Michèle Manceaux. Journaliste et écrivaine sociale-démocrate. En août 2001 déclare, officiellement, être juive, par solidarité avec Israël, malgré et/ou à cause de la politique d'Ariel Sharon à l'égard des palestiniens.
Auteure notamment de Un beau mariage, Grasset, Paris, 1962 ; Grand reportage, Le Seuil, Paris, 1980 ; L'amour des stars, Albin Michel, Paris, 1999 ; L'Amie Duras, Robert Laffont, janvier 2010.
Dans Histoire d'un adjectif, Stock, Paris, 2003, elle essaie de répondre, et de faire répondre, à la question "Qu'est-ce qu'être juif" ? Elle-même s'étant "déclarée juive" en août 2001 ...

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Ce marécage identitaire dans lequel j'évoluais depuis ma naissance constituait mon ordinaire. Je nageais allégrement en eaux troubles. Je grandissais à l'aise sous des noms d'emprunt. La judéité n'est pas la cause unique du désordre de mon état civil. Mon père a disparu. Il m'a reconnue à la mairie, puis il m'a connue dix-sept ans plus tard. Pendant ces dix-sept premières années, mon patronyme valse au gré des méandres maternels. Ma mère aime prendre le nom de celui qui dort dans son lit et m'appeler comme elle, c'est-à-dire comme lui. Je m'adapte sans douleur à ces travestissements. Puisque rien n'est vrai, rien n'est grave. Même pas la guerre qui apporte des surprises. On change de ville comme de nom. On ne parle pas des Juifs. On ne prononce même pas le mot. Ou bien je n'entends pas. Ou bien je ne veux pas entendre. On ne dit rien, on ne me demande rien. Je vis, je sens que c'est déjà bien.
Histoire d'un adjectif, p. 12-13

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De l'au-delà, la mise en garde de ma mère revient à mes oreilles. Je ne revendique pas sans trembler cet adjectif si lourd et qui, pour des raisons obscures, me paraît encore plus lourd au féminin. Adjectif si pesant et si creux, je n'en mesure ni le sens ni la portée. Je n'ai lu aucun texte religieux, je ne sais pas les dates des fêtes, ni ce que les Juifs y célèbrent. Dans une telle ignorance, j'usurpe peut-être un qualificatif auquel je n'ai pas droit. N'étais-je pas plus honnête en laissant cet attribut sous silence? «Pas du tout, constataient des amis juifs, tu étais dans le déni.» Déni de quoi? D'une histoire qui n'était pas la mienne? Ils insistaient: «Que tu le veuilles ou non, c'est la tienne.» Ils me paraissaient vouloir me convertir. Je leur échappais. Aujourd'hui, me rattrapent-ils? Ou est-ce l'Histoire qui me rattrape, la boucle qui se ferme, la fin qui rejoint le commencement. Je préfère une explication plus rationnelle et plus logique de ce retour aux sources. Par exemple, la guerre (que l'on appelle encore conflit) entre les Israéliens et les Palestiniens qui incite à prendre position. Bizarrement, c'est le malheur des Palestiniens qui m'entraîne à soutenir l'honneur juif qui se perd. Parce que je n'adhère pas à la politique d'Israël, il me semble que, de l'intérieur, je pourrais mieux la combattre. J'hésite. Jamais je ne me suis trouvée du côté des plus forts, de ceux qui ont les tanks contre ceux qui ont les pierres.
Ibidem, p. 15-16

