André Kaspi (1937-)

De 1998 à 2006, André Kaspi est professeur d'histoire de l'Amérique du Nord à l'Université de Paris I et directeur du Centre de recherches d'histoire nord-américaine (CRHNA).
Notamment spécialiste des Etats-Unis.
Auteur de nombreux ouvrages dont, notamment, Le Watergate, 1972-1974, Complexe, Bruxelles, 1983 ; Franklin Roosevelt, Fayard, Paris, 1988 ; Les Juifs pendant l'Occupation, Le Seuil, Paris, 1991, 1997 ; La Deuxième Guerre Mondiale, Perrin, Paris, 1990, Complexe, Bruxelles, 1995 ; Kennedy, Les 1000 jours d'un Président, Armand Colin, Paris, 1993 ; Jules Isaac ou la passion de la vérité, Plon, Paris, 2002 ; La Peine de Mort aux Etats-Unis, Plon, Paris, 2003 ; John F. Kennedy, Complexe, Bruxelles, 2007 ; Comprendre les Etats-Unis aujourd'hui, Perrin, Paris, 2008 ; Les Juifs américains, Ont-ils réellement le pouvoir qu'on leur prête, Plon, Paris, 2008.

Kennedy, Les 1000 jours, Armand Colin, Paris 1993.

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Kennedy a besoin des journalistes parce qu'ils sont les principaux véhicules d'un style.
Ce sont eux qui racontent à leurs lecteurs les menus détails de la vie du sénateur, puis du président. Eux encore qui rapportent ses bons mots, annoncent ses intentions politiques et citent ses propos.
Kennedy et sa famille, quelle mine! Ils font partie de la haute société et fréquentent les grands de ce monde. Leur vie ne manque pas d'épisodes sensationnels. Rien n'y est commun ni banal. Comme tous les élus d'hier et d'aujourd'hui, Kennedy tâche de faire parler de lui et des siens. Mieux que les autres, il y parvient.
Il cultive l'amitié des journalistes, rappelle de temps en temps qu'il fut l'un des leurs, les reçoit avec courtoisie et amitié. Il leur livre quelques secrets qui nourrissent leurs papiers.
À la lecture d'un article, il manifeste son approbation ou son mécontentement, demande sur telle ou telle affaire la discrétion la plus absolue ou bien réclame les pleins feux.
Aucune de ses démarches n'est gratuite. Elles visent toutes à obtenir des résultats politiques.
Kennedy (1993), pp. 271-272

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La destruction d'une idole

... Ce n'est pas tout. En 1957, Kennedy obtient le prix Pulitzer pour un livre intitulé Profiles in Courage (Le Courage en politique). Il l'a signé; il ne l'a pas écrit. C'est notamment Sorensen qui a mené les recherches nécessaires et rédigé le texte.
Sans doute Kennedy a-t-il déposé à la Bibliothèque du Congrès un manuscrit écrit de sa propre main, mais ce texte n'a que de lointains rapports avec celui de l'ouvrage publié.
De plus, les autres candidats au prix étaient des historiens confirmés, prestigieux, que les membres du jury ont écartés sans doute sous la pression du «père fondateur».

Trois ans plus tard, en pleine campagne pour les élections présidentielles, la rumeur publique fait de Kennedy un malade. Il souffrirait de la maladie d'Addison, qui le rendrait inapte à la présidence. Le candidat se défend bec et ongles. Robert jure ses grands dieux que son frère est la victime d'une infâme calomnie.
On sait aujourd'hui que la rumeur était entièrement fondée. Et que Kennedy, qui exaltait avec obstination «la vigueur» physique, avait une santé des plus fragiles.
Officiellement, il a été blessé au dos en 1937 dans un match de football et la destruction de son PT boat a rouvert la blessure. De fait, c'est une déformation congénitale de la colonne vertébrale. Il a été opéré plusieurs fois en 1954 et 1955. L'une des interventions chirurgicales a failli mal tourner au point que l'opéré a reçu l'extrême onction.
Il fait de grands efforts pour dissimuler la douleur dont il souffre continûment. Parfois, il est contraint d'utiliser des béquilles, ce qu'il dissimule là aussi au public.
Pour soulager sa douleur, il recourt à des bains chauds, se repose dans un rocking chair qui devient le symbole de la Maison Blanche. Mais lorsque la médecine traditionnelle ne suffit pas, il fait appel au docteur Max Jacobson, que ses patients ont baptisé «Docteur fait du bien».

