Anne-Sophie Mercier

Journaliste. A fait ses études à l'école des Hautes Etudes Commerciales (HEC) et à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Sciences-Po).
Pendant les années 90, elle travaille pour plusieurs magazines et journaux dont " L'Evénement du Jeudi " et le " Parisien ".
De 1999 à juin 2002 elle est journaliste chez "I-Television".
En 2005 journaliste de radio (RTL) et de télévision (Arte, Paris Première).
2n 2009 journaliste à Charlie-Hebdo.

Auteure de Les 700 jours de Lionel Jospin, Plon, Paris 1997 ; La vérité sur Dieudonné, Plon, Paris, 2005.

Ordonnance de référé obligeant à la suppression de certains passages du livre dans les éditions ultérieures, et à un avertissement pour la première édition : "Par ordonnance en date du 2 novembre 2005, le Président du Tribunal de grande instance de Paris statuant en référé a jugé que : le livre intitulé "La vérité sur Dieudonné" écrit par Madame Anne-Sophie MERCIER contient des passages injurieux aux pages 30, 31, 32, 33, 47, 48, 98, 99, 154, 186 et 187 à l’égard de Monsieur Dieudonné M’BALA M’BALA "dit" Dieudonné."

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Antisémite ? (judéophobe ?)

Accusé d'antisémitisme, la ligne de défense de Dieudonné tient essentiellement en deux points.
Point numéro un, il n'a jamais perdu un procès.
Point numéro deux, l'holocauste n'est pas son histoire. «Je suis un descendant d'esclaves. Je n'ai pas participé à la persécution du peuple juif. Je suis extérieur à tout cela. Je ne vois pas pourquoi je dois demander pardon et me justifier sans fin. » Phrase répétée mot pour mot lors d'un entretien avec l'auteur, le 22 avril dernier (2005). Etonnante déclaration qui, sous prétexte de reconnaître les persécutions faites aux Juifs et de s'en dédouaner, lui permet d'installer l'idée que l'antisémitisme est une affaire qui se joue exclusivement entre Blancs, mais surtout que les Juifs ont une telle emprise sur la société qu'il faut sans cesse «demander pardon» et « se justifier ».

Au passage, on pourra sourire de l' affirmation, en direction du public noir: «Je suis un descendant d'esclaves. »
Le père de Dieudonné, Camerounais, n'a de ce fait rien à voir avec les descendants d'esclaves afro-américains ou antillais. Quant à sa mère, elle est blanche et nantaise, donc originaire d'une ville qui fut la capitale de la traite négrière pendant des siècles. Dieudonné a donc plutôt des chances d'être un descendant... d'esclavagistes.
La vérité sur Dieudonné, p. 16-17

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C'est ce terrorisme intellectuel-là qui lasse parfois l'opinion et permet à Dieudonné de trouver des oreilles complaisantes pour ses « transgressions ». Il n'y a rien de plus insupportable que la vérité officielle. La moindre voix dissonante fait l'effet d'un bol d'air frais. Surtout quand certains de ses détracteurs sont confondus pour mythomanie.

Alex Moïse est secrétaire général de la Fédération sioniste de France. L'année dernière, il a poursuivi Dieudonné de sa haine des mois durant avec quelques centaines de ses sbires, s'arrangeant pour faire annuler ses spectacles en bombardant de coups de téléphone menaçants des municipalités qui lui louaient des salles. Ce qui a bien fonctionné, puisque la crainte des troubles à l'ordre public a entraîné maintes annulations.
Mais il y a un petit hic. Alex Moïse, grand chasseur d'antisémites, a une fâcheuse tendance à s'envoyer à lui-même des messages antisémites pour aller ensuite porter plainte pour menaces et injures... antisémites! Confondu par la police, il a été condamné en mai 2004. Alex Moïse, Dieudonné peut lui dire merci.

