Zacharias Moussaoui
Mai 2006. Il fait appel de sa non-condamnation à mort, prononcée à cause d'une seule voix sur douze.
Février 2006. Zacharias Moussaoui répudie la justice américaine, et insulte ses avocats
Décembre 2001. Attentats islamistes du 11 septembre 2001 : un Français, premier inculpé aux USA. Il est passible de la peine de mort.
Etudiant modèle et musulman intégriste
Itinéraire
Sa mère
Mme Marylise Lebranchu, ministre socialiste de la justice, contre la peine de mort pour Moussaoui, qui refuse l'aide consulaire
Le suspect d'origine marocaine, Zacarias Moussaoui, a été inculpé par une juridiction fédérale américaine. Moussaoui, 33 ans, est sous le coup de six chefs d'inculpation en relation avec les attentats perpétrés contre le World Trade Center et le Pentagone le 11 septembre dernier.
Un Français d'origine marocaine, Zacarias Moussaoui, a été inculpé par une juridiction fédérale dans le cadre de l'enquête sur les attentats du 11 septembre, a annoncé mardi l'Attorney General (ministre de la Justice) John Ashcroft. Moussaoui, 33 ans, est sous le coup de six chefs d'inculpation, dont quatre passibles de la peine de mort, en relation avec les attentats perpétrés contre le World Trade Center et le Pentagone, a ajouté M. Ashcroft lors d'une conférence de presse à Washington.
«Ce matin, un grand jury du district est de l'Etat de Virginie a inculpé le Français Zacharias Moussaoui, d'origine marocaine, de conspiration avec (le réseau) Al-Qaïda d'Oussama ben Laden dans le but de tuer des milliers d'innocents à New York, en Virginie et en Pennsylvanie», a déclaré M. Ashcroft. Il s'agit, a précisé M. Ashcroft, «de la première inculpation contre des terroristes du 11 septembre». Il s'est refusé à dire où, aux Etats-Unis, il se trouvait incarcéré.
«Al-Qaïda va désormais devoir répondre de ses actes devant la justice et recevoir le jugement qu'elle craint», a-t-il dit. L'Attorney General a indiqué que Moussaoui avait suivi le même type d'entraînement lui permettant de piloter des avions de ligne que les 19 pirates de l'air souçonnés d'avoir perpétré les attentats.
Moussaoui était détenu depuis le 17 août pour violation de la législation américaine sur l'immmigration. Il s'était inscrit en février dans une école d'aviation aux Etats-Unis, dans l'Oklahoma, pour obtenir son brevet de pilote. Il s'était ensuite présenté dans une autre école du Minnesota afin d'y apprendre à piloter un Boeing 747 dans un simulateur, en précisant n'être intéressé que par les virages et non les décollages ou atterrissages.
(Avec AFP), Publié le 11 décembre 2001 à 19h13
Mis à jour le 12 décembre 2001 à 16h03
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Comment l'étudiant modèle a basculé dans l'intégrisme
ZACARIAS MOUSSAOUI a laissé peu de traces en France. C'est à Londres que sa vie a basculé. Né à Saint-Jean-de-Luz le 30 mai 1968, à la fin d'un mois de révolte estudiantine, il a une enfance et une adolescence normale. Moussaoui se lance ensuite dans des études à Perpignan et obtient son diplôme de technico-commercial en 1990. Mais Zacarias peine à trouver sa vocation. Surveillant dans un lycée de Narbonne, il décide d'aller à Londres en 1992 pour améliorer son anglais.
Voyages en Afghanistan
Avant même de partir, il donne déjà quelques signes annonciateurs du fanatisme religieux dans lequel il va plonger. Il avait par exemple offert à sa soeur Jamila des éditions en français de « l'Islam par le martyr » et « Jalons sur la route de l'islam », deux ouvrages de référence de l'islam fondamentaliste.
L'été 1997, Moussaoui revient dans le Sud de la France pour la dernière fois. Après cinq années passées à Londres, il porte la barbe, un pantalon pakistanais et a le crâne rasé. Durant son séjour, il a une violente dispute avec un imam de Narbonne. Celui-ci lui reprochait de vouloir endoctriner les gens « avec de mauvaises croyances ». Ces mêmes convictions fondamentalistes qu'on était en train de lui faire rentrer dans la tête à Londres. C'est en effet là-bas que Moussaoui a commencé à fréquenter les milieux intégristes.
