée, que je connais de vue, a glissé quelques mots à Amar Lasfar. La conférence avait commencé, Tariq Ramadan parlait, il y avait vraiment beaucoup de monde, cette personne a alors traversé la foule, puis a bifurqué et tendu l'index vers moi en me disant, «vous sortez d'ici.» J'étais surpris, je lui ai répondu, «mais attendez, non, je ne sors pas.» Il a répété, «vous sortez, nous avons de la mémoire, il y a un contentieux». Alors je me rends compte qu'il y a un espèce de brouhaha dans la salle, que la conférence s'est interrompu. Quelqu'un dit alors, «sécurité, sécurité».

Que se passe-t-il alors ?

Plusieurs mecs se dirigent vers moi, il y en a un qui prend mon carnet de notes, il ne me l'a pas arraché des mains, non, c'était juste pour m'aider à partir plus vite ; un autre pose ses deux mains sur mon dos, sans me pousser, non, elles sont juste posées pour me faire comprendre qu'il faut que je me barre. Il y a tous les éléments de professionnels de la sécurité. Je n'ai pas été agressé, mais ils m'ont accompagné jusqu'à la porte.

Comment expliques-tu cette réaction ?

Il semblerait que j'aurais écrit des choses qui auraient déplu. Sans doute soit sur la mosquée, soit sur le lycée musulman. Le dernier article que j'ai écrit sur ces questions, cela se compte en années. Je crois que c'est une vieille rancune irrationnelle. Dans ce métier, un contentieux peut être tout à fait légitime. On peut venir me voir pour me dire, monsieur, je ne suis pas content de votre article. Si j'ai écrit une connerie et qu'on me le démontre, je rectifie. Mais là, il n'y a rien eu de tout cela.

Tu viens de faire paraître récemment un livre aux éditions du Seuil, «Mon père, ce terroriste», qui évoque l'engagement de ton père dans la guerre d'Algérie, avec le MNA*. Cela aurait-il pu avoir un impact ?

Je ne sais pas, c'est vrai que j'ai reçu beaucoup de commentaires sur ce livre. Ce qui s'est passé m'a profondément blessé, j'avais des amis dans la salle.

Tu crois que tu aurais déçu, en quelque sorte, certains ?

On ne vient jamais te dire, «tu t'appelles Belaïd, tu es algérien, marocain, tu dois être dans notre camp». Mais c'est vrai que quand tu écris un truc qui déçoit, tu peux avoir des réactions de type social-traître, mais de façon ethnique. Moi, je ne connais pas la frontière de la déception. Et je me suis toujours défini comme journaliste, point.

Mais tu es souvent entre le marteau et l'enclume. J'explique tout cela de façon générique, cela n'est pas lié à l'épisode d'hier. Quand j'étais journaliste dans des médias nationaux parisiens, il fallait souvent ferrailler avec des chefs de service qui s'imaginaient qu'un Belaïd était forcément le plus à même pour couvrir les banlieues ou les mosquées. Et en face, il y a des gens qui attendent de toi des articles militants.
Propos recueillis par S.M.
*MNA : mouvement national algérien, en concurrence avec le FLN.
Précision : Libé Lille a voulu couvrir la conférence de Tariq Ramadan. Mais un proche de la mosquée nous a signifié hier après-midi que la conférence était privée et que notre présence n'était pas souhaitée

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13/03/2009 à 06h54 liberation.fr Débattre avec l’extrême droite ? Tariq Ramadan philosophe.

J’ai essuyé de nombreuses critiques en acceptant de débattre avec des représentants de partis d’extrême droite. En France, quand il s’est agi de confronter Marine Le Pen (ou De Villiers aux thèses aussi extrêmes), en Angleterre, quand je me suis retrouvé face aux représentants du British National Party, aux Pays-Bas, lorsqu’il a fallu faire la critique du Leefbaar.

Les mêmes diabolisations au Danemark, en Autriche, en Belgique ou en Italie : on ne discute pas avec l’extrême droite ! En Suisse, le premier parti national, l’Union démocratique du centre (UDC), mène des campagnes politiques racistes vis-à-vis des étrangers et des immigrés et il a lancé une initiative choquante interdisant la construction de minarets : ici encore, les voix se font entendre car il faudrait refuser de s’asseoir en face de Christoph Blocher ou de Oskar Freysinger, les deux représentants les plus populaires et populistes du parti.

Refuser systématiquement le débat me paraît être une erreur.

Il est urgent de prendre conscience des trois grands dangers qui guettent l’Europe. Un survol des dix dernières années de la vie politique européenne permet d’appréhender la gravité du problème auquel nos sociétés démocratiques sont confrontées.
Quand les idéologies se diluent et que les partis ont perdu un cadre de référence, quand les clivages gauche-droite se sont atténués et que les politiques sociales sont délaissées, alors il n’y a plus de place pour le vrai débat politique.
Ce qui va animer les politiques nationales et nourrir les débats électoraux est plus souvent l’émotionnel, le manque de confiance en soi, la peur et la méconnaissance de l’autre, le sentiment d’insécurité, la colonisation des esprits par une néfaste mentalité de victime.

Depuis des années, les partis d’extrême droite ont joué sur la peur, l’insécurité, le rejet de l’autre. Les peuples entendent ces voix populistes à défaut d’entendre d’autres voix politiques courageuses prêtes à réconcilier les citoyens avec la vraie politique qui consiste à gouverner, à sérier les problèmes et à prendre des décisions, parfois impopulaires, mais nécessaires, au nom de la protection de la dignité des personnes ou de la justice sociale.

Le silence des autres partis est assourdissant : où sont les politiques qui, à gauche et à droite, répondent à l’attente des populations concernant le chômage, la sécurité et le pluralisme culturel, sans tomber dans le simplisme qui consiste à blâmer l’étranger, à stigmatiser l’immigré ou à entretenir les soupçons et jusqu’à un nouveau racisme «antimusulman» ?