Le 16 mai 1961, le président, en visite à Ottawa, plante un arbre et ressent alors une violente douleur au dos. Son médecin officiel lui injecte de la novocaïne. Sans effet. À la veille de son départ pour l'Europe où il rencontrera de Gaulle, Khrouchtchev et Macmillan, il consulte Jacobson qui lui administre des piqûres d'amphétamines et des stéroïdes. Il se sent bien, très bien. Jacqueline, elle aussi, recourt aux soins de Jacobson. Les injections continueront pour l'un et l'autre jusqu'en novembre 1963. Est-ce bien raisonnable pour un homme qui assure des responsabilités planétaires?

Bon fils, bon mari, bon père ... Voire. À la fin de 1975, Judith Campbell Exner dépose devant une commission du Sénat sous la foi du serment. Elle a entretenu, dit-elle, «des relations personnelles et étroites» avec le président et lui a rendu visite à la Maison Blanche de 16 à 20 fois.
Mme Exner poursuit ses confidences. Elle a été présentée à John Kennedy en février 1960 par un ami commun. C'est le même ami commun qui lui a fait connaître Sam Giancana, un parrain de la Mafia, et Giancana l'a présenté à un autre mafioso, John Roselli. L'ami commun, on le découvre vite, a pour nom Frank Sinatra qui est lié au beau-frère du président, Peter Lawford.

Malgré les avertissements répétés de J. Edgar Hoover, Kennedy n'a pas rompu avec le chanteur ni avec Judith Exner, puisque le président et «son amie» ont échangé 70 coups de téléphone et ont eu des rendez-vous discrets. Cette dame a reçu des confidences, qu'elle révèle. Giancana nourrissait le projet d'assassiner Castro en collaboration avec la Mafia et la CIA. Kennedy le savait. Le ménage du président n'allait pas fort. Kennedy le lui a dit. Il était question d'un divorce que la course à la présidence a empêché.

Les langues se délient. La rumeur alimente la rumeur. Les aventures sentimentales, les petites amours d'un soir ou d'un après-midi, Kennedy ne les compte plus. Des inconnues, des stars comme Marilyn Monroe, des amies de longue date, des secrétaires qui font partie de l'entourage, combien de femmes ont été séduites par John Kennedy?
Jusqu'à quel point peut-on dire qu'il a été un véritable obsédé sexuel, qu'il n'a jamais ressenti que l'attrait pour l'amour physique? Est-ce l'usage des «potions magiques» qui expliquent ce comportement peu ordinaire?
Le père a-t-il donné l'exemple ou bien a-t-il incité ses fils à traiter les femmes sans aucun égard? Autant de questions auxquelles il n'est pas facile de répondre. Toutefois, même si l'on ne prête qu'aux riches, même si Kennedy jouit d'une réputation que les auteurs successifs ont tendance à exagérer, l'activité débordante qu'il témoigne dans le domaine sexuel suppose que des amis, des subordonnés, des membres de la famille prennent soin de mettre des filles à sa disposition et conservent une discrétion à toute épreuve.

En fait, des bruits ont circulé du vivant de Kennedy. Au cours de la campagne électorale de 1960, Nixon savait tout ou presque sur son rival. Il n'a rien dit, estimant que la divulgation de la vie privée ne fait pas partie des arguments politiques. Les journalistes ne pensaient pas autrement.
Ibidem, pp. 280-282

3

La deuxième certitude touche à Jacqueline Kennedy. Elle n'a pas les qualités qu'on lui a généreusement attribuées.
Froide, incapable de saisir les complexités de la vie politique, elle ne montre aucune disposition à se soumettre aux contraintes de la Maison Blanche. Elle dépense sans compter, oublie de participer à des activités mondaines qui font partie de ses tâches.
Elle sait, pourtant, que sa présence rend service à son mari et, de temps à autre, cède à ses instances, par exemple en novembre 1963 lorsqu'elle accepte de l'accompagner à Dallas.

