Hans Küng

Théologien catholique progressiste suisse allemand. Rome lui a interdit d’enseigner la théologie catholique en 1979, l’université de Tübingen (Allemagne) a alors créé pour lui une chaire d’études oecuméniques pour qu’il continue son enseignement, jusqu'en 1996, et ses recherches.
Auteur d'une vingtaine d'ouvrages, dont, notamment : Le concile, épreuve de l'Eglise, Le Seuil, Paris, 1963 ; Projekt Weltethos, R. Piper GmbH & Co. KG, München, 1990, Projet d'éthique planétaire, la paix mondiale par la paix entre les religions, 252 p., Le Seuil, Paris, 1991 ; Le christianisme et la religion chinoise, Le Seuil, Paris, 1991 ; Le judaïsme, Le Seuil, Paris, 1997 ; Credo, Le Seuil, Paris, 1999 ; Le christianisme, Le Seuil, Paris, 1999 ; Der Islam, Piper-Verlag, Munich-Zurich, 2004.

1
Depuis la Première Guerre mondiale, les Etats-Unis représentent la plus importante puissance économique, politique et militaire du monde occidental ; ils ont remporté la victoire dans la rivalité bipolaire et la guerre froide avec l'Union soviétique : l'esprit de la démocratie et les idéaux de la liberté et de la tolérance se sont avérés plus forts que toutes les dictatures, brunes, rouges ou noires. L'Amérique du Nord dispose encore d'un immense potentiel économique, politique, éthique aussi.
Mais les amis de l'Amérique eux-mêmes ne peuvent se dispenser de cette autre prise de conscience : l'idéologie des néocapitalistes de Wall Street, celle du greed, avidité, de l'insatiable rapacité, omniprésente dans les années quatre-vingt, s'est elle aussi révélée sans avenir et même fatale pour les Etats-Unis et leur sphère d'influence. Get rich, borrow, spend and enjoy : devenez riche, empruntez, dépensez et jouissez ! ...
Projet d'éthique planétaire, p. 27

2
La confiance aveugle dans le pouvoir autorégulateur du marché (comme en Occident) n'est pas plus justifiée que celle mise dans la planification d'Etat (comme dans les pays de l'Est). Les lois de l'offre et de la demande ne conduisent pas automatiquement à l'équilibre. L'analyse de marché ne peut pas remplacer la morale. Et il est réjouissant de constater qu'aux Etats-Unis mêmes des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour mettre en garde contre la politique de la selfishness, le me-ism (repli sur soi), le yuppiegreed et la mentalité de casino qui règne dans les bourses, pour mettre en garde contre la conspicuous consumption (consommation voyante) d'une riche minorité et les primes exorbitantes dont bénéficie la nomemklatura de l'économie américaine. Dans les années quatre-vingt-dix, il faudra d'abord commencer par payer les factures des années quatre-vingt.
Ibidem, p. 28

3
Certes tous les Etats du monde ont leur réglementation économique et juridique, mais dans aucun Etat du monde elle ne fonctionnera sans consensus éthique, en l'absence d'ethos de leurs citoyens et citoyennes, ethos qui donne vie à l'Etat démocratique de droit. La société internationale des nations elle-même s'est déjà dotée de structures juridiques transnationales, transculturelles, transreligieuses (sans les quelles les contrats internationaux seraient pure illusion).
Mais qu'est-ce qu'un ordre du monde sans un ethos liant obligatoirement toute l'humanité, sans un ethos planétaire - en dépit de toutes les contingences de temps ? ... Si nous voulons qu'elle fonctionne pour le bien de tous, l'éthique doit être indivisible. Le monde indivisible a de plus en plus besoin d'un ethos indivisible ! L'humanité postmoderne a besoin de valeurs, de perspectives, d'objectifs, d'idéaux communs.
Ibidem, p. 67
(Hans Küng distingue entre l'"ethos", qui est l'attitude morale fondamentale de l'homme (morale individuelle), et l'"éthique", qui est la doctrine philosophique et théologique relative aux valeurs et aux normes guidant nos décisions (morale sociale)).

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