Ce sont les partis d’extrême droite qui aujourd’hui décident le plus souvent des sujets politiques du jour et les autres partis s’alignent : ils critiquent «verbalement» et «idéologiquement» les thèses de l’extrême droite mais n’apportent aucune alternative politique viable. Pire encore : ce qui hier n’était formulé que par les partis de l’extrême droite est souvent normalisé par les autres partis, à gauche comme à droite.

Ce que l’on entend sur les «identités nationales», «l’intégration-assimilation», l’immigration ou la sécurité est sidérant. Les partis d’extrême droite n’ont peut-être pas toujours gagné en nombre d’électeurs mais leurs idées ont clairement gagné du terrain. Les discours de Berlusconi, de Sarkozy, voire de Blair ou de Brown ont intégré des formules qui appartenaient il y a peu aux partis extrémistes.

Comme rien de tangible n’a été fait en matière de politique sociale, il devient normal de chercher à attirer les électeurs par les discours les plus populistes qui soient. A court de politiques et d’idées, il s’agit alors d’appeler les citoyens à voter davantage avec la passion aveugle et apeurée de leurs émotions et de leurs «tripes» qu’avec la sagesse confiante et mesurée de leur intelligence.

Ce glissement est dangereux.

Nous ne sommes plus dans l’ordre du débat d’idées, de la liberté de penser, de l’engagement citoyen au cœur d’une société civile qui discute et critique : nous sommes au cœur des dérives où les peuples sont menés par leurs peurs et certains penchants xénophobes.
Les propos de haine, les caricatures de moutons noirs rejetés à coups de pied, les détentions arbitraires, les camps où on concentre les immigrés redeviennent acceptables. La mémoire des heures sombres de l’Europe se perd, les horreurs anciennes redeviennent possibles. L’Europe perd son âme.

Il faut confronter les thèses des partis d’extrême droite. Argumenter de façon critique et raisonnable sur la base des chiffres et des faits qui sont loin de confirmer les sentiments avec lesquels jouent les populistes. Il est impératif de refuser de culturaliser ou encore d’islamiser les questions socio-économiques en proposant des politiques sociales nouvelles et efficaces qui marient le principe de l’égalité et le respect de la diversité.

Tous les pays d’Europe ont besoin d’immigrés pour leur survie économique : au lieu de secouer l’épouvantail de la colonisation rampante, il est nécessaire de penser des politiques viables à long terme et cesser d’être obsédés par les prochaines élections. Les partis devraient se réconcilier avec la politique et la saine gouvernance plutôt que de se laisser enfermer par les logiques imposées par l’extrême droite. Refuser ensuite de débattre avec ces derniers, ce n’est point être fidèle à ses principes mais bien une manœuvre pour sauver les apparences.

Pendant ce temps les partis d’extrême droite ont obtenu ce qu’ils voulaient : ils peuvent jouer aux victimes et voir leurs thèses se répandre sans réelle contestation. Ils ont gagné deux fois. Quant à nous, défenseurs des principes démocratiques, nous y avons tout perdu, ou presque.

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Une université hollandaise radie Tarik Ramadan, universitaire musulman (CP) – The Canadian Press 18 août 2009

AMSTERDAM — L'université Erasmus et la ville de Rotterdam ont renvoyé mardi l'universitaire musulman controversé Tarik Ramadan, après son apparition à la télévision iranienne, perçue comme un soutien au régime de Téhéran.

Ramadan, un des experts de l'Islam les plus connus en Occident, est controversé pour ses prises de positions sur les femmes, les homosexuels et Israël.

Il avait été nommé "conseiller à l'intégration" de la ville et professeur à l'université depuis 2007.

Dans un communiqué les deux institutions précisent que la présentation par Tarik Ramadan de l'émission "l'Islam et la Vie" sur Iran Press TV est "incompatible" avec les emplois qu'il occupait à Rotterdam. Ramadan a continué à participer à ce programme télévisé après les élections iraniennes, "qui ont étouffé la liberté d'expression en Iran" d'après le communiqué.

En vacances au Maroc, l'universitaire suisse a indiqué qu'il ferait appel de cette décision qu'il juge "naïve et simpliste".

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Tariq Ramadan.com Lettre ouverte à mes détracteurs aux Pays Bas Tariq Ramadan Mardi 18 août 2009

Une nouvelle polémique a commencé aux Pays-Bas. Au mois de mai-juin, on m’accusait de « double discours », d’homophobie et de propos inacceptables à l’égard des femmes. Après vérification, la municipalité de Rotterdam a précisé que ces accusations étaient infondées. Aujourd’hui on affirme que je serais lié au régime iranien et que je soutiendrais la répression qui a suivi les dernières élections. N’est-il pas étonnant que cette dernière accusation ne soit apparue qu’aux Pays-Bas ? Tout se passe comme si j’étais utilisé (avec l’islam) pour régler des comptes politiques dans la course aux voix alors que les élections approches. L’ombre de Geerd Wilders n’est pas loin, lui qui gagne des voix en comparant le Coran au « Mein Kampf » de Hitler. Je suis devenu l’épouvantail et le prétexte au défoulement de passions politiques pas très saines : au fond, cette polémique dit davantage sur l’évolution inquiétante des Pays-Bas que sur ma personne.

Les attaques sur mon engagement ont été très violentes et il faut répondre clairement aux accusations. Quand j’ai accepté d’animer une émission en avril 2008, j’avais pris trois mois de réflexion en discutant avec des amis iraniens ainsi qu’avec des spécialistes. J’ai moi-même suivi de près l’évolution du pays et les tensions internes. Je fus l’un des premiers penseurs musulmans, en Occident, à prendre position contre la fatwa à l’encontre de Salman Rushdie. Depuis vingt cinq ans, tout en relevant que comparativement aux pays arabes, l’Iran avait avancé en matière du droit des femmes et de l’ouverture démocratique, j’ai critiqué le manque de liberté d’expression en Iran, l’imposition du foulard, ou plus récemment la conférence sur l’holocauste de 2006 (qui entretenait une dangereuse confusion entre la critique de la politique israélienne et l’antisémitisme). J’ai bien sûr condamné la répression et les tirs sur les manifestants à la suite des élections.