Diplômé de l'université de South Bank en 1995, il subit là-bas l'endoctrinement de cheik Omar Abu Omar. Surnommé « Abu Koutada », ce fondamentaliste d'origine palestinienne multipliait alors les prêches à la mosquée de Baker Street, assidûment fréquentée par Moussaoui.
En 1999, la DST observe qu'il a accompli plusieurs voyages en Afghanistan et au Pakistan et alerte les autorités britanniques pour qu'elles accentuent leur surveillance. Il n'y aura pas de suite.
Son dossier était pourtant ouvert depuis 1994. A cette époque, la justice française soupçonnait un certain « Zacarias », établi à Londres, d'avoir participé au financement de groupes terroristes algériens. Moussaoui était en Angleterre depuis 1992, mais le juge d'instruction Roger Le Loire s'est vu refuser l'autorisation de l'interroger et de perquisitionner son appartement. Les autorités du pays estimaient qu'il n'y avait pas suffisamment d'éléments. L'itinéraire d'apprenti terroriste de Zacarias Moussaoui ne s'arrêtera que le 17 août 2001. Le Français d'origine marocaine était interpellé dans le Minnesota pour une simple violation aux lois sur l'immigration.
Julien Dumond,
Le Parisien , mercredi 12 décembre 2001, p. 4
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Itinéraire d'un terroriste présumé. Le FBI et la CIA ont remonté le parcours de Moussaoui, Français accusé d'être lié aux attentats, depuis 1990.
Le 3 août 2001, Zacarias Moussaoui a acheté deux couteaux dans un magasin d'Oklahoma City. Le détail n'aurait guère d'importance s'il ne figurait à la page 18 de l'acte d'inculpation présenté mardi par le département de la Justice américain contre le citoyen français d'origine marocaine, accusé d'avoir pris part au complot terroriste ayant mené aux attentats du 11 septembre. Trois pages plus loin, les procureurs précisent que Mohamed Atta, le leader présumé des pirates de l'air, s'est lui aussi procuré un couteau le 30 août en Floride. On sait que les kamikazes du 11 septembre ont utilisé cutters et couteaux pour détourner les avions qui se sont écrasés contre le World Trade Center, le Pentagone et en Pennsylvanie.
Trente pages.
Tout au long de ses trente pages, l'acte d'inculpation établi contre Moussaoui - le premier suspect lié directement au 11 septembre - s'applique à retracer méticuleusement depuis la fin des années 90 l'itinéraire du Français et à le replacer dans le cadre d'un vaste complot terroriste orchestré par Oussama ben Laden. Pour la première fois, les autorités livrent publiquement toutes les informations accumulées depuis le 11 septembre par le FBI et la CIA qui décrivent les activités de Moussaoui, mais aussi celles des dix-neuf pirates de l'air, tentant clairement d'établir «un fonctionnement similaire», selon l'expression du ministre de la Justice, John Ashcroft. «Moussaoui a tout fait comme les autres, il a suivi la même voie, c'est la base de son inculpation», confiait hier un officiel.
Le nom de Moussaoui, né il y a trente-trois ans à Saint-Jean-de-Luz, apparaît pour la première fois dans l'acte d'inculpation à la date d'avril 1998. A l'époque, le gouvernement affirme qu'il se trouve dans le camp d'entraînement de Khalden (Afghanistan) sous la direction d'Oussama ben Laden. Information dont disposent également les services secrets français. Depuis 1992, Moussaoui vit à Londres, où il a tout d'un coup découvert l'extrémisme islamiste. En octobre 2000, il aurait reçu une lettre d'une compagnie malaise, Infocus Tech (disparue depuis), qui le nomme «consultant marketing» pour l'Europe et les Etats-Unis. Les autorités déterminent ensuite qu'il s'envole pour le Pakistan le 9 décembre 2000, d'où il ne reviendra apparemment que le 7 février 2001. Il aurait séjourné en Afghanistan, mais aussi en Tchétchénie.
