1991-2000 : Au bénéfice des Usa, qui s'installent militairement, l'Allemagne et le Vatican font exploser l'ancienne Yougoslavie (orthodoxe et communiste, "soutenue" par la Russie)
Croisades du Bien contre le Mal ?

KOSOVO

Tchétchénie Timor Afghanistan

Septembre 2012 : Pleine souveraineté, donc pleine liberté pour éliminer les Serbes ; l'affaire du coeur gâche la fête

Décembre 2010 : La serbie refuse d'inculper le Premier Ministre du Kosovo Hashim Thaçi, accusé de trafic d'organes

Décembre 2009 : Le Kosovo décrouvre, très tardivement, ses assassinats politiques

Avril 2008 : Crimes contre l'Humanité, TPIY, Ramush Haradinaj, témoins éliminés : acquittement ; maintien au Monténégro du clan Djukanovic ; Selon la procureure Carla del Ponte, Hashim Thaçi, actuel premier ministre du Kosovo, aurait été impliqué dans un trafic d'organes de prisonniers serbes en 1999 ...
Février 2008 : Proclamation unilatérale de l'indépendance du Kosovo ; l'Europe divisée

Décembre 2007 : L'épuration feutrée des Serbes au Kosovo
Septembre 2007 : L'affaire Méchain : un combat pour l'honneur
Balkans, septembre 2007 : Pénétration européenne des mafias albanaises, kosovars et macédoniennes
Kosovo, juin 2007 : George W. Bush, acclamé en Albanie, (et qui met sa montre dans sa poche, pour la rapporter "en toute sécurité à la maison") pour une indépendance du Kosovo le plus tôt possible
Kosovo, mars 2007 : L'Onu pour une indépendance "surveillée" ...

Monténégro, mai 2006 : Référendum positif pour l'indépendance
Kosovo, mars 2006 : Agim Ceku, ancien chef de l'UCK, nommé Premier ministre
Kosovo, février 2006 : élection de son bras droit, Fatmir Sejdiu

Kosovo, octobre 2005 : Vers l'indépendance ; Janvier 2006 : mort du président Rugova;
Kosovo, mars 2005 : Le Premier ministre inculpé pour crimes de guerre ; et en liberté provisoire.

Kosovo, octobre 2004 : Des élections pour les kosovars ... Rugova en tête.
Kosovo, mars 2004 : L'épuration continue au Kosovo ; la KFOR laisse faire
Bosnie, janvier 2004, Quel avenir pour les jeunes ?

Serbie, 12 Mars 2003, le premier ministre assassiné; un mafieux usaphile

TPIY, 14 février 2002, le procès de Milosevic

Belgrade, 08/12/ 2001, la "France" donne des leçons à la Serbie, et propose de la "reconstruire"
TPIY, 02 août 2001, condamnation pour génocide du général serbe orthodoxe Radislav Krstic
TPIY, 03 août 2001, trois généraux bosniaques musulmans, inculpés de crimes de guerre, se rendent "volontairement"

Le Monde change... et demeure le même

Le 24 mars 1999 les forces armées de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, environ 800 millions d'habitants, dont le secrétaire général est le socialiste espagnol Javier Solana), dirigées par le général américain Wesley Clark, qui est en étroite connexion avec son compatriote de l'Arkansas, le démocrate William Jefferson (dit Bill) Clinton (par ailleurs éclairé par les conseils de la secrétaire d'Etat aux affaires étrangères Mrs Madeleine Albright et du secrétaire d'Etat à la défense Mr William Cohen, et vigoureusement aidé par les joyeux clones du gouvernement travailliste de Mr Tony Blair) et le ministre allemand des affaires étrangères (Joschka Fischer, Vert, ancien gauchiste reconverti, qui permet ainsi à l'armée allemande de revenir pour la première fois depuis 1945 sur le terrain de la pratique), qui après l'affaire Monica Lewinsky (le Monicagate) entend montrer au monde entier, et en particulier aux européens, qu'il conserve toute sa puissance, interviennent sur le territoire de la nouvelle Yougoslavie, Etat souverain d'environ 10 millions d'habitants, reconnu internationalement et composé de quatre territoires (du nord au sud : Voïvodine, Serbie, Monténégro, Kosovo).

L'OTAN intervient officiellement pour obliger le chef de cet Etat souverain, M. Slobodan Milosevic, à respecter les droits de l'Homme et le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes au Kosovo, partie historique de la Serbie, peuplée de 90% de musulmans albanais (1,8 million sur 2 millions d'habitants) et administrée par les serbes, les serbes étant des slaves orthodoxes. Il est évident que l'intervention armée des Etats-Unis en Europe est claire : l'Europe est une dépendance américaine comme une autre, et en particulier il ne faudrait pas que les français s'imaginent qu'ils pourraient mener une politique indépendante auprès de la Serbie, pas plus qu'auprès de l'Irak...

C'est la première fois qu'une organisation dite internationale intervient militairement sur le territoire d'un Etat souverain sans qu'il y ait eu agression internationale de sa part (contrairement à l'intervention de l'ONU contre l'Irak en 1990) et sans l'accord explicite de l'ONU (comme pour l'intervention en Irak en 1990). M. Jacques Chirac et M. Lionel Jospin, en étroite collaboration dans cette affaire, sont d'avis que l'intervention en Yougoslavie ne constitue pas une violation de la Charte de l'ONU, l'intervention étant implicitement autorisée par la résolution 1199 du 23 septembre 1998, adoptée à l'unanimité moins l'abstention de la Chine, qui dans son article 16 stipule que le Conseil de sécurité (dans le cadre du chapitre VII de la Charte qui autorise le recours à la force) "décide, au cas où les mesures concrètes exigées ne seraient pas prises, d'examiner une action ultérieure et des mesures additionnelles pour maintenir ou rétablir la paix". Or par la résolution 1203 du 24 octobre 1998 le Conseil de sécurité a entériné un accord conclu entre le négociateur américain et M. Milosevic qui prévoyait notamment le retrait du Kosovo d'une grande partie des forces serbes, engagement qui n'a pas été respecté par les Serbes.


Le Conseil de sécurité aurait donc du intervenir, mais selon M. Jospin : "Dès lors que le Conseil n'était pas en mesure d'agir, nous devions prendre nos responsabilités". La Chine, la Russie, et en France les communistes mais également une partie des socialistes, les citoyens de M. Jean-Pierre Chevènement, et les verts, mais également les droites nationales, font notamment valoir que si le Conseil de sécurité "n'était pas en mesure d'agir" c'est tout simplement pour la raison que la Chine et la Russie, hostiles à l'intervention, disposent d'un droit de veto au Conseil de sécurité, et que donc l'argumentaire Chirac-Jospin n'est pas juridiquement adéquat.
L'interprétation officielle française pourrait signifier qu'en matière des droits de l'Homme une organisation internationale militaire pourrait dépasser tout veto national d'un membre du Conseil de sécurité, le principe d'ingérence humanitaire étant un principe impératif, supérieur par définition à tout principe fondamental du droit international comme le principe de l'égalité souveraine des Etats. En quelque sorte il s'agirait donc de la mise en application sur le terrain de la philosophie social-démocratique de l'américain John Rawls.
L'action armée ayant été effectuée sans déclaration de guerre (comme d'ailleurs l'intervention de l'ONU contre l'Irak en 1990, mais également comme l'intervention du Japon contre les Etats-Unis, à Pearl Harbor, en décembre 1941) le Parlement français n'en a été informé que le 26 mars, sans qu'il ait été nécessaire d'obtenir formellement son autorisation, ce qui a pour conséquence de rendre incertaine l'application des Conventions de Genève concernant les prisonniers de guerre.

Le 29 mars la Serbie se livrant au Kosovo, selon les informations officielles, à l'épuration ethnique le Vatican et les églises réformées demandent l'arrêt des bombardements, et M. George Jacobs, le patron des patrons européens, le président de l'Unice, l'Union des confédérations de l'industrie et des employeurs d'Europe, semble s'inquièter des conséquences économiques que pourrait avoir la poursuite de la guerre ; de fait les bourses réagissent positivement car les affaires liées à l'armement, à l'action humanitaire puis à la reconstruction, devraient prospérer.
Au Conseil des ministres du mercredi 31 mars 1999 les ministres communistes défendent le point de vue du parti communiste qui manifeste contre l'intervention de l'OTAN et soutient la Russie. Ce comportement selon le Premier ministre ne porterait pas atteinte à la solidarité gouvernementale et ne serait pas une cause de démission du gouvernement des ministres communistes.

Le 1er avril 1999 Monica Lewinsky signe "ses""mémoires" chez Virgin... Dans une relative indifférence médiatique... Le 4 avril, le jour des Pâques catholiques et protestantes, les "réfugiés" kosovars sont estimés à 350 000 par les Otaniens, et l'Allemagne ainsi que les Etats-Unis, notamment mais pas la France qui considère que les "réfugiés" doivent retourner chez eux le plus tôt possible, et qu'il faut donc qu'ils restent à proximité du Kosovo, acceptent d'en accueillir une partie ; et le président Bill Clinton, en distribuant les oeufs de Pâques de la Maison Blanche aux enfants dit qu'il faut prier pour les victimes. Cependant certains observateurs commencent à se poser la question de savoir si les hauts responsables de l'Otan ont bien étudié les éventuelles conséquences de leur décision de bombarder le Kosovo et la Serbie...


Mais aux Etats-Unis certains proclament que ce sont les Européens les responsables de la catastrophe humanitaire et que les "réfugiés" pourront être installés sur des bases militaires à Cuba ou à Guam, en quelque sorte dans des "réserves"...

"Imposer la paix par les armes", tel est le Point de vue de Monseigneur Jacques Delaporte, archevêque de Cambrai, ville célèbre pour ses friandises, et président de la commission Justice et Paix de l'épiscopat français (in Le Monde, 4/5 avril 1999, pp.1 et 11). Monseigneur Delaporte ouvre la voie d'une intervention terrestre armée qu'il sanctifie car "selon la doctrine la plus constante de l'Eglise, l'usage des armes est légitime, en "ultime recours", pour éviter un mal plus grand encore" (défenseur des musulmans Palestiniens, Kosovars puis Tchétchènes, Monseigneur Delaporte décède lors d'un pélérinage chrétien à Jérusalem le 21 novembre 1999). Dieu est mobilisé car la guerre est juste. Le 6 avril le ministre français chargé de la coopération dit que la France pourra accueillir les Kosovars qui le souhaitent... Et le 6 avril le patriarche orthodoxe de toutes les Russies, Alexis II, bénit le premier convoi russe d'aide humanitaire qui part vers Belgrade en demandant à Dieu qu'il soutienne cette aide...

Le comportement des medias français dans cette affaire est sans commune mesure avec ce que fut le comportement des medias à la fin de guerre d'Algérie, en juin/juillet 1962, à propos des réfugiés français d'Algérie, juifs et chrétiens, et du traitement subi par les harkis, musulmans, qui reste un sujet tabou. Evidemment cette mobilisation médiatique ne peut être comparée aux réactions des medias lors de l'expulsion finale des serbes orthodoxes (plus de 500.000), à la fin de la guerre de Bosnie, par les Croates catholiques et les Bosniaques musulmans.

Le 10 avril, gràce aux medias, les français se mobilisent pour aider les kosovars, 100 000 d'entre eux seraient prêts à en accueillir, 300 000 le lendemain, et la cote de popularité de MM. Jacques Chirac et Lionel Jospin fait un bon de plusieurs points. Mieux, plus de 60% des français seraient favorables à une intervention terrestre... En Russie, à l'occasion de la Pâque orthodoxe, plus de 90% des russes orthodoxes se déclarent solidaires des serbes orthodoxes, tandis qu'à Paris Daniel Cohn Bendit, ancien gauchiste de 1968, repeint en vert et candidat leader vert aux élections européennes, s'enflamme pour l'intervention armée de l'OTAN en faveur des kosovars. En Grèce, à l'occasion de la Pâque orthodoxe, Monseigneur Christodopoulos, le chef de l'Eglise orthodoxe hellénique, dit qu'il considère la résistance serbe comme une croisade et ajoute :"Nous allons reprendre Istanboul". A la fin de la Pâque orthodoxe un million de français avait offert un chèque ou un colis alimentaire pour les réfugiés, et le "Tout-Paris" politique (Alain Madelin, Jack Lang, Paul Quilès, Bernard Kouchner...), et intellectuel (Bernard-Henri Lévy) était de voyage missionnaire en Albanie. En Serbie la seule missionnaire était Mme Marie-France Garaud, ancienne conseillère de M. Jacques Chirac, dans les années soixante-dix, qui affirme que "Milosevic ne peut pas céder sur le Kosovo : son peuple le lyncherait" (Le Parisien, 12 avril 1999, p.5) ; ce point de vue est confirmé par l'envoyé spécial à Belgrade du quotidien espagnol El Pais ... (Quand Belgrade se moque des bombes, Le Monde, 11/12 avril, p.10.


"Quelle issue pour la crise des Balkans ?, Il faut savoir terminer une guerre", écrit le 13 avril Dominique Duval dans le Monde diplomatique sur internet, qui critique l'intervention dite "humanitaire" de l'Otan :"L'humanisme des dirigeants occidentaux paraît aussi subit qu'unilatéral. A-t-on vu les bombardiers de l'Alliance s'en prendre à Ankara pour libérer les Kurdes de Turquie ou réunifier Chypre ? La défense des droits des Palestiniens, bafoués depuis des décennies, a-t-elle amené l'OTAN à attaquer Tel-Aviv ? Les Tutsis du Rwanda ont-ils été sauvés du génocide par une offensive aérienne atlantique ? Et les Tibétains, doivent-ils, désormais, scruter le ciel en espérant le vrombissement des avions alliés ? Non, et tout cela serait évidemment absurde ; comme l'est la guerre actuelle" (http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/kosovo/).
Les bourses continuent de monter, Wall Street bat son record : business is business. Les réfugiés seraient 640 000... mais peu d'entre-eux souhaiteraient venir en France... La Croix-Rouge est débordée par les dons, record également battu... Le monde change... et demeure le même.

Le 14 avril, jour de la saint Maxime, l'ONU fait son retour sur la scène de la guerre du Kosovo. Le secrétaire général Koffi Annan assiste à Bruxelles à la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne, la France et l'Allemagne essayant de refaire surface et de relancer la diplomatie... Un plan du secrétaire général de l'ONU est adopté... Le président Clinton demande au Congrès de voter des fonds supplémentaires d'urgence, et appelle des réservistes... Zbigniew Brzezinski, l'ancien conseiller pour la sécurité du président américain, le démocrate baptiste, comme Bill Clinton, James (dit Jimmy) Carter (1977-1981), préconise la "Guerre totale contre Milosevic" (Le Monde, 17 avril 1999, p. 1 et 16)... Belgrade accuse l'Otan de bombarder les civils réfugiés (75 morts selon les Serbes). Le 15 avril l'Otan reconnaît qu'un pilote, volant à 5 000 mètres selon la pratique américaine "pour épargner le sang des boys", a confondu des camions de réfugiés avec des blindés... Milosevic résiste, donc la guerre sera longue, donc elle sera coûteuse, pour les européens, donc après avoir descendu le yen, le dollar va descendre l'euro...
Au même moment l'administration américaine confirme, gràce à des photos satellites, que dix-huit nouvelles implantations de colonies ont été réalisées en Cisjordanie, depuis la signature des accords de Wye River en octobre 1998, par Israël. Selon les Israëliens il ne s'agit pas d'implantations nouvelles mais de simples extensions de colonies existantes.Celles-ci seraient au nombre d'environ 150 pour une population d'environ 170 000 habitants.
Le 7 mai les affaires continuent, Wall Street se porte toujours aussi bien et un petit "dommage collatéral" s'ajoute aux précédents (concernant notamment un autobus civil le 2 mai), mais le sang des boys est toujours épargné : un missile malencontreux détruit une partie de l'ambassade de Chine à Belgrade, trois morts et une vingtaine de blessés, le président Clinton s'excuse.
L'intervention française coûterait 400 millions de francs par mois (2 milliards selon un journal américain)(à titre de comparaison l'armée française a vendu pour plus de 300 millions de francs de patrimoine immobilier en 1998, une année très exceptionnelle).
Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) les réfugiés du Kosovo seraient désormais 910 000...