J’ai toujours gardé cette ligne critique, et constructive. Je passe du temps à étudier la vraie nature des dynamiques internes et je ne me laisse pas influencer par les campagnes de propagande, ni de l’intérieur du système iranien, ni celle d’Israël (qui affirme, pour s’innocenter de façon inacceptable, que l’Iran serait le principal obstacle à la paix), ni celle des Etats-Unis ou de pays européens qui défendent des intérêts stratégiques. Les rapports entre les forces religieuses et politiques sont très complexes en Iran. Une vision binaire, qui opposerait deux camps – les conservateurs fondamentalistes aux réformateurs démocrates – témoigne d’une profonde ignorance des réalités du pays. En sus, les évolutions vers la transparence démocratique ne se feront pas par les pressions occidentales : le processus sera interne, long et douloureux. En acceptant d’animer un show télévisé autour de débats sur l’islam et la vie contemporaine, j’ai fait le choix du débat critique. On ne m’a jamais rien imposé et j’ai pu inviter des athées, des rabbins, des prêtres, des femmes, voilées ou non, pour débattre de sujets tels que la liberté, la raison, le dialogue interreligieux, le sunnisme et le chiisme, la violence, le jihad, l’amour, l’art, etc. Qu’on regarde donc ces émissions et que l’on me dise si on y trouve une seule seconde de soutien au régime iranien. Le programme est une opportunité d’ouverture sur le monde et je le mène dans le respect de tous mes interlocuteurs. En ces temps de crise en Iran, je veux prendre une décision sereine et juste : je dois considérer les faits et déterminer la meilleure stratégie pour accompagner le processus interne vers la transparence et le respect des droits humains. La polémique et les débats passionnés comme aux Pays Bas aujourd’hui ne sont pas de bons conseils et je veux y voir clair avant de me déterminer.

Quand j’ai accepté l’offre de PressTV Ltd à Londres (je n’ai eu aucun contact avec des autorités iraniennes mais avec des producteurs de télévision qui offraient un service à la chaine), je l’ai fait en étant clair sur mes conditions quant aux choix des sujets et à mon indépendance dans le cadre d’une émission traitant de religion, de philosophie et de questions contemporaines. J’ai tout rendu public et mes émissions sont aussi sur mon site depuis le début. J’ai fait le choix d’accompagner l’évolution des mentalités sans jamais avoir à soutenir le régime ni à me compromettre. C’est un choix que beaucoup d’amis iraniens ont non seulement compris mais encouragé. Je ne fais pas ce travail pour l’argent et une autre chaine de télévision d’informations internationales m’a proposé jusqu’au triple des honoraires. J’ai refusé au nom de mes principes. Si je le voulais, en changeant de discours politique et religieux, je pourrais aujourd’hui amasser des fortunes : tous ceux qui suivent mon travail le savent. Mais flatter les rois, les princes, les régimes et les fortunes n’est pas ma philosophie de vie. Mes prises de position m’ont amené à payer le prix fort et je n’ai jamais cédé : je ne peux me rendre en Egypte, en Arabie Saoudite, en Tunisie, en Lybie, en Syrie car j’ai critiqué ces régimes qui étaient anti-démocratiques et ne respectaient pas les droits de l’homme. Les Etats-Unis ont révoqué mon visa à cause de mes virulentes critiques contre les guerres en Afghanistan et en Irak et le soutien unilatéral à Israël. Ce dernier pays m’a fait savoir que je n’y serai jamais le bienvenu. Un conseiller de l’ambassade de Chine m’avait murmuré un rien menaçant, il y a vingt ans, que mon engagement auprès des Tibétains ne passeraient pas inaperçu auprès les autorités de son pays.

J’ai toujours assumé mes choix, je n’ai jamais soutenu une dictature ou une injustice dans les sociétés majoritairement musulmanes comme dans tout autre société. Quant à ceux qui me reprochent « le principe » de présenter un programme de télévision dans une chaine iranienne, je réponds que travailler pour une chaine de télévision n’impose pas de soutenir un régime. Si l’acte politique était si simple, il faudrait d’urgence que mes détracteurs, si férus d’éthique en politique, demande au gouvernement néerlandais de mettre immédiatement un terme aux relations politiques et économiques avec l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, Israël ou la Chine. Curieusement, je n’entends pas ces voix. Comme je ne les ai pas entendues quand la municipalité de Rotterdam m’a lavé des fausses accusations de « double discours » ou « d ‘homophobie » ou encore quand la Cours fédérale américaine à inverser en ma faveur le jugement du tribunal de première instance concernant la révocation de mon visa. Pourquoi ce silence ? Pourquoi ces accusations à géométrie variable ? Parce que ces campagnes ne sont que des prétextes destinés à attaquer un « intellectuel musulman visible » et ainsi de gagner des voix sur la peur et le rejet de l’islam. Tous les moyens sont bons pour gagner des électeurs, même les moins dignes, même les moins honnêtes. Je respecte les principes, mais je ne plierai pas devant la propagande malsaine. Non pas seulement pour mon honneur mais également pour celui de notre humanité et de notre avenir.

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Tariq Ramadan : le vote suisse est "catastrophique" Catherine Pottier et Olivier de Lagarde - Franc-Info 30 novembre 2009 18:15

L’intellectuel musulman Tariq Ramadan a jugé "catastrophique" le résultat du référendum. Pour lui qui vit à Genève et enseigne à l’Université britannique d’Oxford, "les Suisses ont exprimé une vraie peur, un questionnement profond sur la question de l’islam en Suisse".