Ce couple, qui donne l'impression de vivre la plus belle des histoires d'amour, est déchiré, au bord de la rupture, se réconcilie pour quelques jours avant d'entrer de nouveau dans une zone de turbulences. Encore une fois, la réalité ne correspond pas à l'image.
Ibidem, p. 283

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Les Juifs Américains, Plon, Paris 2008

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Mon oncle d'Amérique

Faut-il croire la rumeur? Les Juifs feraient la pluie et le beau temps aux Etats-Unis. Ils seraient omniprésents, tout­puissants, malfaisants. Ils contrôleraient la vie économique, Hollywood et les médias. Ils seraient nombreux, beaucoup trop nombreux dans les universités, dans le monde des écrivains.
New York, ce serait Jew York ou bien, comme l'a dit un jour le pasteur Jesse Jackson, Hymietown, la ville des youpins.
Les politiques seraient soumis aux Juifs qui financeraient leurs campagnes électorales. Ils obéiraient avec complaisance à leurs oukases. Le président dés Etats-Unis lui-même ne pourrait qu'exécuter leurs ordres.
Somme toute, les Sages de Sion auraient conquis l'Amérique. Pour le plus grand bénéfice des Juifs en général, d'Israël en particulier, ils auraient subi une métamorphose pour devenir les Sages de Washington.

La rumeur ne tarde pas à devenir une vérité d'évidence.
Elle ne s'exprime pas toujours avec brutalité. Elle revêt souvent un masque qui la rend à la fois acceptable et évidente.
N'y a-t-il pas un lobby juif? New York n'est-elle pas la plus grande ville juive du monde? Les hommes qui ont créé l'industrie américaine du cinéma n'étaient-ils pas issus de l'immigration juive? Ne lit-on pas des romanciers juifs, comme Saul Bellow ou Philip Roth? N'existe-t-il pas une alliance très spéciale entre Washington et Jérusalem?
Le langage lui-même n'a-t-il pas subi l'influence du yiddish? Les Juifs eux-mêmes n'ont-ils pas pour l'Amérique les yeux de Chimène? Sont-ils vraiment américains ou bien ne font-ils allégeance qu'à l'Etat d'Israël?
En fin de compte, si l'Amérique est ce qu'elle est avec ses qualités et surtout ses défauts, n'est-ce pas la faute des Juifs qui ont pris la place des puritains, imposé leur présence et leurs modes de pensée, fait croire que leurs intérêts coïncidaient avec l'intérêt général des Etats-Unis?

Toutes ces questions appellent des réponses claires, aussi précises que possible, débarrassées d'a priori. Mais une évidence s'impose. C'est que l'antisémitisme fait bon ménage avec l'antiaméricanisme. Pourtant, ils ne sont pas indissolublement liés. Tout ennemi des Juifs ne déteste pas les Américains. Tout adversaire des Etats-Unis ne tombe pas nécessairement dans ce que Pierre-André Taguieff nomme la judéophobie.
Reste que les rapprochements ont de quoi nous impressionner. L'antiaméricanisme est l'une des psychopathies qui affectent notre monde. D'excellents auteurs l'ont disséqué. Ils ont montré comment il est né, sur quels fondements il repose, pourquoi il a subi des avatars. Si l'on pousse encore plus loin l'analyse du phénomène, on constate qu'il comporte un ingrédient particulier.
Cet ingrédient, c'est l'antisémitisme - aujourd'hui confondu avec l'antisionisme, plus respectable, semble-t-il, plus acceptable dans nos sociétés occidentales.
Les Juifs Américains, pp. 9-10

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Somme toute, que les Juifs occupent aux Etats-Unis une place importante, personne ne le conteste, à moins de sombrer dans la mauvaise foi. Ils ont réussi leur intégration dans une société qui, bon gré mal gré, les a plutôt bien accueillis.
Et cette intégration a fait rêver, continue de faire rêver des Juifs de bien d'autres pays. Il ne faut pas en déduire qu'ils sont en mesure à eux seuls d'élire le président des Etats-Unis, qu'ils imposent leur point de vue à la presse écrite et audiovisuelle, qu'ils sont «les rois de l'Amérique» et, par contrecoup, les maîtres du monde.

