Leone Bourdel

Professeure, à Paris, de psychologie, de 1935 à 1947 à l'Ecole d'organisation scientifique du travail puis à l'Ecole supérieure d'anthropobiologie.
Dirige une équipe de recherches en psychobiologie.
Ses cours et recherches font l'objet, notamment, de deux publications "Groupes sanguins et tempéraments", Maloine, Paris, 1960 et "Les tempéraments psychobiologiques", Maloine, Paris, 1961.
Le premier ouvrage expose la corrélation existant, selon Leone Bourdel, entre les groupes sanguins et le tempérament, fondement même, toujours selon elle, de la psychobiologie.
Le deuxième ouvrage se rapporte plus spécialement au développement psychobiologique de la vie humaine avec une étude comparée des quatre tempéraments de base qui selon notre auteure sont les tempéraments : Harmonique, Mélodique, Rythmique et Complexe, liés dans l'ordre aux groupes sanguins A, O, B et AB.

1
L'Harmonique (groupe sanguin A) a tendance à persévérer dans l'être. Il est prodigue de durée, prodigue de sensations simultanées, de «vibrations» qui se prolongent, prodigue aussi du dépassement de soi-même dans un même élan d'intensité. Il est économe d'actes multiples parce qu'économe d'effort d'adaptation. D'où son besoin de synthèse et de hiérarchie pour englober la diversité dans une même unité. La civilisation occidentale, pour cette raison, est une civilisation verticale.

Le Rythmique (groupe sanguin B) a tendance à persévérer dans l'acte. Il est prodigue de son activité spontanée, en suivant ses impulsions propres, et sans répondre aux sollicitations du milieu puisqu'il ne tient guère compte de celui-ci. Il est avare de tout « dépassement de soi-même », économe de ses réserves profondes, parce que vulnérable sur le plan de l'être.

Le Mélodique (groupe sanguin O) a tendance à passer de l'être à l'acte et inversement. D'où sa versatilité par suite des sollicitations du milieu. Il est avide d'être et d'action pour s'enrichir, aussi cette avidité est-elle multiforme et polyvalente, mais il ne « garde rien » : il prend pour donner à son tour. Plus il interagit, plus il déploie ses facultés d'adaptation, donc plus il s'affirme lui-même. Seul, il s'ennuie par « manque ». Il tourne à vide. De plus, il cherche naturellement à concilier l'être et l'acte en les intégrant l'un à l'autre.

Le Rythmique et Complexe (groupe sanguin AB) a tendance lui aussi à passer constamment de l'acte à l'être, et inversement, mais d'une façon brusque, sans transition, par impulsions imprévisibles. Il est instable dans sa nature même. Son avidité est également multivalente, il ne renonce à rien, et il « garde » tout. Seul, il s'ennuie par « excès » de possibilités non exprimées. Il ressasse sans but.
Les tempéraments psychobiologiques, tendances caractérielles profondes, p. 84

2
L'Harmonique (A) est attiré par ce qui participe le plus au plan de l'être. Nos observations nous ont montré que, statistiquement, les sujets de groupe A, comme les enfants, sont plus que les autres portés d'abord vers les choses, puis vers les idées, ensuite seulement vers l'action et en dernier lieu vers les personnes, qui posent trop de problèmes sur le plan de l'adaptation.

Les Mélodiques (O) au contraire sont attirés d'abord par tout ce qui va leur être occasion de multiplier les interactions, c'est-à-dire de déployer leurs facultés d'adaptation: les personnes, puis l'action, puis les idées, - les choses trop immobiles et pareilles à elles-mêmes ne les attirant qu'en dernier lieu, et seulement lorsqu'elles sont nouvelles et qu'elles apportent ainsi un motif de plus à interagir.

Les Rythmiques (B) s'intéressent aux idées, qui sont pour eux source d'activité physique ou mentale, et à l'action proprement dite, au mouvement. Les personnes et les choses ne sont qu'accessoires et restent sub ordonnées à l'action ou au domaine des idées.

Les HMR (AB) sont attirés par tout à la fois : idées, action, choses, personnes, sans que l'un ou l'autre de ces domaines prévale. Leurs goûts sont intenses et multiformes et les poussent dans toutes les directions.
Ibidem, Goûts et Intérêts, p. 87

3
L'Harmonique (A) est à la fois le plus sensible et le plus émotif, chaque contact avec le milieu extérieur pouvant susciter en lui de la résonances à l'infini d'une intensité et d'une durée dont il n'est pas le maître, avec des répercussions imprévisibles. C'est chez lui une sensibilité sensuelle, diffuse, omniprésente, instinctive, à fleur de peau et l'affectant tout entier.

