CONTRE ... l'adoption homo (Janvier 2013)

CONTRE ... Elizabeth Badinter :"L'enfant marchandise" (La Vie en Miettes, Café Voltaire, Paris, 15 avril 2009)
Sylviane Agacinski

Philosophe, Sylviane Agacinski, deuxième épouse Jospin, aurait suivi un parcours typique et représentatif de sa génération ... selon les intellectuels "parisiens".

Sylviane Agacinski est l'auteur notamment de Journal interrompu, 24 janvier - 25 mai 2002, Seuil, Paris, 2002 ; Le passeur de temps, Seuil, Paris, 2000 ; Politique des sexes, Seuil, Paris, 1998 ; Critique de l'égocentrisme, Galilée, Paris, 1996.

Élève de Gilles Deleuze au milieu des années soixante, à Lyon, membre actif du Greph (Groupe de recherches sur l'enseignement philosophique) dans les années 70, proche des philosophes de la «déconstruction» (Derrida, son concubin et le père de son fils Daniel, Nancy, Lacoue-Labarthe..), elle enseigne à l'École des Hautes études en sciences sociales.

Elle développe depuis plus de vingt ans une oeuvre ouverte qui mêle la patience de la pensée philosophique et l'urgence de la décision.
Ainsi la réflexion éthique sur le destin de «l'autre », de l'étranger, de la femme ou des femmes, recoupe toute une médiation sur l'esthétique et le rôle de l'art dans notre société.
Toutefois, dans leur diversité, les livres de Sylviane Agacinski affirment d'abord la nécessité toute politique de méditer et transformer notre rapport à la philosophie. On peut y lire, ainsi, une pensée de l'existence qui ne doit rien ou presque aux existentialismes apprivoisés, labellisés.
Si la pensée doit nourrir l'expérience, l'expérience, en retour, doit laisser vivre la pensée. On retiendra, alors, l'ambition avouée de renouer avec la vie en dénouant, en retirant les fils d'une histoire trop académique.
Critique de l'égocentrisme (Galilée, 1996) précise le sens de cet engagement : «Si la pensée ne peut plus simplement commencer par elle-même, si elle accepte ce qui lui arrive de l'autre et des autres, elle doit à nouveau questionner l'identité, la communication, la communauté, l'éthique ou l'amour... ».
À travers les rencontres, les dialogues, les mots et les silences dictés par l'amitié, Sylviane Agacinski retrace les lignes de force d'une vie inséparable de sa propre pensée.
Au-delà d'une image médiatique aux contours trop aiguisés par le récent combat pour la parité, on y découvrira une façon singulière de vivre sa vie en philosophe, de vivre sa vie de femme, de vivre sa condition particulière du moment - Sylviane Agacinski est l'épouse (notedt, la deuxième) de Lionel Jospin - ... avec toute la philosophie voulue...
LA SEMAINE DE FRANCE CULTURE DU 12 AU 18 SEPTEMBRE 1999

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La seconde femme
(Dans les années 80, Lionel Jospin reconstruit ses vies.)

C'est l'histoire privée d'un homme public. Une histoire moderne, un couple qui trébuche après plus de vingt ans d'aventure.
L'histoire est triste, ces deux-là avaient traversé tant de vies. On murmure au pays des socialistes. Ce parti est un village qui bruit d'une rumeur attristée. On a connu des disputes, des piques, des duretés, des regards fatigués ou des mots excédés.
On a senti les agacements d'Elisabeth devant les hésitations de son mari. Elle le voudrait plus pugnace, ou plus ferme, ne subissant plus les aventures des autres... Elisabeth peut être dure ou ironique ; elle pense réveiller Lionel en le secouant ? On en déduit qu'elle ne le respecte pas. Elisabeth avait rencontré un énarque en formation, imprégné d'esprit de révolution, un homme joyeux qui allait changer la vie. Elle-même n'était que potentialités. Les voilà adultes, lui, politique d'envergure nationale mais comme empêtré dans ses contradictions, quinquagénaire mais encore dépendant d'un magnifique vieillard, en attente encore de François Mitterrand. Et elle ? Voulant exister par elle-même mais prisonnière de tous les destins de Lionel.