Tariq Ramadan affirme que même les initiateurs de ce referendum ont été surpris du résultat. Le parti de l’UDC (Union Démocratique du Centre) était le seul à soutenir cette initiative contre tous les autres partis du paysage politique suisse. "Ils ont réussi à instrumentaliser la peur de façon assez intelligente."

"Les citoyens Français, Suisses, Européens de confession musulmane doivent être partie prenante de la vie politique, sociale, culturelle, économique dans laquelle ils sont." Tariq Ramadan ajoute que "les partis politiques ont leur part de responsabilité. Il faut cesser d’islamiser les questions sociales, cesser de voir l’Islam comme une religion étrangère. L’Islam est aujourd’hui une religion européenne."
L’interview de Tariq Ramadan (8'11")

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Publié le 29/11/2009 à 14:34 - Modifié le 01/12/2009 à 11:02 Le Point.fr RÉFÉRENDUM - Les Suisses votent l'interdiction des minarets Avec AFP

GENÈVE L'imam de la mosquée appelle "au calme" RÉACTIONS Bertrand : "Pas certain d'avoir besoin de minarets en France" RÉACTION L'ONU dénonce une "discrimination évidente" REVUE DE PRESSE SUISSE Un vote "inspiré par la peur"

Les Suisses ont créé une "immense surprise" en votant dimanche à une majorité écrasante de 57,5% l'interdiction des minarets à l'appel de la droite populiste, qui dénonce un "symbole politico-religieux".
"La construction de minarets est désormais interdite en Suisse", a annoncé le gouvernement helvétique dans un communiqué officiel. "Les quatre minarets existants ne sont pas concernés", ont précisé les autorités.

Sur les 26 cantons de la Confédération helvétique, seuls quatre cantons (Bâle-ville et les cantons francophones de Genève, Vaud et Neuchâtel) ont rejeté la proposition soutenue par le parti UDC de la droite populiste et le petit parti chrétien de droite UDF.
Ce vote va entraîner la modification de la Constitution suisse, dont le préambule proclame, "au nom de Dieu Tout-Puissant", l'esprit "de solidarité et d'ouverture au monde" du peuple et des cantons suisses.

L'interdiction de la construction de minarets doit être intégrée dans l'article 72 de la Constitution sur les relations entre l'Etat et les religions comme une mesure "propre à maintenir la paix entre les membres des diverses communautés religieuses".
Les commentateurs ont unanimement qualifié ce résultat d'"immense surprise", car il contredit les sondages qui prédisaient durant la campagne un rejet de la proposition de la droite populiste par 53% des votants.

Malgré un front commun du gouvernement, des autres partis, des milieux d'affaires et des représentants de toutes les communautés religieuses présentes en Suisse, l'UDC a réussi à convaincre, en martelant qu'il ne s'agissait pas de priver les musulmans de lieux de culte, mais de refuser les minarets comme "symbole apparent d'une revendication politico-religieuse du pouvoir, qui remet en cause les droits fondamentaux".

"Catastrophique", selon Tariq Ramadan

Pour l'emporter, les partisans de l'interdiction n'ont pas fait dans la nuance, avec des affiches représentant une femme complètement voilée par une burqa devant le drapeau suisse couvert de minarets, dont la silhouette stylisée évoquait des missiles. Après les affiches appelant à bouter les "moutons noirs" étrangers hors de Suisse, la propagande de la droite populiste avait encore fait scandale. Pourtant, pour le vice-président de l'UDC Yvan Perrin, le parti populiste "a gagné en respectabilité" grâce à ce scrutin. Déclarant "assumer" le résultat, Yvan Perrin a reconnu qu'"un mouvement d'humeur des pays musulmans est possible". "Mais si nos entreprises continuent à produire des produits de bonne qualité, elles n'ont rien à craindre", a-t-il assuré.

L'intellectuel musulman controversé Tariq Ramadan a jugé "catastrophique" le résultat du référendum. Pour lui, qui vit à Genève et enseigne à l'Université britannique d'Oxford, "les Suisses ont exprimé une vraie peur, un questionnement profond sur la question de l'islam en Suisse".
Ce vote est "l'expression de certaines craintes au sein de la population au sujet des courants islamistes extrémistes" qu'il faut "prendre au sérieux", a déclaré la ministre de la police et de la justice Eveline Widmer-Schlumpf, une transfuge de l'UDC qui s'était opposée à l'interdiction.

Le parti des Verts a déclaré envisager un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg pour violation de la liberté religieuse garantie par la Convention européenne des droits de l'homme.

En Europe, des mouvements d'extrême droite se sont réjouis, à l'image de la vice-présidente du Front national français, Marine Le Pen, qui a demandé aux "élites de cesser de nier les aspirations et craintes des peuples européens".

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Tariq Ramadan n'est plus interdit d'entrée aux Etats-Unis LEMONDE.FR avec Reuters | 20.01.10 | 20h52

L'administration américaine a levé l'interdiction d'entrée aux Etats-Unis de l'intellectuel musulman Tariq Ramadan, a confirmé mercredi un responsable américain. Pour Tariq Ramadan, cette mesure dénote une volonté nouvelle de la part des Américains d'autoriser un débat critique sur la guerre en Irak, qu'il dénonce.

Tariq Ramadan, qui a été défendu par des organisations américaines des libertés civiques, avait été interdit de séjour aux Etats-Unis en raison de liens présumés avec le terrorisme, tout comme d'autres universitaires et écrivains interdits d'entrée pour des raisons de sécurité nationale.
Selon l'organisation American Civil Liberties Union, le département d'Etat a également décidé de lever l'interdit touchant un autre professeur de renom, Adam Habib, de l'université de Johannesburg, connu pour ses critiques contre les mesures antiterroristes américaines.

