Perron Jacques du

Jacques du Perron.
Essayiste politique. Catholique traditionnel, pour qui toute pensée moderne est "de gauche". Auteur de Droite et Gauche. Tradition et Révolution. Pardès, 45390 Puiseaux, 1991 ; La Gauche vue de Droite, Pardès, 1993.

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Comme toutes les idées révolutionnaires, si brillantes, si captivantes, si enthousiasmantes, celle de progrès n'est pas sans dissimuler une face d'ombre qu'il serait peut-être salutaire de présenter à la lumière de la réflexion. Lorsque l'on étudie les révolutions, l'on ne peut manquer d'être frappé par le contraste surprenant que présentent leur phase destructive et leur phase constructive : la première, contrairement à toute attente, est beaucoup moins sanguinaire que la seconde - la prise de la Bastille et celle du Palais d'Hiver ont coûté infiniment moins de vies humaines que la dictature jacobine et la dictature stalinienne. C'est parce qu'il est beaucoup plus aisé de détruire une société décadente que de construire à partir du néant une société idéale, fût-elle conforme aux normes les plus rationnelles. L'homme de progrès se révèle alors sous un jour néfaste : avec les meilleures intentions du monde, il se heurte à l'opacité du réel, à la résistance de l'irrationnel, à la force d'inertie toujours présente dans le cosmos, bien qu'en perpétuelle réaction avec la force d'expansion, et il ne le comprend pas, et il s'indigne, et il ne peut qu'imaginer un complot des méchants contre son oeuvre de salut public - l'incorruptible se sent donc justifié de prendre des mesures drastiques : la vertu engendre la terreur. La Gauche vue de Droite, p. 28-29.

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La conception, propre à l'esprit de gauche, de l'humanité en tant qu'ensemble d'êtres naturellement bons, également doués de raison, possédant les mêmes facultés intellectuelles, s'affirme aussi avec bonheur dans le régime démocratique, où les carrières gouvernementales les plus diverses, des plus humbles aux plus élevées, sont ouvertes à tous les citoyens sans exception. On retrouve encore la juxtaposition de l'idéalisme et du matérialisme dans la souveraineté populaire : d'une part, celle-ci est fondée sur la quantité au détriment de la qualité, et elle répond aux besoins du plus grand nombre - donc à des besoins matériels -, d'autre part, étant sans cesse en mouvement, elle répond à tous les espoirs de parvenir un jour à la société idéale, la perfection. Idem, p. 31-32.

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L'évolution politique mondiale semble montrer que la gauche libérale est en déclin, comme la bourgeoisie elle-même, et que la gauche autoritaire ne tardera pas à s'imposer grâce au rêgne des masses. D'ailleurs, la gauche autoritaire n'est-elle pas la seule à être vraiment efficace, mais surtout la seule à être conséquente avec ses principes ? Lorsqu'il s'agit de transformer le monde, de créer un homme nouveau, il est inévitable d'user et même d'abuser de l'autorité. Idem, p. 80.

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