Quelque chose les dépasse. Ils ne sont plus en phase. Cela se sent. Les témoins sont parfois gênés. Ils observent. Ils jugent ? Chacun sait tout, mais on ne sait rien. Ce qu'il y a eu entre eux, entre cet homme de tant de visages et cette femme qui a connu toutes ses strates [...]. Quand Lionel devient ministre, Elisabeth est là. Elle fait des choix, parfois, dans l'entourage de Lionel ; il l'écoute ; il veut entendre sa femme. Puis Elisabeth s'éclipse. Elle a sa vie. Elle suit des cours. Elle devient photographe. Elle ne peut être seulement le miroir de Lionel. Elisabeth est partie faire ses photos en Afrique puis au Brésil. Elle est absente, médit-on chez les socialistes, quand l'homme aurait besoin d'elle. Vertueux commérages. [...] Les vrais amis se révèlent alors, qui ne prendront pas parti dans la querelle. Ils parviendront à tenir la part égale entre les deux souffrances. Ils sont assez rares. La plupart décréteront méchante la femme, et victime l'homme [...].

[...] Il ne faut pas trop le plaindre, quand même. Dans le désarroi, il a de quoi se consoler. C'est même la seule promesse d'avenir qui se dessine, au moment où ses vies publiques se délitent : Lionel est amoureux d'une autre. Il a rencontré une femme. Voilà Sylviane, qui sera l'héroïne de la seconde partie de sa vie, l'incarnation de la rédemption, la raison même de sa survie. Ainsi raconteront les amis, les apôtres, diseurs d'Evangile, tisseurs de pieuses images, quand ils conteront la geste de Lionel, saint et martyr, et sauvé.

La femme donc. Compagne et amante, philosophe et charnelle à la fois, libre et complice. Elle devra rougir de toutes les qualités qu'on lui prête. Elle a assez d'humour pour en mettre de côté. En 1989, Sylviane Agacinski est professeur de philo au lycée Carnot, Paris,17e. Lionel apprendra à dater le temps en fonction de leur rencontre. L'avant-Sylviane, et l'après. « Depuis que je suis heureux », dit-il encore aujourd'hui en évoquant les années Sylviane. Il a parfois des jubilations adolescentes, des envies de peindre l'existence aux couleurs plus vives, aux contrastes plus tranchés.

Sylviane Agacinski est une agrégée de philosophie que l'existence a modelée autant que ses parchemins. Elle a grandi à Lyon dans la nostalgie de la capitale ; elle est montée à Paris après 68. [...] Elle développe enfin une relation privée avec Jacques Derrida. Grand philosophe. Grand penseur. Grand homme de gauche. Mais les grands hommes ont aussi leurs raisons. Sylviane est enceinte. Derrida n'assume pas. Il ne veut pas d'un foyer clandestin. C'est sa liberté. Elle veut un enfant. C'est son choix. Refuser cette grossesse serait renoncer à la vie, s'enfermer dans un monde où elle ne dépendrait que des choix des autres. Sylviane a un bébé toute seule. La voilà mère célibataire, maman d'un petit Daniel qu'elle entreprend d'élever. Cette maternité lui donne un sens. Quand elle écrira sur le féminisme, théorisera l'irréductibilité des deux sexes mais leur complémentarité indispensable, elle se nourrira aussi de sa vie.

Sylviane a une soeur aînée, Sophie, actrice et militante. Elle est au PS, section des artistes. Sophie connaît Mitterrand, elle lui envoie du miel ou des gâteaux, le président s'en amuse, « elle me nourrit », dit-il. Sophie a épousé un acteur, Jean-Marc Thibault, en 1983. Ça a été une belle fête, à Eygalières, Bouches-du-Rhône, où le couple possède une maison. Eygalières ? Lionel et Elisabeth, qui étaient alors chez Richard Moatti, sont venus en voisins et camarades. Sylviane, la soeur de la mariée, était là. Sylviane dira plus tard que Lionel lui a tapé dans l'oeil ce jour-là. Cette intellectuelle est aussi une romantique. Les belles histoires sont beaucoup rêvées avant d'être vécues.