Les Etats-Unis ont annulé à plusieurs reprises depuis 2004 le visa de Tariq Ramadan, qui a la nationalité suisse. Les juristes du gouvernement expliquaient que l'accès du territoire lui était interdit jusqu'à présent parce qu'il avait, entre 1998 et 2002, versé 1 670 francs suisses à l'Association de secours palestinien (ASP, une organisation située en Suisse). Or, en 2003, Washington a placé l'ASP sur une liste noire en l'accusant de soutenir le terrorisme et d'avoir participé au financement du mouvement islamiste Hamas.

Dans un communiqué, Tariq Ramadan affirme que les raisons avancées pour interdire sa présence aux Etats-Unis n'étaient "que des prétextes pour [l]'empêcher de parler de manière critique de la politique du gouvernement américain sur le sol américain".

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GRENOBLE Tariq Ramadan : « Ne suivez pas comme des moutons » par La Rédaction du DL | le 01/02/10 à 07h00 Propos recueillispar Saléra BENARBIA Paru dans l'édition 38H du 01/02/2010 (00c2a4b8-0e73-11df-9950-4106c81f4aed)

Les mille places assises de la salle Dauphine de Alpes Congrès étaient déjà réservées depuis jeudi dernier pour la conférence qu'a donnée hier après-midi Tariq Ramadan, conférencier et professeur à l'Université d'Oxford, autour des thèmes de la spiritualité, la laïcité et la citoyenneté. Ou comment désamorcer les tensions que les trois thèmes peuvent parfois créer dans la société.

« On ne peut être libre dans l'ignorance »

Avant d'entrer dans le vif du sujet, il a invité son public (dont une grande partie était composée de femmes d'origine maghrébine, portant le voile) à davantage de réflexion. « Ne suivez pas comme des moutons, ne répétez pas comme des perroquets. Je vous invite à écouter, lire, analyser, ayez l'esprit critique... On ne peut être libre dans l'ignorance. »

Une occasion de l'interroger sur lui et le regard qu'il porte sur des questions d'actualité. Entretien.

La salle est pleine, votre venue suscite un intérêt, comment l'expliquez-vous ?
« Les sujets que j'évoque sont au centre de débats nationaux et internationaux et provoquent parfois des tensions. »

Pourquoi êtes-vous controversé ?
« Je suis un intellectuel qui fait référence à l'Islam et l'Islam est de fait controversé. On essaie toujours de mettre dans des catégories les bons et les mauvais musulmans. Et puis, j'ai décidé de ne pas me taire, autant à l'intérieur des sociétés musulmanes à qui je demande de cesser l'attitude de victime, et à l'extérieur où je pointe du doigt des contradictions des politiques. »

Que pensez-vous du débat sur l'identité nationale ?
« Je le trouve dangereux, c'est un débat de séparation pour mieux stigmatiser ceux que l'on veut mettre à l'extérieur de la société [...] Je travaille pour les futures générations et non pas pour les futures élections. »

Que pensez-vous de la loi proposée sur l'interdiction du port du voile intégral ?
« Pour ma part, je suis contre le port du niqab mais le jeu politique ne résoudra rien du tout. Une loi n'enlève pas les convictions des gens. Je pense qu'il faut passer par la pédagogie. »

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10/02/11 08:08 nouvelobs.com Affrontement Copé-Ramadan autour des vacances de MAM et Fillon Le débat entre le secrétaire général de l'UMP et le spécialiste de l'islam sur Canal+ s'est transformé en polémique sur l'islamisme et le monde musulman.

Les vacances controversées de Michele Alliot-Marie et François Fillon sont devenues l'objet d'une joute verbale opposant le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Cope, et Tarik Ramadan, spécialiste de l'islam. Lors du Grand Journal de Canal+, mercredi 9 février, les deux hommes ont eu échange des plus vifs autour de l'islam et des Frères musulmans.

Alors que Jean-François Copé jugeait "regrettables" les vacances en Tunisie de la ministre des Affaires étrangères, Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des frères musulmans, mais non membre de cette organisation, comme il l'a affirmé, s'est indigné.
- "Ce qui me choque, ce n'est pas qu'un ministre des Affaires étrangères parte avec un avion, Tout le monde l'a fait (...) c'est une réalité française et occidentale (...). Ce n'est pas regrettable, c'est grave de partir en vacances payées par les soins d'un dictateur. C'est grave de soutenir un dictateur comme Ben Ali parce qu'on dit que l'opposition serait islamiste. Ce n'est pas regrettable, c'est une erreur monumentale de la démocratie occidentale de se mettre du côté des dictateurs parce qu'on diabolise l'opposition", a-t-il asséné.

Lapidation des femmes

- "Je dois dire que recevoir des leçons de morale de Tarik Ramadan (...) de la part de quelqu'un dont je n'ai jamais su véritablement s'il condamnait totalement la lapidation des femmes...", a rétorqué Jean-François Copé avant d'être coupé par Tariq Ramadan.
Puis, il a ajouté: "je ne suis pas certain que vous soyez forcément le plus à même à nous donner des leçons de morale (...) Vous avez parlé d'un moratoire". "Sur ces sujets, vous faites preuve au moins une certaine forme d'ambigüité pour ne pas dire plus".
- "La pratique de la lapidation, comme de la peine de mort, comme des châtiments corporels, je m'y suis opposé en demandant qu'il y ait un débat dans le monde musulman", a répliqué Tariq Ramadan.
- "Il y a un débat sur la lapidation?", a lancé Jean-François Copé.

"Le gouvernement français s'est tu"

- "Quand le gouvernement que vous soutenez en Tunisie pratiquait la torture, c'est peut-être plus grave. Le gouvernement français s'est tu quand on savait que la torture était pratiquée dans les prisons du Caire, dans les prisons de Tunisie. Et on partait en vacances. Ce n'est pas drôle et ce n'est même pas regrettable".

- "Est-ce qu'il est bien écrit dans la charte fondatrice des frères musulmans: "le coran est notre constitution, le Djihad notre voie, le martyr notre espérance?", a questionné Jean-François Copé.