C'est la guerre chez les intellectuels pharisiens. Régis Debray, ancien marxiste guevariste reconverti en national-jacobin, se serait fait le porte-parole de Milosevic dans le journal Le Monde (13 mai 1999, pp.1 et 15, Lettre d'un voyageur au président de la République). La réaction du "philosophe" Bernard-Henri Lévy est immédiate. Lui-même ancien porte-parole du gouvernement (démocratique ?) algérien l'an passé, jette l'anathème sur le pauvre camarade égaré, Adieu, Régis Debray (Le Monde, 14 mai 1999, pp. 1 et 13) ; tandis qu'Alain Joxe, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, fils et frère de notoriétés, s'en prend hautement et violemment au "crétinisme international" de notre cher Régis... Si le ridicule tuait... mais le ridicule ne tue pas en France, notamment les intellectuels pharisiens.

On parle sérieusement d'un "plan Marshall" pour la Yougoslavie. Il serait financé par les Européens et les bénéfices seraient américains : c'est de "bonne guerre".

Le 26 mai la procureur canadienne Louise Arbour du TPI (Tribunal pénal international) de la Haye inculpe M. Slobodan Milosevic pour crimes contre l'Humanité et crimes de guerre, la première inculpation international d'un chef d'Etat en fonction, et lance un mandat international d'arrêt contre lui. Le droit prend donc le relais de la force armée pour essayer de venir à bout du dictateur national-communiste serbe. C'est qu'après deux mois d'opération de "frappes chirurgicales", avec leurs "dommages collatéraux", les résultats sont surtout positifs pour Wall street (qui est au maximum) et le dollar (l'euro est au minimum). L'objectif de l'Otan, qui était d'empêcher l'épuration éthnique des albanais du Kosovo, n'est pas vraiment atteint... puisqu'environ un million de ces albanais seraient sortis du Kosovo...et qu'il n'en resterait qu'environ cinq cents mille... mais ils devraient retourner dans un Kosovo indépendant, selon l'UCK, l'organisation armée d'origine communiste, maintenant soutenue par les USA, dans les plus brefs délais...

Le 26 mai, sur proposition de l'allemagne, la Commission européenne propose d'offrir aux pays d'Europe du Sud-Est (Balkans) la perspective d'"accords de stabilisation et d'association" bilatéraux. Le ministre allemand rouge-vert des affaires étrangères, M. Joschka Fischer, entend que ces Etats s'ancrent durablement "dans des structures euro-atlantiques", sur la base d'une reconstruction économique dont le coût pourrait être de 30 milliards de dollars...

70 jours après le début des "frappes chirurgicales" la guerre des "boys" de l'Otan multiplient les "dommages collatéraux", mais le sang des "boys" est toujours épargné.
En France la reconstruction du Kosovo est à l'ordre du jour, mais a du mal à s'organiser entre les civils du ministère de la coopération et les militaires qui, à l'imitation des militaires américains, sont les plus dynamiques. Les américains du Cimic (Civilian military cooperation), après avoir programmé la reconstruction de la Bosnie, programme la reconstruction du Kosovo et de la Serbie, en étroite collaboration avec le milieu des affaires. Les militaires français du Cos (Comité des affaires spéciales), ayant constaté que malgré son intervention favorable aux Bosniaques la France n'avait récolté que peu après la guerre de Bosnie, essaient de monter quelques projets avec des entreprises françaises comme Bouygues (les infrastructures, ponts, gros immeubles ...) ou Vivendi (traitement des eaux...). Quelques mois de bombardement en sus permettraient évidemment d'élargir les marchés.
Le 1er juin 1999 s'ouvre à Paris le procès des terroristes islamistes responsables des attentats de 1995 (10 morts, plus de 250 blessés). Ils se présentent comme étant de nationalité musulmane et affirment être les soldats de la guerre sainte contre la France, ce pourquoi ils refusent d'être jugé par ses tribunaux.

SURPRISE. Le 3 juin 1999 le président Slobodan Milosevic capitule en acceptant toutes les conditions exigées par l'Otan et présentées au nom du G8 (les 7 premières puissances économiques mondiales plus la Russie) par le président de la Finlande M. Martti Ahtisaari et l'émissaire russe M. Viktor Tchernomyrdine : 1. La fin immédiate et vérifiable de la violence et de la répression au Kosovo ; 2. Le retrait total, selon un calendrier rapide et précis, des forces yougoslaves militaires, paramilitaires et de police, du Kosovo ; 3. Le déploiement au Kosovo d'une présence internationale civile et de sécurité pour protéger le retour des réfugiés ; 4. L'instauration d'une autonomie substantielle pour le Kosovo, dans le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie ; 5. Le retour en toute liberté et toute sécurité de tous les réfugiés et personnes déplacées au Kosovo.
Il s'agit donc d'une victoire totale de l'Otan, après 72 jours de frappes chirurgicales qui ont eu notamment pour effet de détruire 90% des installations de stockage de pétrole, 100% des capacités de raffinage, 34 ponts routiers, 11 ponts de chemin de fer...
Egalement le 3 juin l'Euro tombe à un plancher historique de 1,0303 dollar ... Et l'intervention Française aurait coûtée plus de 2 milliards ...

La morale de l'intervention de l'Otan, en dehors de tout mandat explicite de l'Onu, et même si l'Onu réintègre in-extremis le processus, c'est que désormais une organisation régionale militaire contrôlé par une grande puissance, peut se substituer à l'Onu pour intervenir sur le territoire d'un Etat indépendant et souverain pour faire respecter sur ce territoire le principe de jus cogens de la supériorité impérative des droits de l'Homme dans l'intérêt (supposé) de l'Humanité toute entière.
Il s'agit d'une grande première en droit international public, qui devrait logiquement avoir des conséquences primordiales, à savoir le contrôle de tous les régimes non démocratiques (Cuba, Corée du Nord, Vietnam, Chine, mais pourquoi pas l'Arabie Saoudite ?), en tout cas le contrôle de tous les régimes qui déplaisent aux Etats-Unis (une France non libérale ?).
La théorie du philosophe américain John Rawls a donc été mise, victorieusement, en application sur le terrain européen, par les Etats-Unis, gardiens mondiaux des droits de l'Homme, tels qu'ils les envisagent, un Bien commun mondial.

Le 10 juin 1999, après d'ultimes négociations techniques entre militaires Otaniens et Yougoslaves, c'est la paix provisoire, les frappes cessent. A Bruxelles les responsables de l'Otan sabrent le champagne. Après 78 jours de frappes chirurgicales et de dégâts collatéraux les victimes seraient environ dix mille pour zéro victime Otanienne, toutes les grandes infrastructures sont détruites, les raffineries et les grandes usines, les immeubles administratifs, et les maisons des kosovars... Cette grande victoire, nous dit le président Jacques Chirac, devrait permettre à la France d'oeuvrer généreusement à la reconstruction de ce qui vient d'être détruit. Le président William Clinton, quant à lui, nous dit que la reconstruction devrait se réaliser au frais de l'Union européenne, puisque les Etats-Unis ont donné le maximum de frappes... On commence à s'inquiéter, un peu, chez Bouygues et Vivendi.
Le 10 juin l'ONU vote enfin la résolution tant attendue, avec l'abstention de la Chine (Résolution 1244 (1999)). L'occupation du Kosovo par les armées de l'Otan pourra se faire sous sa responsabilité, le territoire sera administré par un civil nommé par le Secrétaire général de l'Onu... Désormais l'objectif de l'Otan, la constitution d'un Etat autonome multiculturel du Kosovo, va pouvoir être atteint ...
Par cet acte juridique tardif le Conseil de sécurité de l'Onu couvre a posteriori l'action de l'Otan et donc la légitime. Donc désormais, après ce précédent juridique fondamental, tous les peuples du monde (le concept de peuple restant à définir : peuple ethnique à l'Allemande, culturel à la Française, mixte à l'Italienne ?) devraient pouvoir jouir de la plus large autonomie (avant d'obtenir l'indépendance ?) dans le cadre de leur actuel Etat de rattachement, avec si nécessaire intervention armée d'une quelconque organisation internationale (éventuellement à créer), par exemple pour des centaines, sinon des milliers, de peuples, africains, américains, asiatiques, et bien entendu "européens" comme les peuples Alsacien, Basque, Breton, Corse, Guadeloupéen, Lorrain, Martiniquais, Réunionnais, etc...

Le 12 juin à 6h du matin les militaires Otaniens pénètrent au Kosovo mais...
SURPRISE, les Russes, venant de Bosnie, sont déjà sur l'aéroport de la capitale du Kosovo, Pristina, sans y avoir été invités, le commandant de la Kfor, le général britannique Michael Jackson, qui se rend sur place, doit faire une conférence de presse debout sous la pluie... A Prizren les Allemands (8 500 hommes, le contingent le plus important après celui des britanniques qui est de 12 000 hommes), qui n'avaient jamais réussi à contrôler cette région pendant la deuxième guerre mondiale, ont quelques difficultés... Trois de leurs journalistes sont assassinés par des inconnus près de Pristina ... Très rapidement l'UCK prend position dans la ville de Prizren et la contrôle... Ses hommes descendent des montagnes, où ils s'étaient réfugiés pour éviter l'armée serbe, pour contrôler le maximum de villages ...
Le 14 juin l'UCK commence à régler ses comptes avec les Serbes, et les Gitans ... et les Serbes quittent de plus en plus nombreux le Kosovo... L'UCK refuse évidemment de rendre ses armes, comme cela était, en théorie, prévu ...
A Paris le Salon aéronautique du Bourget a de la chance. Alors qu'en 1991, quatre mois après la fin de la guerre du Golfe contre l'Irak (20 millions d'habitants) de Saddam Hussein, les USA étaient fiers de présenter leur fameux avion furtif F-117A, en juin 1999, après la victoire de l'Occident démocratique sur la Serbie (8 millions d'habitants) de Slobodan Milosevic, les USA présentent encore plus fièrement tous les matériels "combat proven" qui ont été expérimentés positivement dans la guerre du Kosovo, ce qui devraient leur permettre de faires d'excellentes affaires, les européens, et en particulier les Français, étant incapables de présenter des matériels concurentiels aussi performants.
Le 15 juin les découvertes de fosses communes d'Albanais massacrés par les paramilitaires Serbes se multiplient. Les massacres seraient postérieurs au début des frappes de l'Otan. Les victimes seraient plus de 10 000 ...
Le même jour les "Reporters sans frontières" font savoir que l'Alliance atlantique a diffuser de fausses informations sur la guerre du Kosovo : un exemple, le 29 mars 1999 l'Otan annonce l'exécution par les Serbes de six personnalités albanaises, cette "information" fait la une des médias anglo-saxons, ce qui permet aux "victimes" d'apprendre qu'elles ne sont plus vivantes ... Selon le rapport des "Reporters sans frontières" :"on pouvait espérer qu'une coalition de démocraties qui prétend lutter pour le droit et la morale se comporterait plus honnêtement que la dictature qu'elle combat".

Le 21 juin à 00heure c'est officiel, les armées serbes ont quitté le Kosovo, la paix est définitive ... les Russes vont s'intégrer à la KFOR (troupes de l'Otan), le problème étant de savoir qui va financer l'opération car la Russie vit gràce au FMI (Fond monétaire international) ... et l'UCK fait un effort diplomatique, elle rendra ses gros calibres ... et se fera plus discrète en ville ...
Le même jour le salon aéronautique du Bourget ferme ses portes. Ce fut un succès populaire, et financier, le montant des commandes serait de 300 milliards de francs.
Egalement une confirmation, ce sont bien les contribuables européens qui payeront la reconstruction du Kosovo, et de la Serbie quand Milosevic sera éliminé ...
23 juin : les Albanais continuent de rentrer au Kosovo, et les Serbes d'en sortir... quand ils le peuvent. L'épuration continue, discrètement cette fois ... Le Kosovo multiculturel de l'Otan devrait être une sacrée réussite...


24 juin : l'Amérique démocratique met la tête du national communiste Milosevic à prix : cinq millions de dollars pour toute information amenant à l'arrestation ou à la condamnation des criminels de guerre, dont Milosevic.
Selon un reporter canadien du Los Angeles Times, l'un des rares journalistes occidentaux restés à Pristina, la capitale du Kosovo, pendant les bombardements de l'Otan :"Les bombardements créent un sentiment de rage et quand vous êtes incapables d'atteindre ceux qui vous bombardent à 4500 mètres d'altitude, vous cherchez une autre réponse. La mienne était de me réfugier dans mon travail. ... Mais d'autres, qui avaient déjà peut-être la haine au coeur, ont choisi de se venger par l'incendie, le viol ou le meurtre. Une fois que l'OTAN a ajouté sa guerre aérienne à la guerre civile, les Serbes ont exercé des représailles contre la cible la plus proche et la plus démunie : les Kosovars d'origine albanaise que l'OTAN était venue sauver" (cité par Le Monde, 26 juin 1999, p.32).

Le 29 juin 1999, lors du premier sommet Europe-Amérique latine, à Rio, le président Jacques Chirac serre chaudement la main du "lider maximo" de Cuba, M. Fidel Castro, un grand ami de Mme François Mitterrand.
Le 2 juillet 1999 le secrétaire général de l'ONU désigne enfin le haut commissaire chargé de l'administration civile au Kosovo. Non sans mal la France obtient le poste pour M. Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la Santé, mais surtout "French Doctor", fondateur de Médecins sans frontières, promoteur du devoir d'ingérence humanitaire, personnage très médiatique et les medias nous disent qu'il fut un étudiant communiste ... La tâche sera rude.

En définitive, et selon les chiffres officiels, la guerre du Kosovo coûterait, en 1999, aux contribuables français, la modique somme de 2,25 milliards de francs, dont une somme "non acceptable", selon le rapporteur du budget, de 125 millions consommés pour l'achat de missiles américains air-air, qui n'ont jamais servi et sont maintenant périmés. (A titre de comparaison la guerre du Golfe a coûté à la France, officiellement, 6,6 milliards, et la guerre de Bosnie 5,15 milliards. Et toujours à titre de comparaison ... la construction des métro/RER, par la RATP de Météor et par la SNCF d'Eole, aurait coûté 15 milliards ... un coût dit exorbitant par les journalistes, mais qui n'est rien par rapport au gaspillage annuel des fonds publics, qui serait de l'ordre de 10% du budget, à savoir 400 milliards de francs.).

