En 2010 éditorialiste "philosophique" du vendredi sur Europe 1 (formellement très mauvais, textes pathologiques idéologiquement positifs)
Serge (Henry) Moati

Journaliste et réalisateur de télévision, socialiste, sépharade tunisien, pathétique metteur en scène de François Mitterrand.

Auteur, notamment, de La saison des palais, Grasset, Paris, 1986, "roman" plus ou moins autobiographique dans lequel il raconte la vaine existence matérialiste de jeunes sépharades parvenus dans la nomenklatura socialiste française ; (avec Jean-Claude Raspiengeas) de La haine antisémite, Flammarion, Paris, 1991, document consécutif à deux films pour TF1 sur le même sujet ; de (avec Ruth Zylberman) Le Septième Jour d'Israël. Un kibboutz en Galilée, Mille et une nuits, Paris, 1998, sur les bienfaits de la colonisation en Palestine ; de (avec Yves Laurent) Capitaines des ténèbres, Fayard, Paris, 2006, sur les méfaits de la colonisation française en Afrique noire, une novélisation du scénario d'un téléfilm (Arte et France 2).
Serge Moati est également l'auteur d'une saga familiale, en mémoire d'un père socialiste, ami de Habib Bourguiba, ayant oeuvré à l'indépendance de la Tunisie, et en "conséquence" au départ de la famille pour Paris ... Villa Jasmin, Fayard, Paris, 2003 ; Du côté des vivants, Fayard, Paris, 2006.

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(L'antisémitisme) En France
André Figueras a l'air d'un brave homme, aimable et cultivé. Il ne se vautre pas dans la banalité vulgaire de la haine antijuive. Non, il décline d'une voix douce, sous les dehors d'un homme «bienveillant », cherchant sincèrement à « percer le mystère juif », toute la gamme de l'antisémitisme. De la tradition historique chrétienne et nationaliste au révisionnisme le plus récent.
André Figueras a accepté cet entretien en sachant que j'étais juif et en toute connaissance de mon projet. En toute confiance, aussi. Je l'en remercie. Cela se passait en juin 1990, dans son appartement. Derrière lui, une grande photo, très belle, de son fils dans les ordres. ...

- L'antisémitisme est une forme ancienne de racisme, très passionnelle, universelle, pourquoi? Parce que les juifs se sont rendus insupportables partout. Certains juifs ont quelquefois un comportement de supériorité ou de mépris qui peut provoquer des réactions d'animosité. Il y a aussi des raisons religieuses comme l'accusation du "peuple déicide". Mais l'Église qui condamnait "le peuple déicide" priait aussi pour la conversion des juifs, des "juifs perfides ", pour qu'ils acceptent la Révélation et deviennent chrétiens. Il n'était pas interdit à un juif de devenir chrétien. On a toujours accepté de les baptiser. Il n'y avait pas de rempart leur interdisant l'accès à notre communauté alors qu'en sens inverse, c'est beaucoup plus difficile. Si demain je voulais me faire juif, j'aurais beaucoup de difficultés. Le refus de l'autre me paraît plus important chez les juifs que chez les non-juifs.
« Ensuite, il y a des raisons d'ordre économique comme l'argent puisque les juifs prêtaient à usure. L'histoire de Shylock 1 est peut-être caricaturale, mais les gens qui voyaient venir l'instant où ils devaient rembourser des intérêts importants se disaient quelquefois que si on pouvait bousiller quelques usuriers ce serait plus simple que de les rembourser.
« Il y a ensuite une certaine forme de masochisme. Je comprends que l'on garde sa douleur et que l'on n'oublie pas. Honorer ses morts est tout à fait normal. Peut-être l'est-ce moins de toujours revenir à cela, de raconter tout le temps les mêmes choses. Nous avons tous dans notre histoire, des événements tragiques. Les protestants ont la Saint-Barthélemy, nous, catholiques, les Gardes de Vendée et bien d'autres déboires. On ne va tout de même pas en faire un motif de rupture avec les républicains ou avec les non-croyants...
«On a aussi augmenté le nombre des victimes, de la même façon que les communistes quand ils ont parlé au lendemain de la Libération de leurs 75 000 fusillés. Il n'y avait même pas eu 75 000 fusillés au total en France... Les chiffres sont toujours sujets à caution.
- Ah? Précisez...
- 6 millions, ça fait quand même beaucoup! Il faut les tuer. Il faut se débarrasser des corps. Si on avait exterminé 6 millions de juifs, il ne serait pas resté grand monde. Ce chiffre de 6 millions est exagéré. Je n'ai pas de moyens personnels de le vérifier, et d'ailleurs ça ne m'intéresse pas beaucoup de calculer ce nombre. Il est certain qu'il y a eu un massacre. Il est certain que c'est affreux, mais ces gens-là ne sont pas des martyrs. Le martyr, c'est celui qui meurt en confessant sa foi. Ces gens ont été pris et massacrés comme on massacrerait n'importe qui.
- Dans L'adieu aux juifs, vous écrivez: "Les juifs, non que je leur trouve une odeur désagréable ou que leurs mœurs me déplaisent, c'est une question de mentalité qui nous sépare et surtout une question de France... "
- Mais oui! Beaucoup de juifs français doivent être eux-mêmes écartelés: ils se sentent français et en même temps on tente de les écarter de la France. À cause de ce chantage à "la communauté de souffrance", un tas de juifs qui se sentaient peu juifs, qui vivaient très bien comme français, se sont laissés circonvenir et embrigader dans un jeu dangereux pour eux et pour nous. Dire: " la France est un pays antisémite" est une légende. Toute notre histoire prouve le contraire. ..."

