Brice Fleutiaux

Photographe indépendant. Engagé politiquement dans la défense des "opprimés", au Cambodge, en Roumanie, en Bosnie, au Kosovo.
Il se rend illégalement en Tchétchénie fin septembre 1999 pour "témoigner" en faveur des Tchétchènes et contre les Russes.
Le 1er octobre 1999 il est pris en otage par des Tchétchènes et ne sera "libéré", après paiement d'une rançon (?), que le 12 juin 2000 ... et gràce à l'intervention des Russes, et en particulier du président Poutine.
Il relate ses malheurs dans un ouvrage qui paraît vers le 20 avril 2001, et, "profondément déprimé" d'après ses amis, se suicide le 24 avril ... à 33 ans.
Brice Fleutiaux, Otage en Tchétchénie, Robert Laffont, Paris, avril 2001.
Polémique à propos d'une envoyée spéciale
La réponse de la personne mise en cause

1
Nous roulons quelques kilomètres avant de nous immobiliser sur un chemin désert au milieu des champs. Je sors de la voiture complètement sonné, le nez en sang, un oeil au beurre noir et une douleur tenace au côté. J'arrive à peine à reprendre mon souffle. Mes agresseurs essaient de réparer tant bien que mal les dégâts grâce à un peu d'eau et un kleenex avant que leur chef ne me demande les raisons de ma "mauvaise conduite" ... Il semble un peu énervé, car j'ai abîmé sa voiture en me débattant.
Leur agressivité retombe assez vite. Ils entreprennent alors de me fouiller de fond en comble. Tout y passe : mes vêtements, mon matériel, le moindre recoin de mes sacs ... Le boss s'approprie l'argent qu'ils trouvent dans mes poches et met dans le coffre de la grosse Mercedes tout mon matériel photo. A cette occasion, il sort les seuls mots qu'il doit connaître en anglais : Robbery is good !" (...)
Nous repartons à la nuit tombée. Cette fois-ci, j'ai les yeux bandés. Ils m'installent à l'arrière de la Mercedes, entre deux de mes ravisseurs. Nous demarrons sur un air de musique occidentale, et c'est sur les paroles d'une chanson de Madonna que j'entame ma vie d'otage en Tchétchénie.
Enlevé à Grosny in Otage ..., p. 37-38 et 39.

2
Je profite de leur passage pour aborder aussi d'autres sujets qui m'intéressent, mais la guerre revient inévitablement dans nos propos. Beslan m'entretient longuement de l'islam, m'explique les fondements de cette religion : la toilette, les prières, l'importance de La Mecque. Il n'est pas prosélyte et respecte mes propres croyances en la matière. Invariablement, lorqu'on parle de l'islam, la conversation s'oriente vers les wahhabites que Rouslan et Beslan semblent accepter : ils ne différeraient des combattants que par une application plus stricte de la religion. (...)
Nous avons également parlé de la condition féminine avec mes deux amis. Leur croyance interdit aux femmes de s'habiller de manière que l'on puisse deviner leur forme ou voir leurs cheveux. Cette règle est censée combattre la concupiscence et la superficialité. C'est très louable comme démarche, mais cela empêche les femmes de pleinement participer à la vie sociale.
Drôle de jeu que celui de tuer in Otage ..., p. 150

3
7 décembre. Pas mal de remue-ménage ce matin sous la tente. La ronde des avions a repris de plus belle. Je viens d'apprendre sur RFI (Radio France Internationale) que l'armée russe a donné cinq jours aux civils pour quitter Grosny. Ils menacent de raser la ville passé ce délai. Mais cela ne fait que renforcer la volonté des combattants. Est-ce que ce délai joue en ma faveur ? Nos autorités essaieront-elles de me sortir avant que je ne sois pris moi aussi sous un déluge de bombes ?
RFI parle de quarante mille personnes bloquées à l'intérieur de la ville. Il doit y en avoir près de huit fois moins selon mes geôliers. On sent bien que certains journalistes n'ont même pas mis les pieds à Grosny.
Ultimatum in Otage ..., p. 159.

