Pierre Joxe

Socialiste, protestant, maçon, fils de l'ancien ministre du général De Gaulle Louis Joxe et petit-fils du célèbre intellectuel "parisien" libéral-conservateur Daniel Halévy (Laurent, Sébastien : Daniel Halévy, Grasset, Paris 2001), ministre de l'Intérieur (1984-1986)(1988-1991), ministre de la Défense (1991-1993), premier président de la Cour des comptes (1993-2001), membre du Conseil constitutionnel nommé le 26 février 2001 par le président socialiste de l'Assemblée nationale M. Raymond Forni.

Pierre Joxe, Ariane Chemin, Le Monde, 28 février 2001, p. 6
Il est énarque, protestant et parisien, comme son quasi-contemporain Lionel Jospin, mais aussi ancien élu de Bourgogne comme son ami François Mitterrand. Figure énigmatique de la garde rapprochée de l'ancien président de la République et fils d'un ancien ministre du général de Gaulle, homme de parti, voire de clans, mais aussi homme d'Etat et fils de la République – quoique pas la Ve –, Pierre Joxe, soixante-six ans, entre au Conseil constitutionnel, où l'on fait selon lui, évidemment, de la politique aussi. " Au fond, j'aurais connu trois pouvoirs, le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire ", confiait déjà en février 1998 le président de la Cour des comptes.

Depuis sa nomination, en 1993, par François Mitterrand, à la présidence de la Cour des comptes, chacun savait, malgré ses démentis, que M. Joxe, plus soucieux d'écrire L'Édit de Nantes, une histoire pour aujourd'hui (Hachette, 1998) que de raconter son mitterrandisme, était en réserve. Mais pas de n'importe quel poste. Fidèle " conventionnel " – il entre en politique avec la Convention des institutions républicaines (CIR) –, arrivé avec François Mitterrand, en 1972, au Parti socialiste, soldat du front législatif un an plus tard, il ne s'est vu confier par l'ancien président de la République que les plus hautes responsabilités pendant ses deux septennats.

En 1983, il préside le groupe socialiste. Ministre de l'intérieur entre 1984 et 1986, puis de nouveau en 1988, il travaille à une modernisation et à une professionnalisation de la police, qu'il veut envisager comme un véritable métier, et non plus comme un outil politique. En janvier 1991, en pleine guerre du Golfe, François Mitterrand l'appelle à la défense pour remplacer Jean-Pierre Chevènement, qui a donné sa démission.

En 1994, M. Joxe plaide vigoureusement pour que Jacques Delors se présente à l'élection présidentielle. Son nom circule aussi. M. Jospin, qui n'a avec lui des rapports ni intimes ni amicaux, accélère alors l'officialisation de sa candidature. A la Cour des comptes, M. Joxe entreprend l'examen minutieux des dysfonctionnements des ministères et des administrations, à l'écart de la scène médiatique. Sa présence à un colloque sur les " autonomies insulaires ", aux îles Aland, en Finlande, en août 1998, avec des élus corses aujourd'hui acteurs du " processus " lancé par M. Jospin en décembre 1999, avait été d'autant plus remarquée.

Érudit, franc-maçon féru d'exégèse biblique, M. Joxe dit souvent avoir compris la Corse par son histoire : la manière dont elle avait été traitée, depuis le XIXe siècle, " comme si elle n'était pas un morceau de territoire national ", puis dont elle avait " choisi " la France en luttant, en 1940, contre le nazisme et le fascisme. Sur l'île, sa nomination imminente n'est pas passée inaperçue. " Il avait fait voter l'actuel statut : Pierre Joxe au Conseil constitutionnel ! ", s'exclamait en première page Corse-Matin, le 16 février. " Pas besoin de présenter Pierre Joxe ", il est " le premier à reconnaître le peuple corse ", qui " avait été censuré par le Conseil constitutionnel ", s'enthousiasme l'hebdomadaire nationaliste U Ribombu.

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