La Ka'aba à La Mecque

Muhammad, ou Mohammed, dit Mahomet (vers 571-632)

Prophète religieux, ayant une vie d'homme politique et d'homme de guerre, Muhammad fonde la troisième des religions dites "du Livre", c'est-à-dire reposant sur la bible : le judaïsme, le christianisme et donc l'islam (§ 1).
Ce dernier développement d'une construction idéologique qui a pour but le contrôle social de populations "dynamiques" va instaurer un système totalisant reposant fondamentalement sur un texte considéré comme étant sacré et donc intouchable, une théocratie islamique (§ 2).

§ 1. La vie et l'oeuvre du prophète Muhammad

Muhammad (le loué) eat né vers 571 de l'ère chrétienne dans la ville de La Mecque. Son père appartenait à la tribu de Quraysh, spécialisée dans le commerce international. Ses parents étant décédés peu après sa naissance, il est recueilli par un oncle, commerçant aisé, Abû Tâlib. Il travaille, notamment, chez une riche commerçante, veuve, qui organise des caravanes, et serait allé jusqu'en Syrie.
Bien qu'âgé de vingt-cinq ans seulement, il épouse cette femme qui avait, dit-on, quarante ans, qui lui donne quatre filles et des fils qui meurent tous en bas âge. Il adopte son cousin Ali.

Notable considéré dans sa ville natale, Muhammad se heurte cependant à l'incompréhension, sinon au mépris, des dirigeants de la cité, aux préoccupations essentiellement matérielles et à courte vue, alors que le peuple a des aspirations communautaires, lorsque Muhammad essaie d'attirer leur attention sur la nécessité d'introduire des réformes dans le gouvernement de la ville.

Par ailleurs, la religion arabe polythéiste traditionnelle, alors pratiquée, est décadente.
Les juifs ont dans la région des centres intellectuels riches et puissants.
Les chrétiens, peu nombreux, pauvres et ignorants, sont, eux, directement présents à La Mecque.
Les Perses enfin, sous le règne des Xosrô (531-628) sont fabuleusement riches et s'opposent à l'Empire romain d'Orient chrétien. Ils diffusent leur religion monothéiste, le Mazdéisme, la religion de Mazda (Zarathustra dit Zoroastre).
Muhammad s'instruit de ces doctrines monothéistes et apprend en particulier l'histoire biblique telle qu'elle est connue sur place à cette époque.

Vers l'an 610, après une retraite dans une caverne de la montagne où il pratique une ascèse de type chrétien, Muhammad, selon la tradition, a une vision.
Il entend la voix de l'archange Gabriel qui lui transmet les paroles de Dieu, qu'il dictera plus tard à un secrétaire et qui formeront ensuite, remises en ordre, le Coran (qur'ân, récitation).

Selon le prophète Muhammad Dieu dénonce tout d'abord l'égoïsme des riches qui devront suivre les conseils de Muhammad l'"avertisseur" : se montrer humbles et justes, donner une part de leurs biens aux pauvres et aux orphelins, faute de quoi le Créateur unique et tout-puissant, Allâh, leur demandera des comptes au jour du jugement (Allâh - la divinité - était, dans le polythéisme arabe, un dieu parmi les autres dieux).

L'appel de Muhammad est accueilli positivement par sa maison, quelques amis, des Mekkois de condition modeste et des jeunes révoltés contre leur milieu mais, évidemment, négativement par les dirigeants.
Protégé par son oncle Abu Tâlib, Muhammad n'eut pas, dans un premier temps, à souffrir de la persécution, mais après la mort de celui-ci, survenue en 619, il dut se réfugier à Médine avec soixante-dix de ses fidèles.
Il y parvint avec son conseiller Abû Bakr le 24 septembre 622, année de l'hégire (hidjra, émigration). Entre-temps la pensée du prophète s'était développée et la secte avait pris le nom de muslimun (ceux qui remettent leur âme à Allâh), les musulmans.

