Michel Camdessus

Ancien directeur du Trésor sous Jacques Delors, ancien directeur général du Fond monétaire international (1987-2000).
Catholique pratiquant, Président des Semaines sociales de France, membre du conseil Justice et Paix du Vatican.

Conseiller de Nicolas Sarkosy
Directeur général du Fonds monétaire international (FMI) de 1987 à 2000

1
Question : Comment peut-on être directeur du FMI et chrétien ?
Etre chrétien c'est rechercher le bien public. Or la mission des institutions internationales est d'être au service du bien public international.
Je suis fier que, sous mon mandat, malgré la succession des crises des années 1990 - le Mexique, l'Asie -, nous ayons empêché que la situation ne dégénère et ne se déclenche une crise majeure analogue à celle de 1929.
Etre chrétien, c'est rechercher le bien public, propos de Michel Camdessus, recueillis par Henri Tincq, Le Monde 16 janvier 2001, p. 16.

2
Question : Le gouvernement mondial ? Une utopie ?
Nous sommes en manque de stratégies mondiales pour faire face à des fléaux qui ne se cantonnent plus à l'intérieur des frontières de l'Etat-nation : atteintes à l'environnement, sida, criminalité financière, piratage informatique et j'en passe.
Pour, au moins, les contenir, il faut des stratégies et des instruments pour les mettre en oeuvre. Cela n'a rien à voir avec le gouvernement mondial. ...

C'est une affaire de survie à long terme de la planète et de l'espèce humaine. On ne pourra l'assurer sans "une autorité publique à compétence universelle" agissant en toute subsidiarité.
Ibidem.

3
Question : L'Eglise (catholique) et la mondialisation ?
Il serait bon que l'Eglise aide les hommes à se situer face à la mondialisation, sans la sacraliser ni la diaboliser, comme certains clercs ont tendance à le faire.
Ils lui attribuent toutes les injustices qui résultent plutôt d'un marché mal régulé. La mondialisation pourtant, parce qu'elle rapproche les peuples, peut être une avancée vers l'unité du monde. ...

L'Eglise réaffirmerait que le socle de valeurs communes pour l'humanisation de la mondialisation, c'est la dignité de l'homme, de chaque personne, toujours menacée.
Elle devrait surtout expliquer que ce qui fait le tissu social, ce n'est pas le marché ou l'échange, c'est la solidarité et le don.
Ibidem.

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REFORME. Il faut se remettre au boulot !

Travailler plus, revoir les contrats de travail, modérer le Smic, diminuer le poids des administrations... Voilà, pour éviter que la France ne tombe en panne de croissance, les principales propositions d'un rapport explosif publié ce matin.

CHOMAGE ÉLEVÉ et persistant, productivité et investissement qui s'essoufflent... La France serait-elle donc en panne ? A-t-elle des blocages de freins ? Le rapport que présente ce matin au ministre des Finances, Nicolas Sakozy, l'ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Michel Camdessus, et dont nous nous sommes procuré un exemplaire, répond par l'affirmative et tire la sonnette d'alarme. Faute d'engager des mesures assez rapidement, « le rythme de croissance potentielle de l'économie hexagonale est voué à ralentir de 2 % aujourd'hui à 1 % à l'horizon 2015 ». Ça fait froid dans le dos alors que la machine économique France risque de pâtir en 2005 d'un pétrole au plus haut ! Alors que faire ?

Il faut « travailler plus ».

C'est « la » priorité de Michel Camdessus. En ligne de mire, la réduction du temps de travail. Même si le rapport sait faire preuve de prudence en préconisant que chacun ait le choix : rester aux 35 heures ou effectuer davantage d'heures pour « gagner plus ». « Le salarié aurait toute latitude pour accepter ou refuser (...) dans la limite des durées maximales de travail. » A ce propos, Michel Camdessus, comme Nicolas Sarkozy il y a peu, suggère de « donner plus de liberté aux commerçants sur l'ouverture de leurs magasins tous les jours de la semaine ». Une mesure notamment destinée aux jeunes. Pour le rapporteur, 24 % des 16-25 ans travaillent en France, contre une moyenne de 44 % pour les pays développés de l'OCDE. Mais l'ex-gouverneur de la Banque de France veut également permettre aux 55-64 ans de continuer à travailler : en France, ils sont 34 % seulement à le faire (près de 50 % dans l'OCDE). De jeunes retraités pourraient même continuer à travailler !