Au sein de la population américaine, ils constituent une minorité, une très petite minorité qui, au fil des années, perd de son dynamisme démographique.
Le lobby juif n'est pas tout-puissant. La politique étrangère de la superpuissance n'est pas dictée par les Sages de Sion. La culture américaine ne se réduit pas à la culture judéo-américaine.
Il ne faut pas que l'arbre cache la forêt ni accepter comme des vérités sacro­saintes les pires des stéréotypes. Les Juifs américains forment une communauté relativement heureuse, peut-être même privilégiée si on la compare à beaucoup d'autres communautés juives dans le monde. Ils n'ont évidemment pas l'influence que certains leur attribuent.

Répondre précisément à des questions simples, expliquer le présent par des références au passé, tenter de comprendre la complexité des Etats-Unis, inciter au moins à la réflexion, voilà les principaux objectifs de ce livre. Ajoutons une ambition qui peut sembler irréalisable: surmonter les préjugés.
Ibidem, p. 18

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Les Juifs riches

Si l'on consulte les sites que propose Internet, on découvre une longue liste de Juifs qui sont qualifiés de riches. Leur fortune dépasse la centaine de millions de dollars. Elle atteint parfois des milliards.
Le magazine Forbes publie régulièrement le tableau des grandes fortunes. Pour s'en tenir aux quatre cents premières, les Juifs occupent 25 % des places. Lorsque le classement a paru pour la première fois en 1982, il comprenait 14 milliardaires, dont 4 Juifs (Martin Davis qui a fait fortune dans l'extraction du pétrole et détenu un temps la 20th Century Fox, Leslie Wexner à la tête d'une chaîne de magasins de vêtements, et les deux frères Newhouse, Samuel et Donald, qui possèdent des centaines de journaux et des maisons d'édition).
Pour une minorité qui représente de 2 % à 2,5 % de la population américaine, la disproportion est spectaculaire. A titre de comparaison, les Italiens, les Hispaniques, les Noirs et les Européens non juifs venus d'Europe centrale sont à peine une poignée.
Encore la liste de Forbes n'inclut-elle pas les millionnaires, parmi lesquels on retrouverait un nombre impressionnant de Juifs.

Ce classement appelle des commentaires. On s'étonnera en France que l'on puisse ranger les riches dans des catégories ethniques, religieuses ou raciales. Certains pousseront l'étonnement jusqu'à l'indignation. A vrai dire, d'autres sites, voire les mêmes, scrutent le capitalisme chrétien, noir ou hispanique.
Dans un pays où règne le multiculturalisme, où la diversité des origines et des croyances n'exclut nullement l'unité, il n'est pas interdit d'élaborer des statistiques ethniques ou religieuses et de les publier. Il n'empêche que l'identité juive des personnes classées donne lieu à des contestations. Jusqu'à quel point l'un ou l'autre de ces personnages fortunés se considère-t-il lui-même comme juif? Certains ne sont-ils pas convertis? D'autres ne manifestent­ils pas une totale indifférence à l'égard de leurs origines ?

