Laure Adler
Juin 2005. Laure Adler quitte France Culture

Historienne, sociologue et journaliste socialiste, ancienne conseillère culturelle du président François Mitterrand, témoin de la dernière année du double septennat de celui-ci (1981-1995), auteur notamment de La vie quotidienne dans les maisons closes, Hachette, Paris 1990, et de L'année des adieux, Flammarion, Paris, 1995.
Directrice de France Culture depuis janvier 1999 elle publie en 2001 "A ce soir" (nrf, Gallimard), le récit-confession de la mort d'un fils, décédé en bas-âge, il y a dix-sept ans, faisant ainsi partager aux lecteurs son deuil.
La démarche avait été la même pour Patrick Poivre d'Arvor qui publiait un récit-confession après la mort d'une fille (Elle n'était pas d'ici, Albin Michel, 1995).

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L'anniversaire du 10 mai à l'Elysée, quatorze ans plus tard, tient à la fois du camp de scouts, de la veillée d'armes et du meeting tendance années soixante. La réunion est ostensiblement décontractée : des petites tables disséminées, un buffet genre campagnard chic, pas de placement, une liste qui restera secrète jusqu'au dernier moment, concoctée par le grand prêtre Mexandeau et soumise la veille au Président, et surtout un excellent château-margaux qui déliera les langues et ressoudra les clans. Au cours de cette soirée style anciens combattants, on se donne l'illusion que la gauche est encore une famille et que la droite reste si divisée que la victoire en mai demeure encore possible. "Simple question de confiance en soi", remarque le vieux chef, qui, après le discours d'intronisation de Mexandeau, prend la parole pour avertir qu'il n'a pas grand-chose à dire - il parlera tout de même de tout et de rien, d'une traite, jusqu'à deux heures du matin. Faire et refaire la gauche mais sans le centre. Les disciples écoutent le maître. Glavany, Emmanuelli et Lang jouent aux élèves chahuteurs. Edith Cresson, en beauté, est tout de même venue, alors que les conditions qu'elle avait posées - que Laurent Fabius et Hubert Védrine ne soient pas invités - avaient été refusées. Le château-margaux arrangera bien des choses car, depuis le congrès de Rennes, indéniablement, la réunion n'est plus aussi fraternelle.
L'année des adieux, p. 169/170.

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L'égalité des races n'a jamais été une idée naturelle. Loin s'en faut. Il suffit de considérer la notion même d'esclave durant l'Antiquité.
Mais, avec l'Holocauste, c'est la structure même de la civilisation occidentale qui s'est trouvée ébranlée.
Connaître l'existence d'Auschwitz, c'était, selon Hannah Arendt :"Comme si un abîme s'ouvrait devant nous, parce qu'on avait imaginé que tout le reste aurait pu, d'une certaine manière, s'arranger comme cela peut toujours se produire en politique. mais cette fois non. Auschwitz n'aurait pas dû se produire. Il s'est passé là quelque chose que nous n'arrivons toujours pas à maîtriser ("La tradition cachée, le juif comme paria", cité dans le livre de Martine Lebovici, Hannah Arendt, Desclée de Brouwer, Paris 2000).
Laure Adler, Préface à Christian Delacampagne, Une histoire du racisme, co-édité avec France-Culture, LGF, Le livre de poche références n°575, Paris 2000.

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(Juin 2005) Laure Adler cède sa place à la tête de France Culture
David Kessler, ancien conseiller de Lionel Jospin, lui succédera en septembre.

Une simple passation de pouvoirs. C'est de sa propre initiative que Laure Adler, actuelle directrice de France Culture, cédera sa place à David Kessler le 1er septembre prochain. Le PDG de Radio France, Jean-Paul Cluzel, pouvait donc annoncer cette nouvelle hier aux personnels de la chaîne culturelle du service public en l'accompagnant d'un hommage pour le travail «remarquable et impressionnant à tous égards» accompli pour la modernisation de cette chaîne.

Multicarte.
Laure Adler, qui a commencé sa carrière de journaliste à France Culture en 1974, a été nommée directrice de la chaîne en 1999 par Jean-Marie Cavada.
Entre-temps, elle a été directrice de collection chez Denoël puis éditrice aux Presses de la Cité. En 1990, elle est nommée chargée de mission à l'Elysée pour la culture, avant de devenir en juin 1992 directrice des documentaires et des émissions culturelles sur France 2, puis conseillère à la présidence de France Télévisions.
Depuis septembre 2004, elle anime aussi une émission sur Arte et sur TV5.

En janvier dernier (2005), elle avait exprimé le souhait de reprendre des fonctions à l'antenne de Radio France. On évoque par ailleurs son nom pour un poste de responsabilité dans l'édition et elle prépare aujourd'hui une biographie d'Hannah Arendt pour les éditions Gallimard.

Tout au long de ses six années à la tête de France Culture, cette «fille de la maison», qui a participé dans les années 70 et 80 à des émissions prestigieuses comme Panorama ou les Nuits magnétiques, n'a pas craint de se lancer dans divers chantiers de «modernisation» de la grille afin d'installer une antenne en prise avec son temps. Un exercice parfois acrobatique sur une chaîne où les auditeurs sont particulièrement attachés à leurs valeurs radiophoniques et à la vertu d'«université populaire» de la station. Jean-Paul Cluzel a souligné hier que l'audience de la station s'élevait à plus de 4 millions d'auditeurs réguliers.

Parcours.
C'est un normalien et énarque de 46 ans que le PDG de Radio France a choisi pour succéder à Laure Adler.
David Kessler a été directeur général du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de 1996 à 1997, puis nommé conseiller pour la culture et la communication au cabinet du Premier ministre Lionel Jospin, jusqu'à mars 2001.
Date à laquelle il est nommé directeur général du Centre national de cinématographie (CNC). Il est actuellement conseiller de Marc Tessier, PDG de France Télévisions.
Par Annick PEIGNE-GIULY, jeudi 09 juin 2005 (Liberation - 06:00)

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