Un grand merci aussi à Roger Cukierman, actuel président du Crif, qui, au lendemain du 21 avril 2002, se félicita du score de Jean- Marie Le Pen, car, expliqua-t-il, «c'est une incitation pour les musulmans à se tenir tranquilles ». Pour cette déclaration, il n'y eut aucune poursuite judiciaire. Une phrase qui n'aura pas contribué à faire baisser l'antisémitisme.
Ibidem, Antisémite ?, p. 22-23

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Ainsi, voici rassemblées les pièces du dossier.
Dieudonné et ses amis ne s'en prennent donc pas seulement aux Israéliens, aux « sionistes », mais au «peuple élu» et aux Juifs dans leur ensemble. Ces déclarations ne relèvent pas toutes de la loi Gayssot, cependant leur accumulation suffirait amplement à démontrer l'antisémitisme de leur auteur.
Dire: «J'ai vu la Terre promise et j'ai vomi» (« 1905 »(?)) n'est certes pas constitutif en soi du délit d'antisémitisme; faire également un bras d'honneur au « peuple élu» (« Mes excuses ») non plus; lancer « Isra-heil! » pas davantage: mais l'ensemble pose quand même problème!

Reste à comprendre pourquoi. Pourquoi la rage de Dieudonné s'est-elle déplacée sur les Juifs? Pourquoi cette focalisation qui ressemble à de la maladie mentale?
Là, les avis divergent. On pourrait se livrer à une psychanalyse sauvage de Dieudonné via les témoignages de ses amis et de ceux qui ne le sont plus. Un père parti fonder une deuxième famille au Cameroun, la difficulté d'être métis, une quête d'identité, une jouissance de la chute, un désir de puissance, etc.
Peut-être. Au fond, la tentative n'aurait qu'un intérêt limité dans le cadre de ce livre qui se propose de décrire et d'analyser une démarche politique.
Ibidem, p. 42-43

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Que veut-il ?

Le 25 mars paraît un texte écrit à l'initiative du mouvement sioniste de gauche Hachomer Hatzaïr et Radio Shalom, ainsi que de personnalités comme Alain Finkielkraut, Jacques Julliard et Bernard Kouchner. Ce texte dénonce des «ratonnades anti-Blancs» lors des manifestations lycéennes contre le projet Fillon les 15 février et 8 mars (2005) à Paris.
Celles-ci ont en effet été troublées par plusieurs agressions, souvent à coups de pied et de poing, par de jeunes garçons d'origine afiicaine contre des lycéens blancs. Si la dimension raciale des agressions paraît difficilement niable, fallait-il agir avec cette précipitation, au risque d'augmenter encore les crispations?
D'autant que l'affaire semble bien plus complexe que ne le dit la pétition. Le journal Le Monde a mené une enquête, publiée dans son édition du 14 avril. Ses conclusions sont nettement plus nuancées. Des témoignages d'agresseurs ont certes mis en avant leur désir de « casser du petit Blanc ». Mais un haut responsable des renseignements généraux parisiens, interrogé par les journalistes, estime: « Il ne s'agit pas là d'un racisme pur, comme on peut le voir au moment des matchs au parc des Princes. Dans cette manifestation, le vol était la première motivation. »
Ibidem, Que veut-il ?, p. 75-76

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Les coups les plus rudes contre les élites noires modérées viennent parfois de ceux dont elles se réclament ...

Le 5 mars, Dieudonné est à Fort-de-France. Il vient certes présenter son spectacle, mais il est surtout là pour se faire photographier aux côtés d'Aimé Césaire. Le chantre de la négritude l'accueille chaleureusement et lâche: «Il est jeune, il va à l'essentiel, il a mon soutien. »

Une vraie bénédiction. Dieudonné exulte, la photo de la rencontre avec l'auteur du Discours sur le colonialisme fait la une de France-Antilles. La phrase de Césaire est reprise en boucle sur tous les sites intemet de soutien à Dieudonné. Certes, Césaire a quatre-vingt-douze ans, et Pap N'Diaye n'hésite pas à parler de captation d'héritage. Mais le geste du «Vieux» fera du bruit dans la communauté antillaise.
Ibidem, p. 77-78

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Compagnon de route des islamistes ?