- "C'est un slogan (...) Est-ce qu'il n'est pas dit dans l'hymne national français qu'un sang impur va se répandre dans nos sillons? Est-ce que vous avez réduit la France à cela ? Vous ne pouvez pas réduire une organisation à un slogan", lui a répondu Tariq Ramadan.

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comores-online.com_religion_charia La charia incomprise Par Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève. Vu dans le Monde du 10.09.02

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lefigaro.fr 24/03/2011 | Mise à jour : 19:02 Laïcité/Tariq Ramadan: Aubry regrette

Martine Aubry, première secrétaire du PS, a affirmé aujourd'hui qu'elle regrettait que sa signature figure au côté de celle de l'islamologue controversé Tariq Ramadan dans l'appel demandant au gouvernement de renoncer au débat sur la laïcité publié dans Le Nouvel Observateur .

"J'ai signé un texte qui remet la laïcité au coeur de la République. C'est un bon texte et on en a bien besoin aujourd'hui. Je regrette que ma signature figure au côté de celle de Tariq Ramadan auprès de personnalités respectables", a assuré Mme Aubry à l'AFP. "Je suis étonnée d'être signataire des soutiens à l'appel auprès de Tariq Ramadan, avec lequel je n'ai rien à partager", a affirmé la maire de Lille.

L'UMP a estimé jeudi que le PS avait "perdu son âme" à l'occasion du soutien par Mme Aubry de cet appel signé également par l'islamologue controversé Tariq Ramadan. Invité du talk Orange / Le Figaro, Jean-François Copé a aussi dénoncé la "lacheté du PS".

Son entourage précise que "Martine Aubry n'a jamais été informée que Tariq Ramadan ait été destinataire de cette même pétition et que si elle l'avait su, elle aurait évidemment refusé de la signer. C'est clair et net", a-t-il précisé, comme il était interrogé par l'AFP.

"Le texte de cette pétition est pertinent et à aucun moment le nom de Tariq Ramadan n'a été mentionné dans la liste qui a été présentée par Le Nouvel observateur", a-t-il ajouté.

"Ce texte nous a paru légitime parce qu'on en a assez que le gouvernement stigmatise et cherche continuellement à diviser et opposer les Français plutôt que les rassembler et de parler des sujets importants", a-t-on fait valoir également.

La publication Respect Mag, qui milite pour la promotion de la diversité, lance jeudi dans Le Nouvel Observateur un appel demandant au gouvernement de "renoncer au débat" sur la laïcité, qualifié de "débat-procès de l'islam", prévu le 5 avril à Paris et organisé par l'UMP.

Parmi les "soutiens" de cet appel, publié jeudi dans le Nouvel Obs, figurent aussi l'ex-Premier ministre socialiste Laurent Fabius, les députés européens EELV Daniel Cohen-Bendit et José Bové, la députée PRG de Guyane Christine Taubira, ainsi que plusieurs écrivains, historiens et personnalités.

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25 Mars 2011 lejdd.fr Pétition: Tariq Ramadan renvoie PS et UMP dos à dos

Tariq Ramadan a réagi vendredi à la polémique opposant PS et UMP au sujet d'une pétition. Ayant appris que l'islamologue controversé en était le cosignataire, Martine Aubry et Laurent Fabius ont fait retirer leurs noms.

Tariq Ramadan est "surpris" par l'attitude du PS.

Tariq Ramadan a riposté vendredi. Alors que l'UMP reproche à Martine Aubry et Laurent Fabius d'avoir signé à ses côtés une pétition dénonçant le débat sur la laïcité, l'islamologue a vivement critiqué l'attitude du parti présidentiel et du PS, après que les deux socialistes aient fait retirer leurs noms de la liste des signataires. Selon lui, PS et UMP "se mettre d'accord pour donner une voie royale à Marine Le Pen".

"Surpris" de la réaction des deux leaders socialistes, l'intellectuel s'est exprimé sur Radio Orient. "Cela aura des conséquences d’une façon certaine quant à la perception que les Français de confession musulmane auront de ce parti", a-t-il affirmé, estimant "qu’à l’intérieur du Parti Socialiste, il y a des personnes qui entretiennent cette diabolisation de façon permanente et récurrente".

Il a également reproché au ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, d'aller "trop loin", et accuser Nicolas Sarkozy de pratiquer "une ouverture vers l'extrême droite et le populisme". "Il faut que la France prenne enfin conscience qu’elle est en train de suivre une très mauvaise trajectoire historique", a-t-il mis en garde

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Opinion De Ben Laden aux printemps arabes Tariq Ramadan Samedi 7 mai 2011 Palestine-Solidarté

Publié le 7 mai 2011
Les réactions à la nouvelle de la mort de Usama Ben Laden ont été très révélatrices depuis 48 heures. Si l’impact symbolique et médiatique a été démultiplié en Occident, les couvertures ont été bien plus sobres et discrètes dans les sociétés majoritairement musulmanes (et dans l’hémisphère Sud en général). Tout se passe comme si, en direct, on voyait se déployer deux regards différents sur le monde et la réalité.

La rhétorique des réseaux extrémistes violents (al-Qaida ou autres) n’a jamais pris parmi les musulmans du monde. A l’exception de groupuscules qui se sont organisés de façon de plus en plus autonomes ; on a pu constater que le phénomène du terrorisme était un phénomène qui est resté marginal depuis le 11 septembre 2001 et que, dans les faits, il aura tué plus de musulmans que d’Américains ou d’Européens, de Bali à Amman, du Maroc à l’Irak en passant par le Pakistan ou l’Afghanistan.

La « célébration » de l’exécution de Ben Laden entretient un certain nombre de mystères et de questions que – loin des thèses conspirationnistes – chacun est en droit de se poser. Beaucoup plus que les réjouissances, ce sont ces interrogations qui demeurent dans l’esprit des musulmans (et ne nombreux citoyens occidentaux) à travers le monde. Comment se fait-il que Ben Laden n’ait pas été localisé et identifié avant, dans un lieu si proche d’Islamabad pendant plus de cinq ans ? Quelles relations entretiennent effectivement les services pakistanais et américains à la lumière de leurs communiqués contradictoires ? Pourquoi n’avoir pas essayé de l’arrêter vivant ? Comment justifier l’absence de photographie et le fait de le jeter à la mer (en opposition élémentaire avec le rite musulman qu’on annonce publiquement avoir respecté) ?