Les oppositions à Milosevic se manifestent enfin. Certains observateurs se demandent si les services spéciaux américains, israéliens, allemands, n'auraient pas pu susciter ces manifestations avant la destruction du Kosovo. La réponse de certains autres est non : car la reconstruction du Kosovo n'aurait pas alors été possible, au bénéfice des Albanais musulmans après l'élimination des Serbes orthodoxes, et n'aurait pas été possible la démonstration de puissance de Bill Clinton au coeur de l'Europe dite Unie ...

A la date du 20 juillet 1999 le nombre des réfugiés serbes du Kosovo (des déplacés de l'intérieur selon la Serbie) est estimé par le HCR à environ 140 000. Le Haut représentant des Nations Unies au Kosovo, M. Bernard Kouchner, déclare à l'issue de la première réunion du Conseil transitoire du Kosovo, composé des diverses parties concernées, que les Kosovars Albanais et Serbes sont appelés à travailler ensemble. "C'est un défi moral, politique, démocratique et historique", dit le Haut administrateur de l'ONU. Le 23 juillet, au village de Gracko quatorze paysans serbes sont massacrés à la kalachnikov et écrabouillés avec leur tracteur ... Selon Bernard Kouchner, qui se rend sur les lieux pour "demander pardon" aux familles des victimes, si l'Otan est intervenue c'est "pour mettre fin aux souffrances, aux injustices et aux assassinats" et non pas pour faire du Kosovo "un lieu sûr pour la revanche et l'intolérance". Par ailleurs, selon le Haut représentant de l'ONU :"La vie quotidienne des Serbes, incapables de quitter leur logement pour acheter du pain, est simplement inimaginable et inaccceptable". Mais Bernard Kouchner avoue :"On ne peut pas mettre une personne derrière tout le monde". Et selon le HCR les "déplacés de l'intérieur" Serbes seraient maintenant 180 000, et toutes les nuits leurs maisons continuent à brûler (Le Monde, 27 juillet 1999, p.2).

Le 23 juillet 1999 Madame la ministre de la Justice, Elizabeth Guigou, rend public le plan multiannuel du gouvernement pour la rénovation des prisons et la construction de six nouvelles prisons. L'ensemble devrait permettre la création de 2800 places supplémentaires pour un budget officiel de 1,8 milliard de francs. Rappelons qu'officiellement la destruction puis la reconstruction du Kosovo devrait, pour l'année 1999 seulement, coûter aux contribuables français la somme de 4 milliards de francs ...

Début août 1999 les oppositions à Milosevic s'opposent toujours et les albanais du Kosovo, réfugiés en France, officiellement 6 217 personnes, hésitent à retourner chez eux ... La France les tente, plus de 60% d'entre eux souhaiterait rester ... Ailleurs en Europe on les pousserait fermement vers la sortie ... à suivre ...

Le 17 août 1999 le New York Times affirme, au su d'un rapport d'un service anti-fraude américain, que sur les 5,1 milliards de dollars accordés par la communauté internationale à la Bosnie, après la guerre de 1991-1995, un milliard aurait été détourné.

Le 20 août la porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés confirme que les violences des Albanais du Kosovo contre les Serbes, les Roms, mais également les Joras, des slaves islamisés, et les Croates catholiques, se multiplient, et qu'il ne resterait au Kosovo qu'environ 30 000 Serbes sur les 200 000 qui habitaient le territoire en 1998. La porte-parole ajoute, benoîtement, que la paix au Kosovo c'est la coexistence des communautés ... Il ne fait pas de doute que les radicaux de l'UCK ont pour objectif la reconstitution de la Grande Albanie que Mussolini avait réalisée pendant la deuxième guerre mondiale, suivie de la Grande Albanie ethnique des nazis.

La guerre du Kosovo a eu des effets non prévus, semble-t-il, par les Otaniens, sur la prostitution féminine à Paris. Les jeunes Albanaises, qui affirment être du Kosovo pour bénéficier de l'asile et être en situation régulière, et qui, selon la police, sont domiciliées sur une boîte postale de l'association France terre d'asile, seraient très productives (5 000 francs par nuit pour une moyenne parisienne de 3 000 francs) ... Avis aux amateurs.

Le 2 septembre 1999 le président démocrate "Bill" Clinton et son épouse Hillary Rodham achètent une résidence à Chappaqua, banlieue plutôt républicaine, dans l'Etat de New York où Hillary veut se présenter pour être élue sénatrice. La demeure, de style georgien, de 500 m2 sur un terrain de 4 000 m2, avec piscine et près d'un terrain de golf, coûte 1,7 million de dollars (1,6 million d'euros, 10,5 millions de francs français).

Le 12 septembre 1999 le commandant suprême de l'Otan, le général Wesley Clark, affirme, accusant les medias occidentaux d'avoir relayé la propagande de Belgrade :"... nous n'avons jamais menti ni tordu la réalité". Selon le général l'Otan, en 78 jours et nuits de bombardements intensifs, aurait détruit 93 chars, 153 transports bilndés, 339 véhicules militaires, 389 pièces d'artillerie ou mortiers ...

Le 21 Septembre 1999 l'UCK est officiellement désarmée pour faire place au Corps de protection du Kosovo (Trupat e Mbrojtjes së Kosoves, TMK), qu'elle contrôle non officiellement. Agim Ceku, commandant en chef de l'UCK nommé commandant en chef du TMK, en pélerinage dans les monts Drenica, refuge de l'UCK pendant la guerre, déclare :"L'UCK n'a pas déposé les armes ! Elles ont été mises en dépôt jusqu'au départ de l'OTAN. Nous sommes sur la voie de réaliser les dernières volontés de ceux qui sont morts ! Nous allons donner son indépendance au Kosovo !" (Le Monde, 26/27septembre 1999, p. 12).

Le 7 octobre 1999, M. Bernard Kouchner, administrateur civil de l'Onu au Kosovo, rendant visite au président du conseil italien, M. Massimo d'Alema, reconnaît qu'il est très inquiet :"Je suis effrayé par tant de haine", "Les communautés minoritaires - Serbes, Gitans, Bosniaques, Turcs - ne sont pas en sécurité".

En novembre 1999, confirmation, un rapport de l'ONU et un rapport de OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) constatent que les vengeances des Kosovars contre les Serbes, les Tsiganes et les Slaves islamisés se multiplient ...
Le 6 décembre 1999 l'OSCE publie son rapport sur le comportement des Serbes au Kosovo avant et pendant l'intervention de l'Otan. Selon ce rapport les atrocités commises par les Serbes (viols, éventrations de femmes enceintes avec destruction de foetus, seins coupés, enfants décapités) ne se seraient généralisées qu'après les premiers bombardements de l'Otan ...
En décembre 1999, quatre ans après la signature des accords de Dayton mettant fin à la guerre de Bosnie et ayant pour objectif la constitution d'un Etat bosniaque multiethnique, l'ICG (International Crisis Group) publie un bilan réaliste, dont il ressort que cette politique, voulue par les américains, est un échec.
Début février 2000 l'organisation humanitaire américaine Human Rights Watch (HRW) publie le résultat d'une enquête menée sur les terrains de l'intervention de l'OTAN au Kosovo. Selon cette enquête environ 500 civils auraient été victimes d'opérations violant les lois de la guerre et le droit humanitaire international, notamment le Protocole n°1 des Conventions de Genève de 1949. En particulier, alors que les américains renonçaient à partir du 7 mai 1999 à utiliser les bombes à fragmentation, les britanniques continuaient à le faire après cette date, jetant environ 500 bombes de ce type après la mise en garde du président Clinton au premier ministre Tony Blair ... Cependant, d'après HRW, aucun crime de guerre n'aurait été commis.
Le 13 février 2000, dans la ville divisée en deux de Mitrovica, des snipers albanais prennent comme cibles les soldats français, qui auraient le tord d'essayer de rester neutres entre les deux communautés ennemies. Le 20 février des soldats américains sont envoyés pour essayer de trouver les caches d'armes des Serbes.
Dans son livre, Kosovo : War and Revenge, Yale University Press, mars 2000, le spécialiste Tim Judah constate que "la guerre n'est pas finie", qui devrait aboutir dans un premier temps à l'indépendance du Kosovo puis à une redéfinition ethnique des frontières au profit des albanais et au détriment de la Macédoine.
Fin mars 2000, un an après l'intervention de l'Otan, Mrs Madeleine Albright, gràce à laquelle l'intervention militaire aérienne, ce qui a permis d'épargner "le sang des boys", a été déclenchée, affirme :"Je suis fière de ce qui a été fait au Kosovo" , "Nous avons gagné une guerre ; rater la paix est impensable". Selon M. Hashim Thaci, chef politique de l'Uck, "Le dernier mot reviendra aux Kosovars" et M. Ibrahim Rugova, président de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), son adversaire "modéré", "L'avenir ne peut s'envisager sans l'indépendance" (Le Monde, 25 mars 2000, supplément "Kosovo, an an après").
Et d'après le rapporteur spécial de l'ONU :"L'administration réelle au Kosovo est celle dirigée par les gens de l'UCK" et non l'administration civile de l'ONU dirigée par M. Bernard Kouchner. D'après ce rapporteur l'affirmation selon laquelle l'UCK est dissoute est "un non-sens total".

C'est l'heure des bilans. Le journaliste/écrivain Yves Laplace attaque fermement (Libération, 14 avril 2000, p. 5, Kosovo : l'imposture Noam Chomsky) le scientifique libertaire américain :"Noam Chomsky établit un inventaire de sa façon, dans un brûlot aujourd'hui traduit en français : Le Nouvel Humanisme militaire, leçons du Kosovo, Editions Page Deux, Lausanne 2000, The New Military Humanism, Common Courage Press, USA), consacré à la dénonciation des crimes et exactions sans nom ... de l'Otan contre la Serbie, petit pays "insoumis" et "récalcitrant" qui servirait, selon lui, de paravent et de bouc émissaire aux vrais purificateurs ethniques (américains, turcs ou israéliens).
Le chiffre des 10 000 victimes serait exagéré ... 4000 serait plus proche de la vérité ...
Le Ministre des affaires étrangères de l'Union européenne annonce que l'Europe devra dépenser 5,5 milliards d'euros pour la reconstruction dans les Balkans ... espérons que Bouygues pourra en bénéficier.
Fin mai 2000 l'épuration des Serbes continue, 210.000 serbes et autres non-Albanais se sont réfugiés en Serbie et au Monténégro et le harcèlement par les Albanais de ceux qui restent encore au Kosovo continue (Libération, Violences au Kosovo, 30 mai 2000, p. 10). Et selon la police les maffias turques et albanaises contrôleraient les trafics de drogues et la prostitution de centaines de milliers de jeunes femmes issues des Balkans et d'Europe de l'Est.
Début juin 2000 le Tribunal pénal international pour l'ancienne Yougoslavie refuse de poursuivre l'Otan, comme le lui demande les vaincus de la guerre du Kosovo, la Serbie et la Russie, pour violation du droit international. Le comité international de la Croix-Rouge publie le livre contenant les noms de 3 368 personnes, la plupart albanaises, disparues au Kosovo entre janvier 1998 et la mi-mai 2000. 370 serbes ou tziganes auraient été enlevés par l'UCK.
Le 6 juin 2000 l'ONG Amnesty international, dans un communiqué publié à Londres, affirme que l'Otan aurait violé à plusieurs reprises le droit de la guerre lors de sa campagne aérienne contre la Yougoslavie, et que les responsables de ces violations devraient être traduits en justice ... (!) (in Politis, 15 juin 2000, p. 7).
Suite et à suivre ... "Scènes de haine ordinaire au Kosovo" in Le Monde, 29 juin 2000, p. 16.
Selon le quotidien britannique The Guardian du 18 août 2000 les experts du Tribunal pénal international pour l'ancienne Yougoslavie auraient découvert, en définitive, moins de 3000 corps des victimes albanaises des Serbes (2018 en 1999, 680 en 2000).

"Une lumière crue a été jetée sur le dilemne de ce qu'on appelle "l'intervention humanitaire". D'un côté, est-il légitime pour une organisation régionale d'utiliser la force sans mandat de l'ONU ? De l'autre, est-il admissible de laisser se poursuivre impunément des violations brutales et systématiques des droits de l'homme ? L'inaptitude de la communauté internationale, dans le cas du Kosovo, à concilier ces deux intérêts contraignants est d'évidence tragique." (Le Monde, Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, Deux concepts de la souveraineté, 22 sept. 1999, p. 20.)

Et Milosevic n'est plus in situ en Serbie fin décembre 2000.

Le 24 septembre 2000 l'élection présidentielle en Yougoslavie donne la victoire au chef du petit parti démocrate, le juriste Vojislav Kostunica, le fédérateur charismatique des 18 partis d'opposition à Milosevic. Celui-ci refuse de reconnaître sa défaite mais le maire de la ville de Cacak organise, avec des anciens parachutistes et officiers de l'armée et de la police et des forces spéciales, la prise d'assaut du Parlement le 5 octobre 2000. Certains de ces hommes, déguisés en policiers, fraternisent devant les télévisions avec les insurgés. D'authentiques policiers se rallient et la presse mondiale le relate abondamment. Vojlislav Kostunica négocie avec Slobodan Milosevic, celui-ci accepte la victoire de son rival. Vojislav Kostunica prête serment devant le Parlement le 7 octobre 2000. La Russie lui apporte son soutien ainsi que l'armée et l'Eglise orthodoxe. Les Etats-Unis et l'Union européenne le félicitent. L'Union européenne lève ses sanctions et décide d'une assistance immédiate pour reconstruire ce qui a été détruit. Le président Jacques Chirac exige que M. Slobodan Milosevic soit jugé par le Tribunal pénal international de La Haye.
Le président Kostunica déclare que le Kosovo fait partie intégrante de la Yougoslavie et refuse de reconnaître la compétence du TPI.

Le 28 octobre 2000 l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et l'ONU organisent les élections municipales au Kosovo. Les serbes qui demeurent au Kosovo (100 000 officiellement) refusent de voter. Les albanais du Kosovo votent en majorité pour le parti de M. Ibrahim Rugova (LDK, Ligue démocratique du Kosovo). Le PDK (parti démocratique du Kosovo), soutenu par la mafia albanaise, de M. Hashim Thaçi, ancien commandant de l'UCK (armée de libération du Kosovo), est battu ainsi que l'AAK (alliance pour le Kosovo) de M. Ramush Haradinaj, autre ancien commandant de l'UCK.

08 janvier 2001. Kosovo: Kouchner demande l'avis médical sur les effets de l'uranium appauvri.
Bernard Kouchner, chef sortant de la Mission de l'ONU au Kosovo (Minuk), a demandé l'avis des experts médicaux de l'Organisation mondiale de la santé (Oms) sur les effets de l'utilisation de l'uranium appauvri sur les populations civiles pendant le conflit dans les Balkans en 1999. Les premières conclusions de l'Oms et du département de la santé du Kosovo dans ce domaine n'indiquent certes "aucune augmentation notable du nombre des cancers enregistrés parmi les adultes de la région au cours des quatre dernières années", mais les travaux sur la question se poursuivent. L'uranium appauvri est utilisé dans le blindage des chars d'assaut, ainsi que dans la fabrication de munitions, de fusées et de projectiles anti-chars. L'Oms considère leurs effets sur la population civile "complexe", en raison de leurs caractéristiques chimiques, radiologiques et physiques.