Dans ses diatribes antijuives, Dieudonné associe désormais Noirs et Arabes. « Il y a plus de jeunes de confession juive qui affichent la haine de l'Arabe que l'inverse. Les Arabes et les musulmans sont ceux qui sont victimes des discriminations en France. Ils sont considérés comme des citoyens de seconde classe. Les Noirs, n'en parlons même pas. Les Noirs n'ont droit à rien, nous sommes considérés comme des singes. »

Il ne manque jamais d'évoquer «le système d'apartheid mis aujourd'hui en place en Palestine, comme hier en Afrique du Sud». «Les pays qui ont collaboré avec les nazis sont fortement mis sous pression par les enfants des victimes juives. Notre peuple aussi a droit aux réparations. On interdit aux Africains de consulter leurs archives, leur passé, comme on interdit aux Palestiniens de retourner sur leurs terres volées. »
On notera avec intérêt que la figure du Juif se révèle une fois de plus décisive pour sauter d'un thème à l'autre sans la moindre cohérence et appliquer la stratégie du millefeuille.
Ibidem, p. 99-100

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Mais Dieudonné a aussi d'indéniables faiblesses. « Il est la victime de son inculture et de sa volonté farouche d'être reconnu comme politique », analyse Noël Mamère. Le député-maire de Bègles pense que Dieudonné ne sait pas tout sur Ginette Skandrani, qu'il n'a pas parfaitement compris quelles sont ses connexions, et qu'il n'a pas saisi non plus la dangerosité de l'UOIF (Union des organisations islamiques de France).
Une analyse partagée par Pascal Boniface, ami de Dieudonné, frappé par sa «naïveté».
Naïf et pas toujours bien informé. Si ces deux bons connaisseurs du personnage disent vrai, il a bien fallu que quelqu'un dans l'entourage de Dieudonné prenne langue avec les Neturei Karta, dont il faut connaître l'existence et qu'on ne rencontre pas à tous les coins de rue. IL a bien fallu que quelqu'un organise la discrète visite au meeting de l'UOIF. Il a bien fallu mettre au point la rencontre avec Affani Fassassi. Dieudonné est bien entouré.

La convergence entre Dieudonné et certains islamistes est évidente. Amitiés communes, et surtout but commun: fragiliser un Etat républicain honni en tapant sur les failles. Dieudonné n'est pas musulman, ce qui en fait un partenaire de choix, mais limite aussi la collaboration. En somme, une alliance de circonstance et d'intérêt, mais qui peut durer.
Ibidem, p. 106-107

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Crédible ?

Bref, Dieudonné, quand il ne parle pas des Juifs ou d'Israël, développe un discours victimaire et protestataire de type adolescent: un peu court pour gérer le quotidien d'une commune. Il a donc un discours, mais pas de programme crédible. Interrogé sans rire sur ce que serait un «gouvernement Dieudonné», il répond à la presse en 2001 que celui-ci serait constitué de personnalités telles que Djamel Debbouze, Daniel Prévost, Emmanuelle Béart, Guillaume Depardieu ou Albert Jacquart.

Dieudonné étant issu de la gauche anti-raciste, ses pires détracteurs viennent logiquement de ce camp-Ià. Leurs attaques portent en général sur le manque de convictions du personnage. « C'est un antiraciste de circonstance. Il ne fait aucunement partie de cette génération :le gens engagés qui ont pris des risques et sont venus sans rien demander. Il s'est mis en scène tout de suite. Son combat contre le racisme, il l'a mis au service de lui-même », se souvient Julien Dray, fondateur et ex-président de SOS-Racisme.

Dominique Sopo, l'actuel président, va encore plus loin. «Dieudonné est un démago dans l'âme qui a toujours eu le goût de La simplification. Quand l'époque était à la fraternité, au blanc-black-beur, il était pote avec Semoun et militait chez nous. Maintenant que l 'heure est au repli frileux, au communautarisme, il est à fond là-dedans. »
Ibidem, Crédible ?, p. 117-118

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Lynché ?

1990. Dieudonné fait ses débuts avec son copain Elie Semoun, qu'il a rencontré quand ils étaient en terminale. Elie était de la bande d'Antony, Dieudonné sévissait du côté de Verrières-le-Buisson. Les gamins décident de mettre à profit la capacité qu'ils ont en soirée à amuser leurs congénères.
Le duo se forme, présente ses premières créations à une Muriel Robin hilare et brûle les planches quelques mois plus tard au Café de la Gare, sur la scène mythique qui vit exploser Coluche, Romain Bouteille, Miou-Miou, Dewaere et Rufus.

