Marcel Gauchet

Philosophe politique. Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales.
Auteur de quelques ouvrages dont "Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion", Gallimard, Paris 1985 et La religion dans la démocratie ; parcours de la laïcité, Gallimard, Paris 1998.
Sur l'auteur : Marc Olivier Padis, "Le genèse de la démocratie", Michalon, Paris 1996.

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A partir de ce moment là (autour de l'an mille), s'enclenche en Europe de l'Ouest une histoire qui me semble remarquablement homogène et continue depuis mille ans.
Elle va conduire à cette chose sans précédent qu'est l'apparition d'une société qui s'organise en dehors de la dépendance religieuse. Le pouvoir cesse d'être un pouvoir sacré qui tombe d'en haut. Il sort de la société : c'est ce que nous nommons démocratie.
Le fait central de ce parcours, c'est la construction d'une institution qui va être le levier de cette réappropriation : l'Etat.
Vivre et croire dans un monde désenchanté, Rencontre avec Marcel Gauchet, Sciences humaines, août-septembre 2000, p. 46-49.

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C'est une erreur que d'opposer l'orientation vers le siècle et l'orientation vers le ciel. Elles peuvent aller ensemble.
Il n'y a pas plus idéalistes sans le savoir que ces matérialistes forcenés que sont nos capitalistes et nos industriels. Quelqu'un qui ne pense jamais dans sa tête même de façon sublimale, à une transcendance, peut n'en être pas moins orienté dans son comportement par la recherche d'une transcendance.
Telle est l'originalité absolue du capitalisme par rapport à tous les systèmes économiques qui l'ont précédé. C'est l'accumulation de moyens de puissance en vue d'une démultiplication de cette puissance. C'est ce qui fait que le capitalisme n'est pas une simple économie d'appropriation comme celles qui existaient avant lui.
Dans son cadre, l'acquis n'est jamais une fin en soi, mais toujours un moyen vers une autre fin, dans une relance indéfinie.
Ibidem.

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