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C'est là, avenue du Bois-de-Boulogne qui ne se nommait pas encore avenue Foch, que ma mère et ma tante sont nées. Mon grand-père avait promis à sa jeune épouse de l'installer au plus près du cœur de la France, et pour lui ce cœur battait place de l'Étoile. Que représentait la France en 1900 pour ces deux exilés si différents et plutôt riches? Plus personne pour me renseigner. Ma mère et ma tante ont emporté ce qu'elles savaient. Je les soupçonne de n'avoir pas su grand-chose. De leur vivant, elles n'étaient pas plus disertes. Elles allaient de l'avant, pas en arrière. Je ne saurais le leur reprocher. On est bien obligé d' avancer quand on n'a pas de passé. C'est un état que je connais et qui présente des avantages: on cherche des appuis, on trouve d'autres familles, on prend goût aux renaissances.
Il est probable qu'à leurs filles mes grands-parents n'avaient rien raconté. Je les ai peu connus mais assez pour me rappeler qu'ils se taisaient. Juifs peu ordinaires qui ne se complaisaient pas dans la nostalgie. Juifs muets, sans regret et peut-être sans trop de souffrances. Ou bien si souffrants que ce n'était pas la peine d'y revenir. Inutile de s'appesantir. Les deux sœurs ont jugé bon de ne pas me permettre d'assister à l'enterrement de mes grands-parents. Même petite, je m'indigne de leur interdiction. Que veut-on me cacher puisque je sais qu'ils sont morts?
À l'instant seulement, pour la première fois, je suppose la probable cause de mon éviction: le service religieux, les prières, quelque chose qui trahirait le secret.
Ibidem, p. 34-35

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Mon grand-père faisait donc des voyages d'affaires. Peut-être n'en a-t-il fait qu'un? Il demeurait sédentaire dans son immense appartement d'où il téléphonait même la nuit. Son « business» consistait à vendre et acheter des diamants entre Johannesburg et Amsterdam. Il ne connaissait personne à Paris. Il a vécu cinquante-deux ans en France sans parler français.
Ma tante m'a raconté - elle avait le sens du pittoresque - qu'il louait un taxi au mois pour traverser la place de l'Étoile et se faire conduire, chaque fin d'après-midi, au club France-Lafayette, rue de Tilsitt, où il rencontrait d'autres exilés. Des voyageurs, des commer- çants. Ma tante ajoutait sans aménité: «Ta mère est comme papa. Toujours pendue au téléphone. Même la nuit. Elle ne prend pas l'air. Elle ne marche pas dans les rues.»
Fastueux, mais vrais émigrés, sans relations et sans collatéraux, mes grands-parents ne rece- vaient personne. Sauf parfois de lointains cou- sins de passage qui ne parlaient pas français et ne s'incrustaient pas. De ce foyer clos, les deux sœurs ne songèrent très tôt qu'à s'évader. Ce qu'elles firent successivement toutes les deux, à seize ans, en épousant des Juifs. Peut-être les fils de ceux que mon grand-père rencontrait rue de Tilsitt. Ou bien les frères ou les amis des jeunes filles qui fréquentaient comme elles le cours Dieterlen. Un cours laïc apparemment attirant pour les Juifs nantis qui, en nombre, lui confiaient leurs filles.
Ibidem, p. 37-38

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Ma mère eut trois maris. Le Juif pour commencer, puis mon père, le protestant, politicien affairiste de droite, et enfin le troisième, paysan vosgien catholique et champion de ski. Le même éclectisme s'appliquait à ses amants qu'elle cueillait n'importe où sans souci du lendemain. Ma mère avait peu de préjugés. Ma tante beaucoup, mais tempérés par l'ironie. L'une disait de l'autre: «C'est une snob », et l'autre disait de l'une: «C'est une pute.» Entre la snob rigide et la pute fantasque, pas le choix. En moi, un peu des deux et sans doute une troisième, plus lourde, qui fouille dans les tiroirs. Une troisième en quête de clarté, juive, renégate ou rien du tout. La plus juive peut-être: celle qui remonte le temps, qui raconte aux enfants.
Mes ancêtres ont filé comme le vent. Ma grand-mère s'est éteinte en allant au cinéma, sur la banquette du taxi de louage conduit par Germain qui s'est excusé de «l'inconvénient». On ne peut pas mourir avec plus de légèreté.
Ibidem, p. 39