M. Pierre-Bloch est à la tête d'une Ligue contre le racisme et l'antisémitisme. Pour que sa Ligue existe et pour qu'il ait lui-même, en tant que président de cette Ligue, un certain poids, il a besoin du racisme et de l'anti-sémitisme. Alors, comme il n'y en a pas ou pas beaucoup, il faut essayer d'en créer pour que ça donne de l'importance à la Ligue, lobby du prétendu antiracisme et du prétendu anti-antisémitisme.
« Certains juifs sécrètent l'antisémitisme, comme le foie sécrète la bile. Par tradition. Le juif en arrive à se dire: .. Voyons, qu'est-ce que c'est que d'être juif? C'est d'abord être persécuté. L'histoire n'est qu'un tissu de per- sécutions perpétuelles et universelles. Donc, si je suis juif, je dois être, moi aussi, un persécuté, sinon je ne suis pas juif. Mais pour être persécuté, il faut des persécuteurs. Donc pour que je sois juif, il faut qu'il y ait des anti-sémites. " Raisonnement absurde et démoniaque, mais qui existe dans certains cerveaux.
« L'antisémitisme, c'est le croque-mitaine des juifs. Ça sert à regrouper des gens qui, au fond, n'ont pas grand-chose de commun entre eux. Quel rapport y a-t-il entre un Rothschild et le petit cordonnier du coin? Ils ne vont pas ensemble à la synagogue. Ils n'y vont d'ailleurs probablement ni l'un ni l'autre. Quel est le lien entre eux? Je ne vois pas. Pourquoi crée-t-on ce lien sinon pour constituer une cohorte qui peut servir à provoquer certains événements ou certains mouvements de l'opinion?
La haine antisémite, p. 23, 25-26, 28-29

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L'Eglise catholique, Jean-Paul II
«Pendant deux mille ans, rappelle Sergio Minerbi, ancien ambassadeur d'Israël à Rome, l'Église a pratiqué ce que Jules Isaac a appelé "l'enseignement du mépris" à l'égard du peuple juif. Il fallait pour les pères de l'Église se séparer des juifs, dénigrer ceux qui demeuraient juifs et prouver à tous que devenir chrétien était la condition du salut.
« L'accusation de déicide portée contre le peuple juif a été partiellement levée en 1965 avec la déclaration Nostra Aetate du concile Vatican II. Mais au lieu de donner une absolution totale aux juifs, on a préféré ne faire porter la responsabilité de la mort du Fils de Dieu qu'aux contemporains de sa crucifixion. On n'a pas blanchi les juifs. On ne les a pas innocentés de ce crime. ...

