William Blackstone
(1723-1780)

1 - La vie et l'oeuvre

Né à Londres le 10 juillet 1723, William Blackstone est le fils posthume d'un marchand de soieries. Elevé par un oncle maternel, il révèle très tôt d'excellentes dispositions pour les études littéraires.
C'est en 1741 qu'il est admis à la corporation d'avocats du Middle Temple et qu'il entreprend des études juridiques.

En 1743 il s'inscrit à 1'All Souls College d'Oxford où il est élu fellow en 1744. Docteur en droit romain en 1750, il espère obtenir la chaire de Civil Law. Cet espoir ayant été déçu, il entreprend en 1753 un cours libre de droit national anglais, droit qui n'était pas alors enseigné dans les universités britanniques. Cet enseignement a beaucoup de succès.

En 1756 il publie un abrégé de son cours :"Analysis of the Laws of England".
En 1758 un commonlawyer philantrope Char1es Viner fonde et subventionne la première chaire de droit anglais à Oxford, et Blackstone devient "the first Vinerian Professor".
Il se démettra en 1766.

En 1759 il publie une édition critique de la Grande Charte.
En 1761 il est élu député (old whig) du bourg pourri de Hindon (Wi1tshire) et se marie.
Il devient principal de New Inn Hall, Sollicitor General to the Queen.

A partir de 1765 Blackstone publie son oeuvre principale, très imprégnée d'anglicanisme :
- The Commentaries of the Laws of England
Cet ouvrage obtient un succès considérab1e et influence les juristes anglo-saxons, notamment américains, pendant plus d'un siècle.

En 1770 Blackstone est juge à la Cour des Plaids communs et le demeure jusqu'à sa mort, survenue à Londres le 14 février 1780.

2 - Le volontarisme de William Blackstone : du droit divin au droit positif anglais garant des droits de l'individu

C'est Dieu par sa volonté, qui a établi les lois immuables qui gouvernent la nature humaine.

Avant le péché, ces lois étaient fondées sur la Justice, et 1a raison humaine pouvait parfaitement discerner le bien du mal, permettant ainsi à l'homme de se diriger selon le bon sens.
Depuis le péché l'homme ne peut plus compter sur sa seule raison pour aller dans le bon sens, car son intelligence n'est plus qu'"erreur et ignorance", sa raison est "corrompue".

Dieu, par sa Providence, est venu au secours de l'homme en faisant de la recherche égoïste du bonheur la nouvelle loi naturelle, seule accessible à la raison "corrompue", mais encore en nous révélant sa loi dans les Saintes Ecritures.

Loi divine et loi naturelle s'imposent à tous et partout, et les lois humaines leur sont subordonnées.
Elles ne sauraient être valables si elles leur sont contraires.

Les lois humaines sont indispensables car les préceptes de la loi divine et ceux de la loi naturelle ne sauraient tout régler.
Un grand nombre de points de la vie quotidienne du droit leur sont indifférents.

Ainsi les hommes posent-ils, volontairement, la loi civile que Blackstone définit ainsi : "A rule of civil conduct prescribed by the supreme power in a State, commanding what is right and prohibiting what is wrong" (Commentaries, I, p.44) (Une règle de la conduite civile, prescrite par le pouvoir suprême dans un Etat, laquelle ordonne ce qui est juste et défend ce qui est injuste).

La loi civile anglaise se divise en deux espèces : la Common Law, loi non écrite, et lea statuts du Parlement, loi écrite.
La Common Law comprend l'ensemble des coutumes générales et immémoriales de l'Angleterre que le Parlement a pu reconnaître mais qu'il n'a pas créées.
La loi écrite est constituée des actes royaux en Parlement.
C'est le Parlement qui est souverain et, de fait, rien ne peut s'opposer aux décisions du Parlement puisque le pouvoir judiciaire n'est pas supérieur au pouvoir législatif.
Le Parlement peut donc prendre des décisions déraisonnables, c'est-à-dire contraires à la loi divine et à la loi naturelle, cela ne signifie pas qu'il soit autorisé à le faire.

Au demeurant, pour Blackstone, et pour les juristes anglais, le système juridique de l'Angleterre est le meilleur qui soit.
Seuls les Anglais jouissent des droits individuels qui "étaient, anciennement,... les droits de tout le genre humain".
Ces droits sont tout d'abord les droits fondamentaux de la sûreté, de la liberté personnelle et de la propriété, auxquels s'ajoutent les droits auxiliairea qui les renforcent et permettent leur effectivité :
- les pouvoirs du Parlement,
- les limitations de la prérogative royale,
- le droit de saisir la justice pour obtenir réparation,
- le droit de pétition,
- le droit de porter des armes défensives.

Quant au Jus gentium, au droit des gens, au droit international, il est une nécessité pour la société car l'homme ne peut vivre seul et les hommes ne peuvent se réunir en une seule société.
Les rapports entre nations, basés sur le principe d'égalité, seront donc réglés par un Jus gentium qui trouve sa source dans la loi naturelle et les accords librement conclus entre Etats.

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Haydn