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Ma mère disait: «Je déteste la campagne, il y a trop de guêpes.» Décidément, nous sommes des Juifs sans terre. Sans feu et sans lieu. Des Juifs aériens, sans consistance et sans rancœur. Des nomades très doux que l'idée de nation, d'une nation juive, déconcerte. Si les Israéliens sont juifs, tous les Juifs ne sont pas israéliens. Ils sont aujourd'hui, d'abord, citoyens de leur pays. On ne peut pas confondre les Français (juifs) et les Israéliens (juifs) même si une solidarité ou une religion les unit. Les uns peuvent devenir les ennemis des autres, s'invectiver, se traiter de criminels. (Incitation à la haine raciale!) L'enfermement dans un judaïsme sectaire développe les rejets antisémites. D'où la haine de l'autre qui fait plus de cadavres que la haine de soi. D'où le pire, les attentats, les massacres. D'où un mur insensé, comme si un mur préservait de la haine.
La chance d'Israël aurait été de s'ouvrir aux non-Juifs. Pourvu qu'il ne soit pas trop tard, qu'il ne faille pas encore un siècle de sang versé. On me dit: «Tu ne comprends rien. Tu es trouée. Trouée comme du gruyère.» Quelle chance, on respire par les trous.
Ibidem, p. 49-50

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Maintenant, Monique Bosco dit: «Être juif signifie que l'on n'est jamais innocent. On n'est jamais juif, on est le bon Juif ou le sale Juif. Ou l'ami juif. D'ailleurs, pas un Juif qui ne soit, un jour ou l'autre, un menteur. Obligé de mentir, de se cacher, de changer d'identité, de dissi- muler. »
Je rétorque:
«Il y a des Juifs bien installés. Aux États-Unis, les Juifs s'imposent. Ils n'ont plus besoin de dissimuler quoi que ce soit.
- Ils dissimulent quand même, dit Monique. C'est une habitude, ils ont toujours en tête que l'on ne sait jamais. Les Juifs vivent dans la méfiance.
- Je ne suis pas méfiante. Au contraire, j'aime avoir confiance, quitte à être déçue.
- Alors, tu n'es pas juive, dit Monique. (Sourire moqueur.)
- En ce moment, je fais ce que je peux pour l'être.
- Enfin », soupire Monique, comme si jusgue-là j'avais vécu dans le péché.
A une autre amie juive, je confie mon questionnement actuel sur ma judéité. « Il était temps », dit-elle. Pourtant ni Monique ni cette amie ne sont fidèles à une pratique. Ni l'une ni l'autre n'ont l'esprit communautaire. Alors en quoi, pourquoi, me jugent-elles fautive? Je retourne à mes souvenirs.
Ibidem, p. 60-61

8
Beaucoup de Juifs français qui avaient été de fervents anticolonialistes et même des militants de la libération de l'Algérie gardaient vis-à-vis du droit à l'existence de la Palestine une réserve que d'abord je ne m'expliquai pas. Pour moi, c'était le même engagement auprès de pays qui réclamaient, à juste titre, leur autonomie, mais, pour beaucoup d'entre eux, l'ennemi des colonisés, c'était à présent Israël, qu'ils ne stigmatisaient pas comme ils l'avaient fait à l'égard de la France au temps de la guerre d'Algérie. Ils avaient défendu la cause des Algériens contre la France et la cause de tous les peuples opprimés, mais la cause des Palestiniens comportait la dénonciation des Israéliens. Impossible, après la Shoah, d'accabler les descendants des victimes, de contester le refuge des Juifs, la patrie de ceux qui n'en avaient plus. Cette nation-là avait tous les droits et les imposait même dans les commissions internationales où elle faisait fi des sanctions. Les membres de ces commissions fermaient les yeux ou baissaient les bras. Comment traiter une nation si intouchable?
On devenait forcément «anti-israélien» voire «antijuif» si l'on comprenait la cause des Pales- tiniens. Ces étiquettes me furent vite apposées, sans que j'y adhère. J'avais le sentiment de n'être pas davantage propalestinienne qu'anti- juive, mais d'aller naturellement dans le sens de l'histoire puisque toutes les puissances du monde l'affirmaient: il y aurait sûrement, un jour, un État palestinien. Il ne pouvait en être autrement. Le bon sens indiquait que le plus tôt serait le mieux. Je marchais simplement dans ce sens-là. Et je décidai, pour plus d'équité, de partir m'instruire sur place, en Israël et en Palestine.
Ibidem, p. 114-115

9
À Gaza, à Jérusalem, je voulais regarder avec la même compassion. Des deux côtés, mais au premier abord il n'y en avait qu'un. Un seul malheur, un seul paysage. La campagne palestinienne ne se distinguait de la campagne israélienne que par des murs, des barbelés, des «check points ». Dans les cimetières, les mêmes fleurs, les mêmes branches de palmier recouvraient les tombes fraîches. Dans les hôpitaux, gisaient les mêmes enfants blessés dont les parents, à leur chevet, tenaient les mêmes discours.