« L'attitude de l'Église d'aujourd'hui vis-à-vis de la Shoah, du massacre organisé des juifs par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, est "plus délicate". En 1971, Jean-Paul Il, qui n'était encore que le cardinal Karol Wojtyla, avait déjà déclaré, à l'occasion de la béatification du père Kolbe, antisémite notoire qui s'était sacrifié pour un Polonais non juif à Auschwitz: "Nous avons construit des autels, des églises, des basiliques là où des martyrs chrétiens ont sacrifié leur vie au nom de la Foi. Nous devons le faire aussi à Auschwitz, à l'endroit où est mort Kolbe."
« Dans son discours du 1er mai 1987, prononcé en Allemagne pour la béatification d'Edith Stein, le pape a salué cette femme, née juive. Pourquoi l'Église a-t-elle choisi Edith Stein? Parce qu'elle était devenue chrétienne. Parmi les millions de morts des camps d'extermination, ils ont choisi précisément cette femme pour, d'une certaine façon, s'approprier le souvenir de l'Holocauste et son martyrologe.
« Il y a eu connivence entre le régime communiste polonais et l'Église catholique qui, elle aussi, a essayé d'oublier le juif en tant que tel. Lors de sa première visite à Auschwitz en 1979, le pape Jean-Paul Il a salué "les six millions... ". De juifs? Pas du tout. " ... les six millions de Polonais." Vieille méthode de récupération sur fond de Shoah.
« Le 1er septembre 1990, couvrant une grande manifestation à Varsovie, les correspondants de la télévision italienne ont parlé à nouveau des six millions de Polonais tués pendant la guerre. C'est déjà devenu un cliché.
«Lors de sa première rencontre avec une délégation juive, après avoir été élu, Jean-Paul Il a parlé de Pie XII en termes élogieux alors que son comportement pendant la guerre reste, pour le moins, très discutable. Nonce en Bavière depuis 1917, c'était un pro-germanique viscéral, convaincu du danger énorme du bolchévisme. Au nom de la civilisation chrétienne, il s'accommodait des méfaits d'Hitler qui repoussait le bolchévisme hors de l'Europe.
«Jean-Paul II réécrit l'Histoire. Il a dit notamment qu'en 1942, les évêques des Pays-Bas, en protestant contre les persécutions nazies, avaient conduit les Allemands à renforcer leur action criminelle. Donc, il laisse entendre que Pie XII s'est comporté de façon intelligente et réfléchie, avant de réagir officiellement. Le maréchal Pétain avait envoyé au Saint-Siège son ambassadeur pour sonder le Vatican avant de promulguer les lois antisémites de Vichy. La réponse avait été: aucun problème.» ...

« Le peuple juif est le peuple de la mémoire, explique René Samuel Sirat, ancien grand rabbin de France. On ne pouvait pas laisser le carmel à l'intérieur du camp d'Auschwitz. C'est précisément à cet endroit que l'interrogation se pose dans son horreur la plus totale. Pourquoi cette souffrance gratuite? Dans ce lieu d'horreur, dans ce lieu de mort, dans ce lieu où personne n'est venu au secours de ces enfants, de ces vieillards, de ces hommes, de ces femmes, nous devons constamment rappeler ce verset des Psaumes: .. Pour toi, Seigneur, le silence seul est prière. " La véritable prière à Auschwitz, c'est le silence. «Que les carmélites restent de l'autre côté du camp pour prier, aucun problème. Mais à l'intérieur du camp, non. Nous ne pouvons pas accepter de voir banaliser l'horreur d'Auschwitz. Lorsque j'ai rencontré le primat de Pologne, le cardinal Glemp, il m'a dit: .. Monsieur le grand rabbin, vous oubliez qu'un million huit cent mille Polonais sont morts à Auschwitz. - Si je comprends bien, monsieur le cardinal, lui ai-je répondu, quarante ans après la Shoah, vous accordez la nationalité polonaise à tous les juifs de France, de Belgique, de Roumanie, d'Italie, de Hongrie, de toute l'Europe, en somme. Et puis, dans quelques années, vous allez les considérer comme des baptisés en puissance. Nous ne pouvons pas l'admettre. Laissez aux martyrs juifs leur caractère de juifs. Nous ne pouvons pas tolérer que sur le lieu de la souffrance juive à son paroxysme puisse se produire une telle récupération. " Si les regards pouvaient tuer, celui du cardinal Glemp m'aurait terrassé sur place. Notre entretien s'est arrêté net ...

