Christian Lochon

Journaliste à Oeuvre d'Orient, Les chrétiens de France au service des chrétiens d'Orient.

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TURQUIE

En 1900, 1 habitant sur 4 de l'empire ottoman était chrétien.
En 1981, on pouvait compter environ 90 000 chrétiens, dont 16 000 catholiques, sur les 50 millions d'habitants de la Turquie.
Aujourd'hui (2002), on les compte par quelques centaines auxquels il faut ajouter les réfugiés Irakiens, lesquels attendent de pouvoir s'établir en Europe, aux Etats-Unis ou en Australie.

Le génocide des Arméniens de Turquie, mais aussi des Nestoriens, des Syriaques et des Chaldéens, a pratiquement annihilé toute présence chrétienne dans le sud-est de la Turquie.
Aujourd'hui, ces communautés sont soit décimées, soit exilées.

Un diplomate turc en poste à Paris signalait récemment que « le citoyen turc est turcophone et musulman », un point c'est tout. C'est l'aboutissement de la «laïcité kémaliste ». Quelle différence cela fait-il avec les mouvements intégristes islamistes?

Les chiffres sont éloquents: en 1900, la Turquie comptait 200 000 syriaques catholiques et orthodoxes; il en reste moins de 20 000. En 1914, un million et demi d'Arméniens, ils sont devenus 77 000 en 2001 ; de même 1,5 million d'hellènes orthodoxes n'étaient plus que 136 000 en 1953 avant les derniers pogroms, et aujourd'hui leur nombre est réduit à 10 000 (Istanbul, Smyrne et le reste de l'Anatolie). Et les massacres de syriaques continuent dans la région de Tour Abdin (sud-est de la Turquie), où le hezbollah local appuie l'armée turque en guerre contre les Kurdes.

Cependant, à Istanbul, six collèges chrétiens, dont Saint-Benoît de Chalcédoine, en plus du franco-turc Galata SeraÏ, accueillent les enfants des classes aisées musulmanes (Saint-Benoît a 750 élèves musulmans pour 15 chrétiens).
Le dialogue islamo-chrétien s'amorce. Citons par exemple le colloque organisé par l'Université d'Ankara et l'Université Grégorienne de Rome les 30 et 31 mars 1992 au Centre Culturel Atatürk d'Istanbul intitulé: «Nouvelles conditions dans le monde en évolution » à l'occasion du Centenaire de « Rerum Novarum ».
À Ankara, où les églises sont situées dans les ambassades de France, d'Italie et de la Nonciature, un certain nombre d'intellectuels musulmans, surtout dans le cadre universitaire, se rapprochent des pères assomptionnistes.
Ces fructueux échanges contrastent naturellement avec le détournement de la loi de la laïcité de Mustafa Kemal, opéré par les cercles intégristes.
Christian Lochon, Chrétiens d'Orient et dialogue islamo-chrétien, Oeuvre d'Orient n°728, juillet-août-septembre 2002, p. 519-520.

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