À l'hôpital israélien de Beer Sheva, j'écoutai la mère de trois enfants amputés après un attentat dans un bus scolaire. Noga Cohen, trente ans, déjà mère de sept enfants, trouvait encore la force de sourire. De l'inimaginable douleur, elle disait: «C'est le destin. La Shoah non plus n'était pas juste. Mais certainement nous ne sommes pas assez bons. Dieu nous a punis. Nous devons nous améliorer.»
Son mari, rabbin et directeur d'école, approuvait. Il élèvera, dans l'amour de Dieu, les deux petits désormais sans pieds et la petite dont les deux jambes ont été coupées à la hauteur du genou. Et il mettra au monde d'autres enfants si Dieu veut encore lui en donner.
«Plus nous aurons d'enfants, plus les Juifs seront majoritaires en Israël. Les enfants constituent une assurance pour l'avenir.
- Et si l'avenir, c'est la guerre?
- On la gagnera.
- Vous ne désirez pas quitter la colonie de Kfar Darom, après cet attentat?
- Ah, non. A moins que les enfants ne nous le demandent. Nous ne détestons pas nos voisins palestiniens, mais nous haïssons leurs chefs qui veulent notre terre. Nous resterons quoi qu'il en coûte. Maintenant, cela va aller. On nous a promis un bus scolaire blindé.»

A l'hôpital Shiffa de Gaza, d'autres enfants déchirés. Ceux-là plus souvent atteints à la tête, ayant perdu un œil ou les deux. (Selon l'Unicef, en deux mois, depuis le début de l'Intifada, quatre-vingt-treize enfants palestiniens avaient été tués et mille six cents blessés.) Leurs parents sont accusés de les avoir envoyés dans la rue lancer des pierres mais, quand on entend dans leurs lits les jeunes blessés, cette accusation s'effondre.
À douze ans, Ahmed, aveugle, raisonne déjà comme un adulte: «Pourquoi mon père a-t-il fait tant d'enfants puisqu'il ne peut même pas être libre pour gagner notre vie?»
Jamel, quatorze ans, demande: «Pourquoi je dois supplier les soldats pour traverser la route? »
Khalil, quinze ans, blessé pour la deuxième fois, est déjà un ancien combattant. Il a pénétré avec un copain dans une colonie, pour incendier une fabrique. Son copain Tysser a été tué. Il a ramassé ses entrailles et son nez pour les mettre avec le cadavre dans l'ambulance. Il ne veut pas grandir pour devenir un soldat:
« Je ne veux recevoir aucun ordre. C'est tout de suite qu'il faut libérer mon pays. Si je ne le fais pas, qui le fera?
- Si les enfants se font tuer, qui construira ton pays?
- La génération d'après. D'autres enfants viendront après nous.»
Ibidem, p. 117-118-119

10
Bien que le recensement des Juifs soit interdit par la République et par la Torah, on compte aujourd'hui environ sept cent mille juifs en France, dont cent mille organisés en communauté.
Ainsi, je sais déjà que je ne fais pas partie de ces cent mille. Mais qui sont les six cent mille autres? Je devrais me diriger comme un anachorète vers les textes fondateurs. Peut-être aller dans une «yeshiva» (école), faire mon «aliya», sinon mon retour en Israël, mon retour au judaïsme? Je n'ai plus le temps, je vais mourir bientôt. Je ne serai plus ni historienne, ni théologienne, ni philosophe. Tout ce que je peux encore, c'est faire circuler un peu de chaleur humaine, rencontrer des humains, en l'occurrence des humains juifs qui en éclaireront d'autres, leur montreront peut-être une fraternité possible avec les Arabes. Comme la religion masque les souffrances et les doutes, je choisirai des Juifs non religieux. Je leur demanderai en quoi ils sont quand même juifs. Que signifie donc être juif?
Ibidem, p. 133