4
A partir du 10 décembre, tous les Tchétchènes du camp ont commencé à faire trois prières quotidiennes et à ne plus boire, manger et fumer avant la tombée de la nuit. La période du ramadan venait de débuter et le jeûne était respecter par tous, y compris moi. Pourtant, mes geôliers m'ont clairement signifié que je ne devais pas me sentir obligé de les imiter. J'ai préféré faire comme tout le monde. En respectant leur tradition, j'attendais en retour que l'on me respecte moi aussi davantage et, quant à la nourriture, le résultat s'est fait immédiatement ressentir : désormais, je n'étais plus servi en dernier et je mangeais plus ou moins à ma faim.
Le ramadan a apporté son rythme particulier à nos journées : mes geôliers faisaient bombance et fumaient comme des pompiers jusqu'au petit matin avant de sombrer dans le sommeil. Ils se reveillaient vers 15 heures, puis guettaient l'apparition de la première étoile dans le ciel pour recommencer à s'alimenter. Lorsque celui-ci était clair, certains patientaient, dans le recueillement et le silence, devant la tente, le visage tourné vers l'étoile "sacrée". Dès qu'elle se montrait, ils vuvaient un peu d'eau, et ce n'est qu'ensuite qu'on pouvait de nouveau fumer et manger.
J'étais curieux de voir comment un Salman pouvait se passer de cigarettes, lui qui se satisfaisait à peine de ses deux paquets quotidiens. J'étais impatient aussi de voir jeûner un Rouslan, d'habitude si gourmand. Ma curiosité a été récompensée : ils sont devenus tous les deux insupportables et passaient les journées à s'engueuler comme des chiffonniers.
Premier jour de ramadan in Otage ..., p. 163-164.

5
Je suis en train de cuire du riz lorsque que je vois pénétrer dans la pièce mon ravisseur, Badroudi, flanqué de son lieutenant, Ibrahim le rouquin, et d'un inconnu. Il me jette un regard en biais, sans m'adresser la parole, et se met à discuter avec les autres. C'est un vrai choc de le revoir, après tous ces jours et ces nuits où je revivais le cauchemar de mon kidnapping, tourmenté par le souvenir de son sourire ironique et de son regard concupiscent ... (...)
A peine sortis de la maison, en compagnie de Badroudi et de Guzbek, l'artillerie se déchaîne avec une violence inouïe. Nous attendons que l'orage passe, avant de monter dans un 4X4. Je ne reverrai Chatoï que le jour de la libération, quatre mois plus tard. (...)
Ce dernier, très musclé et sportif, se targue d'être "major" dans l'armée tchétchène et exhibe fièrement une carte qui est censée le prouver. Mais il est surtout le bras droit de Badroudi, et personne n'ose le contredire et encore moins contester son pouvoir. En l'absence du chef, et Badroudi n'est presque jamais là, c'est lui qui prend les commandes et tout lui est permis.
Je dors au fond de la cabane. Le jeu favori d'Ibrachki consiste alors à me réveiller en me donnant des coups de pied ou en me privant de couverture lorsqu'il passe près de ma couche le soir, accompagné de son acolyte, Adam.
Le matin, Ibrachki me tire de la même façon de mon sommeil peu avant 6 heures, au moment de la prière. Je n'ai pas le droit d'enjamber son matelas lorsque je veux me coucher, je dois me lever, fermer ou ouvrir la porte au gré de ses désirs, et, chaque fois que je refuse, il me frappe de nouveau. Il est très fier des arts martiaux et montre ses capacités sur moi.
Je retrouve mes ravisseurs et Descente aux enfers in Otage ..., p. 259 et 261, 267-268.