C'est depuis Londres, en septembre 2000, que Zacarias Moussaoui entre pour la première fois en contact, par e-mail, avec l'école d'aviation Airman de Norman, petite ville de l'Oklahoma. Selon certaines sources, le FBI estime que Moussaoui aurait été «sélectionné» dès cette date comme un kamikaze potentiel par la cellule d'Al-Qaeda mise en place à Hambourg en 1998 par Mohamed Atta. Pourtant, c'est un autre candidat, le Yéménite Ramzi ben Al-Shibh, qui aurait gagné les galons de «vingtième pirate de l'air» pour le 11 septembre. Durant l'année 2000, Al-Shibh se verra refuser l'entrée aux Etats-Unis à quatre reprises. C'est donc Moussaoui qui l'aurait «remplacé», débarquant à Chicago depuis Londres le 7 février 2001, avant de rejoindre l'Oklahoma. A lire l'acte d'accusation, Ramzi ben Al-Shibh apparaît comme le seul lien direct établi entre Moussaoui et les pirates de l'air par les procureurs. Les enquêteurs affirment que le Yéménite, actuellement en fuite, faisait partie des membres fondateurs de la cellule allemande d'Al-Qaeda. A plusieurs reprises, et dès juillet 2000, des transferts bancaires prouvent qu'il a fait parvenir de l'argent à plusieurs pirates de l'air aux Etats-Unis. Il reprend le même rôle avec Moussaoui et, sous le nom d'«Ahad Sabet», envoie 14 000 dollars au Français en Oklahoma les 30 et 31 juillet 2001. Un mois plus tôt, Moussaoui aurait lui-même passé plusieurs appels téléphoniques en Allemagne depuis une cabine publique de Norman. A la même époque, il se renseigne sur les techniques d'épandage par les airs, à l'instar de Mohamed Atta. La suite est connue.
Comportement «bizarre».
Après cinquante-sept heures d'apprentissage à Norman, Moussaoui coupe court à son entraînement et se rend en août dans une autre école d'aviation du Minnesota, la Pan Am Flight Academy. Il commence de nouveaux cours le 13 août, mais son comportement «bizarre» incite les instructeurs à contacter le bureau local du FBI. Le 16 août, Moussaoui est arrêté parce que son visa n'est plus valable. Ce n'est toutefois qu'après le 11 septembre que les autorités américaines vont commencer à s'interroger sur un possible rôle du Français dans les attentats. Entre-temps, le bureau de Minneapolis a bien fait la demande d'un mandat spécial auprès de Washington pour fouiller la mémoire de l'ordinateur du Français. Mais la requête a été refusée pour «manque de preuves». Hier, une source proche de l'enquête a assuré à Libération que les affirmations de la presse américaine selon lesquelles «Moussaoui a soi-disant demandé à apprendre à faire tourner les avions, sans décoller et atterrir» «sont inexactes». Selon cette source, un «employé» de la Pan An Academy a bien contacté les enquêteurs, «mais avec des éléments beaucoup plus vagues, qui correspondaient à un comportement suspect».
Moussaoui comparaîtra le 2 janvier devant un tribunal fédéral de Virginie pour y être mis en accusation. Il est passible de la peine de mort. Certains experts estiment que son procès ne sera pas facile, car les «preuves concrètes de son implication restent faibles». D'autres disent aussi que le Français pouvait préparer une autre attaque terroriste, «qui ne sera jamais connue». Pour l'heure, le FBI n'aurait rien obtenu de son suspect. Apparemment transféré dans une prison de New York dès le mois d'août, Moussaoui n'a pas dit mot aux enquêteurs.
Par FABRICE ROUSSELOT, Libération, Le jeudi 13 decembre 2001
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«Ne te trompe pas de combat». Sa mère se souvient du glissement de Zacarias vers l'islam.
