Le "parcours complexe" du pacifiste Robert Jospin

Par bribes, on connaissait déjà quelques-uns des itinéraires empruntés par Robert Jospin, père du premier ministre (Lionel Jospin), décédé en mai 1990. Au travers d'une grosse centaine de pages, les Secrets de famille de Serge Raffy (Serge Raffy, Jospin, Secrets de famille, Fayard, Paris 2001) donnent la dimension de cet homme, qui s'est beaucoup trompé.

Pacifiste intégral depuis qu'il a été détenu, à seize ans, dans un camp de travail en Allemagne, il ignore la menace hitlérienne. Au printemps de 1942, alors que la Gestapo est venue l'arrêter, l'ancien secrétaire général de la Ligue internationale des combattants de la paix étonne les soldats allemands par sa germanophilie. "Il n'est ni collaborateur ni résistant. Il est "ailleurs". Sur une autre planète, cette "bulle" pacifiste où l'on peut concevoir qu'un Gandhi terrasse Hitler", écrit Serge Raffy. Au printemps de 1944, après le débarquement de Normandie, Robert Jospin, ami de Marcel Déat et d'autres anciens socialistes devenus "collabos", fait cependant son entrée au conseil municipal de Meudon, nommé par les autorités de Vichy. Ce qui lui vaudra d'être exclu de la SFIO et d'en être tenu à distance pendant dix ans.

La guerre du moment est alors celle d'Algérie, et, cette fois, Robert Jospin, en opposition avec son fils, soutient la politique de Guy Mollet. Entre-temps, Robert Jospin a renoué avec les milieux pacifistes et il participe, en 1951, à la fondation d'une revue, La Voix de la paix, laquelle accueille et soutient, plusieurs années durant, l'ancien déporté Paul Rassinier, père du négationnisme français. Sur cet épisode, Serge Raffy s'interroge : "Idéaliste forcené, apôtre pathétique de la paix, Robert Jospin a-t-il livré quelques confidences ou aveux à ses enfants avant de mourir ?" Son enquête, minutieuse, le conduit à affirmer qu'"officiellement, la famille ignorait tout du passé en pointillés du patriarche. (...) Mireille Jospin est sans doute la seule à connaître toute la vérité sur le parcours complexe du père de Lionel."
J.-L. S., Le Monde, 29 août 2001, p. 5.

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