6
Les grottes que nous investissons sont disposées tout le long d'une rivière gelée recouverte d'un bon mètre de neige. (...)
La règle de vie dans de telles circonstances est simple : chacun pour soi. Il faut se battre pour pouvoir s'asseoir, manger, dormir, se chauffer ... Dès le matin de notre arrivée, nous sommes désignés, Alek et moi, comme les deux hommes à tout faire de notre habitation. Nous devons aller chercher du bois, allumer et entretenir le feu, préparer à manger ... (...)
Je travaille comme un forçat. Aménager la grotte, calfeutrer les interstices, camoufler l'entrée ... Parfois, en plein milieu de la nuit, je suis toujours en train de couper du bois.
Nous sommes déjà à la fin mars. Depuis plus d'une semaine, on ne se nourrit que de ce mélange fait de maïs, de sucre et d'eau qui pouvait les aider à tenir plusieurs semaines lorsque la situation était des plus délicates.(...)
Nous repartons, comme d'habitude, en pleine nuit. Nous devons faire en une seule fois le chemin du retour. La marche dure près de huit heures pendant lesquelles je porte le grantamiot d'Ibrachki. (...) La nuit d'avant, j'ai à peine dormi plus de deux heures et je n'ai plus la force d'avancer. Ibrachki, fidèle à lui-même, se déchaîne contre moi, alors que je porte son arme, et il m'accuse de "trop manger" ... (...)
A bout de nerf je l'insulte copieusement en français. Peu avant de parvenir au camp, il décide de se venger : il me tire hors de la file, attendant que les autres passent, et me roue de coups en évitant soigneisement de laisser des traces.
Nous atteignons finalement notre destination, où Badrouti, Lukman et les autres nous attendent avec un repas chaud. Le grand chef me voit arriver avec le mortier et me félicite devant tout le monde. C'est moi qu'on appelle désormais le "grantamiotchik".
Vivre dans une grotte in Otage ..., p. 280, 281, 283.

7
Peu avant de sortir de son bureau, Vladimir Poutine me donne la cassette sur "le commerce des otages", distribuée à des fins de propagande par le Kremlin. Il me dédicace l'affiche de Bilal.
Nous sommes dans l'antichambre du bureau présidentiel, lorsque le portable de l'ambassadeur sonne. "Jacques Chirac pour M. Fleutiaux", annonce-t-il. D'un président à l'autre ... Je m'assied dans un petit salon attenant pour converser avec le président français, dans un dialogue simple et chaleureux. "Passez donc me voir à votre retour en France, monsieur Fleutiaux", conclut le président de la République en me demandant de lui repasser l'ambassadeur. En fait, il veut également remercier Vladimir Poutine, mais ce dernier l'ignore en faisant dire par son secrétaire qu'il est très occupé ... alors qu'il est maintenant seul dans son bureau.
Dans les chaussettes de l'ambassadeur in Otage ..., p. 318-319.

8
En Tchétchénie, je suis parti seul, hors des filières, mais neutre et indépendant, et j'en ai payé le prix. Je suis loin d'être quelqu'un de parfait et j'ai commis beaucoup d'erreurs dans ma vie. Mais jamais je ne regretterai d'y être allé.
Ce constat est d'autant plus dur à faire, sachant tout ce que cette histoire m'a pris, a cassé dans ma vie. Je ne suis plus le même et mes proches non plus. Le jour de mon retour, j'ai dit que je ne pardonnerai jamais à mes ravisseurs de m'avoir volé huit mois de ma vie. Aujourd'hui, je me rends compte qu'ils m'en ont pris bien davantage. Pendant tous ces mois là-bas, ce qui m'a permis de tenir est de penser chaque jour combien la vie sera neuve et belle après mon retour ... Maintenant, je réalise combien ma famille a souffert ; certains pansent toujours les plaies causées par mon absence. Quant à moi, je dois m'habituer à l'idée que rien ne pourra plus jamais être comme avant et que certains morceaux ne pourront plus être recollés. C'est une raison très personnelle, certes, mais pour moi c'est une raison de plus pour que justice soit faite dans cette affaire.
Epilogue in Otage ..., p. 323-324.

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Polémique autour du huitième Prix des correspondants de guerre de Bayeux *

On attendait l'Afghanistan, au centre de l'actualité internationale depuis plusieurs semaines. On attendait Michel Peyrard, le photographe grand-reporter de Paris-Matchqui concourait dans la catégorie presse écrite, prisonnier des talibans depuis le 9 octobre. Finalement, la huitième édition du Prix des correspondants de guerre de Bayeux, samedi 13 octobre, a fait la part belle à une série de reportages sur le conflit israélo-palestinien, auxquels le jury a attribué les trophées télévision ("Le soulèvement de Jérusalem", de Ben Brown pour la BBC), radio ("En sortant de l'école, nous avons rencontré..." de Gilles Perez pour Radio France Internationale) et photo ("Révolte en Palestine" de Enric Marti, Associated Press).