«Ne t'inquiète pas, je n'ai rien fait et je le prouverai le temps venu, Inch' Allah.» Zacarias Moussaoui à sa mère
Mardi, en fin de journée, Aïcha croit «recevoir une décharge électrique» dans sa villa sur les hauteurs de Narbonne. Des journalistes américains viennent de lui apprendre que son fils Zacarias, interpellé le 17 août dans le Minnesota, est inculpé dans le cadre de l'enquête sur les attentats du 11 septembre. Elle relit alors une nouvelle fois la longue lettre que Zacarias lui a écrite du fond de sa cellule à New York : «Concernant l'histoire américaine, ne t'inquiète pas, je n'ai rien fait et je le prouverai le temps venu, Inch' Allah. Je n'ai pas accès aux informations, mais j'ai l'impression que je suis déjà condamné d'après ce que l'avocat qu'ils m'ont donné me dit.»
Pantalon pakistanais.
Depuis ce jeudi 13 septembre où des policiers sont venus lui apprendre l'implication présumée de son fils dans les mouvements fondamentalistes, ses voyages en Afghanistan, au Pakistan, et son inscription sur les fiches de la DST dès 1999, Aïcha ne sait plus que croire. Une première fois, début 2000, les policiers viennent lui demander si elle sait où se trouve Zacarias, lui disent qu'ils cherchent à entrer en contact avec lui dans le cadre d'une enquête sur la mort d'un copain. Aïcha ne sait rien. La dernière fois qu'elle a vu son fils, c'était en 1997. Cet été-là, de passage à Narbonne avant de repartir à Londres où il vivait depuis 1992, Zacarias lui a demandé de lui coudre un pantalon pakistanais. Couturière, avant de devenir agent chez France Télécom, Aïcha lui avait taillé un sarouel et une longue chemise. Zacarias s'était présenté habillé ainsi à la mosquée de Narbonne. Là, il avait voulu expliquer aux jeunes ce qu'était l'islam.
Aïcha avait bien remarqué qu'il avait glissé vers la religion, mais avait surtout retenu que son fils, orienté vers un BEP à la fin de la troisième, avait décroché un master de commerce international de l'autre côté de la Manche. Il en était fier, et elle aussi. Car mariée à 14 ans, débarquée à Hendaye un an plus tard, mère de quatre enfants à 19 et divorcée à 24 d'un mari violent, Aïcha a éduqué ses enfants «à la française». Aïcha se souvient aussi que, cet été 1997, Zacarias lui avait demandé pardon à genoux pour «tout le mal qu'[il] lui [avait] fait». Elle avait fini par le relever, sans comprendre son insistance.
Lettre.
Depuis le 11 septembre, elle s'est parfois dit qu'il lui avait peut-être demandé pardon pour le mal qu'il pourrait encore lui faire. Elle s'est alors souvenue d'un bref coup de fil reçu il y a plus d'un an. La communication était mauvaise, et Zacarias avait juste eu le temps de lui dire qu'il pensait à elle. Elle s'est souvenue de Xavier Djaffo, copain de «Zac» quand il préparait son BTS technico-commercial au lycée Louis-Arago, à Perpignan. Lui aussi est parti à Londres en 1993 pour apprendre l'anglais, s'est converti à l'islam en 1994 et est tombé sous les balles de l'armée russe en Tchétchénie en 2000.
Dans la lettre qu'elle a écrite à son fils le 12 novembre, Aïcha pense avoir tout dit de cette histoire: «Sache que tu es présent toutes les secondes dans mon cœur. Mon souhait le plus cher est de pouvoir te serrer contre moi.» Elle lui a aussi montré le chemin: «Je demande à Dieu que tu ne te trompes pas de combat. Le seul jihad qu'il nous demande sur terre est de nous battre contre le mal qui est en nous.».
Libération, 13 décembre 2001, Par CATHERINE BERNARD, p. 12
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Zacarias Moussaoui, passible de la peine de mort, refuse la protection consulaire
Zacarias Moussaoui, inculpé aux Etats-Unis dans le cadre de l'enquête sur les attentats du 11 septembre, a refusé la protection consulaire française. L'administration américaine a renoncé à faire juger le Français devant un tribunal militaire. Il comparaîtra le 2 janvier devant un tribunal fédéral.
Le Français d'origine marocaine Zacarias Moussaoui, passible de la peine de mort aux Etats-Unis après avoir été inculpé, mardi 11 décembre (2001), par une juridiction fédérale américaine dans l'enquête sur les attentats du 11 septembre, a refusé la protection consulaire française.