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Kouchner tourne la page Kosovo. Les violences contre les minorités non albanaises grèvent son bilan. Par MARC SEMO, Libération, 13/14 janvier 2001, p. 11.

Dans ses adieux officiels vendredi avant de quitter Pristina, Bernard Kouchner a lancé encore une fois un appel aux Kosovars pour la tolérance et la réconciliation. «Arrêtez les tueries, arrêtez les violences», a déclaré le chef de la mission de l'ONU au Kosovo, qui, pendant dix-huit mois, a administré cette province du sud de la Serbie désormais peuplée à 95 % d'Albanais de souche. Deux jours plus tôt dans son dernier discours à la télévision du Kosovo, le French doctor avait reconnu ne pas avoir réussi «à assurer une protection suffisante à la communauté serbe, même si la situation s'est améliorée», et souligné que, «pour l'opinion publique internationale, les victimes sont d'une certaine manière devenues les oppresseurs». La situation des minorités non albanaises - les Serbes mais aussi les Roms - représente en effet le principal point noir de son bilan, et le problème est encore aggravé par les insuffisances de la police internationale et les carences d'un système judiciaire partial et sans vrais moyens.

Enclaves-prisons.
Quelque 150 000 Serbes ont quitté le Kosovo depuis le déploiement des 40 000 soldats de la Kfor. Quelque 100 000 sont restés, dont la moitié est installée au nord de Mitrovica, dans une zone limitrophe de la Serbie. Les autres vivent dans des enclaves plus ou moins protégées par la Kfor. Ce sont des espèces de prisons à ciel ouvert qui sont régulièrement la cible de tirs de bazookas ou de grenades. Plus d'un millier d'entre eux, selon les sources serbes, ont été tués ou enlevés depuis juin 1999. Certes, le nombre des assassinats a sensiblement diminué mais ils continuent, à raison d'un ou de deux par semaine, et leurs auteurs ne sont jamais arrêtés. Le plus souvent, il s'agit d'extrémistes albanais de la mouvance de l'UCK (l'Armée de libération du Kosovo), théoriquement dissoute. Le caractère organisé et systématique de ces violences, dont sont aussi victimes les Albanais modérés, a été souligné dans les documents de l'OSCE comme par le rapporteur spécial de l'ONU pour les Balkans, Jiri Dienstbr.

«Peut-on sérieusement imaginer pouvoir effacer en quelques mois des siècles de haine et d'affrontements entre Serbes et Albanais?», se justifie Bernard Kouchner, qui, pour le reste, a réussi à se tirer honorablement d'une mission difficile, comme le reconnaissent aussi ses détracteurs au sein de la Minuk, irrités par son narcissisme. Dans les jours qui ont suivi le déploiement des soldats de l'Otan, 800 000 réfugiés sont rentrés, et les organisations humanitaires se sont montrées capables de leur assurer un toit et de quoi manger. La vitalité de la société civile a fait le reste. Si le commerce et des trafics en tous genres ont fructifié, profitant aux réseaux mafieux, le Kosovo arrive aujourd'hui à assurer 50 % de son budget avec les droits de douane.

Les pouvoirs dont disposait Bernard Kouchner étaient immenses. Il devait aussi créer les institutions démocratiques d'un Kosovo bénéficiant d'une «autonomie substantielle» au sein de la Yougoslavie, comme le précise la résolution 1244 de l'ONU.

Scrutin libre.
Payant de sa personne, jouant de son charisme et de son bagou, il a réussi à mettre sur pied une administration conjointe avec les principales forces politiques albanaises, qui néanmoins reste boudée par les Serbes. Un autre succès a été l'organisation le 28 octobre des municipales, le premier vrai scrutin libre du Kosovo, qui a vu le triomphe du modéré Ibrahim Rugova. Mais celui-ci reste intransigeant sur la question de l'indépendance. Elle est voulue par la totalité des Albanais kosovars, qui n'envisagent pas de revenir sous la tutelle de Belgrade, même dans la Yougoslavie démocratique de Vojislav Kostunica. Le successeur de Kouchner, le Danois Hans Haekkerup, ancien ministre social-démocrate de la Défense, aura pour tâche de transformer l'essai. Le plus difficile est encore à faire.

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En mars 2001 les soldats de l'UCK attaque la Macédoine. L'objectif est toujours le même : la Grande Albanie.
L'ONU autorise la Serbie à redéployer ses troupes à la frontière du Kosovo, dans la zone "albanaise".

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1er avril 2001
Le Président Kostunica devait livrer Milosevic au TPIY avant le 31 mars 2001, dernier délai pour que la nouvelle Yougoslavie perçoive quelques millions de dollars. Milosevic est arrêté le 1er avril (?) pour être livré à la justice Yougoslave. Les américains devraient, quand même, payer.
Selon Mme Carla Del Ponte, procureure du TPIY, la Yougoslavie doit transférer Slobodan Milosevic. Le transfert vers une organisation internationale n'étant pas une procédure d'extradition n'est pas contraire au droit yougoslave qui interdit l'extradition des nationaux.

28 juin 2001 : Le gouvernement de la Serbie livre, contre l'avis du président fédéral Kostunica, Sloboban Milosevic au TPIY. Les USA débloquent immédiatement une aide d'un milliard de dollars. Les amis de Milosevic affirment qu'il a été vendu. Ses ennemis affirment qu'il ne valait pas ce prix là.
Le Monde

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Le 02 août 2001 le TPIY condamne pour génocide, à 46 ans de prison, le général serbe bosniaque Radislav Ktstic qui commandait les troupes serbes ayant pris d'assaut l'enclave musulmane de Srebrenica en Bosnie en juillet 1995. En présence des troupes de l'ONU (néerlandaises), qui restent curieusement passives, les hommes en âge de combattre (environ 7 000) sont enmenés à l'extérieur de la ville et tués. Pour sa défense le général affirme qu'il ne savait rien de cette opération, n'ayant pris le commandement du corps d'armée que le lendemain.
03 août 2001 : Trois généraux musulmans arrêtés

APRES la condamnation jeudi (2 août 2001) à quarante-six ans de prison pour génocide du général serbe bosniaque Radislav Krstic, responsable du massacre de Srebrenica où 7 000 musulmans avaient été massacrés en juillet 1995, ce sont trois officiers musulmans de Bosnie qui ont été arrêtés et transférés hier à La Haye. Mehmed Alagic, Enver Hadzihasanovic et Amir Kubura, « qui ont décidé de se rendre volontairement au Tribunal pénal international », seront jugés pour crimes de guerre.
Les trois officiers supérieurs « savaient » que des combattants islamiques étrangers, les Moudjahidine, s'apprêtaient à commettre des « meurtres et des assassinats » et à infliger des « traitements inhumains et cruels », principalement contre des Croates de Bosnie. Or ils n'ont rien fait pour les en empêcher. Cette extradition, acceptée par le gouvernement bosniaque actuel, est bien la preuve que le TPI marque des points. Et les pressions redoublent sur les Serbes de Bosnie, ceux de la Republika Srpska (RS), pour qu'ils livrent, à leur tour, les criminels de guerre qui se sont réfugiés sur leur territoire. Ils seraient actuellement vingt-sept.

Deux hommes en fuite
Mais les criminels que la justice internationale veut en priorité arrêter et juger restent Radovan Karazic, ex-président de la « République serbe », et Ratko Mladic, son chef de guerre pendant le conflit de Bosnie. Les deux hommes, âmes damnées de Slobodan Milosevic, sont inculpés, l'un comme l'autre, depuis 1995 de « génocide, crime contre l'humanité et crimes de guerre ». Inculpations que leur ont values leurs activités pendant le siège de Sarajevo et les massacres de Srebrenica. Lors de son procès, Krstic les a nommément et très nettement mis en cause. Mais voilà, si la République serbe a voté une loi sur la coopération avec le TPI, elle n'a pour l'instant rien fait pour mettre la main sur Karadzic et Mladic. Ils circulent toujours librement dans ce pays dont ils furent les maîtres incontestés pendant toute la durée de la guerre, et où ils sont considérés comme des héros nationaux par une grande partie de la population. Les arrestations des trois généraux bosniaques et la condamnation de Krstic pourraient inciter les autorités serbes à changer d'attitude. Histoire de prouver qu'elles ne se moquent plus du TPI.

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12 décembre 2001 : le commandant Pierre-Henri Bunel, accusé de trahison pour avoir en 1998 informé les Serbes de la localisation des frappes de l'Otan, est condamné à cinq ans de prison.

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Le mardi 12 février 2002, début du procès de Milosevic, accusé de crimes contre l'humanité au Kosovo, il serait responsable des 900 victimes Kosovars officielles.
Le mardi 19 février 2002, le président Yougoslave Kostunica qualifie le TPIY d'"hypocrisie".

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Tchétchénie

Le 11 août 1999 le chef de guerre Tchétchène Chamil Bassaïev nomme à la tête de l'armée islamique du Daghestan le "commandant" Khattab, un islamiste jordanien. L'objectif des islamistes est de faire de la république du Daghestan, interne à la Russie, située en bordure de la mer Caspienne et traversée comme la Tchétchénie par l'oléoduc qui relie le port de Bakou en Azerbaïdjan à Novorossisk sur la mer noire, le prolongement de la Tchétchénie. La guerre sainte, le djihâd, est déclarée par les islamistes wahhabites (Arabie saoudite) à la grande Russie orthodoxe "qui occupe le Daghestan depuis un siècle". Les Etats-Unis sont évidemment très intéressés par le Caucase, son pétrole et son importance géopolitique sur le flanc sud de la Russie ... L'Otan n'envisagerait nullement d'intervenir sur un territoire russe pour aider militairement les musulmans islamistes (qui par ailleurs se livrent à la prise d'otage systématique des étrangers, qu'ils revendent au prix fort) ... M. Laurent Fabius, ancien premier ministre du président Mitterrand et président de l'assemblée nationale, déclare le 5 octobre 1999, à l'occasion de l'ouverture des travaux de la grande commission parlementaire France-Russie :"La France estime nécessaire le maintien de la stabilité dans le Caucase : c'est un objectif légitime de la Russie ; c'est dans l'intérêt de l'Europe toute entière. La France soutient l'intégrité territoriale de la Fédération de Russie et condamne le terrorisme, les opérations de déstabilisation, l'intégrisme, qui sont autant de menaces contre la démocratie". Donc action légitimement démocratique des russes orthodoxes en Tchétchénie et au Daguestan contre les islamistes. Fin octobre 1999 la Tchétchénie n'était toujours pas contrôlée par les russes. Le 2 novembre 1999 le président américain William (dit Bill) Clinton, tout en reconnaissant "l'intégrité territoriale de la Russie", affirme qu'il est crucial que la sécurité des populations civiles soit assurée ...
Le 8 novembre 1999 le "ministre des affaires étrangères" de Tchétchénie est en visite à Paris, soutenu par le député vert Noël Mamère et les intellectuels "parisiens" Bernard Henri Lévy, André Glucksman, etc ... Ces intervenants espèrent convaincre le président Jacques Chirac, le premier ministre Lionel Jospin, de soutenir les islamistes, peut-être comme dans les années 70 le président Valéry Giscard d'Estaing a pu aider l'ayatollah Khomeyni contre le shah d'Iran ... avec comme conséquence, parmi d'autres, une guerre Iran-Irak, entre 1980 et 1988, qui aurait fait 700 000 morts.
Lors de la réunion de l'OSCE (Organization for Security and Cooperation in Europe) à Istanbul, les 18 et 19 novembre 1999, le président français Jacques Chirac reproche au président russe Boris Eltsine l'intervention des troupes russes en Tchétchénie, ajoutant même que les conséquences humaines dramatiques sur les populations civiles "sont inacceptables". Le président français demande à la Russie de "rechercher une solution politique par le dialogue". Le président Boris Eltsine maintient que c'est une affaire intérieure et qu'il n'est pas question de dialoguer avec les "terroristes", et les russes font observer, en privé, que l'intervention de la France en Algérie, dans les départements français d'Algérie entre 1954 et 1962, était également une affaire intérieure, et que le dialogue politique avec les "terroristes" c'est terminé par l'indépendance de l'Algérie. (Note dt : à notre connaissance le président Boris Eltsine n'aurait pas donné de conseils à la France quant à la gestion de la Corse.)
C'est à l'occasion de la réunion de l'OSCE que, sur les conseils pressants des Etats-Unis, la Turquie, la Géorgie, l'Azerbaïdjan et le Kazakhstan, ont signés des accords pour la construction d'un oléoduc, et d'un gazoduc, doublant l'oléoduc qui traverse la Géorgie, permettant ainsi d'éviter l'oléoduc qui traverse la Tchétchénie...
Début décembre 1999 l'armée russe ne contrôlant toujours pas le sud de la Tchétchénie et la capitale Grosny, un ultimatum est lancé aux habitants de Grosny les invitant à quitter la ville avant que celle-ci ne soit rasée par l'armée. Les présidents Clinton et Chirac, ainsi que le premier ministre Blair, déclarent que cet ultimatum est "inacceptable".
Six intellectuels "parisiens", dirigés par les philosophes politiques Bernard-Henry Lévy et André Glucksmann, se rendent à Moscou pour protester contre l'intervention des russes orthodoxes contre les tchétchènes musulmans, et font observer une minute de silence à la mémoire des victimes tchétchènes, obligeant moralement un général russe à faire de même. Certains observateurs se demandent pourquoi, fondamentalement, ces intellectuels "parisiens" font autant de bruit pour les musulmans bosniaques, les musulmans kosovars, les musulmans tchéchènes, et pas pour les musulmans palestiniens ...
Le 19 décembre 1999 la "famille" du président Eltsine fait jeu égal avec les communistes aux élections législatives. Grosny n'est toujours pas contrôlé par l'armée russe. Réunis le 17 décembre à Berlin les Etats du G8 débattent de la "prévention des conflits" en l'an 2000. Les opérations militaires en Tchétchénie aurait fait chez les russes plus de mille morts. Au même moment des pluies diluviennes sont la cause d'inondations et de glissements de terrain qui font plus de quinze mille morts au Venezuela. La même semaine, un pétrolier pourri, immatriculé à Malte et affrêté par Total, se casse en deux, des nappes de fioul lourd dérivent, les écologistes s'inquiétent, des centaines de cormorans seraient menacés ....
Le 31 décembre 1999 coup médiatique, le président Boris Eltsine, dans un fort beau discours au peuple russe, tire sa révérence au bénéfice du premier ministre que sa "famille" a choisi, l'ancien responsable des services secrets, le glacial Poutine. L'élection présidentielle, une simple formalité, doit avoir lieu en mars 2000.
Fin janvier 2000 les russes ne contrôlent toujours pas Grosny, et leurs morts seraient au moins 3000, mais les affaires continuent. Le 6 février 2000, les russes, enfin, contrôleraient Grosny ... Selon des témoignages Tchétchénes les russes se comporteraient comme des barbares avec les civils et notamment les blessés ... Selon les russes la population est libérée des terroristes et bien réconfortée par la troupe ... Plus systématiquement les medias sociaux-démocrates français lancent une campagne très engagée contre les Russes.
Le 8 février 2000 l'aviation israélienne bombardent trois centrales électriques libanaises, à Tripoli, Beyrouth et Baalbek, en représailles contre des attaques du Hezbollah, organisation islamiste chiite palestinienne, contre les troupes d'occupation israélienne au Sud-Liban. Le 24 février M. Lionel Jospin, premier ministre socialiste de la République française, qualifie de "terroristes" les attaques du Hezbollah, ce qui fait scandale dans les pays arabes. Il est "caillassé", le 26 février, par des étudiants palestiniens lors d'une visite à la Faculté de droit de l'Université palestinienne de Bir Zeit, financée par la France. La campagne médiatique contre l'Autriche de Jörg Haider et la Russie de Poutine se poursuit.
Le 26 mars 2000 M. Vladimir Poutine est élu dès le premier tour de la présidentielle.
Le 6 avril 2000 l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe vote par 78 voix contre 69 la suspension du droit de vote des représentants russes pour sanctionner la violation des droits de l'homme par la Russie en Tchétchénie.
Le 13 juillet 2000 l'"affaire Tchétchène" est relancée par le philosophe "parisien" André Glucksmann qui "entré clandestinement sur le territoire tchétchène ... a passé plusieurs semaines dans un pays résistant farouchement à l'agression russe" (Le Monde, 13 juillet 2000, Un mois dans le ghetto tchétchène, p. 12 et 13). Le philosophe "parisien" nous dit :"Circulant avec maladresse dans un pays défoncé par les bombes et les mines, je ne fus pas pas seulement le témoin effaré du sufflice infligé à un peuple admirablement divers et fantastiquement courageux. J'ai probablement assisté à l'émergence du plus grand Etat voyou (la Russie) du XXIème siècle". A quand la publication dans Le Monde de deux pages de reportage d'un russe orthodoxe sur le ghetto palestinien en Israël ?