A Médine, Muhammad se révèle être un excellent chef politique et militaire, qui essaie tout d'abord de se rallier la communauté juive, mais sans succès. Après quelques combats victorieux contre les Mekkois, les clans juifs et païens opposés à Muhammad sont éliminés.
En 625 le prophète est le maître incontesté de la ville de Medine. Entre-temps la religion du prophète s'est arabisée, qui se rattache à Abrâham (Ibrâhîm) par Ismaël, qui auraient fondé la Ka'ba de la Mecque vers laquelle la prière doit s'orienter, et prend des positions anti-juives : ainsi Jésus est reconnu comme étant un grand prophète né d'une vierge. Mais la "révélation" organise en même temps la vie communautaire, notamment du point de vue juridique, dans un sens libéral pour l'époque.

En 630, La Mecque est occupée par les musulmans et la Cité-Etat de Médine contrôle alors l'Arabie. Muhammad y décède après une courte maladie le 8 juin 632.

§ 2. La théocratie islamique

Les peuples islamiques sont fiers d'appartenir à l'Umma (Oumma), "la Communauté la meilleure qui ait surgi parmi les hommes", "la nation du Prophète", caractérisée par un vouloir-vivre collectif (quelque fois un peu forcé ...) et soumise aux règles coraniques, des règles qui fondent spirituel et temporel (A) et légitiment le pouvoir d'un chef (B).

A/ Spirituel et temporel fondus

Le Coran est le texte sacré, la Loi divine, en principe intouchable, mais qu'il faut bien "expliciter" par la jurisprudence des écoles (2.).

1. La Loi divine

Le Coran forme un ensemble indissociable d'affirmations de foi et de règles de vie politico-sociale. On peut dire qu'il existe une fusion du spirituel et du tempore1 propre à l'Islam et qui tend à dessiner les traits d'une Cité islamique, musulmane, idéale.

Les règles coraniques sont des lois positives divines. Seul Dieu, et, par extension, le Prophète, sont des législateurs.
Les applications pratiques et concrètes de ces lois relevant d'une intervention de la raison humaine qui permet la recherche personnelle, l'interprétation, l'ijtihâd, la jurisprudence.

2. La jurisprudence des écoles

Quatre grandes écoles juridiques se sont rapidement créées qui se sont réparti l'ensemble des musulmans qui appartiennent à l'Islam sunnite, très largement majoritaire, et qui ont fixé chacune une jurisprudence :
- l'école hanafite, fondée par l'iman Abou Hanifa (v.696-767) en Mésopotamie, qui fut surtout répandue par les Turcs et se rencontre en Turquie, au Pakistan, en Chine ;
- l'école malikite, fondée par l'iman Malik (710-795) et implantée en Arabie, en Haute Egypte, au Soudan, en Afrique du Nord, en Afrique occidentale ;
- l'école shafi'ite, fondée par l'iman al-Shafi'i (767-820) et implantée en Egypte ; en Syrie, en Arabie du Sud, en Malaisie, en Indonésie, en Afrique orientale ;
- l'école hanbalite de 1'iman Ibn Hanbal (780-855) imp1antée majoritairement en Arabie, la plus fondamentaliste.

Il convient de noter que l'Islam shi'ite, majoritaire en Iran et en Irak, maintient, en théorie, le principe de la recherche personnelle.

B/ La légitimation d'un chef

Oui, mais quel chef ? Son mode de désignation divise sunnites et shi'ites (1.), mais ses fonctions sont bien de nature théocratiques (2.).

1. Le chef dans le sunnisme et le shi'isme

A l'époque dite classique (les premiers siècles) la "communauté" des croyants s'en remet à un chef, le calife (1'imam chez les shi'ites), le lieu-tenant (celui qui tient le lieu, qui tient lieu de) du Prophète.
Dans la Cité humaine, c'est lui qui détient, au nom du Prophète, l'autorité et le commandement (c'est le chef de l'exécutif qui est chargé de faire appliquer une loi dont les prescriptions recouvrent à la fois des domaines religieux, civique et politique). C'est lui qui est chargé de maintenir l'unité de la "communauté", qui exerce la charge de la "commanderie du bien".