Il doit comparaître le 2 janvier devant un tribunal fédéral à Alexandria, près de Washington.
Selon le porte-parole du ministère des affaires étrangères, François Rivasseau, "M. Moussaoui, informé par les autorités américaines de ses droits à la protection consulaire d'usage, lors de son arrestation, n'a pas souhaité en bénéficier". Les raisons de ce refus n'ont pas été divulguées.
Prévue dans la convention de Vienne de 1963 sur les relations entre Etats, la protection consulaire permet au prévenu de bénéficier des droits à la défense, aux visites, notamment d'agents consulaires et de membres de la famille, et à une assistance juridique dans ses contacts avec la justice du pays où il est détenu. Elle s'applique aussi aux personnes ayant une double nationalité.
La France, selon Mme Lebranchu, avait souhaité que Zacarias Moussaoui soit jugé aux Etats-Unis "par un tribunal civil, pas par un tribunal militaire".
Le gouvernement du président George W. Bush a exaucé ce souhait en renonçant à faire juger le Français d'origine marocaine Zacarias Moussaoui devant un tribunal militaire pour complicité de terrorisme, alors que les cours d'exception voulues par Washington suscitent des critiques à l'étranger.
M. Rivasseau a ajouté que Paris demanderait à Washington que Zacarias Moussaoui ne soit pas condamné à la peine capitale, abolie en France depuis vingt ans.
La ministre de la justice, Marylise Lebranchu, avait déclaré à la radio privée RMC-Info : "Nous n'acceptons pas la peine de mort, ni les tribunaux exceptionnels."
Avec AFP, LEMONDE.FR | 12.12.01 | 20h06
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Février 2006. Moussaoui répudie la justice américaine
Le Français, jugé aux Etats-Unis pour complot lié au 11 septembre, a qualifié son procès de «cirque».
«Je suis Al-Qaeda», a rugi Zacharias Moussaoui au premier jour de son procès, dans le palais de justice d'Alexandria, dans la banlieue de Washington, côté Virginie.
Le Français, qui a plaidé coupable en avril dernier de complot terroriste, est resté fidèle à sa réputation de prévenu incontrôlable. Barbe fournie, vêtu d'une tenue verte à manches courtes, avec dans le dos le mot «prisoner» en grosses lettres, Moussaoui, 37 ans, s'est levé et a commencé à déclarer : «Je veux être entendu.»
Malgré l'interruption de la juge Leonie Brinkema, il a continué : «Je ne veux pas être représenté par ces gens. Ce ne sont pas mes avocats. Je suis Al-Qaeda. Ils ne me représentent pas. Ils sont américains...» La juge a immédiatement ordonné son évacuation de la salle. Alors qu'il était emmené par des US Marshals, les deux mains derrière la tête, il continuait à clamer : «Ce procès est un cirque !»
Questionnaire. La première journée du procès de Moussaoui, qui devrait durer plusieurs mois, a ensuite été consacrée au début du processus de sélection des jurés. La juge, les procureurs et les avocats de la défense doivent choisir, dans les prochaines semaines, 12 personnes qu'ils estimeront «neutres».
Un questionnaire de 50 pages a été remis hier aux 500 citoyens de Virginie tirés au sort : ils doivent déclarer s'ils ont perdu des proches en Afghanistan et en Irak ; s'ils ont dans leur entourage des Arabes ou des musulmans ; s'ils ont été pompiers par le passé ; s'ils parlent français, etc. A partir du 15 février, ils répondront aux questions des procureurs et des avocats de Moussaoui, qui récuseront ceux qu'ils ne souhaitent pas voir dans le jury.
L'audience commencera le 6 mars. Moussaoui, arrêté trois semaines avant le 11 septembre 2001, a admis qu'il avait participé au complot visant à écraser des avions de ligne sur des bâtiments américains importants, mais il nie avoir été mis au courant de l'opération du 11 septembre. Le jury doit décider s'il mérite la mort ou la prison à vie.
