John Paul Lepers
Biographie officielle

Ancien gauchiste reconverti en libertaire tendance. Fasciné par la politique et les politiques, et notamment par madame Bernadette Chodron de Courcel, épouse Jacques Chirac.
Profondément meurtri par son indifférence, malgré son acharnement macho-médiatique, il écrit, en collaboration avec Thomas Bauder, un pamphlet qu'il voudrait "explosif", mais dans lequel il a beaucoup de mal à cacher une réelle admiration pour la "grande bourgeoise" que serait la femme du président de la République, en réalité (hélas ?) une aristocrate second empire : Madâme, Impossible conversation, avec Thomas Bauder, Editions Privé, Paris, 2006, éditeur Guy Birenbaum.

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Avertissement de l'éditeur

A l'origine de ce livre, il ya un film, tourné et monté au cours des quatre derniers mois de 2004. Un film intitulé Madame ou plutôt Madâme avec un accent circonflexe.
Ce portrait de cinquante-deux minutes réalisé originellement pour Canal +, personne, ou presque, ne l'a vu. Personne sans doute ne le verra avant longtemps. Ainsi en ont décidé ceux qui au sein de la chaîne cryptée ont choisi de ne pas diffuser ce film.

« Le film n'est pas bon », « l'enquête n'est pas faite »... Voici quelques-unes des raisons qui ont été avancées par les dirigeants de Canal + pour justifier cette déprogrammation de l'antenne.
Autant vous dire que l'éditeur de ce texte ne partage pas ces jugements. Il pense plutôt que cet excellent film a sans doute été "interdit!" pour de mauvaises raisons; ne pas déplaire au « Château» (l'Élysée) et plus précisément à la châtelaine jusqu'ici épargnée par les journalistes de télévision.
Madâme, Impossible conversation, p. 5

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- ... Allons John Paul, nous avons été collègues! Nous avons fait partie de la même maison... »

C'est vrai, pendant huit ans j'ai été journaliste à TF1 ! Je n'ai plus beaucoup d'amis dans la chaîne de Bouygues, ils sont presque tous partis, ou se sont fait virer, comme moi. Mais quand j'y suis entré en 1986, c'était encore le service public, rue Cognacq- Jay.
Anne Barrère y animait Santé à la une avec son mari, Robert Namias. Tous deux ont fait une belle carrière depuis. Lui est directeur de l'information de TF1 et président depuis 2003 du Conseil national de la prévention routière, elle dirige la communication et les relations presse des opérations caritatives de la première dame de France.
Des bonnes places. Ce jour-là, j'avais donc appelé Anne Barrère pour l'informer de la réalisation du portrait de sa patronne et essayer, quand même, d'avoir un accès à Bernadette Chirac.

« Quel est l'angle de votre enquête John Paul?
- Ce sont les différentes facettes de la femme publique qui m'intéressent. Il y a celle qui réussit tous les ans à mobiliser la France avec les "Pièces Jaunes" et "+ de Vie", celle qui aide les enfants ainsi que les anciens dans les hôpitaux.
Il y a aussi la femme politique, élue et réélue depuis trente ans en Corrèze.
Il y a enfin la personnalité politique, cëlle qui depuis quelques années a pris une envergure nouvelle dans la vie politique nationale. Ce film ne sera ni une enquête sur les affaires qui touchent son mari, ni un publi-reportage, si vous voyez ce que je veux dire...
- Je vois. Qu'attendez-vous de moi?
Ibidem, p. 27

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Selon Jean-Claude Laumond Bernadette la pris en grippe le jour où il a annoncé à Jacques Chirac son intention de se marier avec Armelle la fille du docteur Benassy. À l'annonce de cette nouvelle le Président Chirac le félicite d'un ton à la fois paternel et dégagé: « Bravo Laumond toutes mes félicitations. »
Et ce n'est que le lendemain que le chauffeur fut informé de la réaction de Bernadette. Bien entendu le Président ne lui en toucha mot mais le personnel affecté à son service et qui était alors composé d'appelés du contingent lui rapporta la scène à peu près en ces termes présidentiels:

« Vous savez que Laumond va se marier avec la fille Benassy ?
- Comment? Mais Jacques vous ne pouvez pas laisser faire une chose pareille!
- Comment cela?
- Mais enfin il s'agit de notre chauffeur il ne peut pas se marier avec la fille du docteur !... Ce serait une mésalliance! Vous devez empêcher cela Jacques! »
Ibidem, p. 55

4
Aristocrate! Cette épithète, je ne l'avais pas plus recherchée avec Karl Lagerfeld qu'avec Jean-Pierre Monteil et les «résistants» de Sarran. Pourtant elle revenait sans cesse, comme une accusation en Corrèze, comme un compliment à Paris, lorsqu'on parlait de Bernadette Chirac.

