Jacques Borde

Historien et journaliste national conservateur.
Auteur de Un crime de guerre américain - le vol 655 Iran Air, Dualpha, Paris 1999 ; Pourquoi l'Amérique ? 11 septembre 2001, Dualpha, Paris 2001.

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La surprise aura été de taille, l'homme qui, encore il y a peu, expédiait ses ouailles au Kossovo et en Macédoine pour épauler (en échange de quoi ?) les visées géopolitiques de Washington dans les Balkans et en Asie Centrale, a retourné d'un seul coup ses armes contre son allié d'hier.

Cela n'était certes pas la première fois qu'Ossama Bin-Laden s'en prenait physiquement à des intérêts américains. Mais entre frapper des militaires américains au Proche-Orient (Dahran, Al-Khobar et Aden) voire des ambassades sur le continent africain (Nairobi et Dar es-Saalam) et viser directement le sanctuaire, l'abîme qui sépare les fâcheries entre alliés de circonstance et la guerre ouverte a été franchi d'un seul élan.

Pour tout dire, échanger des coups (mêmes mortels) avec la thalassocratie n'a jamais signifié, contrairement à ce que soutiennent mordicus force media, une riposte immédiate. Ainsi, en pleine guerre Iran-Irak, une paire de Mirage F-1EQ5/6 irakiens armés d'AM-39 Exocet en mission d'interdiction navale, avait touché de plein fouet un navire américain l'USS Stark, sans, qu'à l'époque on aille plus loin que des échanges d'aménités diplomatiques entre Washington et Bagdad. Plus en arrière dans le temps, le 8 juin 1967 à midi précisément, des Mirage III, des Super-Mystère et des vedettes, partis d'Israël cette fois, avaient attaqué, délibérément qui plus est, un simple bâtiment de l'US Navy, l'USS Liberty, effectuant des écoutes en Méditerranée.

À chaque fois le sang avait coulé, sans aucun dommage ni pour les auteurs ni pour les commanditaires de ces attaques. Cet usage d'aussi mauvaises manières entre "amis" explique pour partie l'inadéquation des mesures de surveillance autour des ouailles de Bin-Laden par le contre-espionnage US. Ce d'autant qu'à force de prendre des vols réguliers, sans la moindre arme ni explosif rappelons-le, nos terroristes du 11 septembre avaient dû passablement émousser l'attention des services et des agents directement concernés.
Pourquoi l'Amérique ? p. 19-20

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