Quelques années plus tard - Paris est un petit monde -, la jeune femme, enseignante, s'en va voir son ministre de tutelle, quémander des fonds pour le Collège international de Philosophie que dirige Jacques Derrida. Lionel Jospin est ce ministre. Quelque chose se passe qui relève de l'alchimie des êtres. Un rendez-vous entraîne un déjeuner ; un déjeuner, une sortie au théâtre, puis une autre. La Carte du Tendre se parcourt à nouveau. Plus tard, ils adoreront se raconter leurs premiers instants ; ils se diront qu'ils ont eu de la chance que la vie leur offre une deuxième donne, et qu'elle ait été si belle. [...]
« Lionel », par Claude Askolovitch, Grasset, 2001.
Nouvel Observateur - N°1920

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«L’enfant devient une marchandise»
Recueilli par C.R. Libération QUOTIDIEN : jeudi 26 juin 2008

Sylviane Agacinski. Philosophe, professeure à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Livre après livre, elle étudie les rapports entre les sexes, le masculin et le féminin. Elle a été auditionnée par le groupe de travail du Sénat.

Quelle est votre position sur la gestation pour autrui ?

La légalisation éventuelle de la gestation pour autrui est un cas très grave de l’extension du marché à toute chose, quelle qu’elle soit. C’est une dérive que Marx dénonçait déjà au XIXe siècle, mais qui atteint des proportions inédites avec le développement des biotechnologies. Déjà, on propose 1 000 euros, en Espagne par exemple, aux donneuses d’ovocytes. Or, s’il ne s’agit pas d’un don, par définition exceptionnel, la gestation autorisée sera forcément rémunérée, faisant du ventre des femmes un instrument de production et de l’enfant lui-même une marchandise.

Pour vous, c’est une dérive du libéralisme vers la marchandisation du corps ?

Absolument ! Au sens de l’envahissement de la société par le marché. On fait passer pour un progrès technique et pour une liberté ce qui représente en réalité une exploitation des femmes pauvres par des femmes riches (et des pays pauvres par les pays riches). La vraie question est de savoir si porter un enfant se rattache à l’existence personnelle d’une femme ou bien si c’est une activité productrice. En fait, c’est une transformation de soi qui ne relève ni du faire ni du produire. C’est tout de même un comble de voir à nouveau considérer l’enfantement comme une fonction (et pourquoi pas un métier, pendant qu’on y est) et le corps féminin comme un outil. Mais aucune femme ne porte un enfant comme on fait cuire un pain dans un four. Philosophiquement, on peut dire que chacun est son corps, et non pas que ce corps est une propriété : c’est en ce sens que vendre du temps de travail, un service ou un produit, ce n’est pas vendre son corps lui-même. Demander à une femme de faire un enfant pour un autre, c’est lui demander de vendre sa personne entière, pendant neuf mois. Cela s’apparente à un esclavage. On peut aussi appeler cela de la corruption, c’est-à-dire le fait d’acheter un «bien» non vendable.

Quelle réponse proposez-vous aux couples infertiles désireux d’avoir un enfant et qui, loi ou pas loi, se lancent dans des démarches de GPA, souvent à l’étranger ?

Aujourd’hui, ce désir est largement stimulé par la promesse médicale. La demande d’enfant «à tout prix» est la conséquence d’une offre biotechnologique, à laquelle s’ajoute la traditionnelle pression familiale et sociale. Du coup, chacun se dit qu’il doit pouvoir, lui aussi, avoir un enfant, quitte à le faire faire par d’autres. Le paradoxe de l’offre médicale, c’est que la souffrance liée à l’infertilité est bien plus grande qu’avant ! En fait, il y a moins de 20 % de réussite pour la fécondation in vitro (FIV). C’est peu. Ces techniques sont très contraignantes, surtout pour les femmes, et beaucoup de couples se séparent après plusieurs échecs. Malgré les mises en garde des médecins eux-mêmes, beaucoup pensent qu’il y a forcément des solutions à tout. Enfin, il me semble que, dans le «désir d’enfant», il y a une part de générosité, il y a un désir de transmettre qui peut s’exprimer de toutes sortes de façons, et pas seulement à travers la procréation ou l’adoption. Parfois, on transmet plus, ou mieux, à d’autres qu’à ses propres enfants.

Etes-vous favorable à ce que les couples d’homosexuels aient accès à une procréation médicalement assistée (PMA) par le biais d’une mère porteuse par exemple ?