« Je l'ai beaucoup vue à Monte-Carlo dans le temps, car elle faisait partie du jury du concours de bouquets dans les années quatre-vingt. C'est d'ailleurs là que je l'ai connue. C'était amusant. Et comme cela, ça faisait un week-end à Monte-Carlo et on s'occupait d'elle. A l'époque elle n'était pas encore présidente de la République, mais c'est la même qu'aujourd'hui!
- Sauf qu'elle n'est pas présidente de la République, objectai-je en rigolant.
- Ach, femme de Président c'est pareil! Pour moi elle est présidente, c'est comme Jackie Kennedy.
- Ce n'est plus la royauté chez nous!
- Non mais quand même, la France est encore assez comme cela. Ça ne me gêne pas, notez, au contraire, je suis entraîné pour être dans les cours!
- Elle est bien placée pour être la première dame de France?
- Ah oui moi je la trouve parfaite! Ah ça, pour moi elle est idéale. Mais comme je suis étranger, ça n'a rien à voir, politiquement parlant. »
Ibidem, p.210

5
Madame n'aimait décidément pas ma façon de travailler. Et l'interview « à la volée », dans un contexte réel, ça n'était pas son truc. J'avais bien senti que nos rapports s'étaient de nouveau légèrement tendus lors de l'inauguration de sa Maison des Adolescents, comme si ma présence gâchait un peu son plaisir.
Malheureusement pour vous Madame, lorsqu'on est un personnage public comme vous l'êtes, il faut accepter de rendre des comptes aux citoyens. Et la presse est là pour interroger, non pour servir.
Ibidem, p. 229

6
Je fus retenu encore quelques secondes, le temps que "la tortue" se soit éclipsée. Incroyable! Les élus de la najorité s'étaient transformés en service d'ordre afin que leur protégée n'ait pas à répondre à la presse!
« Super! C'est une première, bravo les gars! »

Furieux, je m'engouffrai dans le couloir. En face de moi une porte était ouverte. Je remarquai une main qui actionnait la poignée, et avant que la porte ne se referme, je pus distinguer un pull brodé aux couleurs rasta ! Madame s'était enfermée dans un bureau, comme une voleuse, pour éviter encore une fois de répondre à mes questions.
Manifestement la première dame de France ne se rendait pas compte du ridicule de la situation dans laquelle elle se mettait toute seule...
Ibidem, p.277

7
Bernadette Chirac se tend de plus en plus. En même temps, j'ai l'impression d'être le premier depuis longtemps à lui avoir signifié que son blabla ne m'intéressait pas! C'est le moment d'aborder les dossiers lourds. Mais Madame a finalement réussi à m'intimider, je me sens comme inférieur, un vassal face à sa Reine courroucée.
La différence de classe sociale s'est imposée à moi, dans la précipitation je ne sais plus par quoi commencer, son bilan, le mélange des genres, son autoritarisme... J'opte pour le clientélisme... et je vais me prendre les pieds dans le tapis...

« Eh bien dans ce département, dans votre canton, on vous critique. Certains disent que vous faites du clientélisme, de manière assez soutenue. C'est paraît-il une tradition religieu... euh régionale par ici.
- Oh là là, vous bafouillez monsieur... Écoutez, je vais vous répondre en une phrase.
- Oui?
- On ne peut pas plaire à tout le monde !...
Ibidem, p. 287

8
Madame avance vers la caméra, comme pour sortir de la pièce. Son conseiller ne peut s'empêcher de mettre la main devant l'objectif. Il n'y a plus d'image digne de ce nom, mais l'enregistrement court toujours pour quelques secondes encore...

« Qu'est-ce qui vous a pris madame, je suis désolé...
- Non, vous n'êtes pas désolé, vous n'êtes pas de bonne foi et vos questions n'ont pas de sens!
- Mais c'est une vraie question que je me pose!
- Vous dérapez tout de suite sur des choses qui n'ont aucun sens! Excusez-moi de vous le dire.
- ...
- Alors je veux bien, alors que les conseils qui me sont donnés sont tout à fait contraires à cela, vous rencontrer une fois à l'Élysée, mais avec des vraies questions ! »

Ah tiens! Madame veut remettre ça... Mais avec de « vraies questions », et puis quoi encore? Je lui réponds aussitôt :

« Ce seront les mêmes, madame! »
Ibidem, p. 291

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Bio express

John Paul Lepers en quelques dates :
1957 : Naissance à l’hôpital américain de Neuilly, d’un père « français libre », et d’une mère anglaise chauffeur de camion dans la RAF pendant la guerre 39-45.
Mai 68 : Son frère, étudiant à Nanterre, lui fait découvrir la « Révolution » au quartier latin
1969 : Refuse au dernier moment de faire sa communion solennelle
1972-75 : Meneur de grève au lycée « la Colinière » à Nantes
1979 : Première expo photo
1981 : Création d’une radio pirate à Nantes, « Radio Azimut »
1982-85 : Entre à France-Inter Pigiste pour le Monde de l’Education, reporter à l’Echo des savanes et photographe à l’agence Gamma
1985-93 : Reporter à la rédaction de TF1 (d’abord chaîne publique, puis privatisée). Couvre les conflits en Afrique, Afghanistan et Roumanie. Création de « Putain de Radio », cirque radiophonique itinérant.
1993 : Viré de TF1 par Gérard Carreyrou
1993-96 : Passage sur ARTE et France 2. Premiers reportages politiques.
1996-2002 : Entre à Canal+, à la création du Vrai Journal de Karl Zéro. Il y restera 6 ans.
2002-05 : Quitte le Vrai Journal, et réalise des films de 52 minutes pour Lundi Investigation. A ce jour 13 films tournés, dont 12 diffusés. Fin 2005, départ en bons termes de Canal+, pour explorer de nouveaux territoires (édition, cinéma, internet)
2006 : Collaboration à l’émission « Arrêt sur images » de Daniel Schneidermann (merci à lui...), diffusé sur France 5 le dimanche à 12H30
(Le blog de John Paul Lepers)

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