Dans la catégorie presse écrite, la palme est revenue à Françoise Spiekermeier pour un long article publié par Paris-Match en octobre 2000. Le reportage intitulé "Les camps de l'horreur" racontait les tortures et autres mutilations actuellement subies par les civils tchétchènes. La journaliste a recueilli les témoignages de femmes, enfants, jeunes filles actuellement arrêtées et placées dans des camps de filtration russes.

Peu connue du grand public, la journaliste indépendante (trente-sept ans), qui collabore régulièrement avec l'agence Sipa, fut, à Bayeux au centre d'une polémique. L'affaire éclate samedi midi. Après avoir terminé leurs votes dans la matinée, les membres du jury et quelques personnalités du milieu sont réunis à Arromanches-les-Bains (Calvados) pour déjeuner. Au cours du repas, un bruit se répand de table en table : le vainqueur du trophée presse écrite serait "la Française" grâce à laquelle le photographe Brice Fleutiaux se serait introduit en Tchétchénie en octobre 1999. Cette jeune femme serait la dernière à l'avoir vu avant que le journaliste soit kidnappé puis retenu en otage pendant huit mois dans le Caucase (Le Monde du 14 juin 2000). Libéré en juin, le photographe s'est ensuite donné la mort le 24 avril 2001 (Le Monde du 28 avril). Parmi les journalistes présents, c'est la stupeur. Et la division.

Certains réclament immédiatement la suspension du prix, à tout le moins l'organisation d'un nouveau scrutin. "Accorder le prix à cette femme après ce qu'elle a fait serait dégueulasse. Surtout que les membres du jury sont censés représenter une certaine déontologie. Si on lui donne, je n'assisterai pas à la remise des prix",s'emporte Jean-François Leroy, photo-reporter et directeur du festival Visa pour l'image de Perpignan, qui déclare que"tout est dans le livre de Brice Fleutiaux", Otage en Tchétchénie (Robert Laffont). Selon lui et quelques autres, la journaliste aurait manqué de prudence et oublié, dans un contexte de journalisme de guerre, l'essentielle assistance confraternelle. Lors de la couverture de conflits armés, la prise de risque est d'autant plus importante que les reporters en quête d'informations sont isolés.

A Bayeux, la plupart des journalistes sont prudents. "Nous ne pouvons pas nous préoccuper de rumeurs. Nous n'avons aucune preuve que la femme en question est en cause", martèle François-René Cristiani, chef du service politique de France Culture. D'autres mettent en avant le fait que la liste des treize présélectionnés pour obtenir le prix de presse écrite est connue "depuis dix jours et que, s'il y avait quelque chose à dire sur la candidature de cette femme, il fallait le dire avant".

A Bayeux, il faut juger du travail d'un correspondant de guerre. Qu'est-ce qu'un bon correspondant de guerre ? "Nous ne sommes pas un tribunal. Le jury a jugé le travail de cette journaliste, c'était mérité, voilà", estime Christian Hoche, rédacteur en chef de Marianne. Une attitude qui n'exclut pas les interrogations : "C'est tout de même un prix qui consacre des correspondants de guerre. Pour le symbole, on ne peut pas porter au pinacle quelqu'un qui a fait quelque chose de déontologiquement répréhensible", répond Mireille Lemaresquier, chef du service monde à France Info.

Pendant ce temps, l'organisation est dépassée. Après avoir reçu les doléances des uns et des autres, le président du jury, le journaliste de la BBC Adrian Van Klaveren, décide de convoquer les membres du jury : faut-il maintenir le trophée à la journaliste en question ? Quelques mètres plus loin, un responsable de la Ville de Bayeux, qui organise la compétition, est affolé. Les résultats du palmarès ont déjà été envoyés à plusieurs rédactions, et l'hypothèse d'un changement de dernière minute porterait un coup à l'image du concours. Après une heure de réunion à huis clos, le jury entérine finalement le palmarès.

