Ernst Nolte (1923- )

Professeur d'histoire moderne à l'Université de Marbourg puis à l'Université libre de Berlin (1973).
Il fait scandale entre 1986 et 1988 en affirmant que le fascisme, et plus particulièrement le national-socialisme, sont des réactions nationalistes face au développement du marxisme-léninisme en Europe.

Les historiens "officiels", marxistes, socialistes et sociaux-démocrates, essayent de le sataniser au travers de plus de 200 articles et d'une trentaine d'ouvrages. Ils entendent continuer à imposer le point de vue "officiel" des communistes soviétiques selon lequel l'Allemagne est la seule responsable du déclenchement de la deuxième guerre mondiale, que les allemands porte la responsabilité collective de l'existence du nazisme et que seul le nazisme est l'auteur de massacres de masse au XXème siècle.

Il faut attendre l'an 2000, dix ans après l'effondrement du communisme en Russie et en Europe orientale, pour que son ouvrage principal soit traduit en Français : Der europäische Bürgerkrieg 1917-1945. Nationalsozialismus und Bolschewismus, F.A. Herbig Verlagsbuchhandlung GmbH, München 1987, La guerre civile européenne 1917-1945, National-socialisme et bolchevisme, Edition des Syrtes, Paris 2000.

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La psychologie des intérêts, d'abord développée par les aristocrates français du XVIIIème siècle puis par l'utilitarisme anglais, rend de grands services chaque fois qu'il est question de calculer, de mesurer et de peser. Mais l'homme n'est pas essentiellement un être calculateur : il a peur pour son existence, il craint l'avenir, il éprouve de la haine à l'égard de ses ennemis, il est prêt à sacrifier sa vie pour ce qui lui paraît une grande cause.
Lorsque de puissantes émotions de ce genre gouvernent des groupes humains relativement importants, on devrait parler d'émotions fondamentales (Grundemotionen).

L'indignation de nombreux ouvriers et chômeurs face aux injustices et aux inégalités du système capitaliste était l'une de ces émotions fondamentales ; la colère passionnée des Français à l'encontre des Boches (en français dans le texte, NdT) qui avaient dérobé à la patrie, en 1871, deux de ses plus belles provinces en était un autre exemple.
Il est fort possible que la politique au jour le jour soit une affaire de calcul et d'harmonisation des intérêts ; mais, dès qu'intervient quelque chose d'inhabituel ou de menaçant, les émotions sont pour le grand nombre beaucoup plus importantes que les intérêts, même s'il est rare qu'il y ait opposition directe entre les intérêts réels ou imaginaires et les émotions en question : indignation, colère, affliction, haine, mépris, peur, mais aussi enthousiasme, espoir, foi en la grandeur d'une mission.
La guerre civile européenne 1917-1945, p. 46.

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S'il est juste de considérer le communisme et le national-socialisme d'abord comme des idéologies et, surtout, de considérer leurs chefs comme des idéologues, il est donc aussi peu correct de voir en Hitler un homme politique allemand que de voir en Lénine un homme d'Etat russe. Ce qui ne signifie pas que l'un n'ait pas été aussi un homme politique allemand et l'autre un homme d'Etat russe.

Mais la question prioritaire qui se pose est toujours celle de l'exacerbation (Überschieben), du nouveau, du hiatus, qui constituent ce qui est proprement idéologique.
C'est l'idéologique qui donne naissance aux actes les plus significatifs. Il peut y avoir de profondes différences entre les idéologies, mais chacune d'elles se caractérise par ce dépassement en même temps que par un noyau d'éléments légitimes et opportuns que seul, peut être, l'excès (Übermab) idéologique est en mesure d'engendrer mais qu'il peut aussi justement détruire.

Dans le Journal de Theodor Herzl (fondateur du sionisme, 1860-1904, notedt), on peut suivre la naissance d'un projet qui marquera ultérieurement l'histoire mondiale ; mais de quels espoirs exorbitants et de quelles idées irréalistes ne s'accompagne-t-il pas ! Et pourtant Herzl aurait très vite jeté le manche après la cognée s'il s'était contenté d'une pensée pragmatique et rationnelle.
Seule une situation nouvelle met la postérité en mesure de distinguer entre noyau réel et surenchère irréelle ; les contemporains, en revanche, s'emparent du tout ou le rejettent avec une entière passion et ce n'est qu'au cours de ces luttes que peut progressivement se révéler ce qui est noyau et ce qui est exacerbation.

Hitler ne se considérait pas lui-même comme le successeur de Stresemann (1878-1929, ministre des affaires étrangères sous l'Allemagne de Weimar, signataire du pacte Briand-Kellog (1928), notedt) ou de von Papen (1879-1969, chancelier en 1932, notedt), mais comme un anti-Lénine et il rejoignait par là Trotski (Lev Davidovitch Bronstein dit, 1879-1940, créateur de l'Armée rouge et la dirigeant pendant la guerre civile russe, adversaire de Staline, assassiné sur l'ordre de celui-ci, notedt), qui voyait en lui le "super-Wrangel (1878-1928, général russe blanc qui constitue en 1920, très provisoirement, un gouvernement anti-bolchevik reconnu de facto par la France, notedt) de la bourgeoisie mondiale".
Ibidem, p. 47.

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Fille de la Première Guerre mondiale, la révolution russe des bolcheviks est l'événement du siècle qui a eu le plus d'importance et le plus de conséquences, car elle représenta une tentative de réaliser, par la violence, le socialisme, une très vieille idée de l'humanité que Marx et Engels avaient coulée dans une forme moderne.

La tentative échoua, ne serait-ce que parce que Marx et Engels avaient imaginé de concilier l'inconciliable : l'unité du monde, l'univers familial, la suppression des appareils et l'objectivation. Mais elle suscita un immense espoir chez d'innombrables êtres humains et éveilla chez de nombreux autres une haine jusqu'alors inconnue.

Ce qui ouvrit la voie à un contre-mouvement militant qui pouvait encore s'appuyer sur la force intacte du nationalisme et qui donna naissance à une idéologie reposant davantage sur des suppositions et des postulats que sur des espoirs ou des constats. Dans la pratique, cette idéologie se révéla être, bien que de manière différente, une "machine à exterminer des hommes" tout autant que l'avait été avant elle le système bolchevique.

Contrairement à ce qu'avait cru Lénine, les années 1917 à 1945 ne furent pas l'époque de la révolution prolétarienne mondiale, mais l'époque du fascisme et de la guerre civile européenne opposant un national-socialisme allemand qui était un fascisme radical et un bolchevisme soviétique au visage étatique de plus en plus marqué.
Ibidem, p. 593.

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