Johann Gottlieb Fichte
(1762-1814)

Fichte est un disciple du bourgeois Immanuel Kant, qui se passionne pour la Révolution française ( § 1) puis se fait le chantre "illuminé" du nationalisme germanique (Le philosophie de Fichte : vers la liberté par l'Etat social et la Nation éducatrice § 2).

§ 1. La vie et l'oeuvre

J.G. Fichte est né en 1762 à Rammenau (Saxe) de parents pauvres. Il ne peut faire ses études que grace à un généreux protecteur.
Disciple de Kant, ce dernier lui permet de publier un premier ouvrage, une "Critique de toute révélation" (Versuch einer Kritik aller Offenbarung, Koenigsberg 1792) qui le fait connaître des spécialistes.
En 1793 il prend passionnément position en faveur de la Révolution française dans ses "Contributions destinées à rectifier le jugement du public sur la Révolution Française" (Beiträge zur Berichtigung der Urteile des Publikums über die französische Revolution, Berlin 1793), ouvrage qui le rend célèbre.
En 1794 il est nommé professeur à l'Université d'Iéna, dont il est renvoyé en 1799, ses adversaires l'accusant d'athéisme. Il enseigne alors à Berlin puis à Erlungen.

Après la publication de ses fameux "Discours à la Nation allemande" (Reden andie deutsche Nation, 1807-1808, trad. Paris 1952) prononcés alors que Berlin est occupé par les troupes françaises, il est nommé recteur de l'Université.
Il décède à Berlin en 1814.

Outre les ouvrages déjà cités, il a, notamment, écrit :
- Grundlage der gesamten Wissenschaftslehre. Leipzig 1794. Principes de la Doctrine de la science.
- Grunlage des Naturrechts nach Prinzipien der Wissenschafts1ehre, 1796. Fondement du droit naturel.
- Die Bestimmung des Menchen, 1800. La Destination de l'homme, Paris 1942.
- Wissenschafts1ehre, 1801 et 1804.
- Die Anweisung zum seligen Leben oder auch die Religionslehre, 1806. Initiation à la vie heureuse, Paris 1945.

Le fils de Fichte a publié les oeuvres comp1ètes de son père : - Nachgelassene Werke. Bonn 1834. - Sämtliche Werke, 8 vol., berlin, 1845-1846.

§ 2. Le philosophie de Fichte : vers la liberté par l'Etat social et la Nation éducatrice

A/ Vers la liberté

Selon Fichte le monde n'est pas réel. La seule réalité c'est l'Esprit.
Si le monde n'est pas réel, et s'il n'est que le produit de l'Esprit, il cesse d'être un obstacle à la réalisation de la Raison pratique (Kant). Le monde peut devenir le lieu du développement de la Raison pratique, le théâtre des hauts faits de la liberté.

Car le mouvement de l'Histoire c'est l'opposition du despotisme et de la liberté, qui conduit à l'instauration de l'état de paix qui est le but final de l'Homme, à savoir la réalisation d'une communauté d'êtres libres de par le progrès indéfini de la conscience humaine.

La tâche primordiale de la philosophie, au-delà des rêveries métaphysiques, est de justifier la conscience commune qui croit à l'existence du monde et qui souhaite une doctrine (théorie) du droit et de la morale.
La philosophie doit aboutir à l'action par la morale et le droit, l'Etat et la Nation.

Morale et droit

Les deux domaines de la morale et du droit sont séparés et non déductibles l'un de l'autre.
La morale a pour but l'unité spirituelle des consciences alors que le droit permet d'individualiser l'Homme dans la cotmnunauté.

La communauté est une nécessité car 1'Homme ne peut être un Homme que parmi les Hommes. Ce qui importe pour l'Homme c'est son appartenance au genre humain. L'individu isolé est sans réalité, sa bonne volonté ne peut s'exprimer qu'au sein d'une communauté organisée.

C'est le contrat social (tacite) qui permet de fonder la communauté politique, contrat qui a un double objectif :
- tout d'abord de déterminer les droits individuels accordés à chacun, - et ensuite de créer la contrainte nécessaire à la cohésion sociale, la contrainte de l'Etat.