Le 30 octobre 2000 le président russe Vladimir Poutine est, enfin, en visite officielle à Paris. La télévision d'Etat (France2, France 3) diffusent des reportages sur la Tchétchénie, et sur un livre destiné aux jeunes russes, qui vante les mérites du président... 550 personnalités "parisiennes" (Elie Wiesel, Gérard Miller, André Glucksmann, Jane Birkin ...) appellent à manifester contre la Russie. Les affrontements entre palestiniens et israëliens se poursuivent, qui ont fait plus de cent morts du côté palestinien. En France de nombreuse synagogues ont été attaquées. Sauf de rares exceptions, les juifs de France soutiennent Israël. Les intellectuels "parisiens" restent muets.
Mme Hélène Carrère d'Encausse, une des très rares spécialistes de l'Urss a avoir prévu son implosion, aura beaucoup de mal à convaincre les intellectuels "parisiens" de la marche de la Russie vers la démocratie libérale (Hélène Carrère d'Encausse, La Russie inachevée, Fayard, Paris 2000).

Les 15/16 mars 2001 trois Tchétchènes détournent un avion russe sur Médine, en Arabie Saoudite. Les forces spéciales saoudiennes donnent l'assaut.

11 septembre 2001 : Le président Poutine soutient les Etats-Unis dans leur lutte contre le terrorisme

23 octobre 2002 : La guerre se poursuit toujours en Tchétchénie et un commando d'islamistes prend, à Moscou, dans un théatre, plus de 700 personnes en otage. L'assaut est donné le 26 octobre. Les forces spéciales utilisent un gaz. Le commando islamiste est éliminé, mais plus de 120 morts chez les otages.

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Timor

11 mai 2007 : José Ramos Horta président du Timor-Oriental
27 mai 2006 : Violences, l'ONU évacue
14 août 2002 : premiers procès, protestation d'Amnesty international
14 avril 2002 : Election du Président

Le 4 septembre 1999 les résultats du referendum sur l'indépendance, organisée par les Nations Unies, au Timor-0riental, le 30 août, sont connus. La population, 800 000 habitants, en majorité des catholiques, souhaite à 78,5 % être indépendante de l'Indonésie, 200 millions d'habitants, en majorité des musulmans.
L'Indonésie a annexé en 1975 le Timor-Oriental, ancienne colonie portugaise ; l'armée indonésienne, sous la direction du dictateur Suharto, un allié des Etats-Unis soutenu financièrement par le Fonds monétaire international (FMI), se livre au massacre des catholiques (200 000 morts) et suscite la création de milices qui font régner la terreur.
Après l'annonce des résultats du referendum les milices et l'armée interviennent pour mettre en oeuvre l'"opération nettoyage total", déjà programmée et connue de l'ONU (Le Monde, 14 sept. 1999, p. 1-2-3-19, Timor-Oriental : l'ONU savait), déporter une partie de la population (60 000 personnes dès le 6 septembre selon l'ONU, un tiers de la population au total, un autre tiers se réfugiant dans les montagnes) au Timor-Occidental et éliminer les cadres et la résistance catholique.
L'Australie (qui a reconnu l'annexion de 1975 et qui a, alors, conclu avec l'Indonésie un accord pour l'exploitation des zones pétrolifères ...), demande l'envoi d'une force internationale.
Les Etats-Unis s'y opposent car "les dangers sur place sont actuellement trop importants" (Libération, 4/5 sept. 1999) et selon le secrétaire au Foreign Office, Robin Cook, le très dynamique intervenant au Kosovo, personne au monde n'est prêt "à débarquer de force" au Timor-Oriental (Libération, 6 sept. 1999).
L'Indonésie refuse donc toute intervention ... jusqu'au 12 septembre, car Bill Clinton a changé son fusil d'épaule ..., et l'ONU se décide donc à envoyer une force internationale sous la responsabilité de l'Australie le 15 septembre 1999 ...

Le Monde du 9 septembre 1999 publie le reportage d'un journaliste ayant assisté à la fin de l'offensive des talibans islamistes dans la plaine de Shamaly au nord de Kaboul, la capitale de l'Afghanistan, contre les tadjikes musulmans du commandant Massoud. Les talibans, pashtounes, pakistanais et arabes, auraient massacré ou déporté la population civile, pillé et brûlé les maisons, provoquant un exode de 200 000 réfugiés dans la vallée du Panshir (Le Monde, 9 septembre 1999, p. 13). Cette épuration ethnique laisse indifférents les américains, qui ont armé les talibans, et soutenu le Pakistan, contre les russes, qui ont contrôlé l'Afghanistan de 1978 à 1989 ...

Fin septembre 1999 le premier ministre australien John Howard déclare que l'Australie, en dirigeant la force internationale au Timor-Oriental, se considère comme étant l'"adjoint" des Etats-Unis pour maintenir la paix dans la région (comme l'Angleterre de Tony Blair pour l'Europe). Cette déclaration réaliste ne plait que modérément aux autres membres, et donc alliés des Etats-Unis, de l'Asean, l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est, qui comprend l'Indonésie et qui aurait souhaité se substituer à l'Onu afin d'"arranger" l'"affaire" entre "amis".

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté à l'unanimité, le 25 octobre 1999, la résolution 1272 qui confie aux Nations unies l'administration civile et militaire du Timor-Oriental. L'ensemble des opérations militaires et civiles devraient coûter un milliard d'euros par an.

Le 31 janvier 2000 la commission des Nations Unies et la commission indonésienne chargées d'enquêter sur les violence de septembre 1999 publient leur rapport. Les deux enquêtes reconnaissent la responsabilité de l'armée indonésienne. La commission indonésienne des droits de l'homme recommande que la justice indonésienne enquête sur le comportement de trente trois personnalités, dont six généraux, parmi lesquels le commandant en chef des armées à l'époque, le général Wiranto, actuellement ministre coordinateur des affaires politiques et de la sécurité. La commission des Nations Unies recommande la création d'un tribunal international pour juger les auteurs coupables de violations des droits de l'homme, la commission indonésienne accusant notamment les militaires d'avoir maquillé l'évidence de crimes contre l'humanité, la plupart des victimes étant des civils et les massacres étant perpétrés "de façon systématique et cruelle ; beaucoup ont été commis dans des églises et des commissariats de police", selon le président de la commission indonésienne.
Le 13 février le général Wiranto est suspendu de ses fonctions par le président indonésien Abdurrahman Wahid.

Le 6 septembre 2000, l'ONU recevant pour l'assemblée générale du millénaire les représentants (Chefs d'Etat ou chefs de gouvernement pour la plupart) de 160 Etats, trois employés du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR), travaillant au Timor occidental, à proximité de la frontière du Timor oriental, sont poignardés et/ou brûlés vifs par des miliciens anti-indépendantistes, sous le regard passif des militaires indonésiens. L'ONU évacue ses employés et le Secrétaire général de l'ONU invite les représentants des Etats à observer une minute de silence pour la mémoire des victimes ... Tant que l'ONU sera aussi impuissante ses décisions resteront lettres mortes.

Février 2002 : Des criminels contre l'humanité sont jugés par la justice nationale indonésienne.
Sept Indonésiens ont été inculpés hier à Djakarta de «crime contre l'humanité» dans le cadre des massacres dont le Tmor oriental a été le théâtre lors du référendum sur 1'indépendanœ organisé par 1'ONU en 1999. Au moins un millier de personnes ont été tuées par les miliœs pro-indonésiennes, avec la complicité des militaires indonésiens. Parmi les inculpés se trouvent, entre autres, l' ex-gouverneur, Abilio Soares, l' ex-chef de la poliœ, le général Timbul Silaen, ainsi que le chef de milice, Eurico Guterres. Le principal suspect, le général Adam Damiri, n'a pas été inculpé.
Des procureurs des Nations unies ont, de leur côté, inculpé 99 suspects. Mais l'Indonésie refuse leur extradition, en affirmant être capable de juger elle-même les coupables. Actuellement sous tutelle de l'ONU, le Timor oriental doit proclamer son indépendanœ le 5 mai prochain.
P.G., Libération, 22 février 2002, p. 11.

Mai 2002 : L'indépendance est proclamée.

11 mai 2007. Un prix Nobel de la paix élu président du Timor-Oriental Les Timorais espèrent de José Ramos Horta un retour à la stabilité. Par Arnaud DUBUS, Libération, QUOTIDIEN : vendredi 11 mai 2007

Juste après avoir déposé son bulletin dans l'urne lors du second tour de l'élection présidentielle, mercredi, le candidat José Ramos Horta a déclaré que perdre serait pour lui une victoire. «Si je perds, je gagne ma liberté, la liberté d'être un écrivain, un universitaire, un touriste, de voyager», a-t-il confié.
Mais cet homme qui, toute sa vie, a cherché à être sur le devant de la scène politique savoure sans aucun doute son succès électoral comme une victoire encore plus douce.

José Ramos Horta, qui prend la succession du héros national Xanana Gusmão comme chef d'Etat du Timor-Oriental, est un diplomate accompli, maîtrisant six langues dont le français, et un familier des coulisses des Nations unies.

De père portugais et de mère timoraise, il avait été l'un des fondateurs du parti indépendantiste Fretilin en 1974, quand la révolution des OEillets à Lisbonne avait provoqué l'effondrement de l'empire colonial portugais (le Timor-Oriental a été une colonie portugaise pendant trois cents ans). En octobre 1975, il part à Washington pour tenter de convaincre les autorités américaines d'appuyer la déclaration d'indépendance du Timor-Oriental face à une invasion indonésienne imminente. Mais il est reçu froidement : le département d'Etat, en contact étroit avec Jakarta, ne veut pas s'engager. Quelques jours après, les forces spéciales indonésiennes sont parachutées sur le Timor-Oriental.

José Ramos Horta passera vingt-quatre ans à l'étranger, se faisant l'infatigable avocat de la cause timoraise dans l'arène internationale. Cela lui vaut, en 1996, le prix Nobel de la paix, de concert avec l'évêque de Dili, la capitale timoraise, Mgr Carlos Ximenes Belo. Aux yeux de beaucoup de Timorais, l'arrivée de Ramos Horta à la tête du pays est un gage de retour à une certaine stabilité après plusieurs mois de troubles l'an dernier, même si le rôle de président est surtout honorifique.

«Ramos Horta comme président garantit un apaisement de la situation. L'élection de Guterres aurait empiré la situation», estime Salvador Suares, rédacteur en chef du quotidien Suara Timor Lorosae . Catholique non pratiquant, Ramos Horta s'est efforcé, pendant la campagne, de se rapprocher de l'influente Eglise catholique. Il a truffé ses discours de références religieuses et portait un tee-shirt à l'effigie de Jésus lors du vote de mercredi. L'Eglise est, avec le parti marxisant Fretilin, la seule institution solide du pays.

En tant que président, Ramos Horta se doit surtout de rassembler une nation profondément divisée entre clans politiques et ethnies. Membre du Fretilin jusqu'en 1992, mais proche aussi du président sortant Xanana Gusmão ­ qui souhaite devenir Premier ministre à l'issue du scrutin parlementaire du 30 juin ­, il est sans doute le mieux placé pour cette mission. «C'est lui qui constitue le meilleur pont entre l'héritage de la lutte anti-indonésienne et le catholicisme», estime un analyste européen à Dili.
Par Arnaud DUBUS, Libération, QUOTIDIEN : vendredi 11 mai 2007

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A Belgrade, Jacques Chirac a rappelé la nécessité d'une collaboration avec le Tribunal de La Haye

Jacques Chirac achevait, samedi 8 décembre (2001), une visite de 36 heures en République fédérale de Yougoslavie (RFY), la première d'un président français depuis 1983, et deux ans après la guerre du Kosovo et les bombardements de l'OTAN sur Belgrade. Son voyage se terminera par une étape de quelques heures en Croatie, à Zagreb, où il s'était rendu en 1999 pour un sommet entre l'Union européenne et six pays des Balkans.

Il y avait sans doute dans le carré d'anciens combattants qui attendaient Jacques Chirac en tapant du pied sous les flocons de neige quelques Belgradois pour se rappeler la dernière fois qu'un chef de l'Etat français - François Mitterrand - avait déposé une gerbe de fleurs au pied de la Marianne surmontant le monument de reconnaissance à la France. C'était en 1983, bien avant les guerres qui noyèrent la Yougoslavie de Tito dans le sang et les larmes, quelques années avant l'apogée politique de Slobodan Milosevic qui, jusqu'à sa chute, le 5 octobre 2000, transforma son pays en paria.

"AMITIÉ QUI VIENT DU CŒUR"
Vendredi 7 décembre, M. Chirac n'a pas seulement mis un terme à cette longue vacance de voyage présidentiel français, il est devenu le premier chef d'Etat européen à se rendre dans la capitale yougoslave depuis le début d'une "ère nouvelle", ouverte avec la fin du régime de Milosevic. Une visite officielle de seulement vingt-quatre heures mais au nom, a-t-il ajouté, "d'une amitié profonde qui vient du cœur."