Les variantes sont nombreuses. Elles nous incitent à un relatif scepticisme, au moins à la prudence. Inclura-t-on dans cette liste, par exemple, le nom de George Soros ?
Juif d'origine hongroise, il fuit le régime communiste et parvient jusqu'à Londres pour suivre des études à la London School of Economics. En 1956, il s'établit aux Etats-Unis. Il gagne beaucoup d'argent à Wall Street. Avec une fortune estimée à 7 milliards, il occupe le vingt-huitième rang parmi les grandes fortunes.
Ses activités politiques, ses déclarations publiques font de lui un marginal qui prend des positions pour le moins étonnantes. En novembre 2003, il prône un changement de régime aux Etats-Unis, soutient le mouvement palestinien et accuse Ariel Sharon tout comme George W. Bush d'être les responsables d'un regain de l'antisémitisme.
Il ajoute qu'en détenant une part trop importante de la richesse mondiale les Juifs provoquent l'antisémitisme. Il ne verse aucune somme pour les causes dites juives. Bref, autant exclure Soros de la liste des Juifs riches.

Un deuxième exemple suscite la perplexité. Armand Hammer dirige jusqu'à sa mort en 1990 l'Occidental Petroleum, une formidable société pétrolière et chimique qui annonce un chiffre d'affaires de 20 milliards et étend ses activités dans le domaine alimentaire. Son père a émigré de Russie. Il a milité au sein du Parti communiste américain. Armand fait des études médicales avant de se lancer dans les affaires.
Au tout début des années 1920, il rencontre Lénine, noue des relations étroites avec le régime soviétique et devient l'intermédiaire entre l'URSS et le capitalisme occidental. Plus tard, il investit dans les puits de pétrole libyens. Ses origines juives, il les a longtemps oubliées. A quatre­vingt-dix ans, il décide de préparer sa bar-mitsvah et meurt deux jours avant de faire son grand retour au judaïsme.
Fut­il un milliardaire juif?
Ibidem, pp. 98-99

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Dans les milieux culturels

Les déclarations antisémites se ressemblent, dès qu'il s'agit d'évoquer l'influence des Juifs dans le domaine de la culture. Les exemples ne manquent pas. Le 11 septembre 1941, Charles Lindbergh, le célèbre aviateur qui mène alors campagne contre l'implication des Etats-Unis dans «la guerre européenne», fait savoir à ses compatriotes que «le plus grand danger pour notre pays, c'est que les Juifs possèdent et influencent notre cinéma, notre presse, notre radio et notre gouvernement».
Soixante ans plus tard, des sites informatiques rapportent avec complaisance les propos qu'ils attribuent à Ariel Sharon: « Nous, le peuple juif, nous contrôlons l'Amérique, et les Américains le savent. » Bien entendu, le thème est amplement et systématiquement repris dans les médias du monde arabe et musulman. C'est une arme de combat.

.... Les Juifs ne représenteraient que 6 % des journalistes de la presse américaine. Mais le quart des journalistes qui exercent leurs talents au New York Times, au Washington Post, à Time, à Newsweek et dans les principales chaînes de la télévision sont juifs.
Pour faire bonne mesure, il faut ajouter le conglomérat qu'on connaît sous le nom de Time Warner. Il comprend AOL (America On Line) et déclare en 2003 un chiffre d'affaires de 40 milliards de dollars. Gerald Levin, le président-directeur général de Warner, a pris la tête du mammouth. HBO, Polygram font partie de l'empire.
Une cinquantaine de magazines dépendent du groupe, parmi lesquels Time, Life (qui vient de disparaître), Sports /llustrated et People. Des éditeurs comme Little, Brown, des diffu­seurs comme Book of the Month et Time-Life Books forment d'autres planètes de la galaxie.

La démonstration est encore plus évidente si l'on aborde le monde du cinéma. Il n'est pas exagéré d'affirmer que des Juifs l'ont créé et animé. Les noms des « pères fondateurs» viennent naturellement à l'esprit: Carl Laemmle, Adolph Zukor, Samuel Goldwyn, Louis B. Mayer, Marcus Loew, les frères Warner, Harry Cohn, etc.
Que serait le cinéma américain sans eux?