Etat et Nation

L'Etat et la Nation sont les deux moyens qui permettront à l'Homme d'atteindre le but final, la liberté, l'Esprit.
L'Etat de Fichte c'est "l'Etat absolu", , l'Etat total, celui qui assigne "l'orientation de toutes les forces individuelles vers la finalité de l'espèce" (Sämtliche Werke, Berlin 1845, tome VII, p. 144).
Or, selon le pangermaniste Fichte, la finalité de l'espèce c'est la finalité de l'Etat lui-même, car l'Etat se considère comme étant la plus haute réalité et par conséquent comme l'expression de l'espèce.
De ce fait l'Etat peut être un tout fermé dans lequel "s'absorbe intégralement et parfaitement l'individualité de tous dans l'espèce de tous et dans lequel chacun récupère ce qu'il avait apporté à la force générale de tous les autres" (ibidem, p. 146).
On ne saurait en déduire, selon notre doctrinaire, que l'individu est livré à l'Etat car la finalité de ce dernier est sociale et morale : se mettre au service de la Raison pratique en préparant la personne humaine à la véritable liberté spirituelle.

B/ Par l'Etat social et la Nation éducatrice

Par l'Etat social

Dès maintenant, l'Etat doit organiser pour tous ses membres, et non pas seulement pour une petite minorité d'entre eux, une vie digne d'être vécue :
"Il doit travailler sans angoisse, avec plaisir et joie, et avoir du temps de reste pour élever son esprit et son regard au ciel pour la contemplation duquel il est formé... C'est là son droit puisque enfin il est homme" (L'Etat commercial fermé, I, L.G.D.J. Paris 1940, p. 73).
Les forces sociales doivent être redistribuées en vue de produire le plus possible de biens matériels et de meilleures conditions de travail. Chacun doit recevoir une partie proportionnelle à son activité du produit total.
C'est l'Etat qui, par une réglementation minutieuse, veille à fournir à chacun ce qui lui revient. Cela nécessite le maintien d'un équilibre interne qui ne peut être obtenu, selon Fichte, que par l'autarcie économique, la fermeture commerciale - fermeture commerciale qui aura pour autre conséquence d' éviter la guerre puisque les guerres modernes ont presque toujours des origines mercantiles.

L'Etat a donc pour objet premier ce qui relève du temporel, du matériel.

La Nation éducatrice

L'objet de la Nation c'est le spirituel, l'éternel.

La Nation porte les valeurs et a charge d'éduquer, de moraliser, de rendre l'Homme vertueux. Si tous les hommes étaient vertueux, l'Etat perdrait son caractère de pouvoir contraignant et ne serait plus que le conseiller et le guide des hommes de bonne volonté.

La Nation se détermine par la culture, culture qui est fondée sur une langue. L'homme dépend plus de sa langue que la langue ne dépend de lui. Une Nation est irréductible à n'importe quelle autre car dans l'Histoire elle représente un système d'idées, un système original, forgé au cours de 1'expérience de son peuple.

La Nation germanique

Selon Fichte quelques nations ont su conserver, au cours de leur évolution historique, la langue primitive de leurs ancêtres.
Ce sont les nations-mères.
La Nation germanique est une nation-mère, qui embrasse tous les Hommes de langue allemande.
En Europe, face aux nations non germaniques, ou germaniques qui parlent des langues néo-latines, 1a Nation allemande est la seule qui soit porteuse des valeurs essentielles et donc l'instrument préféré de l'Esprit.

Il convient, toutefois, de distinguer entre germanisme formel et germanisme réel.
Un idéaliste français est, selon Fichte, plus "germanique" qu'un matérialiste allemand :
- "Tous ceux qui croient à la spiritualité et à la liberté, ceux qui veulent faire progresser cette spiritualité par la liberté, tous ceux-là, quels que soient leur pays d'origine et leur langue, sont avec nous et pour nous" (Discours à la Nation allemande, VII, Paris 1952, p. 164). :,

(La philosophie de Fichte, notamment, va permettre aux allemands de se préparer idéologiquement à adhérer massivement à l'idéologie nationale-socialiste.)

Retour Première Page

Richard Wagner (1813-1883) Die Walküre La Valkyrie