Arezki Metref

Ecrivain et journaliste algérien. Auteur notamment de Algérie, chroniques d'un pays blessé, Domens, Paris 1998.

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L'ennui avec les guerres modernes, c'est qu'on ne finit jamais d'en découvrir l'horreur. En toute hâte, la propagande occidentale, à forte coloration américaine, s'était empressée, dès la dernière bombe expédiée sur Bagdad, de tirer le bilan de l'offensive alliée contre les troupes de Saddam Hussein.
La guerre avait été "propre", et les frappes "chirurgicales". Et du côté de la coalisation occidentale, on avait, à quelques incidents près, réussi une guerre "zéro mort".
Dix ans plus tard, que reste-t-il de ce discours ? Le sentiment d'une immense imposture. Saddam est toujours là, le peuple irakien, déjà saigné par la guerre, est meurtri par un embargo qui sème la famine et les épidémies, tandis que des bombardements sporadiques continuent en toute illégalité internationale.
La "guerre du droit" est bien loin. Et comble d'ironie, les soldats américains, britanniques, et même français souffrent et meurent du syndrome du Golfe, dû probablement à l'utilisation d'uranium dit appauvri par les alliés.
Même la notion "zéro mort" est donc aujourd'hui ridiculisée. La guerre tue, inégalement, mais elle tue de part et d'autre.
Dix ans de malheur. Irak. Bagdad commémore sous les bombes l'anniversaire d'une guerre qui n'en finit pas de tuer. Retour sur une immense imposture. Politis, 1er février 2001, p. 16.

2
La guerre du Golfe n'a pas cessé de tuer. Aux centaines de milliers de victimes de "Tempête du désert" s'ajoutent d'autres, beaucoup plus nombreuses, de l'embargo et celles des attaques plus ou moins importantes, comme "Renard du désert" en 1998.
Toutes ces attaques visent l'objectif machiavélique de tenir l'Irak dans un état de faiblesse chronique sans laisser le pays ni son distateur s'effondrer. Cette mort à petit feu retentit d'abord sur la population civile. Si elle compromet le rayonnement international de l'Irak, elle augmente, au contraire, le prestige en Irak et dans le monde arabe de Saddam Hussein, considéré comme le dernier résistant à l'expansionnisme américain dans un monde sans résistance sérieuse.
Ibidem.

3
L'Onu, cautionnant honteusement l'agressivité américaine à l'égard du peuple irakien, n'a jamais joué autant que dans cette affaire en faveur du plus fort.
S'il fallait un seul chiffre pour expliquer l'acharnement des Etats-Unis et de leur féal saoudien à maintenir l'Irak sous cet embargo inhumain, il suffirait de dire que Ryad a empoché 120 millions de dollars supplémentaires en huit ans, obtenus gràce au contingentement de la production de pétrole irakien. Une grande partie de ce pactole est reversée aux Etats-Unis pour l'achat d'armes.
Ibidem.

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