Libération, par Pascal RICHE, QUOTIDIEN : mardi 07 février 2006, p. 11
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Paru le : 07/02/2006 TERRORISME. Moussaoui insulte ses avocats
Suspecté de complicité dans les attentats du 11 septembre, le Français Zacarias Moussaoui a été évacué du tribunal, hier, au premier jour de son procès. « Je suis Al-Qaïda », a-t-il lancé avant de récuser ses avocats. Il risque la peine de mort.
LA
PREMIÈRE apparition de Zacarias Moussaoui hier devant le tribunal fédéral d'Alexandria, près
de Washington, a tourné court. Au bout de quelques minutes, le seul suspect jugé aux Etats-Unis
dans le cadre des attentats du 11 septembre 2001 a été évacué manu militari.
Alors que la juge
Leonie M. Brinkema s'apprêtait à présenter l'affaire à 120 jurés potentiels, il s'est tourné
vers ses avocats en les invectivant : « Je ne veux pas être représenté par ces personnes, a-t-il
poursuivi. Ils ne me représentent pas. » La juge lui a alors signifié que ce n'était pas à son
tour de parler. Il a repris : « Je suis Al-Qaïda. » Alors que les policiers l'évacuaient de
la salle, il a encore déclaré : « Ils ne me représentent pas. Ce sont des Américains. Ce procès
est un cirque ! »
Il a alors placé ses mains sur la tête et n'a opposé aucune résistance lorsque
les fédéraux l'ont emmené. Lors d'une deuxième audience avec un autre groupe de jurés, Moussaoui,
vêtu de la combinaison verte du prisonnier, arborant une longue barbe et les cheveux plus longs
qu'à l'accoutumée, a repris la parole pour contester sa défense. Il a une nouvelle fois été
évacué.
Ces débuts chaotiques donnent un avant-goût des limites du premier procès lié aux attentats du World Trade Center aux Etats-Unis. La personnalité perturbée de celui qui a longtemps été présenté comme le « 20e kamikaze du 11 septembre » risque de transformer ce moment très attendu - suivi par des milliers de proches de victimes - en procès décousu et irrationnel.
« Il est trop dans la logique islamiste. C'est un bouc émissaire »
Un comportement instable qui ne surprend pas sa mère, Aïcha El Wafi : « Je m'y attendais, nous a-t-elle indiqué. Depuis quatre ans, il est rentré dans sa coquille. Il est à l'isolement. Il plaide coupable tout en disant qu'il n'a rien à voir avec les attentats du 11 septembre. Ce n'est pas logique ! »
M m e El Wafi ne se rendra aux Etats-Unis qu'à partir du 6 mars. En effet, le premier mois est consacré à la sélection des 18 jurés - sur un total de 500 jurés potentiels - qui vont devoir se prononcer sur un seul point : faut-il condamner à mort ou à la perpétuité Moussaoui ? Ils doivent pour cela répondre à un questionnaire d'une quarantaine de pages
« J'espère que ma présence va le stabiliser, poursuit sa mère. Je veux qu'il voie que je suis là, qu'il réfléchisse et qu'il se défende plutôt que de rejeter tout le monde. Il est trop dans la logique islamiste. C'est un bouc émissaire, alors que les vrais responsables - comme Ben Laden - sont tranquillement chez eux. »
Aïcha El Wafi a passé la journée d'hier devant la télévision à regarder CNN, Al-Jazira et les chaînes françaises. L'un des avocats américains de son fils s'est chargé de lui relater le déroulement de l'audience.
Pour éviter la peine de mort,
la défense de Moussaoui entend faire jouer les circonstances atténuantes, en plaidant notamment
l'état mental du suspect. Dans un mémoire adressé au juge, les avocats demandent l'audition
du docteur Nancy C. Andreasen, psychiatre, pour qu'il témoigne du fait que le Français souffre
d'une « maladie mentale importante, probablement une schizophrénie ».
Pour cela, ils entendent
que le médecin se base sur ses écrits, des rapports effectués par un spécialiste précédent et
sur son comportement à l'audience. Sa comparution d'hier semble confirmer la fragilité psychologique
de celui que sa mère considère comme un « bouc émissaire », manipulé par les « fous de Dieu
», désormais au coeur d'une « mascarade de justice ».
Christophe Dubois, Le Parisien, 7 février 2006, p. 11
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