Brahmanisme et Hindouisme

Vers 1500 avant l'ère chrétienne, l'Inde du Nord-Ouest, le Penjab, est envahie par des indo-européens, les Arya, venus d'Iran, dont la langue sacerdotale et culturelle est le sanscrit, et dont les textes sacrés du Véda (le Savoir) organise la Société en trois classes (castes) sociales distinctes et hiérarchisées : celle des prêtres (brâhmana), celle des guerriers (kshatriya), celles des producteurs, éleveurs, commerçants, cultivateurs (vaiçya) - qui dominent et excluent les populations indigènes vaincues regroupées dans la classe des serviteurs, artisans et ouvriers (çûdra).
Jusqu'au VIème siècle l'Inde du Nord est morcelée en une multitude d'entités politiques, tribus ou petites principautés. Le premier Etat arya fut celui de Magadha (VIème-IVème siècle), qui contrôla la vallée du Gange.
La naissance de cet Etat arya coïncide avec un renouveau culturel et un développement des sectes et des doctrines, notamment celle d'un guerrier noble, Vardhamâna dit Jina (le victorieux), fondateur du Jaïnisme (3 millions d'adeptes en Inde), religion issue du Brahmanisme qui préconise, pour atteindre "une pleine délivrance","libération", une austérité totale et une totale inactivité, allant jusqu'au suicide par inanition dans l'immobilité la plus complète - pour les plus "sages".
C'est également à cette époque, idéologiquement intéressante, que dans la vallée du Gange moyen, Siddharta Gautama dit le Bouddha (l'Eveillé)(563-483) enseigne sa philosophie, basée sur le respect d'autrui et les pratiques méditatives.

A. LE BRAHMANISME

Le Brahmanisme est une religion - le culte du Véda, mais c'est aussi une organisation sociale basée sur l'existence de classes (castes) hiérarchisées et fonctionnelles, selon le schéma indo-européen classique tel qu'il a été décrit par Georges Dumézil.

A.1. Une religion

La religion védique connaît d'innombrables dieux, commandés par Mitra (prêtre pacifique) et Varuna (guerrier impétueux).
Dans les premiers siècles du 1er millénaire avant J.C. les brahmanes organisent leur pouvoir spirituel en rationnalisant le culte ( les rites et les sacrifices) et en introduisant de nouvelles pratiques - telles que le Yoga, permettant la maîtrise du corps, nécessaire à la méditation contemplative.
Le postulat de la réincarnation des âmes (la métempsychose) est alors affirmé, qui est l'élément fondamental d'une explication du monde qui entend fixer la place de chacun dans la société.

A.2. Une organisation sociale hiérarchisée

L'Univers est l'émanation de l'Etre (Brahman).
Chaque homme possède une âme (atman), qui est une partie de l'Etre, et qui, pour échapper définitivement à la souffrance de ce monde, s'efforce de le rejoindre au-delà de la mort.
Mais, le caractère de l'homme, sa personnalité psycho-physiologique, et donc son action (karman), étant un obstacle à cette réunion entre l'âme et l'Etre, l'homme est condamné à de multiples réincarnations négatives et positives avant d'être "délivré","libéré" de la souffrance.
La "Délivrance", la "Libération", sera d'autant plus proche que l'homme appartiendra à une classe (caste) élevée, cette appartenance étant justifiée par les mérites accumulés dans les vies antérieures, notamment par l'accomplissement rigoureux et correct du culte, suffisant pour être "délivré".

Si donc vous êtes actuellement Brahmane, ou guerrier, c'est que vous avez mérité de l'être, comme vous avez mérité de n'être que serviteur.
Du point de vue social, et donc politique, le Brahmanisme est la justification idéologique de l'existence d'une hiérarchie fonctionnelle entre les classes.
Cette hiérarchie va se figer, tout en se complexifiant de par la multiplication des sous-castes, au fil des siècles, le dogme évoluant sous l'influence, notamment, du Bouddhisme, pour donner naissance, au début de l'ère chrétienne, à l'Hindouisme (idéologie actuellement dominante dans la Société indienne - 80% d'adeptes).

