Maurice Auroux

Biologiste, professeur de Médecine à l'Université Paris-Sud. L'ambiguïté humaine, Buchet/Chastel, Paris, 1984. Masculin-Féminin ou la guerre impossible, Buchet/chastel, Paris, 1993.

1
Il existe aujourd'hui une quasi-certitude : en tant que groupes génétiquement indépendants, les races humaines n'existent pas. Autrement dit on ne peut pas trouver une race qui présente un profil génétique si particulier qu'il ne ressemble à aucun autre... L'ambiguïté, p. 147.
Que l'on aille du Blanc vers le Noir ou du Noir vers le Blanc, on parcourt le même chemin et, dans ces conditions, l'existence d'un ancêtre commun est fort probable. A partir de cet ancêtre se seraient différenciées en fonction du milieu, des branches variées et, peu à peu, tel ou tel caractère se serait exprimé de préférence à un autre parce que plus adapté à l'environnement. D'où la variété de la répartition géographique des groupes humains.
L'ambiguïté, p. 148.

2
Les "races" sont donc des variations sur ce thème (l'espèce humaine), et non des ensembles génétiquement indépendants comme voulaient le faire croire les nazis. Ces précautions prises, il est pratique d'utiliser le mot race parce que, pour tout le monde, il implique des différences. C'est, qu'en effet, les races sont différentes. Physiquement c'est évident. Pathologiquement c'est également vrai ...(p. 148)
On peut dès lors franchir le pas et, considérant la culture, se demander si les différences raciales, comme les différences entre les personnalités, tiennent, en partie, à des différences génétiques.
L'ambiguïté, p. 149.

3
Les racistes ont une position simple : ils profitent de la réalité des différences pour s'affirmer supérieurs dans la comparaison. La position des antiracistes est plus complexe. Souhaitant rejeter tout jugement de valeur sur les races, ce qui paraît raisonnable, ils fondent leur attitude sur les acquis scientifiques dont on vient de parler et, pour eux, les différences ne sont que les expressions variées d'un même potentiel. Cependant cette attitude est ambiguë, car elle assimile le Noir au Blanc, sans réciprocité... Cela veut dire que la référence du Blanc reste le Blanc et que, dans cette mesure, l'ennemi du racisme préserve sa race. Ainsi, le racisme et l'antiracisme apparaissent comme deux formes distinctes du même comportement conservatoire : le raciste s'affirme supérieur à l'étranger, l'antiraciste assimile l'étranger à lui-même.
L'ambiguïté, pp. 150-151.

4
Il a fallu attendre la deuxième moitié du XXème siècle pour que, dans la totalité des pays réputés avancés, la femme soit socialement reconnue comme un être humain à part entière ... C'est finalement le volontarisme qui, à la force du poignet, dévoile l'évidence : la femme est un être digne et responsable. Mais le volontarisme peut-il changer les comportements fondamentaux ? Peut-il vraiment transformer la sexualité ? Tout ou presque, dans notre vie, passe par ce filtre biologique. Dès lors, l'homme et la femme apparaissent comme essentiellement complémentaires donc, ipso facto, différents. Le reconnaître permet de donner à l'un et à l'autre une place correspondant, sans jugements de valeurs ni vanités, à leurs différences.
Masculin-Féminin, 4ème de couverture.

5
Si les femmes n'étaient pas des femmes, si les hommes n'étaient pas des hommes, quel ennui pour tout le monde. Il me semble que notre époque sophistiquée perd un temps fou et gâche une énergie considérable à nier les évidences et à construire des hiérarchies qui n'ont pas de sens.
Ibidem, p.347.

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