À l'automne 1990, une information filtre du Vatican: on parle d'un projet de béatification d'Isabelle la Catholique. Isabelle la Catholique? La communauté juive sursaute, incrédule.
À l'aube de la Renaissance, Isabelle (1451-1504), reine de Castille, femme de Ferdinand, roi d'Aragon, signe le décret d'expulsion des juifs du royaume d'Espagne. Sur ordre du Grand Inquisiteur Torquemada, d'un trait de plume elle raye l'existence de cette communauté présente depuis des siècles dans la péninsule ibérique, parfaitement intégrée, et qui vit en harmonie avec les chrétiens et les musulmans. L'année même où Christophe Colomb (juif?), le l'autre côté de l'Atlantique, découvre le Nouveau Monde.
Fuir, se convertir ou mourir. Le choix est implacable. 300 000 juifs espagnols prennent le long chemin de l'exil. Éparpillés désormais entre le Moyen-Orient, l'Italie, le maghreb, les pays du Nord et la France. C'est la grande diaspora sépharade. 50 000 autres tentent de composer et choisissent de rester. Ils se convertissent. En réalité, ils n'abandonnent pas leurs traditions religieuses dont ils observent toujours les commandements en secret et dans la terreur d'être découverts. Leur soumission officielle ne satisfait personne. On soupçonne ces «nouveaux chrétiens », surnommés les marranes, (« cochons », en espagno1...) de pratiquer en cachette leur foi. Il leur est donc nterdit de postuler à certains emplois officiels, à certains honneurs, de suivre le cursus normal de l'enseignement.
Il y a pire: entre 1483 et 1498, Torquemada instruit lO 000 procès et envoie 2 000 conversos au bûcher. Dans son Histoire des Juifs, Paul Johnson affirme que l'Inquisition mena, jusqu'en 1790, 340 000 procès, laissant derrière elle 32 000 victimes.
Évoquer, cinq siècles plus tard, le projet de béatification d'Isabelle la Catholique, c'est agiter le chiffon rouge de la provocation. « L'Église veut-elle faire payer aux juifs le déplacement du carmel d'Auschwitz par la béatification d'Isabelle? », réagit Jean Khan, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France.
Finalement, au bout de quelques mois, le Vatican recule et fait savoir que l'idée est abandonnée. Définitivement? En 1992, Juan Carlos, roi d'Espagne, lointain suc- ;:esseur d'Isabelle la Catholique, abrogera solennellement le décret d'expulsion de mars 1492 et demandera officiellement pardon au peuple juif.
Ibidem, p. 89, 90-91, 96-97