Un an déjà, un an seulement depuis la victoire de l'opposition démocratique auquel le chef de l'Etat français a rendu un hommage appuyé ainsi qu'au transfert de Slobodan Milosevic devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de la Haye. Devant un parterre d'universitaires, de diplomates étrangers, de représentants des différentes communautés religieuses de la ville et d'une poignée d'étudiants réunis dans l'amphithéâtre de la faculté de philologie de Belgrade, Jacques Chirac a donc salué "avec émotion et espoir (...) la libération du peuple serbe". "Vous avez gagné par vous-mêmes l'ultime bataille du combat que nous menions depuis dix ans contre un régime d'oppression à l'opposé de la grande tradition du peuple serbe", a-t-il ajouté.

Passé l'hommage, le président, probablement inspiré par les lieux, s'est ensuite voulu doctoral. Debout derrière un pupitre, il a rappelé que "la liberté, comme la démocratie, n'est jamais définitivement acquise. Ses racines, son expression ont toujours besoin d'être consolidées, renforcées, face aux vents mauvais qui portent les fantômes du passé". Mais au-delà du renforcement des institutions publiques, le président a mis le doigt là où ça fait mal : la collaboration avec le TPIY. "L'avènement d'un état démocratique (...) suppose, mais vous le savez mieux que quiconque, que les coupables, quelles que soient leurs origines ou leurs convictions, rendent compte de leurs crimes devant la justice. Le devoir de mémoire, la capacité de juger lucidement son passé est un signe de la maturité des Etats modernes", a-t-il souligné.

C'est le même message que le président français a répété, mais d'une façon encore plus directe, à son homologue yougoslave, Vojislav Kostunica, dont on connaît les réserves vis-à-vis du TPIY. Les cas de Ratko Mladic et de Radovan Karadzic, les deux chefs de guerre et politique des Serbes de Bosnie, inculpés par La Haye et soupçonnés de se mouvoir sans grandes difficultés en Serbie, a ainsi été mis sur la table lors du tête-à-tête présidentiel. Les autorités françaises ont fait état de leur conviction que les deux hommes finiront par être arrêtés mais elles ont demandé à Belgrade de collaborer dans ce domaine.

Il reste à en convaincre le président Kostunica. Il a certes rappelé, lors de la conférence de presse commune avec Jacques Chirac, que son pays, la RFY, se "conformera à ses obligations internationales" mais sans oublier de souligner la "nécessité d'une loi pour asseoir la coopération avec le TPIY". Cet argument, considéré à la Haye comme une manœuvre dilatoire, avait déjà été avancé pour M. Milosevic. Il fallut pour son arrestation le 1er avril et son transfert, quatre mois plus tard, que le premier ministre serbe, Zoran Djindjic, franchisse à la hussarde l'opposition du président yougoslave, très susceptible sur les questions de souveraineté nationale.

Sur les bancs de l'amphithéâtre de philologie, le premier ministre serbe, souvent présenté comme germanophile d'avantage que francophile, a dû apprécier le discours de Jacques Chirac, surtout les passages le concernant et les discrets coups de pattes lancés au président Kostunica à propos du TPIY. Le coup de chapeau du président français à la "ténacité" et au "courage" de Zoran Djindjic pour la façon dont il conduit les réformes depuis un an n'est sans doute pas inutile. Sa lutte ouverte avec le président yougoslave - choyé par le Quai d'Orsay - prend en effet une sale tournure. Dans l'entourage du président français, on insistait d'ailleurs sur le choix délibéré de ne pas mettre "ses œufs dans le même panier", un an après le succès d'un Vojislav Kostunica dont l'engagement démocratique ne cache plus de très fortes convictions nationalistes serbes, fussent-elles pacifiques, et une certaine tiédeur pour les réformes.

Autre thème abordé par M. Chirac durant son séjour en Yougoslavie - qui précédait une visite de travail de quelques heures en Croatie, à Zagreb - fut la stabilité régionale et plus particulièrement l'avenir de la RFY. Le président français a ainsi redit à son homologue monténégrin, Milo Djukanovic, qu'à l'instar de la plupart des chancelleries occidentales et de l'Union européenne, il préfère une "rénovation de la fédération yougoslave"plutôt que son éclatement qui pourrait intervenir si le président monténégrin tenait sa promesse d'organiser un référendum sur l'indépendance de la petite République au printemps 2002. Selon M. Chirac, "au moment où l'Europe accélère son processus d'intégration et de solidarité, il serait anachronique que le sud-est du continent connaisse un processus inverse de désintégration". Le message ne valait pas que pour Podgorica mais concernait également la Macédoine et le Kosovo.
Christophe Châtelot, LE MONDE | 08.12.01 | 15h08, Le Monde, 9/10 décembre 2001, p. 6

Les programmes d'aide de l'Union européenne

Le président français a rappelé qu'en plus de la démocratisation de la société yougoslave après des années d'isolement et la reconstruction d'infrastructures détruites par les bombardements de l'OTAN au printemps 1999, le pays devait "également moderniser une économie affligée par un demi-siècle de dirigisme étatique".

Pour ce faire, l'Union européenne a mis en place des programmes dépassant 700 millions d'euros, principalement sous forme de dons, depuis la chute de Milosevic. Fin octobre 2001, le Club de Paris a allégé des deux tiers la dette du pays où le PIB par habitant est le plus faible d'Europe devant l'Albanie. Des missions de l'UE se sont rendues à partir de l'été 2001 en Yougoslavie pour étudier la conclusion d'un accord de stabilisation et d'association (ASA) que Jacques Chirac espère voir intervenir "prochainement". Enfin, dans le cadre du programme Cards, le pays devrait recevoir de l'UE environ un milliard d'euros, entre fin 2001 et 2006. - (Corresp.)

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Généraux indonésiens "terroristes" sur écoute à Timor

Les renseignements australiens ont capté les communications des militaires indonésiens responsables d'atrocités à Timor-Oriental. La plupart sont toujours en activité, selon le "Sydney Morning Herald".

Alors que les habitants de Timor-Oriental, ex-indonésien, ex-portugais, poursuivent leur lent apprentissage de l'indépendance après vingt-quatre années d'une occupation militaire, qui n'a rien à envier au règne des Khmers rouges, le quotidien australien Sydney Morning Herald publie des documents détaillant la responsabilité d'officiers indonésiens dans les violences de 1999. Après la chute du dictateur Suharto, son successeur B.J. Habibie avait organisé un référendum d'autodétermination pour des Timorais qui n'avaient jamais accepté l'annexion de 1975. Le vote, à 78 %, en faveur de l'indépendance avait été suivi d'une répression sanglante et de la déportation de centaines de milliers de civils vers la partie occidentale de l'île, demeurée sous l'autorité de Djakarta, entraînant une intervention militaire sous l'égide des Nations unies.

Le rédacteur en chef international du Herald, Hamish McDonald, a eu accès à des écoutes téléphoniques faites par le DSD (Defense Signals Directorate) dépendant des services spéciaux. Elles mettent en cause plusieurs hauts gradés indonésiens dans une campagne de sabotage du référendum puis de répression-déstabilisation.

"GROUPES DE TUEURS"
Ces interceptions étaient tellement secrètes que le ministère des affaires étrangères australien n'avait pas été habilité à les communiquer aux Américains et que l'ONU - qui enquêtait sur les violations des droits de l'homme à Timor - n'en avait pas été informée. Des commandos spéciaux - nom de code "Tribuana" et "Venus"- ont été envoyés pour coordonner l'action avec les milices pro-indonésiennes et ont été responsables d'exactions épouvantables.

Sont entre autres mis en cause, le 14 février, le général Mahidin Simbolon, chef d'état-major de la région militaire de Bali - dont dépendait Timor - proche d'un chef de milice. Le 5 mai, son subordonné le colonel Tono Suratman, lié à un autre milicien chargé de préparer des manifestations anti-indépendantistes près de Dili. Le 9 août, le général Arifuddin, directeur du bureau de renseignement militaire BAIS. Le 4 septembre, le général Zaki Anwar Makarim s'est dit stupéfait des résultats du référendum, inverses à ceux escomptés ; il a aussi pris part aux déportations. Le 21 septembre, un dirigeant pro-indonésien a été informé par le Kopassus - forces spéciales d'où était issu le général Feisal Tanjung, ancien commandant en chef des forces armées et lié aux milieux islamistes - "que le Kopassus avait formé des groupes de tueurs nommés "Kiper-9" pour éliminer les partisans de l'indépendance et les pro-indonésiens qui avaient changé de camp". En revanche, l'ancien ministre de la défense, le général Wiranto, n'aurait pas été impliqué dans le complot.

Plus grave, à l'exception de trois d'entre eux jugés pour violation des droits de l'homme, aucun des généraux incriminés n'a été poursuivi. Ils ont eu ou attendent au contraire de belles promotions. Hamish McDonald cite ainsi l'ex-ministre de la transmigration, le général Hendropriyono, impliqué dans les déportations, devenu chef du renseignement, ou le général Sjafrie Sjamsuddin, porte-parole de l'armée de terre. Il regrette que " la réaction prévisible de Canberra ait été d'essayer de trouver la source de la fuite". D'autant que "ce sont les mêmes généraux qui ont pratiqué un "cas d'école de terrorisme d'Etat" qui sont toujours haut placés à Djakarta, bloquant la réforme du système politique et de l'armée, jouant même des rôles majeurs dans la "guerre contre le terrorisme" de l'après-11 septembre".

Sachant l'importance accordée par George W. Bush à l'Indonésie - pays musulman le plus peuplé -, on peut s'étonner de la légèreté avec laquelle des "terroristes d'Etat" ont été si rapidement recyclés en "bons" généraux antiterroristes.
Patrice de Beer, Sur Internet : www.smh.com.au, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 20.03.02, LE MONDE | 19.03.02 | 12h34

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14 avril 2002 : Les Timorais de l'Est plébiscitent Xanana Gusmao

Un scrutin paisible, un taux de participation de 85 %, deux candidats qui sont allés voter bras-dessus-bras-dessous et un résultat sans ambiguïté, avec 82,69 % des suffrages pour Xanana Gusmao, héros de la résistance anti-indonésienne et prêcheur inlassable de la réconciliation entre ses compatriotes.

L'élection présidentielle du 14 avril est donc l'heureux prélude à l'indépendance, qui sera proclamée par Kofi Annan le 20 mai, de la République démocratique du Timor-Oriental.

On ne peut même pas qualifier Xavier do Amoral de malheureux perdant, tant le candidat a affiché son admiration pour son "adversaire" de campagne. Mais le conflit politique, dans ce territoire sous haute protection onusienne, après quatre siècles de colonisation portugaise et un quart de siècle d'occupation indonésienne, est ailleurs.

Il oppose au moins une partie de la direction du Fretilin, ancien organe politique de la résistance, qui contrôle 55 des 88 sièges de l'Assemblée nationale élue en août, au prochain président du pays. Xanana Gusmao et Mari Alkatari, secrétaire général du Fretilin et futur premier ministre, ne s'entendent pas.

Si une partie du Fretilin a tenté de réduire le score de Xanana Gusmao, elle s'est largement trompée. Le nombre des bulletins invalides s'est élevé à 11 000 sur plus de 364 000. Le futur président a bénéficié du vote de quatre électeurs sur cinq alors qu'en août, le Fretilin n'avait obtenu que 57 % des suffrages.

POUVOIRS LIMITÉS
L'aura de la victoire sera indispensable à Xanana Gusmao pour gérer la cohabitation avec le Fretilin dans le cadre d'une Constitution, de type semi-parlementaire, adoptée en mars par l'Assemblée nationale. Les pouvoirs du président, notamment pour la dissolution du Parlement, sont limités et son droit de regard sur les affaires courantes ne dépasse pas la diplomatie et la défense. Mais sa popularité et son autorité morale s'appuient désormais sur un mandat populaire indiscutable.

Déterminé à ancrer le multipartisme et la réconciliation, Xanana Gusmao continuera d'intervenir, comme il l'a fait en août 2001 en appuyant de petites formations contre le Fretilin, pour s'opposer à tout système de parti dominant. Quitte à provoquer quelques frictions avec le Fretilin, une fois dépassée la période de grâce qui devrait suivre l'indépendance.
Jean-Claude Pomonti, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 18.04.02, p. 6

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Indonésie : Procès relatifs au Timor oriental: un rendez-vous manqué avec la vérité et la justice
Dans une déclaration commune diffusée ce jour (jeudi 15 août 2002), Amnesty International et le Judicial System Monitoring Programme (JSMP, Programme de surveillance du système judiciaire) se sont déclarés profondément déçus par les premiers procès relatifs au Timor oriental qui se sont déroulés en Indonésie. Les éléments recueillis par les deux organisations montrent que ces procédures ont été entachées de graves irrégularités, qu'elles n'ont pas été conformes aux normes internationales, et qu'elles n'ont apporté ni la vérité ni la justice.

Hier, l'ancien gouverneur du Timor oriental, Abilio Jose Osorio Soares, a été reconnu coupable de crimes contre l'humanité pour n'avoir pas contrôlé ses subordonnés, et condamné à une peine de trois ans d'emprisonnement. En revanche, l'ancien commandant de la police régionale, le général de brigade Timbul Silaen, qui était responsable de la sécurité aux alentours du référendum sur l'indépendance de 1999, a été acquitté. De même, cinq représentants de l'État indonésien – appartenant à l'armée, à la police ou à l'administration civile – qui étaient accusés de n'avoir pas empêché un massacre perpétré à Suai le 6 septembre 1999, ont été déclarés non coupables.

Les deux organisations ont suivi de près le déroulement de ces procès. Le JSMP, soutenu par l'International Platform of Jurists for East Timor (IPJET, Plate-forme internationale de juristes pour le Timor oriental), est la seule organisation indépendante ayant été représentée en permanence par des observateurs juridiques au cours de ces procédures.

Amnesty International et le JSMP estiment que les représentants du ministère public indonésien ont manqué à l'obligation d'efficacité des poursuites judiciaires qui leur incombe aux termes du droit international, en présentant des actes d'accusation qui ne correspondaient pas aux faits imputés aux accusés, en ignorant des éléments de preuve pertinents, et en omettant délibérément de démontrer le caractère généralisé et systématique des violations qui se sont produites au Timor oriental.

Les deux organisations ont relevé une série de graves irrégularités de procédure et d'autres dysfonctionnements qui n'ont pas permis à ces procès de produire les résultats escomptés : rendre justice aux victimes et révéler la vérité sur l'ampleur de l'implication des forces de sécurité et des autorités civiles indonésiennes dans les crimes contre l'humanité et autres crimes graves commis au Timor oriental en 1999. Amnesty International et le JSMP ont notamment identifié les problèmes suivants :
– les actes d'accusation présentaient une version des faits qui ne reflétait pas le caractère généralisé et systématique des crimes qui ont eu lieu au Timor oriental en 1999, et qui occultait le rôle des forces de sécurité indonésiennes, qui ont contribué à la création des milices au Timor oriental et leur ont prêté main forte ;
– des preuves essentielles concernant l'implication directe des forces de sécurité indonésienne dans des crimes graves n'ont pas été produites devant les tribunaux. La validité de ces preuves a pourtant été démontrée par les investigations d'un certain nombre d'experts, notamment de ceux de la Commission indonésienne d'enquête sur les violations des droits humains au Timor oriental (KPP-HAM) et de la Commission d'enquête internationale des Nations unies, ainsi que par le Groupe d'enquête sur les crimes graves de l'Administration transitoire des Nations unies au Timor oriental (ATNUTO) ;
– le manque d'expérience de certains représentants de l'État occupant des postes clés, notamment de juges et de magistrats du parquet, s'est traduit par des actes d'accusation bâclés, ainsi que par des questions et des contre-interrogatoires qui n'ont pas permis d'exploiter efficacement les preuves recueillies ;
– les mesures de protection prises en faveur des victimes et des témoins cités à comparaître dans le cadre de ces procès ont été insuffisantes. Plusieurs habitants du Timor oriental ont refusé de témoigner devant les tribunaux parce qu'ils n'étaient pas sûrs que leur sécurité pourrait être garantie.

