GERARD DALONGEVILLE

4ème de couverture de Rose Mafia, Ed. Jacob-Duvernet, Paris février 2012
"J'ai toujours cru en mon parti, le PS, J'ai menti pour le protéger. J'ai subi l'enfermemeni, l'emprisonnement pour sauver un système, J'ai payé pour d'autres. Et un jour, j'ai dit : ça suffit !"

Ancien maire d'Hénin-Beaumont dans le Nord-Pas-de-Calais, Gérard Dalongeville a été poursuivi en 2009 pour détournement de fonds publics et placé en détention en maison d'arrêt pendant huit mois. Sorti de prison, cet homme meurtri a décidé de parler - pour Ia première fois ! - et de tout raconter sur les commissions versées au parti par des entreprises du nord de la France pour obtenir des marchés publics, sur des comptes au Luxembourg, sur l'enrichissement personnel de plusieurs responsables politiques, le clientélisme, le népotisme...

Gérard Dalongeville lève le voile sur les mceurs troubles des responsables socialistes dans le Pas-de-Calais, ne laisse rien dans l'ombre, décrit dans les moindres détails les petites combines et les grandes machinations, donne des noms, des dates, des lieux, des sommes. Le résultat est effarant et ne manque pas de soulever des questions sur les pratiques des élus de ce pays !

Rose Mafia raconte une histoire hors du commun. Ce livre va peut-être déplaire, sûrement choquer, ll est la confession d'un homme qui tente aujourd'hui de se reconstruire et qui a placé sa confiance dans le travail de la justice.

1

Chapitre II Petits arrangements entre amis : La vie municipale à Hénin-Beaumont

De 1992 aux années 2000, je vais découvrir comment le maire et ses proches gèrent Hénin- Beaumont d'une manière très particulière, organisant un système où les moyens municipaux sont essentiellement mis au service du PS et de ses élus, et où un réseau d'entreprises amies fait main basse sur les principaux chantiers et marchés de la ville. À Hénin-Beaumont, comme dans d'autres villes du bassin minier - et même dans d'autres villes de France -, la sociéré d'économie mixte constitue un levier de pouvoir et de financement essentiel.
Rose Mafia, p. 33

2
Un autre exemple du système socialiste héninois ? En tant que collaborateur de cabinet, j'organise la réception pour la pose de la première pierre d'un chantier réalisé dans le nouveau quartier du Bord des Eaux, à l'est de la ville. Il s'agit d'un bâtiment-relais, destiné à des activités tertiaires et commerciales. Sont présents les principaux élus de la région et les entreprises qui ont participé aux travaux. Et là, une fois la partie officielle de la première pierre terminée, après le champagne et les petits fours de la réception, le patron d'une entreprise de travaux publics d'Hénin-Beaumont vient vers moi et me tend une enveloppe : "C'est pour Pierre, c'est pour le PS, c'était convenu comme çà". Je ne l'ouvre pas, mais l'enveloppe n'est pas cachetée et je vois des billets à l'intérieur. Je suis surpris, j'imaginais que de tels échanges se dérouIaient plutôt dans la confidentialité du bureau du maire. Je rentre ensuite à la mairie et, une fois en comité restreint avec D et D, je donne au maire l'enveloppe du généreux entrepreneur. D, nullement étonné, ouvre le coffre-fort qui est placé derrière son bureau et y met l'enveloppe. Ce n'est assurément pas la première, ce ne sera pas la dernière.
Quelques années plus tard, dans le cadre des perquisitions qui seront faites dans mon bureau en mairie, on retrouvera ce coffre, situé près du buste de Jean Jaurès.
Ibidem, pp. 38-39

3
Les uns sont à la Grande Loge de France, à Lens, tels D D et C C ; les autres au Grand Orient de France , comme D, qui a créé sa loge à Hénin -- elle siège rue de Verdun, dans des locaux mis à disposition par la ville... D me conseille de venir à la Grande Loge, D me suggère le Grand Orient de France. Je choisis le Grand Orient, où mon parrain est D. Lors du rite d'initiation, le Vénérable dit : "Retourne-toi, tu verras ton pire ennemi". Normalement, un frère situé derrière moi doit me tendre un miroir - votre pire ennemi, c'est vous-même -, mais là, le frère c'est D, qui a oubiié le miroir ! Mon pire ennemi, c'est D...

