François L'Yvonnet, philosophe éditeur

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Les humoristes aujourd'hui foisonnent, leurs saillies font florès et sont légion ceux qu'elles cueillent de bon matin, les quelques millions de Français réveillés par l'inévitable "gondolade" radiophonique. Saillies toujours servies, pour ne pas dire assénées, entre des rires appuyés de circonstance. Car l'humoriste, trait distinctif des Irlandais selon George Bernard Shaw, rit de ses propres plaisanteries. S'il ne rit pas, ses confrères riront pour lui. C'est une république du rire. Tout le monde se fend la poire. On se poile. C'est la règle.
Homo comicus, ou l'intégrisme de la rigolade, Mille et une nuits, Paris, mars 2012, p. 11

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Ils sont dans l'ensemble de gauche. C'est peut-être d'ailleurs le signe le plus évident de l'effondrement de la gauche. Elle n'a plus d'idées, elle se contente de rire. Via les humoristes affidés ou plus directement à travers les poses de certains de ses leaders, comme François Hollande, chez qui la boutade est une seconde narure (un sketch récent, improvisé devant l'université d'été du Parti socialiste, en août 2011, a montré toute l'étendue de son talent). L'un des proches sicaires de Dominique Strauss-Kahn, cherchant à disqualifier le député de la Corrèze, assura qu'il ferait un excellent ministre des bons mots. C'est ainsi aujourd'hui que l'on débat...
Ibidem, p. 20

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Les nouveaux humoristes n'ont pas d'humour : ce sont des professionnels de la communication qui cherchent à mettre les rieurs de leur côté. Grands cireurs de bottes devant l'Éternel, ils sont choyés par les vendeurs de "temps de cerveau humain disponible", leurs alliés objectifs. Ils ont un public à fidéliser. C'est un marché, qu'ils inondent de produits dérivés : après les chroniques et les sketchs, viennent les DVD, puis les livres et parfois les films ... Suivront alors les émissions de radio et de télévision assurant la promotion du toutim, entre deux annonces publicitaires. L'humour est devenu une industrie du loisir, avec ses personnels et sa logistique.
Ibidem, pp. 33-34

4
Tout fonctionne en spirale. La dérision systématique et professionnalisée entre en résonance avec son objet. C'est d'un même rythme qu'ils s'enlacent, d'une même voix qu'ils s'expriment. La politique et l'humour ont versé dans le virtuel où tous les chats sont gris. Dès lors, il ne reste que le spectacle obscène du pouvoir et de l'argent célébrant leurs noces juteuses.
Ibidem, pp. 63-64

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