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À Londres, le grand rabbin de Grande-Bretagne, Jonathan Sachs, affirme: «Je considère la situation pour le moins tragique, car elle contraint Israël à adopter des positions incompatibles avec nos idéaux les plus profonds.» Il ajoute: «Des choses arrivent qui me mettent mal à l'aise en tant que Juif.»
Ainsi, j'éprouve le même malaise que le chef spiritel de deux cent quatre-vingt-cinq mille Juifs anglais. Et même si, en Angleterre, Shalom Gold, rabbin proche du Likoud, riposte: «Désormais le grand rabbin a perdu toute légitimité au sein de la communauté britannique », je peux m'appuyer sur les paroles d'un grand responsable religieux pour défendre mes convictions. Et peut-être me sentir enfin aussi juive qu'un rabbin.
Mais qu'est-ce qui est juif en soi, quand on ne respecte pas la Torah? Qu'en est-il des Juifs sans éthique, s'ils ne célèbrent même plus les rituels d'une religion à laquelle ils ne croient plus? Ceux qui respectent les valeurs de l'éthique juive sont-ils les sales Juifs? Et les bons, ceux qui veulent, à n'importe quel prix, éliminer la nuisance palestinienne? Sur sept cent mille Juifs en France, cent mille entretiennent des liens avec la communauté organisée. Sont-ils les meilleurs, les vrais Juifs? Les bons Juifs seraient-ils de droite? Et les mauvais, de gauche? Ou le contraire?
Tout ce qui est juif est contradictoire. Cette complexité permanente, qui entraîne des débats constants, des hésitations infinies, me paraît fonder la beauté de la judéité: rien n'est jamais acquis. Le philosophe George Steiner dit: «Six mille ans d'introspection fondent une patrie.» De cette patrie-là, je suis preneuse.
Comme j'habite non loin de la rue des Rosiers, dans un ex-quartier juif qui subsiste encore un peu, je rencontre souvent des Juifs religieux, barbus, qui portent leur pardessus noir et leur chapeau à large bord. J'aimerais leur parler, mais ils pressent le pas dès que je les salue.
Dans les restaurants de la rue des Rosiers, les jeunes serveurs admirent les exploits des soldats de Tsahal qui «nettoient» les Arabes.
« Vous voudriez vous engager vous-même dans l'armée?
- Ça va pas! Je suis français.
- Vous pourriez devenir israélien.
- Ça va pas! Je suis né ici.»
Le dialogue s'arrête là. Les enfants d'une école juive jouent tout près, dans le square de la rue du Parc-Royal. J'ose aborder l'un d'eux, à l'air très doux, un peu à l'écart. Il porte la kippa comme tous les enfants de son groupe encadré par des moniteurs également coiffés de kippas.
«Bonjour, quel âge as-tu?» Il ne répond pas. Son regard devient craintif et même méchant. D'autres garçons accourent qui me dévisagent avec le même regard. Puis, s'approche un moniteur, courroucé. Je m'éloigne. Je rentre chez moi par la rue de Turenne. C'est la sortie de l'école primaire. Les enfants encombrent le trottoir. Sans idée préconçue, mais curieuse, je demande à l'un d'eux: «Quel âge as- tu?
- Six ans », sourit le petit qui ressemble à l'autre.
Autour de lui, les enfants s'agglutinent comme ceux du square, mais c'est à qui lancera le plus haut son âge et son prénom. Il y a des Kévin, des Fabrice, des Fatima, des Louise et des Jacob, des Simon, des Esther, des Rachel, que les parents, un à un, viennent chercher sans méfiance. Rien d'autre à signaler. Simples observations. Simples conséquences d'une éducation plus ou moins ouverte ou fermée. Peut-être effet pervers, un de plus, des attentats en Israël.
Ibidem, p. 140-141

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