La suite est connue. Les spectacles s'enchaînent, les succès aussi. Ce couple étonnant, un petit Juif nerveux genre mauvais comme la gale, et un balèze plutôt bronzé qu'on n'a pas envie de titiller, fait un triomphe au Splendid. On se précipite pour voir Hans, dit « la hyène de Berlin, un corps chétif dans un esprit malsain », et son copain Otto, dit «le boucher de Düsseldorf, 100 kilos de muscles et un cœur de pierre».
Le public adore leur duo de bouchers homosexuels qui passent du «phoque à l'âne», et plébiscite «Cohen et Bokassa», sketch sans doute le plus audacieux jamais écrit sur les Juifs et les Noirs.
Ils sont corrosifs, ils jubilent, ils osent tout, on ne parle que d'eux. La rencontre avec Elie en 1990, la reconnaissance du public et des médias dans la foulée. Dieudonné, qui aura connu la réussite en moins d'un an, quand certains artistes en mettent vingt à se faire connaître, peut-il décemment parler de racisme à son encontre?
Flingué par le show-biz en raison de sa couleur de peau, vraiment?
Ibidem, Lynché ?, p. 131-132

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Venons-en à la grande « affaire », au sketch joué sur le plateau de Marc-Olivier Fogiel. On l'a vu, la phrase finale de Dieudonné, «Isra-heil! », n'est pas anodine, puisqu'elle peut être interprétée comme une assimilation de l'Etat d'Israël à l'Allemagne nazie.
Les réactions sont d'autant plus vives que pour les Juifs, ce que Dieudonné ignore probablement, «Israël» n'est pas seulement un pays du Proche-Orient, c'est aussi le nom que leur ont donné leurs persécuteurs pendant des siècles, de l'Eglise catholique aux... nazis.
Dans l'Allemagne hitlérienne, les Juifs devaient ajouter ce prénom à celui de leur état civil afin d'être aisément distingués des Gentils.

Pour Dieudonné, l'affaire Fogiel a fonctionné comme un rite initiatique. Dès ce moment, se plaît-il à expliquer, il s'est senti «noir dans le regard de l'autre». Ce qui veut tout simplement dire, quand on ôte le jargon psychanalytique, qu'il a été lynché en tant que Noir. Il est exact que certains, comme l'animateur Arthur, l'attaquent très durement.
On l'a vu, un petit groupe d'excités, mené par le mythomane Alex Moïse, le poursuit également de sa haine et parvient à faire annuler certains de ses spectacles. Mais ceux qui l'attaquent alors évoquent son antisémitisme, non sa couleur de peau.
Il est vrai également que l'équipe de Marc-Olivier Fogiel a fait passer à l'antenne d'« On ne peut pas plaire à tout le monde », la semaine suivant le fameux sketch, un SMS disant: «Eh, Dieudonné, ça te plairait qu'on évoque l'odeur des Noirs à la télé?»
Dieudonné, estimant que ce SMS avait été créé de toutes pièces par l'équipe Fogiel, et qu'il n'émanait pas du public, a d'ailleurs déposé plainte devant la justice.
Marc-Olivier Fogiel a été condamné en première instance à 5 000 euros d'amende. Peut-on vraiment parler de lynchage dans cette affaire? Certes, Edouard Baer, Ariel Wizman, Gérard Miller et d'autres cessent toute relation, mais ce qui frappe, au contraire, c'est la mobilisation autour de Dieudonné. Au nom de la liberté d'expression, ses amis humoristes sont montés au créneau: Bruno Gaccio, la star des «Guignols de l'Ïnfo», Christophe Alévêque, Guy Bedos, Laurent Ruquier ... .
Ibidem, p. 138-140

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Fils de Le Pen ?