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A l'Est
Grand reporter, éditeur, écrivain, auteur, entre autres, des Rendez-vous d'Irkoutsk, Jean-Claude Guillebaud nous ouvre ses carnets de voyage dans une Mitteleuropa qui s'ébroue après quarante ans de dictature communiste. Cette Europe renoue avec une liberté d'expression et un nationalisme qui charrient le meilleur et le pire.
« Entre 1920 et 1940, la Pologne, la Hongrie, la Roumanie ont connu des partis fascistes et des mouvements antisémites très forts. Avec ce passé exhumé, la question juive remonte à la surface. L'ivresse de parole laisse libre cours à un nouvel antisémitisme populaire, d'autant plus étrange qu'il n'y a dans ces pays quasiment plus de juifs.
« Le fond de l'air est antisémite. Ces pays sont déboussolés, en proie à une grave crise économique, à une paupérisation croissante. Le climat y est donc propice à la montée de mouvements populistes et démagogiques qui savent toujours désigner les boucs émissaires traditionnels et dénoncer des "complots" imaginaires alors que « l 'antisémitisme d'Etat ", qui sévissait encore dans les régimes communistes, avait diminué d'intensité au point même de disparaître!
«Aujourd'hui, le climat général d'anticommunisme forcené est nettement teinté d'antisémitisme. On accuse les juifs d'avoir dirigé l'appareil stalinien. Cela s'explique aisément: une bonne partie des intellectuels juifs, réfugiés en URSS pour fuir le nazisme, sont revenus à la Libération prendre les commandes de leur pays. Dans les fourgons de l'Armée rouge.
« Il est vrai qu'un grand nombre de juifs, sincèrement communistes, ont cherché à bâtir le socialisme. Le communisme a incarné un grand rêve de modernité. L'internationalisme prolétarien, conçu et ressenti comme une apothéose de la modernité, est aussi une utopie cosmopolite.
« Les plus modérés s'excusent aujourd'hui: .. Nos réflexes qui vous paraissent antisémites ne sont que le prolongement de notre anticommunisme.. Il n'est pas rare d'entendre dire que "le marxisme est une invention du judaïsme; les juifs ont fait la révolution donc le communisme est lui-même un complot juif."
Ibidem, p. 99-100

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Les polonais
« Les Polonais ont quelques excuses historiques », suggère Gabriel Meretik, journaliste français d'origine polonaise, auteur d'un livre sur le coup d'État de Jaruzelski : La Nuit du général.
«Avant la guerre, les juifs représentaient à peu près 10 % de la population polonaise. Si l'on se réfère aujourd'hui aux querelles autour de la notion de .. seuil de tolérance", c'était vraiment beaucoup! Cette communauté qui manifestait une grande cohésion était fortement exotique pour une population encore analphabète qui sortait d'un siècle et demi de servage. Les juifs des petites bourgades de l'est de la Pologne (les shtetls) se promenaient avec leur barbe, leur manteau de renard, leur chapeau et parlaient une langue étrangère, le yiddish, proche, si proche, de l'allemand honni.
«La Pologne n'a conquis son indépendance qu'en 1918, après un siècle et demi de dépeçage. Elle qui devait tout créer, tout imaginer, se retrouvait avec cette forte mino- rité juive qui pratiquait une autre religion, avait d'autres mœurs. Quand on voit aujourd'hui les problèmes que pose l'immigration dans des pays aussi développés que la France ou la Grande-Bretagne dont l'existence en tant que nation est si ancienne, on comprend mieux ce qui a pu se passer en Pologne.
«La conscience nationale polonaise n'a survécu que grâce à l'Église catholique, ferment d'une unité perdue et espérée. Cette Église était conservatrice et rétrograde. Elle en référait aux fondements mêmes du dogme et notamment à l'accusation de "peuple déicide" contre les juifs.
« Les juifs en Pologne tenaient une partie du commerce. En réalité, ils étaient "condamnés" à tenir le commerce puisqu'ils ne pouvaient, comme en France, ni exploiter des fermes, ni se livrer à d'autres activités économiques. Et dans la mentalité du paysan polonais, le juif était l'exploiteur. Celui qui prêtait de l'argent. Donc les jours où ça allait mal, et ça allait souvent très mal, c'était la faute des juifs. Toute une partie de la Pologne avait été marquée par son appartenance à la Russie tsariste et avait hérité de la pratique, bien russe, des pogroms.
« Les juifs passaient, paradoxalement, pour des "privilégiés". Ceux qui parvenaient à s'intégrer et à s'assimiler devenaient docteurs, écrivains. Le diplôme était leur salut, la modernité leur espérance. Avant la guerre, dans les universités polonaises, les étudiants catholiques avaient exigé, avec l'aide de certains professeurs, l'instauration d'un numerus clausus. " Il est inadmissible, disaient-ils, que les juifs qui ne représentent que 10 % de la population puissent représenter 25 % des étudiants"! Les étudiants juifs avaient l'obligation d'être assis sur des bancs spéciaux dans les universités. Mais la plupart d'entre eux refusaient et restaient debout. Souvent des activistes envahissaient les amphis avec des matraques pour tabasser les juifs. Des étudiants ont été tués en 38-39. Lorsque les Allemands sont entrés en Pologne, ils sont arrivés dans un pays préparé, acquis à l'antisémitisme. Le plus grand péché des Polonais n'est pas leur participation à l'extermination, mais leur indifférence!
Ibidem, p. 103-105

