Avril 2001 : Pour ses dix ans, la Berd repart à la conquête de l'ex-Union soviétique

Depuis sa création en 1991, la Berd a généré 50 milliards de dollars d'investissements directs dans les pays en transition.

Dix ans après sa création, l'image de la Banque européenne pour le reconstruction et le développement (Berd) reste immanquablement associée aux marbres fastueux dont Jacques Attali, son premier président, avait orné son siège à Londres, ce qui devait le contraindre à la démission en 1993. Partie avec un déficit d'image, la banque, imaginée peu après la chute du mur de Berlin pour financer la transition dans les économies de l'Est, a depuis acquis, par son action, une légitimité que plus personne ne lui conteste. Elle fêtera dimanche ses dix ans, avant la réunion annuelle, lundi et mardi, de son Conseil des gouverneurs qui représente ses 61 actionnaires (59 pays, la Banque européenne d'investissement et l'Union européenne).

Légitimité.
La Berd peut d'autant mieux savourer ses dix ans d'existence que, après des années d'un parcours chaotique et semé d'embûches, les économies en transition d'Europe de l'Est et de l'ex-Union soviétique commencent à engranger les premiers bénéfices de leur conversion à l'économie de marché. La région prise dans son ensemble est entrée dans sa troisième année de croissance. Plusieurs pays, dont la Pologne, la Hongrie ou la République tchèque, sont de sérieux candidats à l'adhésion à l'Union européenne. Si beaucoup reste à faire en Europe centrale, le champ d'intervention de la Berd dans les prochaines années s'est déplacé plus loin vers l'Est. La Russie et les républiques de l'ex-Union soviétique sont désormais la priorité de la banque.

Le krach financier d'août 1998 en Russie a redonné un coup de jeune à la légitimité de cette institution. La Berd a perdu beaucoup d'argent avec la dévaluation du rouble. Mais, alors que toutes les grandes banques d'affaires pliaient bagages, elle s'est contentée de réduire la voilure sans quitter le navire, conformément à son mandat. La Banque prévoit d'investir 700 millions d'euros en Russie cette année. Des engagements que son nouveau président, le Français Jean Lemierre, souhaite porter à 1 milliard d'euros par an au cours des prochaines années.

Pour ses dix ans, la banque a tenté d'évaluer l'impact de son action sur les pays en transition, tout en reconnaissant les limites que présente un tel exercice. Dotée d'un capital de 20 milliards d'euros, la Berd finance des projets dans 27 pays depuis l'adhésion de la République fédérale de Yougoslavie, en investissant directement dans des institutions financières ainsi que dans l'industrie et le commerce, souvent en association avec des partenaires privées. « Goldman Sachs et la Banque mondiale sous le même chapeau », comme aimait à dire Jacques Attali.

Priorité à l'Est.
La banque est encore l'un des principaux investisseurs directs à l'Est. Au total, elle a été associée à 12 milliards de dollars d'investissements directs, soit 9 % des investissements directs effectués dans la région depuis 1991. « Il est très probable qu'une part significative de ces investissements auraient été réduits, repoussés ou abandonnés sans la participation de la Berd », estime-t-elle.

A titre personnel, elle a investi pas moins de 16 milliards de dollars dans la région depuis 1991. Mais, si l'on y ajoute les investissements directs associés à ses projets, ses programmes de prêts syndiqués, et les cofinancements officiels, le montant total des flux de capitaux vers les économies en transition lié à l'activité de la Berd atteint la somme de 50 milliards de dollars.
X. H., La Tribune - Edition du 20/04/2001

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