Les dernières réticences déontologiques auront été gommées par l'intervention, devant les membres du jury, de Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières. Après avoir appelé Alexandre Lévy, l'un de ses collaborateurs par ailleurs coauteur du livre de Brice Fleutiaux, afin de vérifier ce que contient l'ouvrage au sujet de la journaliste en question, il explique : "même s'il y avait toujours un doute, Brice a formellement dit à Alexandre que cette journaliste n'était pas responsable de son enlèvement et qu'il ne souhaitait pas qu'il y ait de polémique sur cette histoire", rapporte M. Ménard.

La polémique éthique qui a eu lieu témoigne du besoin de débat autour de la profession des reporters de guerre et de leurs méthodes de travail qui ont considérablement évolué ces dernières années. Le système de "pools", qui prévoit un accès à la même information pour des journalistes encadrés par des autorités locales qui les brident pour ne leur montrer que ce qu'ils doivent voir, accroît le besoin de scoops et la prise de risque individuelle. Au détriment, parfois, de l'éthique et de la confraternité professionnelle. "Le meilleur ennemi du journaliste, c'est le journaliste", regrette François-René Cristiani.
* J. B., lemonde.fr | 15.10.01 | 14h12

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Trois questions à Françoise Spiekermeier *

1. Vous venez d'emporter le trophée presse écrite du prix bayeux 2001. des journalistes vous accusent d'avoir une part de responsabilité dans l'arrestation du photographe français brice fleutiaux, enlevé par les tchéchènes pendant huit mois en 1999-2000. que vous inspire cette controverse ?
Le jury a jugé mon travail. Il semblerait que les rumeurs aient été lancées par une seule personne, qui ne fait même pas partie du jury -Jean-François Leroy, directeur du festival Visa pour l'image-. Cet homme a voulu me discréditer auprès de la profession. Il faisait partie du comité de soutien de Brice Fleutiaux et lui était très attaché, mais je ne comprends pas son acharnement. Ce n'est pas la première fois.

2. Dans les premières pages de son livre Otage en Tchétchénie (Laffont), Brice Fleutiaux raconte qu'il est entré en Tchétchénie en sautant dans votre voiture, puis que les Tchétchènes qui vous accompagnaient l'ont enlevé après vous avoir déposée à Grozny. Qu'en est-il ?
Je suis passée en Tchétchénie avec un interprète géorgien, et des Tchétchènes que je ne connaissais pas. Quand Brice Fleutiaux est monté dans la voiture pour passer la frontière, je ne m'y suis pas opposée, alors que j'aurais pu le faire si j'avais voulu jouer la course au scoop. Une fois arrivés à Grozny, Brice voulait aller à la maison de la présidence, moi j'avais un autre rendez-vous, on s'est donc séparés. Il m'a demandé où il pouvait dormir. Je lui ai donné une adresse sûre où j'avais rencontré des journalistes quinze jours plus tôt, l'orphelinat de Grozny. Je lui ai fait un plan. Il m'a demandé de l'embrasser et je lui ai souhaité bonne chance. A aucun moment je n'ai agi pour qu'il soit arrêté et j'ignorais que les Tchétchènes qui nous ont conduits allaient en fait le kidnapper.

3. Selon Alexandre Lévy, qui a coécrit le livre de Brice Fleutiaux, vous n'avez rien fait pour qu'il soit enlevé mais vous n'avez rien fait non plus pour qu'il ne le soit pas...
Ces paroles sont accusatrices et graves. Alexandre Lévy sait que ma version des faits n'est pas celle qu'il a écrite. Mon interprète et moi avons attendu le commandant que je devais rencontrer. Il s'avère que celui-ci avait été impliqué dans des kidnappings auparavant. Comment aurais-je pu le savoir ? J'ai essayé d'aider Brice autant que j'ai pu. J'ai ma conscience pour moi.
* Propos recueillis par José Barroso, lemonde.fr | 15.10.01 | 14h12

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