Florent Gintz. Catholique traditionnel, souverainiste, gaullistophobe. Auteur d'un ouvrage critique à l'égard du général De Gaulle, Autopsie du mythe gaulliste, Godefroy de Bouillon, Paris, 2003.

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Homme politico-militaire hors norme que ce "Général de Gaulle", qui réussit à bâtir sur sa personne une légende fabuleuse si forte, si extravagante, qu'on se demande com- ment une part si fortement majoritaire de l'opinion a pu conserver cet émerveillement, cette foi inconditionnelle, voire, ce culte quasi religieux à sa personne. Après sa mort, il est devenu la référence obligée qu'on invoque dans les cas difficiles: "Le Général de Gaulle" aurait fait comme ci ou comme ça... Si des esprits critiques se per- mettent quelques réserves sur certains points de sa poli- tique, pour ce qui est de sa légende, de sa qualité de visionnaire extra lucide concernant les destinées de notre pays, toute velléité de suspicion sur son œuvre est inac- ceptable et suspecte d'une coupable dérive intellectuelle. Il est quasiment du devoir de chacun de manifester en toute occasion, son débordement d'admiration et de reconnais- sance à celui qui a rendu à la France son honneur perdu, (non par la défaite, bien sûr, cette dernière n'étant, selon l'histoire correctement réécrite, qu'une forgerie perpétrée par les "gouvernants de rencontre" de Vichy, une consé- quence du soi-disant armistice et non son origine, n'est-ce pas? Nous le verrons à la fin) de celui qui nous a restauré dans notre dignité et notre grandeur, de celui, qui a forcé le respect et la considération des Alliés, lesquels sans De Gaulle, auraient ravalé la France au rang de puissance de seconde ou troisième zone. L'opinion officielle n'ose même pas imaginer ce qu'il serait advenu de notre pays, si le 18 juin 1940, nous n'avions pas eu le génial et providentiel "Premier résistant de France" qui, de Londres, lança sur les ondes son "Immortel Appel Historique".
Autopsie du mythe gaulliste, p. 5-6

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Bref! Revenons-en à la résolution de De Gaulle: Ce ne fut que lorsqu'il arrêta sa décision de transfert de légitimi- té de "Vichy" sur sa dissidence du fait de la "capitulation", plusieurs jours après le 18, qu'un autre "Appel (authen- tique, bien sûr) du 18 juin (toujours)" a été lancé dont la mouture était adaptée cette fois à sa nouvelle décision. Il devait lui conserver la même date, mais pour une autre raison que celle de devoir mettre Churchill devant le fait accompli: surtout cette fois, pour empêcher à tout prix la solution de continuité de la légitimité française entre le gouvernement Reynaud démissionnaire et sa dissidence à Londres (qui, de ce fait, n'en était plus une, évidemment) Ayant eu cette fois, le temps de la réflexion, il a pu condenser son nouvel" Appel du 18 juinll, le ramener à 1'essentiel, afin de bien lui donner un caractère historique. Le voici, il est beaucoup plus bref que le premier:

"La France a perdu une bataille !
Mais la France n'a pas perdu la guerre !"

"Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l'honneur, livrant le pays à la servitude. Cependant, rien n'est perdu !
"Rien n'est perdu parce que cette guerre est une guerre mondiale.
"Dans l'univers libre, des forces immenses n'ont pas encore donné. Un jour, ces forces écraseront l'ennemi. Il faut que la France ce jour-là, soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but ! "Voilà pourquoi je convie tous les Français, où qu'ils se trouvent, à s'unir à moi dans l'action, dans le sacrifice et dans l'espérance. "
Notre patrie est en péril de mort,
Luttons tous pour la sauver" VIVE LA FRANCE !
Général de Gaulle Quartier Général 4, Carlton Gardens - London S. W.l