La question n’est pas du tout de savoir qui a recours à une mère porteuse, elle est de savoir s’il est légitime de demander à une femme de servir de mère porteuse.
Je dis que cette demande n’est en aucun cas légitime, parce qu’elle est contraire à la dignité de la femme et de l’enfant. Ce qu’il faut savoir, c’est si la PMA reste dans une logique thérapeutique ou bien si elle entre dans une logique fabricatrice, le laboratoire devenant un moyen de produire des enfants de façon artisanale, en quelque sorte.
Or, le labo peut fabriquer des embryons, par FIV, mais il faut un utérus pour que l’embryon devienne effectivement un bébé. En attendant l’utérus artificiel, il faut donc encore des corps de femmes. Ce que l’on voudrait, c’est que des femmes deviennent des ouvrières dans un système de production d’enfants.
Le chômage aidant, on finira par convaincre les plus pauvres que c’est un travail comme un autre. Tout ça promet un marché très lucratif pour un certain nombre d’intermédiaires (marché qui existe déjà ailleurs).
Le plus drôle, c’est de voir une gauche «progressiste» applaudir à cette forme inédite et barbare d’exploitation. Quel aveuglement !
http://www.liberation.fr/actualite/societe/334907.FR.php

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Mariage gay : les «réserves» d'Agacinski, l'épouse de Jospin, sur l'adoption S.Ld. | Publié le 29.01.2013, 07h58 | Mise à jour : 14h25 http://www.leparisien.fr/politique/mariage-gay-les-reserves-d-agacinski-l-epouse-de-jospin-sur-l-adoption-29-01-2013-2521967.php

Alors que l'opposition fourbit ses armes à l'Assemblée nationale pour torpiller le projet de loi sur le mariage pour tous, la gauche doit aussi essuyer des tirs de son propre camp. Ce mardi matin sur RTL, la philosophe Sylviane Agacinski a émis des «réserves sur l'adoption» par des couples homosexuels, «et non pas sur le mariage». La veille sur Canal +, l'épouse de l'ex-premier ministre socialiste s'est trouvée confrontée à Jack Lang. «Instituer le couple c’est souhaitable, mais ce n’est pas instituer la filiation», avait-elle expliqué.

De manière générale, celle qui serait prête à manifester contre cette loi, même si elle ne l'a pas fait, a estimé sur RTL que ce texte «défend des intérêts catégoriels» et qu'il est une «manière de céder trop facilement à des pressions militantes». Selon elle, on ne peut pas «faire comme si la logique traditionnelle du mariage pouvait s'appliquer aussi bien dans le cas d'un couple du même sexe que dans le cas d'un couple avec un homme et une femme.»

Pour l'épouse de Lionel Jospin, «donner un orphelin à deux parents du même sexe, ce n'est pas leur faciliter les choses et cela créé une inégalité entre les enfants. Cela créé deux types de règle de filiation qui touchent au statut de l'enfant et à la relation entre les générations. Si vous créez une parentalité de parents du même sexe, vous aurez des enfants avec deux parents, un père une mère et d'autres qui auront deux parents du même sexe. C'est un principe inégal.»

Les parents, «ce n'est pas quantitatif, c'est qualitatif»

Elle souligne que «le schéma du rapport parents/enfants vient du modèle naturel biologique de la procréation. C'est la raison pour laquelle la filiation, même quand ce ne sont pas les vrais géniteurs, est faite sur ce modèle. C'est une structure qui n'est pas mathématique. Ce n'est pas un plus un. Ce n'est pas quantitatif, c'est qualitatif. Les parents, comme les géniteurs, ne sont pas interchangeables»

Pour la philosophe, l'adoption ouvre la porte à la procréation médicalement assistée (PMA), un sujet qui a été retiré du texte finalement et qui devrait être discuté plus tard à l'occasion d 'une loi sur la bio-éthique. Elle a fustigé au passage les propos de Pierre Bergé qui avait déclaré, au sujet de la PMA : « Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l'usine, quelle différence ?» «A chaque fois qu'il y a une utilisation de la vie d'une femme pour porter un enfant, elle est toujours rémunérée, donc socialement c'est insupportable. On sait très bien quelles sont les femmes qui, à ce moment là, sont utilisées», a-t-elle estimé.

VIDEO. «Parents et géniteurs ne sont pas interchangeables», estime Sylviane Agacinski

VIDEO. Passe d'armes entre Jack Lang et Sylviane Agacinski

LE GRAND JOURNAL du 28/01/13 - Part. 2 Débat sur le mariage pour tous LeParisien.fr

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