Jeremy Bentham
(1748-1832)

Grand bourgeois anglais épicurien, admirateur modéré de la Révolution française (La vie et l'oeuvre § 1), il est à la recherche du bonheur utile (La philosophie du droit de Bentham : l'individualisme utilitaire § 2).

§ 1. La vie et l'oeuvre

Jeremy Bentham est né à Londres, en 1748, dans une famille de la grande bourgeoisie anglaise. Son père est avocat.

Il fait des études de droit à Oxford et entre au barreau de Londres à 21 ans.
Cependant le système juridique britannique ne le satisfaisant pas il abandonne rapidement la pratique juridique pour la philosophie.

Son but est de découvrir un système philosophique qui soit capable "de fonder à la fois les sciences exactes et les scienœs humaines" (Mohamed El Shakankiri : La philosophie juridique de Jeremy Bentham, L.G.D.J. 1970).

Lorsqu'éclate la Révolution française de 1789 il noue des relations d'amitié avec Mirabeau et Brissot, notamment, et est fait citoyen français en 1792.
Toutefois, comme l'irlandais Burke, il est hostile à la philosophie du contrat social et aux principes de la Déclaration des Droits de 1789 qui heurtent son esprit positif.

Il meurt à Londres en 1832 en enjoignant dans son testament à ses héritiers de faire disséquer son corps afin d' être une dernière fois utile à la science.

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Son oeuvre qui est considérable comprend 75.000 pages qui ont été partiellement publiées en français par son disciple suisse Etienne Dumont : - Etienne Dumont : Oeuvres de J. Bentham, 3 vol. Bruxelles 1829-1830.

Parmi ses oeuvres l'on peut citer :
- Introduction aux principes de morale et de législation (1789)
- Traité de législation civile et pénale (1802)
- Plan de réforme parlementaire (1817)
- Déontologie (1834)
(Pour un exposé complet voir l'ouvrage précité de M.M. El Shakankiri).

§ 2. La philosophie du droit de Jeremy Bentham : l'individualisme utilitaire

Bentham part d'une constatation qui celle du Buddha mais pour aboutir à une philosophie totalement opposée. Il affirme l'utilité de la recherche du bonheur (A/) pour préconiser la formation d'une démocratie radicale pure représentative (B/).

A - L'utilité ou la recherche du bonhe).Y:

Selon Bentham l'existence du plaisir et de la souffrance sont la seule "loi de la nature".
I1 s'en prend dans ses oeuvres, violemment, aux prétendus principes du droit naturel.

En effet, selon lui :
"La nature a placé l'homme sous l'emprise du plaisir et de la souffrance. Nous leur devons toutes nos idées, nous leur rapportons tous nos jugements et toute la détermination de notre vie. Qui prétend se retirer de cette sujétion ne sait ce qu'il dit. Son seul objet est de rechercher le plaisir et d' éviter la souffrance...".
"Ces sentiments éternels et irrésistibles devraient faire l'objet principal de l'étude du moraliste et du législateur. Le principe d'uti1ité soumet toutes choses à ces deux motifs" (Traité de législation).

Le seul objet de 1'hommee est donc de rechercher le plaisir et d'éviter la souffrance. Car le bien est le plaisir et le mal la souffrance.
L'intérêt individuel sera donc d'éviter le mal pour rechercher le bien par le principe d'utilité, principe qui exprime "la propriété ou la tendance qu'a une chose de prevenir un mal ou de procurer un bien".

Pami les plaisirs qu'énumère Bentham et qu'il convient donc de rechercher, selon lui, l'on trouve l'amitié, la bonne éducation, la Bienveillance, l'association, mais aussi la santé d'esprit, la richesse et le pouvoir.

Le rôle du droit sera pour Bentham de créer les conditions qui pennettent à l'individu le maximum de liberté afin qu'il puisse rechercher le plaisir et donc atteindre au bonheur :
"Ce qui est conforme à l'utilité ou à l'intérêt d'un individu est ce qui tend à accroître la somme totale de son bonheur. Ce qui est conforme à l'utilité ou aux intérêts de la Communauté est ce qui tend à accroître la somme totale du bonheur des individus qui la composent".

Mais le droit a d'autres fonctions qui sont maintenir la sécurité, encourager l'égalité, fournir la subsistance et favoriser l'abondance.
Pour ce faire l'Etat doit être une "démocratie radicale pure représentative".

B - La démocratie radicale pure représentative

La démocratie radicale pure représentative de Bentham est fondée sur trois principes :
1. - Le gouvernement doit avoir pour fin "le plus grand bonneur du plus grand nombre".
2. - Mais les hommes sont essentiellement, voir nécessairement, égoïstes.
3. - Le gouvernement doit donc harmoniser les intérêts individuels pour réaliser l'intérêt général, qui est le plus grand bonheur du plus grand nombre.

Or la société est divisée en deux classes, les gouvernants et les gouvernés.
Les gouvernants ont pour fin leur propre boheur.
Si la souvcraineté appartient au Roi seul, il aura pour intérêt de réaliser son propre bonheur.
Si la souveraineté appartient à une minorité (aristocratie ), cette minorité aura pour intérêt de réaliser son propre bonheur.
Le but du gouvernement étant le bonheur du plus grand nombre la Souveraineté doit appartenir au plus grand nombre, c'est-à-dire au peuple. Le gouvernement doit donc être démocratique.

Cette indispensable démocratie ne peut être que radicale pure représentative.
Elle ne peut être que représentative à cause du nombre, mais elle doit également reposer sur le suffrage universel, égal et secret, car tous les individus ont un égal désir de bonheur.

Dans cette démocratie le premier ministre sera élu par les parlementaires, et le ministre de la Justice directement par le peuple afin que la Justice ne soit pas dépendante de l'exécutif.
Par ailleurs, pour éviter que les gouvernants n'abusent du Pouvoir le Premier ministre est responsable devant les parlementaires, qui peuvent le renvoyer, et les fonctionnaires peuvent être révoqués par le peuple, selon une procédure qui est celle du recall américain.

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Mozart : sonate k310