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En Russie
Une fois encore, on reproche aux juifs tout et le contraire. Les anticommunistes font remarquer que tous les leaders communistes sont juifs; les nationalistes que les juifs sont des « laquais antisoviétiques de l'Occident» et les nostalgiques les accusent d'avoir créé l'idéologie qui a perdu la grande Russie. « L'antisémitisme aujourd'hui est une forme cachée de l'anticommunisme », confirme Tankred Golenpolski, directeur d'une revue en yiddish qui a toujours affirmé, avec un réel courage, son identité. «Les journaux anti- sémites écrivent: " Qui a fait la révolution? Rien que des juifs. Trotsky, Zinoviev, Kamenev, Lénine. Tous juifs! Ils ont tué le tsar. Ils ont détruit l'Église. Le socialisme n'est pas un concept russe, c'est un concept étranger. Marx était baptisé mais juif. Le communisme est un complot judéo-maçonnique juif allemand. " « L'antisémitisme est un bon moyen pour toucher en même temps les juifs et les communistes: " Que voulaient ces juifs qui ont fait la révolution? Détruire les Russes. " Les antisémites parlent même d'un" génocide russe en 1937 ". «Staline s'est débarrassé de tous les juifs du mouve- ment révolutionnaire qui le gênaient. Ont ainsi été liqui- dés: Trotsky, Zinoviev, Kamenev, Iagoda. Personne, bien sûr, ne prononçait le mot d'antisémitisme. Tout le monde parlait de lutte pour le pouvoir. Des trains étaient même prêts à partir pour déporter les juifs en Sibérie. Heureuse- ment, la mort de Staline a mis fin à ce projet. «Aujourd'hui, l'antisémitisme est une forme latente d'antiperestroïka. En janvier 1990, lors d'un meeting orga- rlisé par l'association des écrivains, des affiches procla- maient : " Yakovlev ( Alexandre Yakovlev, théoricien le plus actif de la perestroïka, membre du Politburo et du Conseil présidentiel jusqu'en juillet 1991, date à laquelle il a démissionné de ces fonctions pour marquer son désaccord avec la politique menée par Gorbatchev) est un espion judéo-maçonnique. "
Ibidem, p. 137

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Aux Etats-Unis d'Amérique
«Je m'appelle Tom Metzger. J'habite à Barbara en Californie du Sud, près de la frontière du Mexique. Je dirige le mouvement The White Aryan Resistance (la Résistance des Aryens blancs).
« Pour nous, l'identité nationale est liée directement à la race et à la culture. Sans une race et une culture homogènes, point de nation. Il ne peut pas exister d'État multiracial et multiculturel. Une nation ne peut être constituée que d'individus d'une seule et même race. Nous sommes partisans d'une véritable lutte à mort de la race blanche pour sa survie.
«Il n'est pas possible, selon nous, d'être Américain et juif. Les Sémites s'arrogent tous les droits du monde. Je suis profondément antijuif parce que ces Sémites qui viennent du Proche-Orient adhèrent à une idéologie criminelle, le judaïsme. Ils prétendent que je suis antisémite. C'est possible mais eux sont surtout antiaryens, donc je ne me sens pas coupable en les attaquant. Je me défends. C'est tout. «J'ai réussi à rendre notre pays plus conscient des différences raciales. Avant d'agir physiquement, il faut toucher les esprits. Nous utilisons toutes les méthodes de communication modernes (la télévision, le téléphone, le fax, les jeux vidéo) pour transmettre efficacement nos idées. Je publie un journal. Je dispose d'un programme sur une chaîne de télévision. En toute légalité.
«Nous croyons que la race aryenne, car il existe une race aryenne, a commencé à s'épanouir il y a près de quatre mille ans avant J.-C. au Moyen-Orient, dans des pays comme la Mésopotamie, l'Irak actuel, qui ont tou- jours été en guerre contre les Sémites, leur ennemi princi- pal. Relisez la Bible, chrétienne ou juive. Elle démontre que des guerres entre les peuples aryens et les peuples sémites ont toujours eu lieu. Cette lutte durera toujours. Malheureusement, une majorité de gens ont été détournés de ce combat par le judéo-christianisme qui n'est rien d'autre qu'une ruse des juifs pour intimider et vaincre les peuples aryens.
«Je suis pour la séparation des races. Je lutte contre celles qui veulent détruire la nôtre, s'emparer de notre territoire, prendre nos maisons, nous chasser de nos emplois et ruiner notre avenir.
« Je suis antisémite. Pas seulement contre les juifs d'ici mais aussi contre tous les juifs de l'étranger qui ne devraient pas diriger l'Europe, ni se mêler du gouvernement de l'Amérique. Cela doit faire partie de leur nature! Les juifs veulent toujours dominer les autres. Où qu'ils aillent, ils sont attirés par le pouvoir.
« L'extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale est un mythe. 55 millions de personnes sont mortes au cours de ce conflit. Alors, je ne vais pas pleurer pour les prétendus 6 millions de juifs! Comme si chaque problème dans le monde devait toujours être considéré par rapport aux juifs! Les Russes qui ont perdu 22 millions de compatriotes ne passent pas leur temps à pleurnicher ou à demander des réparations. Les juifs nous emmerdent! C'est une guerre. Je suis un combattant.»
Ibidem, p. 143-144