C'est à propos du mode de désignation du calife, de l'imam, et des conditions qu'il doit remplir pour être élu, qu'il y eut rupture entre le sunnisme et le shi'isme.
Le shi'isme, le parti d'Ali, le cousin et gendre du Prophète, ne reconnaît d'imama légitime que dans la descendance du Prophète lui-même qui, explicitement, dans un texte, a désigné Ali comme son successeur et c'est également par un texte, un testament, que l'imam régnant doit désigner, parmi sa descendance mâle, celui qui lui succédera et qui ne peut être que "l'homme le meilleur de son époque", non seulement un "savant" et un "juste", mais encore quelqu'un qui, par un privilège divin qui lui est commun avec les prophètes, est infaillible et irréprochable (ce qui est bien commode pour gouverner ...).

Dans la pratique le shi'isme se divisa en de nombreuses sectes :
Les zaydites du Yémen substituèrent l'élection au "testament".
Les isma'iliens reconnaissent sept imams historiques, avec pour certains une descendance visible, c'est le cas des disciples de l'Aga Khan.
Les imamites restent attachés à une succession de douze imams dont le dernier, Muhammad al Mahdi, est l'imam "caché" ou "disparu", qui doit revenir à la fin du monde. En son absence, la communauté doit suivre les interprètes des enseignements ou des doctrines de l'imam. L'imamisme est la religion officielle de l'Iran et les interprètes de l'imam sont les Ayatollahs.

La tradition sunnite est différente.
Le calife est bien lieu-tenant du Prophète, mais en quelque sorte en tant que premier fonctionnaire de la Cité. Selon la majorité des docteurs (uléma) il doit être désigné par l'élection, comme le furent les preniers califes après la mort du prophète.
Il est élu par les notables, ceux "qui délient et lient", parmi les membres de la tribu du Prophète (quraysh). Il doit être apte, physiquement et moralement, à remplir sa charge, mais celle-ci ne le rend ni infaillible ni irréprochable.

2. Les fonctions théocratiques du chef

Le calife ne détient pas le pouvoir spirituel.
Aucun homme ne pouvant détenir de pouvoir spirituel sur un autre.

Il ne possède pas davantage le pouvoir législatif au sens strict du terme, puisque le Coran est la Loi unique.

Par principe le pouvoir judiciaire devrait lui échapper également puisqu'il appartient à chaque croyant qui est capable de l'exercer, donc avant tout à ceux qui pratiquent l'interprétation, l'ijtihad, puis aux mufti (théoriciens et interprètes du droit coranique, qui remplisent à la fois des fonctions religieuses, judiciaires et civiles) et aux cadi (également juges).
De fait, l'on peut considérer que le pouvoir judiciaire est délégué aux juges, de même que le pouvoir exécutif aux administrateurs locaux, les walis.

Cela ne porte pas atteinte au caractère théocratique du système dans la mesure où le calife tient bien son autorité de Dieu en tant que lieu-tenant du Prophète.

C'est à ce titre que le souverain dispose d'un droit essentiel pour gouverner - le droit d'être obéi.
Les penseurs islamiques justifient l'obéissance par référence au verset coranique des umara (les émirs, les gouvernants). De même que le croyant doit être totalement soumis à Dieu il doit se soumettre aux ordres du chef, lieu-tenant du Prophète.
Cette obéissance a un caractère absolu, qui ne souffre ni limites ni exceptions. Ce qui n'est pas sans conséquences lorsque le chef est un paranoïaque ...
Il ne saurait être question de se révolter, même contre un gouvernant ignorant et injuste. Cela serait impie.
Les seules réactions possibles sont la prière et le conseil. Car le prince a le devoir d'être juste puisque l'équité est le bien politique absolu ... (Un système absolutiste tout à fait comparable à la théocratie catholique d'Augustin (354-430), un système qui peut justifier la guerre juste, ou guerre sainte, djihad).

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