29 décembre 2004, le triomphe de Dieudonné. C'est la dernière de «Mes excuses ». Remplir le Zénith n'est pas donné à tout le monde. Ils sont cinq mille, majoritairement jeunes, toutes origines et tous milieux, ils sont contents d'être là, ils applaudissent, ils rient. Ils sont désinhibés.
Le bras d'honneur au «peuple élu», ça les fait rigoler. « Devant Israël, ils baissent tous plus ou moins leur froc », lance l'humoriste. Rires. Certains crient «Palestine!». «Je suis sous tutelle, d'autres personnes parlent à ma place: Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Pierre Bénichou.» Applaudissements.
Le sketch de l'infirmière négrophobe remporte un franc succès, surtout quand elle dit: « Le seul qui me comprenait dans mon service, c'était le professeur Blumenthal. »

A la fm du spectacle, Dieudonné appelle trois personnes à venir le rejoindre. L'acteur Daniel Prévost qui salue son « courage » et qui rappellera face à la caméra dans les coulisses du spectacle que « Dieudonné dit tout haut ce qu'une grande partie de la population française pense tout bas ». «Il a les couilles de dire tout haut ce qu'on pense tout bas », renchérit Djamel Debbouze, monté lui aussi sur scene soutemr son copam, et qui déplore qu'il faille «se taper à la télé les Drucker et les Enrico Macias ».

Sollicités pour expliquer aux lecteurs de ce livre ce que «la France» et « on », pensent « tout bas », Djamel Debbouze et Daniel Prévost n'ont pas souhaité développer leur pensée. Dernière guest star à venir témoigner sa solidarité, le judoka Djamel Bourras: «Je tiens à remercier Dieudo, cet homme libre. J'espère que vous allez continuer à le soutenir. Il y a certaines puissances qui nous font beaucoup de mal. »

Le 29 décembre 2004 s'est donc tenu à Paris le plus grand meeting antisémite qu'on ait vu depuis soixante ans. Et c'est un homme de gauche, longtemps proche des Verts, héros de l'antiracisme, qui l'a animé. Sur le coup, personne n'a rien dit.
« Ce silence s'explique parfaitement. Les Noirs, les Arabes, ne sauraient être racistes puisqu'ils sont victimes du racisme. Leur antisémitisme ne peut donc être interprété autrement que comme la manifestation maladroite d'un problème social. La grande nouveauté, c'est qu'avant l'antisémite était raciste, alors qu'aujourd'hui il s'exprime dans la langue de l'antiracisme, mais il ne faut surtout pas le dire », analyse Alain Finkielkraut.
Ibidem, Fils de Le Pen ?, p. 153-155

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Dieudonné et Le Pen ont en commun, outre leur capacité à se poser en victimes du système, en "lynchés", une même technique de communication. Usage d'une phrase choc sur un sujet douloureux - la « pornographie mémorielle » pour Dieudonné, le «point de détail de l 'histoire» pour Le Pen -, ce qui les médiatise immédiatement, attire sur eux opprobre et répression, pousse à la faute leurs adversaires blessés, et les place au centre du jeu. Sur l'échiquier politique, il faut alors se positionner par rapport à eux. ...

Autre technique commune, le langage codé. Les spécialistes du Front ont tous analysé le procédé, qui consiste à faire décoder par l'auditoire un propos a priori sibyllin. En général, le public, qui n'est pas là par hasard, jubile. C'est ce que le psychanalyste Gérard Miller, qui avait lui aussi remarqué cette façon de faire dans les meetings FN, appelle « la jouissance abjecte du sous-entendu ».
Le Pen a lancé le jeu avec sa fameuse phrase: «Je dis tout haut ce que la France pense tout bas.» Les militants frontistes savent bien, eux, ce que la France pense tout bas.
Dieudonné a repris le procédé dans «Mes excuses». Revenant longuement sur son « lynchage », il lance : « Le problème, c'est que dès que vous touchez un petit peu à... [il regarde derrière lui, regard apeuré], ça arrive par derrière, c'est le genre!» Et le public de Dieudonné sait bien, lui aussi, à quoi il ne faut pas toucher, ce que Dieudonné appelle dans ce même spectacle la «zone interdite» et quel type de population « frappe par-derrière ».
Ibidem, p. 160-162

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S'il faut trouver un père politique à Dieudonné, il faut chercher quelques décennies en arrière.

Jacques Doriot. En 1923, à vingt-cinq ans, il est secrétaire général des Jeunesses communistes.
Treize ans plus tard, il fonde le PPF (Parti Populaire Français), premier et seul vrai parti fasciste français.
Le rapport avec Dieudonné? Troublant. Les points communs? Bien plus qu'on ne pense.
Ibidem, p. 168

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