Revoir les contrats de travail.

Le rapporteur suggère la création d'un contrat de travail unique qui, paraît-il, intéresse au plus haut point Nicolas Sarkozy. Exit les fameux CDD, ce nouveau contrat serait « à durée indéterminée » mais donnerait les « droits relatifs à la protection d'emploi et à l'indemnisation se renforceraient progressivement ». Autrement, plus on aurait d'ancienneté, plus on verrait ses droits en matière de licenciements importants. Avantage : « Cette nouvelle souplesse faciliterait l'insertion durable dans l'entreprise. » Et en cas de rupture précoce, « l'actuelle prime de précarité pourrait être majorée ».

Modérer la progression du Smic.

« Le niveau du Smic en France est l'un des plus élevés en Europe. » Le rapport imagine « pendant quelques années au moins s'en tenir à une progression très modérée pour celui-ci ». Les « coups de pouce » que reçoivent les employeurs « devraient être exclus », compensés par une sorte de prime pour l'emploi, indexée sur la croissance.

Réduire le poids de l'administration.

La solution, pour sauver la France, passe également par la baisse du poids de l'administration publique. Le rapport recommande ainsi l'embauche annuelle de 40 000 fonctionnaires d'ici à 2015, alors que chaque année, d'ici cette échéance, ils seront bon an mal an entre 71 000 et 80 000 à partir. De toute façon, martèle-t-on dans l'entourage du rapporteur, « il faut faire vite » pour que ces mesures « puissent commencer à porter leurs fruits avant 2010 ».
Bruno Mazurier, Le Parisien, 19 octobre 2004, p. 6

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Camdessus a dirigé le FMI pendant treize ans
Le médecin maladroit de l'économie mondiale

Crise financière en Asie, tempête monétaire à répétition en Amérique latine, pauvreté endémique en Afrique... Il se rêvait en architecte de l'économie mondiale, mais il n'a été qu'un «simple» pompier. Telle était la réflexion de Michel Camdessus lorsqu'il démissionne, en juin 2000, de ses fonctions de directeur général du Fonds monétaire international. Pyromane, diront les alters et de nombreuses ONG de terrain...

Pendant les treize années qu'il a passées à sillonner la planète à la tête de l'institution de Bretton Woods (entre 1987 et 2000), cet ancien gouverneur de la Banque de France, âgé aujourd'hui de 74 ans, a été redouté par la plupart des chefs d'Etat des pays pauvres ou dits «en développement». De Managua à Buenos Aires en passant par Dakar ou Moscou, lorsque Michel Camdessus se déplaçait dans une capitale, ses hôtes savaient qu'ils allaient devoir se serrer la ceinture. Car ce «médecin en chef» de l'économie mondiale a porté mieux que quiconque les recettes du consensus de Washington. Les pays en développement passant sous médication du FMI devaient accepter de démanteler leurs structures protectionnistes, d'autant plus qu'ils étaient fortement endettés et qu'ils cherchaient à obtenir un répit pour faire face à leurs obligations financières.

Ce consensus se révéla aussi une véritable camisole de force budgétaire. Au lieu des projets de protection des industries naissantes et souvent étatisées, il fallait désormais que les discussions nationales portent uniquement sur les secteurs économiques à privatiser. Des pays entiers durent s'adonner aux joies de l'ouverture financière et des flux d'investissement de portefeuille.

Michel Camdessus a porté la bonne parole de cette doctrine dominante, sortie tout droit (en 1989) du département du Trésor américain. La magie de l'orthodoxie économique de ce grand argentier planétaire a certes stoppé des dérives financières ici ou là. Mais elle n'a pas atteint son objectif : la recherche d'une croissance équitable et soutenable. Mais ce fervent de la finance internationale, père de six enfants, originaire de Bayonne, n'en démord pas : il n'est pas un libéral, mais un chrétien social. Aujourd'hui membre du conseil pontifical Justice et Paix, chargé de faire connaître la vision sociale de l'Eglise, Camdessus porte un regard sans concession sur le recul de la spiritualité dans nos sociétés.
Libération, 20 octobre 2004, p. 2, Par FILIPPIS Vittorio DE, mercredi 20 octobre 2004 (Liberation - 06:00)

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