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Les "blacks" américains
Louis Farakhan, prêcheur noir, mobilise les masses et mène, en effet, une croisade contre « l'homme blanc ». Et qui symbolise au mieux l'homme blanc, son pouvoir, sa richesse? Le juif, bien sûr...
Chorégraphie folle et précise: superproduction à l'américaine. Les meetings monstres de Farakhan font peur. Il mobilise des foules énormes, fanatisées, unies dans une haine terrible contre les Blancs. Milice armée, chants, danses, prières, battements de mains. L'excitation est à son comble. Nous sommes les seuls Blancs admis dans la salle. Nous avons peur. Des dizaines de militants fort musclés ne nous quittent pas des yeux. Ils sont armés. Nous sommes sous haute surveillance...
« Israël, vocifère Farakhan, représente la race blanche. Prenez un dollar. Regardez le sceau du président qui se trouve au verso. Il y a treize étoiles. En reliant ces treize étoiles entre elles, on obtient une étoile de David! Israël représente l'homme blanc, cette bête immonde aux yeux bleus, qui ne réussira pas, grâce à Allah, à détruire nos frères !"
Au sein du mouvement de Louis Farakhan, les juifs sont désormais haïs au point d'être accusés publiquement d'avoir inoculé le virus du sida aux enfants noirs. Chez Farakhan, on répète: « Les juifs veulent exterminer les Noirs!» Pas moins... La foule exulte, hurle sa colère. Grondements sourds. La haine explose. Elle vient des faubourgs si pauvres et des ghettos blacks. Elle peut se déverser.
La communauté juive américaine compte aujourd'hui six millions de membres (moins de 3 % de la population du pays), dont deux millions pour la seule New York.
Ibidem, p. 148-149

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L'ONU
ONU, 1975: «Le sionisme est une forme de racisme...»
Le 10 novembre 1975, à New York, au cœur de la plus grande ville juive du monde, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté par 72 voix pour, 35 contre et 32 abstentions, une résolution affirmant que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale...»
Tous les pays arabes, les pays musulmans, les pays communistes sauf la Roumanie de Ceausescu qui n'a pas pris part au vote, et un certain nombre de pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine ont approuvé la résolution. En revanche, les États- Unis, la Grande-Bretagne, la France et la plupart des pays occidentaux ont voté contre.
Les observateurs à l'époque rapportent que le débat et les votes successifs se sont déroulés dans une atmosphère de très grande passion. La plupart des délégués estimaient qu'il s'agissait de la séance la plus importante de la session. Des porte-parole occidentaux n'ont pas hésité à mettre en garde l'Assemblée, affirmant que les Nations unies pourraient bien ne pas survivre à ce vote.
L'ambassadeur des Etas-Unis à l'ONU, Daniel Moynihan, qualifia cette résolution d'« acte obscène ». Et l'ambassadeur d'Israel aux Nations unies, Haïm Herzog, futur président de l'Etat hébreu, déclara même: « Cette journée laissera le souvenir d'une infamie. Hitler se serait senti chez lui dans cette salle. »
10 novembre 1975. Jour de gloire pour l'antisionisme qui recevait ainsi et de façon éclatante une consécration officielle et internationale. Les victimes du plus odieux des racismes et leurs enfants étaient donc qualifiés eux-mêmes de « racistes ». Le tour était joué. Sinistre.
Ibidem, p. 159