Au-delà de ces questions, et des doutes légitimes qu’elles suscitent, la mort de ben Laden, icône et symbole de la figure du terrorisme, est presque un non-événement pour les musulmans à travers le monde. Sa vision et ses actions n’étaient ni suivies ni respectées comme le confirmaient, enquête après enquête, tous les gouvernements occidentaux ou les rapports d’experts sur la question. Il s’agit surtout d’un événement américain, et occidental plus largement. La mise en scène de l’annonce publique, l’intervention intelligente –et en directe – du Président américain, la fermeté alliée à la nuance du propos ont voulu donner l’impression d’une victoire sereine – sans arrogance – contre le terrorisme et l’ennemi public numéro un des Etats-Unis. Barack Obama, très critiqué à l’intérieur pour son apparent manque de force et de détermination sur les dossiers de la sécurité en général et des guerres en Afghanistan et en Irak, marque un succès autant symbolique que notoire dans la conscience américaine. Non seulement il n’a pas cédé, mais dans le secret, il a commandé une action délicate et victorieuse qui redore son blason de Président fort qui est capable de marquer des points sur les dossiers de la sécurité, de la guerre et plus généralement du respect de la fierté patriotique. Les seules images visibles à ce jour sont celles du Président supervisant méticuleusement l’opération depuis son bureau de Washington : des dividendes médiatiques savamment étudiées et maitrisées.

Il faut néanmoins regarder plus loin que ce moment d’exubérance qui a été célébré comme une fête dans les rues de New York. Comment va se construire l’avenir au Moyen-Orient au moment où se font face ces deux réalités contradictoires : d’un côté, les révolutions arabes massivement populaires et pacifistes et, de l’autre, la mort du symbole de l’extrémisme violent, leader de groupuscules marginaux et marginalisés ? Il y aura peut-être des actes terroristes de représailles et il faut s’y préparer et réagir de la façon la plus ferme bien évidemment. Il doit pourtant s’agir de maitriser et de combattre des actes isolés et provocateurs qui ne devraient en aucun cas forger une philosophie de l’action politique comme ce fut le cas sous la précédente administration américaine. Il faut traiter le phénomène de l’extrémisme violent pour ce qu’il est : l’action de groupuscules qui ne représentent ni l’islam ni les musulmans mais des positionnements politiques déviants et sans crédibilité dans les sociétés majoritairement musulmanes.

Ce qui doit au contraire façonner une nouvelle philosophie politique quant à la relation avec l’islam et les musulmans doit naitre au creuset des mobilisations populaires pour la justice, la liberté, la démocratie et la dignité en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Ce renouveau de l’Orient devrait être un appel à une approche autocritique de l’Occident qui, au-delà du fait de se réjouir d’avoir éliminé, avec Ben Laden, le "symbole du cancer terroriste", devrait aussi revoir sa politique générale. La présence américaine et européenne en Afghanistan ou en Irak de même que l’absence d’engagement clair dans le conflit israélo-palestinien sont des obstacles à toutes évolutions positives. Il faut ajouter les réalités internes des législations discriminatoires, en atteinte au respect de la dignité et de la liberté des personnes, ou de Guantanamo et de la torture qui sont autant de pratiques qui entretiennent la méfiance vis-à-vis des Etats-Unis et de ses alliés. Le soutien intéressé aux dictatures, au Moyen-Orient, ou parmi les pétromonarchies, nécessite d’être vite reconsidéré sous peine de faire naitre de légitimes questions quant au véritable soutien occidental aux processus de démocratisation dans le monde arabe.

Les sociétés majoritairement islamiques ont aussi une responsabilité majeure quant à la gestion de leur avenir. Les sirènes de la violence et de l’extrémisme n’ont jamais séduit l’immense majorité des peuples et il faut le répéter et s’en réjouir. Il importe désormais, à l’heure du réveil des peuples, que les sociétés civiles ( avec les intellectuels et les partis politiques) se mobilisent, qu’elles fassent le procès de la corruption et de tous leurs manquements quant à l’état de droit et à la justice, qu’elles développent un vrai projet de sociétés libres et démocratiques et qu’enfin elles déterminent les conditions de nouvelles relations avec l’Occident, politiques comme économiques. Car enfin le vieux couple Occident-Islam est quelque peu dépassé et la présence de nouveaux acteurs venus de l’Est, à l’instar de la Chine, est en train de changer la donne au cœur de l’ordre économique mondial. Les Etats-Unis, comme bien d’autres acteurs de l’Amérique du Sud à la Chine ou à l’Inde, en passant par la Turquie, en sont bien conscients : il se pourrait que le "printemps" arabe soit l’automne de la relation de ce dernier avec l’Occident et la voie nouvelle d’un autre printemps à l’horizon plus large, aux confins de l’Est et de l’Orient. Dans le paysage de ces enjeux nouveaux, l’annonce de la mort de ben Laden serait l’équivalent d’un vent affaibli et vieilli, un épiphénomène.

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Tariq Ramadan fustige le "dérapage contrôlé" de Guéant sur les étrangers AFP – 4 mars 2012 20.00

Tariq Ramadan a fustigé dimanche lors d'un colloque à l'université Paris-X Nanterre le "dérapage contrôlé" du ministre de l'Intérieur Claude Guéant, qui avait lié vendredi vote des étrangers et viande halal dans les cantines.

"Attendez vous à un dérapage contrôlé de votre ministère de l'Intérieur toutes les trois semaines", a prévenu l'intellectuel musulman controversé devant plus de 150 participants à un colloque intitulé "Les musulmans de France et l'élection présidentielle" organisé dimanche après-midi par une association de Nanterre.