Et c'est cette seconde proclamation qui sera dorénavant qualifiée d'authentique Appel historique du 18 juin. C'est elle qu'on trouve placardée au Musée de l'armée ainsi que dans les mairies de France et autres lieux, comme si elle était l'unique. La première certes, n'a pas été franchement reniée puisque l'auteur des "Mémoires" la prend en compte dans son ouvrage. Mais observons que pratiquement l'histoire officielle et la classe politique, ne l'ont pas retenue car elle est inadaptée à Légende. Le second appel par contre, convient parfaitement. Et pour cause, il a été fait sur mesure pour ça.
Ibidem, 23-25

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L'évacuation de la défaite dans l'histoire politiquement correcte évacue du même coup la notion de faute! Au diable ces histoires de relèvement intellectuel et moral! D'efforts épargnés! De culte du travail! D'esprit de sacrifice et de dévouement! Pas de défaite, donc pas besoin d'un examen de conscience national bêtement et inutilement culpabilisant. Pas de défaite, donc rien ne justifiait qu'on donnât les pleins pouvoirs à Pétain! La faute, c'était au contraire de suivre Pétain avec ses salades sur le redressement intellectuel et moral. La France libérée devait au contraire prendre le contre-pied, faire l'inverse d'une politique "défaitiste à la Pétain". Pour ça, on peut dire que ce fut une réussite. Aussitôt la libération venue, la "lutte des classes", reprit de plus belle ses activités. Pensons aux grèves insurrectionnelles de décembre 1947 qui furent à Jeux doigts de nous faire basculer en régime de "démocratie populaire".
Encore qu'un état d'esprit survivait inconsciemment dans les esprits et les cœurs. Les grands principes moraux n'étaient pas encore outrageusement bafoués, les valeurs étaient considérées et respectées. Mais, occupé par les politiciens et idéologues revenus en force dans le sillage du grand libérateur, de celui qui avait exécuté "Vichy", le terrain était miné et la société toute prête à basculer. Le basculement intervint, en un temps précis celui des événements de mai / juin 68. De Gaulle, alors au pouvoir, prit en pleine figure comme le retour en boomerang de sa politique. Ce qui l'affligea certainement beaucoup à en juger par sa réaction qui fut celle qui lui est coutumière en pareille circonstance: prendre subrepticement la fuite. Il fallut deux jours pour le retrouver finalement à l'étranger, en Allemagne. De là, il rejoignit l'Etat Major des forces françaises stationnées dans ce pays. Les officiers Généraux le regonflèrent et lui promirent leur appui sous condition qu'il libère les officiers emprisonnés par sa justice lors de l'affaire d'Algérie. Ce qu'il fit, ce qui montre le désarroi dans lequel il était plongé.
Mais ce qu'il faut retenir de ces événements de mai 68, c'est que c'est de cette misérable "chienlit où les canards sauvages étaient devenus les enfants du Bon Dieu" (l'expression est de lui), que fusèrent les slogans fondateurs de la société qui va suivre, résumé par le principal d'entre eux : "Il est interdit d'interdire!". C'est à partir de là que l'impensable fut surpassé.
Ibidem, p. 101-102

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En cette époque charnière de changement de millénaire, nous en sommes à la phase finale de l'existence presque bimillénaire de notre patrie. A vue humaine, tout est perdu! Les chiffres parlent d'eux-mêmes, l'horizon de la France est bouché.
Heureusement que, si nous sommes croyants, nous savons que Dieu, seul à même, au point où nous en sommes, de délivrer notre pays de son asservissement actuel aux idéologies de mort, ne peut voir enterrer la véri- té et la justice. il ne saurait abandonner la fille aînée de son Eglise. Les saints de notre patrie sont trop grands et trop nombreux pour cela. Nous sommes sûrs qu'ils ne cessent d'intercéder pour elle.
De notre côté, prions pour que notre délivrance vienne très vite car, à vue humaine, il est déjà trop tard. Prions aussi pour que cette délivrance ne se fasse pas dans une douleur trop extrême que nous avons tant méritée par nos abandons.
Ibidem, p. 107

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