Je découvre le langage et les codes de la loge, les phrases rituelles : "Il est l'heure d'ouvrir nos travaux, vénérable maître ", " Vénérable maître un frère de ma colonne demande la parole ... », « On frappe à la porte, Vénérable maître ... », où encore « Formons la chaîne entre nous, mes frères ".

Après la tenue, les frères se retrouvent autour d'un repas, les "agapes". Et 1à je découvre que le directeur de cabinet a été initié parce qu'il est intéressant qu'il soit présent : les marchés publics se traitent ici aussi. Il n'y a plus de rituel, on ne se donne plus du, "Vénérable", il n'y a p1us de rapport hiérarchique". L'entente est d'autant plus aisée ue tous se tutoient. La fraternité, l'un des trois volets de notre devise républicaine, prend alors son véritable sens.
Ibidem pp. 47-48

4
Chapitre IV : Maire d'Hénin-Beaumont, sous le regard de Jaurès

Comment cela fonctionne-t-il ? L'argent en espèces provenant des entreprises est transformé en dons de militants, d'amis, dans le respect le plus strict du cadre légal. C'est C C qui propose et organise la transformation de l'argent apporté par les entreprises en dons de militants. Nous nous sommes en effet rapprochés ; les deux anciens voisins de bureau en mairie se retrouvent avec la bénédiction de K.
Les dons des personnes physiques sont plafonnés par la loi et soigneusement contrôlés par la Commission des comptes de campagne, et il peut être maladroit, cela peut attirer l'attention du fisc ou de la Commission des comptes, qu'un particulier verse 20 000 francs d'un seul coup sur le compte d'un candidat ou d'un parti. Des dons limités sont plus discrets. Mieux vaut dix dons de 2 000, qui peuvent passer pour les économies d'un militant qui soutient son candidat. Un militant, à Hénin, Liévin ou ailleurs, va donc faire un don de 100, 500 ou 1 000 francs, et l'entreprise va déposer sur son compte la somme correspondante. Par exemple, le directeur des services techniques, grand militant, attaché aux valeurs socialistes (!), aide généreusement son candidat préféré : il verse 2 000 francs pour sa campagne, et pour cela reçoit 2 000 francs de telle ou telle entreprise, ou bien celle-ci réalise chez lui des travaux de ce montant.
Cela continue aujourd'hui : un militant reçoit 300 euros et en verse 250, en récupérant au passage un petit intéressement, ou bien il peut recevoir un coup de pouce pour obtenir un logement de la S ou d'A, ou encore un emploi pour son fils ou sa fille... Quoi d'étonnant à ce qu'il devienne pour l'éternité redevable aux généreux élus socialistes ?
Ibidem pp. 100-101

5
Chapitre X : "Le lapin sera là"

À présent, une fois que j'ai été libéré, on entre dans une autre phase, la phase des remerciements. J'ai droit aux félicitations de P. « Bravo, Gérard, tu as été extraordinaire, tu as tenu bon pendant un an. » On se voit plus régulièrement, quand je suis à Bailleul Jacques Mellick vient me dire bonjour - ceux qui travaillent au cabinet de C peuvent d'ailleurs en attester -, passe prendre le café, me transmet les amitiés de K et P, Jean-Pierre C m'appelle, mes frais d'avocat sont pris en charge, le parti t'est reconnaissant. Il faut bien que je retrouve un travail, j'assure quelques remplacements de postes dans l'enseignement. Jacques Mellick me dit : on en a parlé avec C on va contacter le maire de Saint-Dié, Christian Pierret, ancien ministre. On va voir pour te trouver un poste, en mairie ou à la SEM (!). Ne t'inquiète pas, on donne la priorité à ton dossier.
L'urgence, c'est de préparer le procès, qui paraît imminent, la date de septembre 2010 est évoquée pour un jugement. Je me rends régulièrement chez C pour consulter mon dossier, particulièrement volumineux, j'y lis les déclarations des uns et des autres. Par exemple, quand C déclare que les appels d'offres étaient réguliers, que l'entreprise retenue était toujours la mieux-disante, avocats et clients sont rassurés.
Ibidem, p. 222

Vers Première Page