Edouard Balladur
Premier ministre de la Vème République de 1993 à 1995.
Il est favorit dans les sondages pour la présidentielle de 1995, mais Jacques Chirac fait une remarquable campagne électorale, avec comme thème principal, qui enthousiasme les "jeunes", la "fracture sociale" ... .
C'est Jacques Chirac, qui dispose des militants du parti "gaulliste" et de ses finances, qui est élu (1er tour : M. Lionel Jospin (socialiste PS-7 097 786 voix, 23,30%, 88 315 914 frs), M. Jacques Chirac (gaulliste chiraquien RPR/UDF-6 348 375 voix, 20,84%, 119 959 188 frs), M. Edouard Balladur (pompidolien UDF/RPR-5 658 796 voix, 18,58%, 89 776 119 frs).
Auteur, notamment, de Machiavel en démocratie, Mécanique du pouvoir, Fayard, Paris, 2006, une analyse sociopolitique particulièrement intéressante : "Voilà ce qu'ils font pour prendre et garder le pouvoir ; voilà ce que j'aurai dû faire ...". Trop tard ....
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Bio d'Edouard Balladur
02-05-1929 : Naissance d'Edouard Balladur à Smyrne en Turquie, d'un père banquier d'origine arménienne
1964 : Chargé de Mission auprès du Premier Ministre Georges Pompidou
1
Démocratie ou dictature, la fin demeure la même:
la conquête et la possession du pouvoir par tous les
moyens, aussi longtemps que possible. Dans l'utilisation du mensonge, guère de différence entre l'une et
l'autre, si ce n'est que celui-ci est plus efficace encore
dans une démocratie puisqu'il permet de capter les
suffrages du plus grand nombre; alors qu'il suffit à
une dictature de s'imposer par la force, de dominer
plutôt que de convaincre.
Grâce au ciel, il est des moments où l'air est plus
pur, car le danger plus grand, où l'enjeu ennoblit
['âme, quels que soient les travers des caractères.
Alors le peuple adhère de tout cœur à l'action d'un
héros qui le soulève au-dessus de lui-même: Churchill en 1940 ou de Gaulle et Adenauer plus tard,
voire Margaret Thatcher qui, si elle ne répugnait pas
~ la rudesse des moyens, servait une grande cause.
2
Pour le conquérir, il faut le désirer et que cela se
sache. Le peuple va vers ceux qui tentent de le
séduire, pas vers ceux qui font mine de se résigner à
être désirés. Le pouvoir est rarement conquis par
hasard ou par l'abandon des concurrents.
Pourquoi le rechercher? Pour s'affirmer face aux
autres, par goût de sa possession, désir de domination,
besoin d'être craint, admiré, de se trouver au centre
des événements, de peser sur la vie d'autrui, de mener
une existence qui donne un sentiment de plénitude,
d'imprimer sa marque à l'Histoire? Ou bien pour traduire en actes ses idées au service de son pays?
Ce n'est pas la même chose. Ou bien le pouvoir est
à lui-même sa propre fin, ou bien il n'est qu'un moyen
d'atteindre une fin qui lui est supérieure. Les peuples
veulent sentir et l'un et l'autre chez ceux qui sollicitent leurs suffrages.
3
C'est la question favorite posée au Politique: a-t-il
un projet d'avenir? Comme le présent ne satisfait
jamais personne, il doit, pour séduire, éclairer sur ses
intentions futures. Le futur, voilà le champ d'action
du Politique! Les plus exigeants vont au-delà: a-t-il
dans l'esprit une« vision », celle d'un monde nouveau
que, s'il en avait les moyens, il imposerait dans les
faits? Ce dessein - de préférence un «grand
dessein » - doit être à la fois entraînant et raisonnable,
susciter l'enthousiasme, mais ne pas être chimérique,
faute de quoi naîtrait le doute sur son sérieux.
Conciliation difficile; il est conseillé de ne pas trop
s'occuper des détails. À choisir entre le sérieux et la
démagogie, celle-ci sera le plus souvent préférée; si
besoin est, les grands mots masqueront le creux,
l'inconsistance des solutions. Mais si l'on peut être à
la fois sérieux et séduisant, ce n'en est que mieux !
Ne pas bouder son plaisir...
4
Il est sage de ne pas s'y laisser aller. Le Politique
parvenu à ses fins découvre toutes les jouissances du
pouvoir: faire et défaire les carrières, être le dernier
recours pour toutes les faveurs, distribuer ses grâces
au gré de ses préférences ou de ses antipathies, avoir
le dernier mot en tout et sur tous~ être l'arbitre des
vanités. S'il n'y résiste pas, la tête lui tournera, son
jugement s'obscurcira, la satisfaction de son instinct
de domination l'emportera sur l'intérêt général, puis
sur le sien propre.
Il perdra de vue la fragilité réelle de son rôle.
Limité dans le temps, limité dans l'espace, celui-ci
l'est aussi dans son champ d'action: les mouvements
de la société dépendent moins qu'hier du pouvoir politique.
5
À travers les difficultés du sort, malgré les doutes,
les déceptions, le Politique garde espoir. C'est son originalité et son mérite. Rien n'est jamais joué pour toujours, le succès appartient au plus endurant, au plus
tenace, à celui qui, retiré dans l'obscurité, n'a pas
renoncé à émerger soudain au grand jour.
Tout conduit le Politique à la persévérance: l'inté-
rêt du pays qu'il aspire à diriger, coïncidant nécessairement à ses yeux avec un appel qu'il espère voir
monter vers lui; le plaisir qu'il déclare ressentir à agir
pour le bien public, tâche noble entre toutes; la
conviction de sa supériorité sur tous ses concurrents,
qu'ils détiennent le pouvoir ou qu'ils ambitionnent de
l'exercer; un désir d'affirmation de soi, de domination, qui est l'essence même de l'épanouissement que
lui procure l'exercice de l'autorité.