10
La solution sionniste
Ancien animateur du Comité de soutien aux juifs d'URSS dans les années 70, ancien secrétaire général du Mouvement sioniste de France et auteur d'un maître livre sur L'antisémitisme français, aujourd'hui et demain, l'économiste Simon Epstein, installé depuis 1974 en Israël, répond: « Un vieil adage sioniste affirme: " On ne doit pas chercher à expliquer l'antisémitisme. " Il est trop permanent et trop irrationnel. Les partisans de l'émancipation pensaient que celle-ci en marquerait la fin; les juifs de gauche croyaient que la révolution ou le socialisme sonnerait le glas de tous les racismes. Les sionistes n'ont jamais prétendu qu'Israël mettrait un terme à l'antisémitisme. Ils ont simplement dit: " Israël résoud le problème juif. " Le problème d'un peuple dispersé qui n'est pas maître de son destin, qui dépend trop des autres peuples.
«Le sionisme a toujours affirmé résoudre la question juive et non combattre l'antisémitisme. Sa thèse de base est: "Je ne cherche pas à extirper l'antisémitisme de la tête des non juifs." Les antisémites disent aux juifs: " Partez!" et les sionistes: "Rentrons." Pour les sionistes, toute assimilation est impossible. Elle est même nuisible car elle dilue un peuple qui possédait autrefois sa culture, son histoire, son passé, sa langue. " Vivons notre histoire dans notre propre pays et nous serons en sécurité. "
Ibidem, p. 169

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Pour Israël
Où les juifs sont-ils les plus menacés dans le monde? En Israël ou dans la diaspora? « Il n'y a pas de lieu au monde où les juifs soient le plus en danger qu'en Israël, note François de Fontette (François Pontenay dit de, note) dans sa Sociologie de l'antisémitisme, et il est bon pour la survie de la communauté juive que tous ses éléments n'y soient point rassemblés; c'est ce que le Talmud lui-même ne manque point de souligner : " Dans la mesure où une société persécutée est dispersée, elle a moins de risques d'être exterminée, puisque, lorsqu'elle est massacrée dans un endroit, elle peut survivre ailleurs."»
Ruth Aniel, rencontrée dans un kibboutz du nord du pays, répond pourtant différemment à cette interrogation permanente et cruciale: «Le judaïsme dans le monde n'a plus beaucoup de sens. Il n'a aucun avenir. Il ne peut exister qu'ici, en Israël. Mon frère et ma sœur vivent en France. Leurs enfants sont, certes, moins en danger que les miens. Mais, à plus long terme, si, un jour, il arrive quelque chose, moi, je pourrai réagir, pas eux. Si Drancy revient, si Auschwitz revient (et ça peut venir très vite), j'ai, ici, derrière moi, tout un peuple.»
Quelques jours plus tôt, sur les hauteurs dégagées de la ville de Kiriat Arbat (au cœur de la Cisjordanie occupée), Shalom Wacht, rabbin et ancien maire de la colonie de peuplement, nous disait: « Ça ne sert à rien de lutter contre les ténèbres. Il vaut toujours mieux allumer la lumière. Nous avons réussi à refermer le cercle de l'exil. Chaque jour que nous vivons ici, chaque arbre que nous plantons ici, chaque maison que nous bâtissons ici, chaque enfant qui naît ici, ce sont autant de gifles à la face des antisémites...»
Ibidem, p. 177

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