Les procès de 16 autres suspects, dont plusieurs hauts responsables militaires, suivent leur cours. Amnesty International et le JSMP sont tous deux vivement préoccupés par le fait que les actes d'accusation établis et le début de ces procédures sont caractérisés par les mêmes lacunes.

Outre les irrégularités de procédure, les deux organisations s'inquiètent de la série de décisions des autorités indonésiennes qui a compromis d'emblée la crédibilité et l'efficacité de ces procès. Ainsi, la présidente Megawati Sukarnoputri a décidé de limiter le champ de compétence du tribunal spécial des droits humains pour le Timor oriental, si bien qu'il ne peut juger qu'une poignée des centaines de crimes graves dont le Timor oriental a été le théâtre en 1999.

Pour que l'Indonésie s'acquitte de ses obligations internationales en accordant de véritables réparations aux victimes des violations flagrantes des droits humains commises au Timor oriental, il faut à la fois remédier aux insuffisances du système judiciaire indonésien, et aux résistances politiques qui font obstacle à la traduction en justice des auteurs présumés de ces violations.

Les poursuites judiciaires engagées en Indonésie ont également souligné à quel point la coopération de ce pays est nécessaire au bon déroulement du processus judiciaire qui suit son cours au Timor oriental. À ce jour, 114 individus ont été inculpés de crimes graves, notamment de crimes contre l'humanité, par le procureur général adjoint du Timor oriental. Nombre d'entre eux vivent en Indonésie, or les autorités de ce pays ont refusé jusqu'ici de les transférer au Timor oriental pour qu'elles y soient jugées par le Groupe spécial sur les crimes graves mis en place par les Nations unies, et dans la plupart des cas, elles n'ont pris aucune mesure en vue de les traduire devant les tribunaux indonésiens.

Étant donné les sérieux problèmes que soulèvent les procès qui se déroulent à Djakarta, Amnesty International et le JSMP estiment qu'il est également temps pour les Nations unies de revoir leur décision d'ignorer les conclusions de leur propre Commission d'enquête internationale sur le Timor oriental, qui avait recommandé la création d'un tribunal pénal international. Les crimes perpétrés au Timor oriental en 1999 sont d'une gravité telle qu'ils ne peuvent demeurer impunis. Or, la perspective d'une Indonésie capable de s'acquitter de ses obligations en rendant justice de manière crédible et efficace est aujourd'hui fort éloignée. Il convient par conséquent de chercher d'autres solutions viables.

Rappel des faits
Le 30 août 1999, dans le cadre d'un scrutin organisé par les Nations unies, 78,5 p. cent des habitants du Timor oriental se sont prononcés en faveur de l'indépendance vis-à-vis de l'Indonésie, qui occupait ce territoire illégalement depuis 1975. Au cours des mois qui avaient précédé cette consultation, une campagne de violences, de menaces et d'intimidation avait été menée par des milices pro-indonésiennes contre les partisans de l'indépendance. Ces milices avaient été créées par les forces de sécurité indonésiennes et agissaient avec leur soutien.

Le Timor oriental a été le théâtre d'un déchaînement de violence après la proclamation des résultats du vote, le 4 septembre 1999. On estime qu'environ 2 000 personnes ont été victimes d'homicides illégaux commis par les milices et les forces de sécurité indonésiennes. D'autres ont été victimes de torture, notamment de viols. Plus de 250 000 personnes ont fui le Timor oriental ou en ont été expulsées de force vers l'Indonésie. Des milliers d'autres individus se sont réfugiés sur les hauteurs, tandis que les infrastructures et les biens de la population étaient pillés et détruits.

Sous la pression de la communauté internationale, l'Indonésie a mis sur pied une équipe chargée de mener une première enquête sur les allégations de violations graves des droits humains. Elle a indiqué en janvier 2000 que des crimes contre l'humanité avaient été commis au Timor oriental, et a rendu publics les noms de 33 individus, parmi lesquels des militaires et des policiers indonésiens, des représentants des autorités civiles et des membres de milices, qu'elle considérait comme des responsables de ces agissements. Or, le procureur général indonésien n'a décidé de mener des investigations et d'engager des poursuites que dans cinq affaires, dans lesquelles étaient mis en cause 18 individus.

Des investigations ont également été menées par une Commission d'enquête internationale sur le Timor oriental créée par les Nations unies, ainsi que par une équipe d'experts onusiens constituée de la rapporteuse spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, du rapporteur spécial sur la torture, et de la rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes, y compris ses causes et ses conséquences. Ces deux enquêtes ont permis d'établir que des violations des droits humains généralisées ou systématiques avaient eu lieu. Tant la Commission que l'équipe d'experts ont recommandé que soit créé un tribunal pénal international chargé de juger les auteurs présumés de ces agissements.
News Press 16/08/2002 20:24:00

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Le Premier ministre serbe assassiné

Zoran Djindjic a été mortellement blessé mercredi, devant le siège du gouvernement à Belgrade. Il a été atteint de deux balles de gros calibre dans le dos et dans le ventre. Il avait déjà échappé de peu à une autre tentative d'attentat le mois dernier.

La nouvelle a été annoncée mercredi en début d’après-midi par la radio indépendante B-92, citant des sources non-officielles : le Premier ministre de Serbie, Zoran Djindjic, est mort. Il a été victime d’un attentat près du siège du gouvernement serbe. Il aurait été touché dans "le dos et l'estomac", de deux balles de gros calibre, tirée à distance, selon B-92, qui a également indiqué que deux personnes avaient été arrêtées par la police. La confirmation offficielle de cette mort par un communiqué du gouvernement serbe n'est pour sa part intervenue qu'en milieu d'après-midi, peu avant 16 heures. Le gouvernement serbe a aussitôt indiqué qu'il allait proposer à la présidente par intérim de la Serbie Natasa Micic de proclamer l'état d'urgence sur tout le pays.

Une importante force de police spéciale, équipée d'armes automatiques, a bloqué l'entrée dans la cour et l'immeuble du gouvernement. Un important dispositif policier a été déployé dans le centre de Belgrade. Le Premier ministre de Serbie avait indiqué à plusieurs reprises avoir reçu des menaces de mort. Fin février, Zoran Djindjic avait déjà échappé à un attentat déguisé en accident de la circulation, lorsqu'un camion avait délibérément coupé la route de son convoi.

Messages de condoléances

Avant même la confirmation officielle de la mort du Premier ministre de Serbie, les premiers messages de condoléances ont commencé à arriver. L'ancien président yougoslave Vojislav Kostunica a qualifié l'attentat d'"effroyable" à l'antenne de B92. Le ministre grec des Affaires étrangères a présenté mercredi les "condoléances" de l'Union européenne au peuple de Serbie. "Nous avons perdu un grand ami, un grand ami de l'Europe", a déclaré George Papandréou. Quant au Premier ministre norvégien Kjell Magne Bondevik, il a jugé "tragique et révoltant" l'attentat dont a été victime Zoran Djindjic.

Zoran Djindjic aura été un leader pragmatique dont les décisions ont provoqué de vives critiques de la part de ses opposants. Il avait été désigné pour diriger le gouvernement de Serbie formé à l'issue des élections législatives, le 23 décembre 2000, dans cette république formant, avec le Monténégro, l'Etat de Serbie et Monténégro. Zoran Djindjic était l'un des vétérans de l'opposition serbe et l'un des principaux leaders de l'Opposition démocratique de Serbie (DOS) qui avait porté Vojislav Kostunica, devenu ensuite son principal adversaire politique à la présidence fédérale, et délogé Slobodan Milosevic.
tf1. fr, news, 12 mars 2003,

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Djindjic, de l'ombre et des lumières
Le Premier ministre serbe Zoran Djindjic a été assassiné mercredi (12 mars 2003) à Belgrade
Flamboyant, le leader serbe avait mené la transition accélérée de son pays vers l'économie de marché, multipliant des privatisations menées souvent de façon opaque au profit d'affairistes louches
Son exécution évoque un contrat mafieux
La communauté internationale a condamné l'attentat •

Les partisans l'appelaient affectueusement «Zoki» scandant ce surnom à chacune de ses apparitions publiques, voyant en lui le leader symbole d'une Serbie ouverte à l'économie de marché, européenne et moderne où selon l'une de ses formules préférée «l'ordinateur remplacera le traditionnel alcool de prune».

Pragmatique, décidé, plutôt beau gosse et un rien voyou Zoran Djindjic régnait sur son parti, le parti démocrate, et était incontournable dans le panorama politique de l'après-Milosevic. C'était lui qui en juin 2001 avait pris l'initiative de transférer au Tribunal Pénal International de La Haye l'ancien président yougoslave pour répondre des crimes commis pendant les guerres en Croatie, en Bosnie et au Kosovo. «Avec la disparition de Djindjic une montagne s'est effondrée, il ne reste plus maintenant que des cailloux et du sable», affirmait un de ses proches conseillers encore sous le choc de l'assassinat apparemment commis par un tireur d'élite installé dans un immeuble en ruine en face du bâtiment du gouvernement serbe. Une exécution de sang froid et très professionnelle, qui évoque un contrat mafieux.

Privatisations opaques. Zoran Djindjic, 50 ans, était en effet l'homme fort de la nouvelle Serbie disposant en tant que Premier ministre de tous les réels leviers du pouvoir. Son principal rival Vojislvav Kostunica, qui fut son allié en octobre 2000 dans les manifestations de rue qui renversèrent le régime, a été peu à peu marginalisé. Ex-président d'une fédération yougoslave remplacée depuis un mois par une nouvelle union de la Serbie et du Monténégro, ce juriste au nationalisme sourcilleux était par deux fois arrivé en tête lors des élections présidentielles serbes sans pour autant atteindre le quorum indispensable de 50% des votants. «Zoki» pouvait donc administrer la Serbie comme il l'entendait et se lancer dans une transition accélérée vers l'économie de marché, multipliant des privatisations menées souvent de façon opaque au profit d'affairistes en odeur de mafia.

Une bonne partie de l'opinion rechignait à cette marche forcée. Lors des élections présidentielles de l'autonome dernier son parti et ses alliés ne recueillirent qu'à peine un tiers des voix. Djindjic restait pourtant bien décidé à continuer «la thérapie de choc», répétant à tout va «qu'un parti est comme une entreprise qui doit trouver son segment de marché». La popularité personnelle du leader du parti démocrate est pourtant toujours restée bien loin derrière celle de Vojislav Kostunica, figure grise et un peu terne mais profitant d'une réputation d'irréprochable honnêteté.

Volte-face. Beaucoup moins à cheval sur les principes, Zoran Djindjic payait en terme d'image ses trop nombreuses voltes faces. Fils de militaire, ex soixante-huitard, il a vécu dix ans en Allemagne rédigeant une thèse avec le philosophe Jürgen Habermas, penseur phare de la gauche démocratique d'outre-Rhin. Après avoir créé en 1990 (lors des premières élections libres depuis la guerre) le Parti Démocrate, il a voulu incarner face à Slobodan Milosevic, ancien apparatchik reconverti dans le nationalisme grand serbe, une opposition moderne et libérale. Mais deux ans plus tard, Zoran Djindjic n'hésitait pas à afficher son soutien aux extrémistes serbes de Bosnie. Nouveau tournant pendant l'hiver 1997: il joue de premier plan dans les grandes manifestations qui défient Milosevic dans les rues de Belgrade. En 1999, lors de la crise du Kosovo alors que l'Otan bombarde la Serbie, il se pose en interlocuteur privilégié des Occidentaux et se réfugie au Monténégro tenu par son ami Milo Djukanovic lui aussi opposé au régime de Belgrade.

«Grand nettoyage». Arrivé au pouvoir en Serbie lors des élections de décembre 2000, il a depuis clairement choisi la voie de réformes, s'entourant de jeunes et brillants technocrates parfois revenus de l'émigration. Mais il devait aussi faire les comptes avec des personnages beaucoup moins recommandables, des malfrats et des affairistes qui furent longtemps les exécuteurs des basses œuvres du régime Milosevic avant de changer de bord comme les policiers qui les couvraient. Depuis quelques mois le Premier ministre semblait finalement décidé à lancer une lutte sans concession contre le crime organisé et faire le «grand nettoyage».

Mafia de Surcin. Un procureur spécial a été nommé, mais les règlements de compte n'ont pas tardé. «Ces hommes avaient aidé Djindjic dans les moments difficiles quand il était dans l'opposition et avaient joué un rôle, le 5 octobre 2000; dans le renversement de Milosevic», reconnaît un intellectuel proche de Djindjic. Après son installation au pouvoir, certains d'entre eux ont bénéficié de juteux contrats publics. Beaucoup de ces personnages louches sont originaires de la grosse bourgade de Surcin, 20.000 habitants, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Belgrade, et surnommée par la presse indépendante «la Palerme serbe». «Les organisations criminelles serbes ne sont pas des mafias très structurées comme en Italie mais ce clan de Surcin représente ce qui y ressemble le plus avec ses chefs, ses avocats, ses hommes de main et une contiguïté étroite avec le pouvoir politique», expliquait le criminologue Bozidar Spasic (lire l'article du 11 octobre 2002), un ancien des «services» limogé par Milosevic pour raisons politiques.

Se sachant être désormais dans le collimateur des autorités, ces réseaux n'ont plus rien à perdre. S'ils bénéficient en outre de complicités au sein de l'armée comme de la police, ils craignent également d'avoir à rendre des comptes devant la justice internationale. Celle-ci exige par exemple de pouvoir juger au plus vite juger Ratko Mladic, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie.