Est-ce la recherche d'une satisfaction égoïste qui
explique le mieux le goût du pouvoir? Toutes les
autres justifications ne sont-elles que prétexte ou
comédie?
6
Le Politique croit le posséder pour toujours tant
sont grands les agréments qu'il procure, le prix qu'il
donne à sa vie; il peine à imaginer qu'il aura une fin.
Pourtant il a eu un commencement: pour l'obtenir,
que de temps passé, de longue patience, de travail,
d'intrigues dans lesquelles il se perdait lui-même! Le
Politique en garde un souvenir harassant et nostalgique : c'était l'époque de sa jeunesse! À moins d'être victime d'une manie maladive, s'il venait à le
perdre il n'aurait plus le goût de se remettre à la tâche,
il ne se sentirait plus le courage de le reconquérir.
Quand il s'en est enfin emparé, que de déceptions,
de renoncements, quelle tâche perpétuellement recommencée pour convaincre, entraîner l'opinion afin
qu'elle demeure fidèle à celui qui, un moment, a su la
séduire! Mais aussi queUe exaltation toujours renouvelée confère le sentiment de la puissance exercée sur
les hommes! Le Politique s'imagine être tout à la fois
un reflet, un symbole, un guid,e, il ne peut envisager
une autre existence que celle qu'il a enfin conquise au
prix de tant d'efforts! À vivre pour lui, à vivre si
longtemps de lui, il s'emprisonne dans l'illusion,
comme si le pouvoir était la seule réalité qui compte,
à laquelle il faudrait sacrifier tout le reste.
S'il a gardé raison, un jour il lui faut bien se
résoudre à partir. Le veut-il? Le peut-il? La première
préoccupation du Politique parvenu à ses fins devrait
être de se persuader que sa réussite est éphémère, de
se tenir toujours prêt à choisir le moment et les conditions de son départ. Son esprit délivré d'un poids, il
pourrait, sans le dissimuler, donner à son action le
sens qu'il souhaite, il cesserait d'être enchaîné aux
autres, deviendrait plus libre vis-à-vis d'eux comme
de lui-même.
1935 : Arrivée en France à Marseille
1952-1957 : Ecole Normale d'Administration (ENA)
1957 : Auditeur au Conseil d Etat
1957 : Mariage avec Marie-Josèphe Delacour (quatre fils)
1963 : Maître des Requêtes au Conseil d'Etat
1966-1968 : Conseiller technique auprès du Premier Ministre Georges Pompidou
05-1968 : Participe en tant que conseiller à la signature des accords de Grenelle mettant fin aux "évènements" de Mai 1968
1967-1968 : Membre du Conseil Administratif de l'ORTF (service public de la télévision)
1968-1973 : Président de l'Office National des Forêts
1968-1980 : Président d'ATMB (Autoroutes et tunnels du Mont-Blanc) la Société du Tunnel routier sous le Mont Blanc
1969-1973 : Secrétaire Général adjoint de l'Elysée sous le Président Pompidou
1973-1974 : Secrétaire Général de l'Elysée sous le Président Pompidou
1977-1986 : Président de la Générale de Service Informatique filiale de la CGE
1980-1986 : Président de la Compagnie Européenne d'Accumulateurs
1984-1988 : Conseiller d'Etat
16-03-1986 : Elu député du XVème arrondissement de Paris
20-03-1986 : Ministre d'Etat de l'Economie, des Finances et des Privatisations du gouvernement Jacques Chirac
12-06-1988 : Réélu député du XVème arrondissement de Paris
1989 : Elu conseiller municipal de Paris
28-03-1993 : Réélu député du XVème arrondissement de Paris
29-03-1993 : Nommé Premier Ministre par le Président François Mitterrand (2ème cohabitation)
1994 : Annonce sa candidature à l'Election Présidentielle. Sera le favorit des sondages
23-04-1995 : Battu dès le 1er tour de l'élection présidentielle, où il arrive 3ème derrière Lionel Jospin et Jacques Chirac
17-05-1995 : Démissionne de son poste de Premier Ministre. Passation des pouvoirs à Matignon avec Alain Juppé
06-1995 : Réélu député du XVème arrondissement de Paris
06-1995 : Réélu conseiller municipal de Paris
15-03-1998 : Tête de Liste aux élections régionales. Il est battu à la présidence de la région Ile-de-France par Jean-Paul Huchon (PS rocardien)
2000 : Candidat pour la tête de liste des Municipales à Paris. Il est battu par Philippe Séguin
22-03-2001 : Réélu conseiller municipal de Paris
2002 : Membre du bureau Politique de l'Union pour la Majorité Présidentielle (UMP)
09-06-2002 : Réélu député de Paris au 1er tour des élections législatives avec 54.17% des voix contre la socialiste Mme Hidalgo
25-06-2002 : Présente sa candidature libre à la présidence de l Assemblée Nationale face à Jean-Louis Debré (UMP-RPR), Paulette Guinchard-Kunstler (PS) et Muguette Jacquaint (PCF) : Battu par 163 voix contre 217 à Jean-Louis Debré au 1er Tour. Il se retire de l'élection laissant son concurrent de l'UMP face aux candidates de la Gauche
27-06-2002 : Elu Président de la Commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée Nationale
(Avant-Propos)
Machiavel en démocratie, p. 9
Aimer le pouvoir
Ibidem, p. 17
Avoir un dessein
Ibidem, pp. 20-21
L'ivresse de la toute-puissance
Ibidem, pp. 26-27
Ne jamais renoncer
Ibidem, p. 136
Nul ne se lasse du pouvoir
Ibidem, pp. 164-165