B.L'HINDOUISME

B.1. La religion

Trois divinités règnent au-dessus de dieux divers : Brahmâ, le dieu de la création; Visnu (Vichnou), le dieu de la conservation de l'Univers; Siva (Shiva), le dieu de la destruction mais aussi de la création.
Dans l'Hindouisme les rites sont simplifiés, qui peuvent, souvent, être accomplis par le fidèle lui-même, mais ils ne sont plus considérés comme étant suffisants pour conduire à la Délivrance.
Désormais la Voie principale vers la Délivrance est celle de la Dévotion.

La Dévotion permet, par un rapport personnalisé avec la divinité, de s'abandonner à sa bienveillance et de mériter sa gràce.

L'acte de dévotion est indépendant du sexe et de l'appartenance aux castes.
Alors que, dans le Brahmanisme, seul un Brahmane peut être "délivré", dans l'Hindouisme le salut immédiat peut être assuré par la gràce divine qui est accordé au dévot, ou à la dévote, quelle que soit l'appartenance aux castes.
L'Hindouisme est donc, apparemment, beaucoup plus gratifiant que le Brahmanisme pour les femmes et les membres des classes dites inférieures, et cela aurait pu conduire à un assouplissement de la hiérarchie sociale.
Il n'en fut rien.

B.2. L'organisation sociale

La Voie de la Dévotion ne modifie en rien l'organisation sociale fondée sur la hiérarchie des classes fonctionnelles.
Au contraire, elle a pour effet de la figer, tout en permettant sa complexification de par la création d'un nombre considérable de subdivisions à l'intérieur des classes.
En effet, si chacun peut être "libéré" de par la gràce divine, aussi inférieur soit-il, socialement, les misères terrestres deviennent beaucoup plus supportables et donc la contestation sociale, ou même politique, devient inutile.
En conséquence les contraintes sociales étant plus supportables pourront être accrues, car, pour le dévot qui veut obtenir la gràce divine, le respect des devoirs de chacun, qui demeurent variables selon la classe, la sous-classe, le sexe, l'âge ...s'imposent d'eux-mêmes.

B.3. Les devoirs de chacun

Ces devoirs sont de trois ordres, car l'activité humaine, en dehors du but fondamental qui est la Délivrance, a trois buts légitimes : la Vertu, l'Intérêt, le Plaisir.
A chacun de ces buts correspond une science traditionnelle qui enseigne ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire pour l'atteindre.
Ces sciences sont : le Dharma pour la Vertu (des dirigés), l'Artha pour l'Intérêt (politique et économique), le Kama pour le Plaisir (de tous).

a. Le Dharma

Le Dharma est un ensemble de textes, qui mêlent obligations religieuses, morales et juridiques, sans distinguer nettement entre ces catégories, et sans que la sanction à l'infraction soit, nécessairement, organisée.
La notion de droits subjectifs est totalement absente du Dharma, pour lequel il n'existe que des devoirs, devoirs qui sont variables selon la position sociale de chacun.
Dans la vie de tous les jours, le Dharma est modifié et complété par un nombre considérable de coutumes (régionales, locales, tribales, sectaires, familiales) propres aux différentes classes et sous-classes.
Pour les litiges, les assemblées de classe sont localement compétentes pour juger en s'appuyant sur l'opinion publique, et en faisant, si nécessaire, intervenir la raison, l'équité, la conscience.

Les sanctions prises sont non-juridiques. La plus grave étant l'excommunication, l'exclusion de la classe, qui fait de vous un hors-classe, un hors-caste, un paria selon la terminologie occidentale, ou encore un "intouchable".
Le Dharma est donc un système totalement décentralisée, indépendant du politique, système qui relève non pas de l'ordre juridique mais de l'ordre moral.

b. L'Artha

Le Politique ne relève pas du Dharma mais de l'Artha.
Le Prince, son administration et sa justice, ne sont pas tenus de respecter l'ordre moral qu'est le Dharma, mais ne doivent pas, non plus, essayer de l'influencer.
Par contre, le Dharma demande aux dirigés d'obéir aux ordres légitimes du Prince.
Les décisions du Prince, qui relèvent donc de l'Artha, ne sont motivées que par l'opportunité, l'intérêt politique.
Il n'existe, dans ce système, aucun principe de légalité.
Le pouvoir politique est totalement arbitraire, et bien entendu irresponsable.

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