"Laissez venir les étrangers, on aura du halal partout... ça vous fait rire. Il y en a d'autres, ça leur fait peur", a poursuivi l'intellectuel devant les rires du public.

Décrivant un "nivellement par le bas des discours politique", Tariq Ramadan a estimé que le temps du politique est "loin des idéologies et près du populisme", dénonçant des personnalités politiques qui "placent une catégorie de la population en dehors du débat national" et qui les "stigmatisent".

Vendredi soir à Velaine-en-Haye (Meurthe-et-Moselle), Claude Guéant, sous les applaudissements, avait déclaré : "Nous ne voulons pas que des conseillers municipaux étrangers rendent par exemple obligatoire la présence de la nourriture halal dans les repas des cantines".

Il avait également évoqué son opposition à "des réglementations des horaires de piscine (...) contraires à nos principes de mixité" ou au fait que certaines accepteraient "le port de maillots de bain de style burqa".

Des propos critiqués par la classe politique de l'extrême droite à l'extrême gauche.

"L'UMP a compris qu'il fallait absolument récupérer les votes de l'extrême droite et celui qui est assigné à ce rôle, c'est le ministre de l'Intérieur", a dit à l'AFP en marge de sa conférence Tariq Ramadan. "On diabolise le Front national mais on normalise ses thèses", a-t-il dénoncé.

Se refusant à donner de consigne de vote pour l'élection présidentielle, M. Ramadan a incité le public à ne pas s'abstenir et à "réinvestir le politique", mais en évitant tout "communautarisme" ou "parti des banlieues".

"Si seulement vous étiez conscients du pouvoir qui est le vôtre!" a-t-il lancé à la foule.

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Au Bourget, Tariq Ramadan règle ses comptes avec Sarkozy Le Point.fr - Publié le 08/04/2012 à 12:28 - Modifié le 08/04/2012 à 12:32

Orateur vedette de la Rencontre annuelle des musulmans de France, Tariq Ramadan n'a cessé de dénoncer au Bourget "ceux qui sont au gouvernement".

Tariq Ramadan était sûr de son effet lorsqu'il s'est adressé samedi soir, devant une salle comble, à "messieurs des renseignements". Le prédicateur suisse d'origine égyptienne leur a demandé de "rapporter aux instances dirigeantes ce qu'on a dit, pas ce qu'ils aimeraient qu'on ait pu dire".

Depuis plus de vingt ans, Tariq Ramadan, aujourd'hui âgé de 50 ans, est soupçonné de tenir un double langage. Au Bourget cette année, alors que sa venue n'était pas souhaitée par le ministère de l'Intérieur, l'enseignant a lancé un message simple et clair aux musulmans : "Ne confondez pas la France avec ceux qui pendant quelques années la représentent."

Depuis novembre 2003 et l'émission 100 minutes pour convaincre, Tariq Ramadan voue une haine tenace à Nicolas Sarkozy, à l'époque ministre de l'Intérieur. Ce dernier avait poussé le prédicateur à la faute : au lieu de condamner sans appel la lapidation, il s'était contenté de réclamer... un moratoire !

Depuis, pour beaucoup de Français, le prédicateur passe pour un sinistre obscurantiste. En revanche, il reste une star dans la communauté musulmane. Il n'y avait plus une place assise pour l'écouter au Parc des expositions du Bourget.

Appel à l'unité du pays

Sans jamais citer le nom du chef de l'État, Nicolas Sarkozy, Ramadan va multiplier les attaques à l'encontre de ce dernier. "Une majorité de Français ne sont pas contents avec ce qui s'est passé depuis cinq ans", lance-t-il. "Ne confondez pas la France avec ceux qui sont au gouvernement (...), apportez de la beauté, de la dignité à la France, faites le contraire de ce à quoi l'atmosphère vous pousse actuellement", ajoute l'auteur de Mon intime conviction. C'est clairement un appel à l'unité du pays.

Tariq Ramadan demande aux Français de confession musulmane d'être solidaires des "millions de concitoyens qui en ont marre", et qui, eux, "portent la dignité de la France". Bien que de nationalité suisse, le prédicateur s'oppose très clairement au régime français actuel, un pas que les responsables de l'UOIF n'ont pas souhaité franchir eux-mêmes.

La venue de Tariq Ramadan au Bourget n'en était pas moins un signal qui intervient dans un climat tendu, sur fond d'élection présidentielle et d'affaire Merah, et alors que les autorités françaises s'étaient opposées à la venue de six prédicateurs, dont Youssef Al-Qaradawi, un proche de Ramadan.

Le rôle du Qatar

Pendant de très nombreuses années en effet, l'enseignant suisse n'était pas en odeur de sainteté auprès de l'Union des organisations islamiques de France, qui préférait inviter pour son congrès Hani Ramadan, le frère aîné, directeur du Centre islamique de Genève, adepte d'un discours plus "rigoureux".

Seulement voilà, l'UOIF ne possède pas de bons orateurs, capables d'électriser les foules. De son côté, Tariq Ramadan n'a jamais pu imposer Présence musulmane, sa propre organisation. Depuis, les anciens frères ennemis se sont trouvé des points communs. Youssef Al-Qaradawi, fondateur du Conseil européen de la fatwa et de la recherche, personnalité éminente des Frères musulmans, pointé du doigt par le ministère de l'Intérieur, vit actuellement au Qatar.

Il a aidé Tariq Ramadan à devenir tout récemment directeur du Centre de recherche sur la législation et l'éthique islamiques à Doha. Une promotion qui ne fait pas l'unanimité chez les musulmans français. Sur Oumma.com, le site vedette de la communauté, certains internautes lui reprochent de "travailler pour la monarchie du Qatar". Et d'oublier, par la même occasion, de dénoncer le manque de démocratie dans cet émirat.

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