La photographie elle-même doit beaucoup à Albert Stieglitz qui ouvrit la voie à d'autres, par exemple à Joe Rosenthal qui prit le très célèbre cliché à Iwo Jima en 1945. Tout comme on pourrait dresser des listes comparables, s'agissant des musicals, des variétés en général, voire d'une musique à mi-chemin de la musique classique et de la musique populaire.
Irving Berlin, George Gershwin, Richard Rodgers et son complice Oscar Hammerstein, Leonard Bernstein, Ernst Bloch, des virtuoses comme Yitzhak Perlman, Pinchas Zuckerman, Shlomo Mintz illustrent de leurs talents cette catégorie, et ce ne sont là que quelques exemples.

Déjà en 1933, alors que les Juifs comptaient pour 3,5 à 3,7 % de la population, 36 % des orchestres de variété étaient dirigés par des Juifs. On n'en finirait pas de citer les grands succès de la chanson qui ont été écrits et composés par des Juifs, comme Old Man River, Porgy and Bess, White Christmas, Mrs. Robinson, etc.

Encore plus étonnant, le nombre de Juifs, professeurs et étudiants, dans l'enseignement supérieur. Certes, cette forte présence fut d'abord notable au City College de New York, qu'on a surnommé «le Harvard des Juifs».
Au sein des autres universités, les Juifs comptent à peine pour 2 % du total en 1940. Dans les années soixante-dix, ils représentent plus de 10 %. Peu après, une université aussi sélective que Princeton dénombre 20 % de Juifs parmi ses étudiants.
Et, fait significatif, les autorités universitaires décident en 1985 de retarder le jour de la rentrée pour éviter qu'il ne coïncide avec le nouvel an juif.
C'est là aussi que sont installés trois réfectoires servant de la nourriture cachère.
Quant aux enseignants de Princeton, ils sont juifs dans la proportion de un sur trois - dès les années soixante-dix.
La même proportion vaut pour Yale et Harvard. Ce qui est encore plus caractéristique, c'est que les professeurs juifs enseignent dans toutes les disciplines, dans les mathématiques comme en physique, en médecine comme en psychologie, en éducation physique comme en sociologie et, changement plus symptomatique encore, dans les départements de littérature anglaise, longtemps fermés et interdits aux Juifs.
Comme il est lointain le temps où un ancien de Harvard s'étonnait de rencontrer sur le campus "deux Juifs et un Noir" et réclamait du président de l'université plus de sélectivité.
Ibidem, pp.221,223, 224-225

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"Le pouvoir juif" aujourd'jui et demain

Il est temps de proposer une synthèse. Au début de mon enquête, j'ai posé une question, celle qui revient inlassablement dans les conversations et dans les analyses. Les Juifs ont-ils acquis aux Etats-Unis une influence excessive et sont-ils devenus «les maîtres du monde» ?

Ma réponse est dépourvue d'ambiguïté. Non, ils ne sont pas ce qu'on l'on croit trop souvent. Non, ils n'ont pas pris le pouvoir à Washington, à New York ou à Los Angeles. Non, ils ne décident pas du sort de la planète.

Pourtant, tout au long des pages qui précèdent, on a vu que leur réussite économique, que leur intégration dans la société leur donnent une place au premier rang.
Ils figurent, pour la plus grande partie d'entre eux, dans la catégorie des classes moyennes, et souvent même parmi les plus riches. Les statistiques témoignent de leur passion pour les études, dans quelque domaine que ce soit. La culture américaine est fortement marquée par leur présence, par les idées qu'ils apportent, par les valeurs qu'ils défendent.
Que serait la science américaine si les savants juifs ne l'avaient pas irriguée? Ils représentent 40 % des prix Nobel. Sur les deux cents intellectuels les plus prestigieux, la moitié sont juifs - 76 % ont au moins un parent juif.

Dans le domaine artistique, les proportions sont comparables. A la veille d'une rencontre musicale entre Américains et Soviétiques, Isaac Stern constatait avec humour que les Soviétiques envoient aux Etats-Unis des violonistes juifs originaires d'Odessa et les Américains envoient en URSS des violonistes juifs originaires d'Odessa. On ne s'étonnera pas que des Américains soutiennent avec conviction que les Juifs comptent pour 20 % de la population, alors qu'ils représentent moins de 2 %.
Ibidem, pp. 288-289

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