Le Mélodique (O) est le plus sentimental : chez lui la sensibilité se tempère de raison. Il aime le flirt courtois, le marivaudage, les attentions polies, les convenances.

Le Rythmique (B) n'est ni un sentimental ni un sensible. Il méprise la sensiblerie. Il apparaît aux autres comme étant dur, parfois même cruel, l'affectivité étant pour lui un domaine mineur et même une faiblesse puisqu'elle peut freiner l'action et l'empêcher d'aller de l'avant. Il est, de plus, un être de sang-froid, très maître de lui-même.

L'HMR (AB) est essentiellement un instable ici comme en tout. Affectueux et sensible le moment présent, il se raidit brusquement le moment d'après, et peut se montrer subitement d'une dureté excessive que rien ne pourra fléchir jusqu'à ce que son humeur ait à nouveau changé.
Ibidem, Sensibilité, p. 87-88

4
Le plus égocentrique de tous est le Rythmique (B) du fait même qu'il est le moins enclin à tenir compte du milieu extérieur. Il s'ensuit qu'il a tendance à ne voir que ses propres problèmes et qu'il cherche à se satisfaire toujours lui-même avant de penser à autrui. Il n'est ni orgueilleux ni modeste car il ne se compare pas aux autres, bien qu'on le prenne pour un présomptueux tant il est sûr de lui.

L'Harmonique (A) s'oublie dans la contemplation d'autrui lorsqu'autrui en est digne, et ne devient égocentrique que sur le plan affectif, où il aime garder pour lui ce qui est à lui et à quoi il tient (il est jaloux de ce qu'il aime). Il a plus de fierté profonde que d'orgueil. C'est-à-dire qu'il est orgueilleux par rapport à lui-même, le Mélodique (O) l'étant surtout par rapport à autrui, parfois jusqu'à la vanité. Quant au Complexe (AB), sur ce plan, il reste simple, souvent modeste. L'Harmonique (A) est lui aussi quelquefois modeste par sentiment de culpabilité et auto-punition.
Ibidem, Tendances égocentriques, p. 88

5
Si le Mélodique (0) est le maître incontesté des tendances altruistes, le Rythmique (B) règne sur les tendances intellectuelles.

La première des tendances intellectuelles, la curiosité, peut être très développée chez tous les tempéraments, mais elle ne s'y manifeste pas de la même façon. Elle est élective chez l'Harmonique (A), dispersée chez le Mélodique (0), polarisée chez le Rythmique (B), multivalente chez le Complexe (AB).

Le Rythmique est très prudent quand il s'engage lui-même, il ne l'est pas dans l'action : les B sont les plus fonceurs et les moins prudents de tous les automobilistes. Pour les Harmoniques, c'est l'inverse : aucune prudence pour eux-mêmes, très prudents dans l'acte ou lorsqu'ils engagent autrui.
Ibidem, Tendances intellectuelles, p. 91

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Le Rythmique (B) a le goût et le sens de la discipline organisée, l'Harmonique (A) celui de l'auto-discipline. Le Mélodique (0) et le Complexe (HMR) sont indisciplinés de nature. Mais tandis que le Mélodique (O) est capable d'obéissance, le HMR (AB) y est rebelle.

L'Harmonique (A) est le plus autonome. Il aime ne dépendre que de lui seul, il est d'ailleurs le plus apte à s'organiser seul et à vivre en autarcie. Mais il est dépendant du milieu dans lequel il se trouve dans la mesure où ce milieu l'inspire ou l'inhibe.

Le Rythmique (B) au contraire est, lui, indépendant, porté à n'agir qu'à son rythme et quand il lui plaît, mais il n'est pas autonome : du fait de sa tendance à la spécialisation, il a besoin de ses complémentaires.

Le Mélodique (O) est également plus indépendant qu'autonome : il lui faut le contact constant d'autrui pour l'inspirer et l'entraîner. Seul, il s'éteint.

Quant au Complexe (AB), il est à la fois indépendant en ce sens qu'il peut se détacher avec la plus grande facilité du milieu avec lequel il interagit, et autonome car ses ressources personnelles sont multiples ; mais, isolé, il étouffe. Il a besoin qu'autrui le sorte de lui-même.
Ibidem, Tendances éthiques, p. 93-94

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