Richard Dawkins

Sociobiologue, professeur de zoologie à l’Université d’Oxford.
Auteur notamment de The Selfish Gene, Oxford, 1976, Le gène égoïste, Menges, Paris, 1978, Armand Colin, Paris, 1990, opus chez Odile Jacob, Paris 1996.

1
Notre espèce est toujours en quête de la finalité. Il nous est difficile d'observer quelque chose sans en chercher l'utilité, sans nous demander quelle en est la cause ou la finalité. Le désir de trouver une explication à toute chose paraît naturel chez un animal qui vit entouré de machines, d'oeuvres d'art, d'outils ou d'autres objets fabriqués, mais chez qui les pensées dominantes sont consciemment tournées vers ses propres buts et projets.
La loi des gènes in Pour la Science de janvier 1996, p.73.

2
La véritable fonction d'utilité de la vie, ce vers quoi tout tend dans la Nature, c'est la survie de l'ADN. Or, celui-ci n'est pas libre : enfermé dans des organismes vivants, il doit employer les moyens d'action qui sont à sa disposition.... Ce principe explique toute une série de phénomènes qui, autrement, seraient déconcertants. Notamment les espèces animales variées se livrent des combats épuisants et souvent risibles pour attirer les femelles ... On explique facilement ces comportements lorsque l'on considère la sélection naturelle du point de vue des gènes et non plus uniquement dans l'optique de la survie et de la reproduction des individus. ... l'optimisation de la survie de l’ADN n'est pas une recette du bonheur. Du moment que l'ADN est transmis, il lui importe peu que sa transmission se fasse au détriment de quelqu'un ou de quelque chose. Les gènes ne se préoccupent pas de la souffrance, parce qu'ils ne se préoccupent de rien.
Ibidem.

3
La quantité totale de souffrance qui est vécue chaque année dans le monde naturel défie toute observation placide : pendant la seule minute où j'écris cette phrase, des milliers d'animaux sont mangés vivants : d'autres gémissants de peur, fuient pour sauver leur vie ; d'autres sont lentement dévorés de l'intérieur par des parasites hostiles ; d'autres encore, de toutes espèces, par milliers, meurent de faim, de soif ou de quelque maladie. Et il doit en être ainsi. Si jamais une période d'abondance survenait, les populations augmenteraient jusqu'à ce que l'état normal de famine et de misère soit à nouveau atteint.
Ibidem.

4
Je pense personnellement qu'une société humaine fondée simplement sur la loi génétique de l'égoïsme universel sans pitié serait une société dans laquelle la vie serait insupportable. Malheureusement ce n'est pas parce que nous déplorons une chose qu'elle cesse d'être vraie.
The Selfish Gene, O. Jacob p.19.

5
Si vous voulez, comme moi, construire une société dans laquelle les individus coopèrent généreusement et sans égoïsme pour réaliser le bien commun, vous ne pouvez attendre beaucoup d'aide de la Nature.
Ibidem, p19-20.

Vers Première Page