Henri Atlan

Biologiste et philosophe juif, auteur, notamment, de Tout, non, peut-être : Education et vérité, Seuil, Paris, 1991 ; A tord et à raison, intercritique de la science, Le Seuil, Paris, 1994.

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L'écologisme (je ne dis pas l'écologie) est à la fois inconséquent et dangereux. Il est inconséquent car tous les problèmes réels de la planète aujourd'hui (pollution de l'environnement, épuisement des ressources énergétiques, insuffisance des ressources alimentaires, etc.) dérivent de l'explosion démographique humaine.
Or, face à cette croissance vertigineuse de la population, deux hypothèses seulement sont envisageables. Ou bien le taux de croissance reste stable et il faut alors souhaiter, si l'on veut à tout prix que soit préservé l'équilibre de la nature, que des catastrophes majeures détruisent au plus vite les neuf dixièmes de l'humanité...

Ce devrait être le programme de l'écologisme s'il était conséquent ! Ou bien la courbe de croissance de la population humaine s'infléchit et atteint un plateau. Mais cette hypothèse implique des modifications inouïes dans l'histoire de l'humanité. Celle-ci n'a connu jusqu'à présent qu'une dynamique de croissance, et personne ne peut avoir idée des bouleversements radicaux qu'une perspective d'arrêt suppose.

Il va de soi que les problèmes écologiques et démographiques sont aigus. Mais certaines formes actuelles de l'écologisme sont dangereuses car elles tendent de nouveau à unifier vérité et morale en une idéologie globale.
Or toute idéologie de ce genre porte en elle le germe du totalitarisme.
Le Monde, 19/11/1991, Débats, p.2.

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