Avertissement. Le 21 février dernier, un camion fou a foncé sur la voiture de Zoran Djindjic mais le chauffeur avait pu l'éviter. Un clair avertissement. «On a l'impression que la justice fait tout autre chose que traquer les criminels mais il faut poursuivre le nettoyage», affirmait peu après le Premier ministre dans une conférence de presse. Cette fois-ci, à peine trois semaines plus tard, ces groupes ont réussi à se débarrasser de Zoran Djindjic, plongeant le pays dans une crise sans précédent depuis le retour à la démocratie.
Libération, Par Marc SEMO, mercredi 12 mars 2003 (Liberation.fr - 19:17)

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Cet article du Monde vous est envoyé par Denis (dtouret@netcourrier.com). dtouret@netcourrier.com, -------------------------------------------------------------------------------- Réservez votre hôtel avec Accorhotel 4 000 hôtels dans le monde entier, réservation rapide à prix spécial ! Les désillusions de l'après-guerre enterrent le rêve d'un Kosovo multiethnique LE MONDE | 26.12.03 | 12h55 Quatre ans et demi après la "libération" de la province de la tutelle de Belgrade, l'euphorie est retombée, et l'absence de perspectives politiques et économiques désespère la jeunesse albanaise. Malgré la diminution des violences intercommunautaires, l'avenir de la minorité serbe reste incertain. Pristina de notre envoyé spécial Le temps de l'euphorie est bel et bien fini. Pour les Kosovars albanais, quatre années et demie après leur "libération" - le retrait de l'armée serbe du Kosovo, à l'issue des bombardements de l'OTAN contre la Serbie - l'heure est à la déception, voire à la dépression. Le Kosovo a désormais les traits communs de ses voisins, Bosnie, Croatie, Serbie : un après-guerre qui n'en finit pas, l'absence de développement économique, une infinie morosité. "Nous vivons deux clashes, analyse Baton Haxhiu, ex-rédacteur en chef de Koha Ditore, le meilleur journal kosovar. Le premier est un clash des illusions : l'une, albanaise, qui croit en une indépendance immédiate et sans conditions, et l'autre, serbe, encore imprégnée des années Milosevic, qui rêve d'un retour de l'armée et de la police de Belgrade. Le second clash, au sein de la communauté albanaise, est générationnel. Les mômes en ont marre d'hommes politiques qui ne parlent que d'indépendance et jamais d'économie, de vie quotidienne. Ils en ont marre de professeurs qui ne parlent eux aussi que d'indépendance, mais ne savent ni comment on se sert d'un ordinateur ni qui est Harry Potter !" Le premier symptôme de cette dépression est la course aux visas. Alors que, durant les deux premières années de l'après-guerre, la tendance était plutôt au retour au pays des Kosovars albanais exilés dans les années 1990, les jeunes paraissent dorénavant tous désireux de s'exiler en Europe occidentale. Leurs territoires de prédilection sont l'Allemagne et la Suisse, suivis de Londres, Rome et Paris. "Rien ne fonctionne ici ! Ni l'emploi, ni l'éducation, ni la santé ! Si l'ONU et le gouvernement kosovar ne construisent pas, vite, des écoles et des universités, ils feraient bien de construire des prisons. Les gamins n'accepteront pas de travailler pour 2 euros par jour, ils deviendront des criminels", prévient Dardan Islami, directeur de la radio Urban FM, très prisée des adolescents. SENTIMENT D'ABANDON "Nos jeunes sont très pragmatiques. C'est réjouissant. Ils sont modernes, ils voyagent, reviennent et enrichissent ce pays", enchaîne Nehat Islami, son père, un analyste sexagénaire de l'Institute for War and Peace Reporting britannique. Mais il met aussi en garde contre le sentiment d'abandon des jeunes Kosovars. "L'Union européenne doit les aider, dit-il, sinon ils deviendront comme leurs parents. L'idéal serait de les former en Europe, puis de les renvoyer ici. Le statu quo et la crise économique au Kosovo encouragent la criminalité et l'émigration." La Mission intérimaire des Nations unies au Kosovo (Minuk) et le gouvernement kosovar ont cependant d'autres priorités : la sécurité et la justice, la construction d'institutions démocratiques, le statut final de la province. "Les critiques que nous adresse la population sont parfois justifiées. Il est vrai que ni l'ONU, ni l'Union européenne ni notre gouvernement n'ont de véritable politique économique", reconnaît Ilir Dugolli, principal conseiller du premier ministre, Bajram Rexhepi. "Cela dit, poursuit-il, il ne faut pas tout comparer avec l'enthousiasme extrême de l'immédiat après-guerre. Cette euphorie ne pouvait pas durer. Les gens se rendent compte qu'on ne peut pas tout changer en une nuit." La priorité politique actuelle est le "transfert de responsabilités" programmé pour le 31 décembre. Le gouvernement issu des élections de 2002, saluées comme l'un des véritables succès onusiens dans la province, aura enfin les pouvoirs qu'il réclame sur presque tous les secteurs de la vie kosovare. La Minuk, actuellement dirigée par l'ex-premier ministre finlandais Harri Holkeri, se réservera encore le contrôle des domaines les plus sensibles, tels que les relations internationales, l'armée, la police, le système judiciaire, les douanes... Pour les Kosovars, ce "transfert de responsabilités" qui se veut historique ne change guère la donne. Depuis quatre ans et demi, le pouvoir demeure entre les mêmes mains, celles de la Minuk, du président Ibrahim Rugova, de sa Ligue démocratique du Kosovo (LDK) et de l'ex-Armée de libération du Kosovo (UCK), aujourd'hui représenté par deux partis politiques. Le gouvernement est codirigé par la LDK et l'ex-UCK, et accueille quelques ministres serbes. "D'un côté, Rugova est devenu une force autocratique au sein de son parti, tuant tout débat. Il ne daigne même pas travailler à la présidence. Toutes les décisions sont prises de sa maison, et son fils contrôle tout le business dans les municipalités LDK du Kosovo. De l'autre côté, Rexhepi, sans doute l'un de nos hommes politiques les plus décents, n'a guère de stature", déplore Veton Surroï, directeur du journal Koha Ditore, l'intellectuel kosovar le plus renommé. "Il n'existe aucune opposition, ajoute M. Surroï. Koha Ditore est la seule opposition à la Minuk, à Rugova et au gouvernement. Tous n'évoquent que des "succès", et nous les ramenons à la réalité." CONSTAT DE FAILLITE La réalité, ce sont ces jeunes qui ne rêvent que de quitter le Kosovo, qui se partagent entre de multiples petits jobs dans la journée et passent leurs nuits au Depo, au Lounge, au Punto, les bars branchés de Pristina. C'est d'ailleurs peut-être là, bien loin des processus électoraux, qu'on remarque l'une des évolutions marquantes de la vie kosovare. Discrètement, tranquillement, on y parle de nouveau la langue serbe. La méfiance n'a pas disparu, mais les jeunes Serbes travaillant pour la Minuk ou le gouvernement peuvent désormais sortir sans crainte, être accostés, conviés à boire des verres et à discuter par des Albanais qui acceptent de nouveau de parler la langue de "l'ennemi". Dans le Kosovo de l'après-guerre, c'est une évolution majeure : on ne tue plus pour un mot en serbe... La violence intercommunautaire est en nette diminution. "C'est le principal succès, commente Veton Surroï. Nous sommes passés d'une société de violence à une société où la violence n'est plus déterminante, et qui est donc sur le chemin de la démocratie." Si le Kosovo est loin d'être le royaume de la tolérance, on ne s'y tue presque plus pour des raisons politiques."En 2003, il y a eu dix meurtres de Serbes, ainsi qu'un meurtre de policier international et trois meurtres de policiers kosovars, sans doute liés à des enquêtes sur le crime organisé", constate Jean-Christian Cady, un chef adjoint français de la Minuk, responsable de la police et de la justice. "La criminalité a beaucoup décru, poursuit-il. Or il y a encore les cicatrices de la guerre, le désir de vengeance, plus de 3 000 personnes disparues... Ce qu'il faut, c'est la justice ; la réconciliation viendra ensuite." Les relations intercommunautaires de l'élite kosovare ne changent pas le fait que le Kosovo n'est pas plus multiethnique aujourd'hui qu'il ne l'était hier. "Encore une illusion, déplore Baton Haxhiu, pourtant ardent défenseur des droits de l'homme. Soyons réalistes, il n'y a pas d'avenir pour les Serbes à Pristina ! A cause de la guerre, mais aussi à cause de la vie économique et sociale, puisque les Serbes refusent d'apprendre la langue albanaise. Il faudrait arrêter de vivre sur cette illusion de multiethnicité, cesser d'être des ennemis et trouver des solutions pratiques." Veton Surroï dresse le constat de faillite des politiques, tant albanais que serbes. "Ibrahim Rugova, qui prétend être le président de tous les Kosovars, n'a jamais visité un village serbe, dénonce-t-il. De chaque côté, à Pristina comme à Belgrade, la logique politique reste à la confrontation." Rémy Ourdan -------------------------------------------------------------------------------- Le premier ministre kosovar agressé à Mitrovica La ville de Kosovska-Mitrovica, divisée entre Albanais et Serbes depuis le déploiement du contingent français de l'OTAN en juin 1999, demeure le symbole de l'affrontement intercommunautaire au Kosovo. Le premier ministre kosovar, Bajram Rexhepi, ex-maire de Mitrovica, a failli s'y faire lyncher, début décembre, alors qu'il se rendait à une réunion organisée par la Banque mondiale. Ses gardes du corps sont parvenus à l'exfiltrer d'une foule serbe déchaînée, qui s'en est ensuite prise aux véhicules de l'organisation internationale. Pour Oliver Ivanovic, chef de l'Alternative démocratique et parlementaire de Mitrovica, "Rexhepi a choisi la provocation en venant avec plein de gardes albanais armés". Jean-Christian Cady, de la Minuk, dénonce pour sa part l'attitude serbe : "Le premier ministre du Kosovo est interdit de séjour dans la partie nord de sa propre ville, dit-il, simplement parce qu'il est albanais !" - (Corresp.) . ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 27.12.03 Vos billets d'avion sur Anyway Vols réguliers et charters au meilleur prix. Hôtels, location de voiture, circuits et séjours, votre voyage est sur Anyway.com ! 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(Janvier 2004 Bosnie jeunes) Pour les jeunes de Bosnie, l'avenir c'est l'exil
Selon une étude, les trois quarts d'entre eux souhaitent quitter le pays.

Chaque matin, dans le centre de Sarajevo, les queues s'allongent devant les ambassades d'Allemagne et d'Autriche. Contrairement à la France, ces deux pays ont en effet la réputation d'accorder des visas aux jeunes de Bosnie-Herzégovine qui souhaitent séjourner à l'étranger. Et ils sont nombreux. La plupart des candidats au départ appartiennent à la nouvelle génération, celle qui est censée assurer la relève dans cet Etat profondément meurtri par la guerre (1992-1995). Tous n'obtiendront pas leur sésame pour l'extérieur mais, huit ans après la signature des accords de paix de Dayton, l'ampleur du phénomène a de quoi préoccuper la communauté internationale qui tente de stabiliser les Balkans.

«Piston».
Selon une étude publiée à l'automne par les Nations unies, près du quart des jeunes de 15 à 30 ans, toutes ethnies confondues, désirent quitter définitivement la Bosnie. Si on ajoute les 40 % qui souhaitent émigrer temporairement pour des raisons économiques et les 13 % pour suivre un cursus universitaire, le tableau devient franchement inquiétant : ce sont près des trois quarts des jeunes qui veulent prendre le large.

Anil fait partie de ceux-là. Originaire de la région de Tuzla (Nord), ce Bosniaque musulman de 22 ans compte terminer ses études d'économie au plus vite, travailler «deux ou trois ans à Sarajevo», avant de demander son visa pour l'Allemagne. «Ici, il n'y a aucune perspective, confie-t-il à voix basse. A moins d'avoir un bon piston, impossible de dégoter un boulot correct et un appartement décent.» En attendant, Anil vit dans une résidence étudiante sur les hauteurs de la capitale et paie ses études en faisant le vigile à l'entrée des boîtes de nuit. «Dans quinze ans, je reviendrai», promet-il. Mais nombre de ses amis, qui tenaient le même discours avant de partir, ne sont pas rentrés.

Comme cet étudiant de la capitale, la plupart des jeunes avancent des raisons économiques pour justifier leur volonté d'émigrer. Officiellement, le chômage touche 40 % de l'ensemble de la Bosnie-Herzégovine. «Si l'on prend en compte l'économie grise, il faut ramener ce chiffre à près de 20 %», nuance Patrice Dreiski, chef du département économique auprès du haut représentant de la communauté internationale en Bosnie. Mais, comme à l'Ouest, les jeunes sont les premières victimes du marasme économique. «Le système politique et économique né de l'après-guerre ne fait pas de place aux nouvelles générations. Elles sont confrontées à des règles du jeu opaques», reconnaît le diplomate français en faisant allusion à la corruption qui gangrène le pays.

Energies.
Dans les couloirs de l'université de Sarajevo, dont une partie est toujours occupée par les soldats de la force multinationale de l'Otan, une poignée d'étudiants tente de mobiliser les énergies. Sous la maquette d'un projet de journal, intitulé provisoirement Révolte, Mirsad Fazlic stigmatise l'archaïsme de l'enseignement supérieur. «Les cours sont exclusivement magistraux. Ils ne donnent lieu à aucune discussion, affirme ce responsable d'une association d'étudiants. La nécessaire réforme du système éducatif risque de prendre du temps : dans ce petit pays de 4,5 millions d'habitants, divisé en deux entités (la Fédération croato-musulmane et la Republika srpska, ndlr), elles-mêmes subdivisées en dix cantons, on ne compte pas moins de treize ministres de l'Education ! D'une entité à l'autre, les cursus et les diplômes ne sont pas équivalents.»

Résignation.
Face à cette situation, la majorité des étudiants ne proteste pas, se résignant soit au silence, soit au départ. «La plupart se plaignent, tout en refusant catégoriquement de s'engager en politique», souligne Zinaida Delic, la porte-parole de l'OSCE à Sarajevo, elle-même originaire du nord de la Bosnie. L'étude des Nations unies fournit un début d'explication à ce désintérêt : 94 % des jeunes interrogés se disent convaincus de n'avoir «aucune» ou «peu» d'influence sur les événements politiques. «Dans l'esprit des jeunes, la politique est assimilée à la guerre», soupire Jan Zlatan Kulenovic, responsable de l'Agence d'information des jeunes financée par le milliardaire George Soros, soulignant que, «en outre, les pages des journaux sont remplies de révélations sur les scandales de corruption».
Libération, Par Thomas HOFNUNG, lundi 02 février 2004, p. 12

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(mars 2004) Le Kosovo en proie à une flambée de violence interethnique

Les violences auraient éclaté après que des enfants albanais se sont noyés mardi soir dans une rivière en tentant de fuir un groupe de Serbes. Les violences ethniques qui ont frappé Mitrovica et Caglavica au Kosovo, mercredi 17 mars, ont fait 22 morts et environ 500 blessés, selon un bilan rendu public jeudi 18 mars à Pristina par la mission de l'ONU au Kosovo (Minuk). "Nous avons dénombré 22 tués et environ 500 blessés", a déclaré une porte-parole de la Minuk, Angela Joseph. "Parmi les blessés, 61 sont des policiers et onze des membres de la Force multinationale (KFOR)", a-t-elle indiqué. Des soldats français de la KFOR ont également été blessés, dont un grièvement.

C'est la première fois que des affrontements aussi meurtriers et aussi étendus se produisent au Kosovo depuis la fin en juin 1999 du conflit dans cette province du sud de la Serbie à majorité albanaise, placée depuis sous tutelle des Nations unies.

Ces violences reflètent l'extrême fragilité de la paix dans la province, malgré la présence de la Mission de l'ONU au Kosovo (Minuk) et des quelque 20 000 soldats de la force multinationale (KFOR) dirigée par l'OTAN.

Les violences ont éclaté d'abord à Kosovska Mitrovica, dans le nord du Kosovo, et à Caglavica, près de Pristina, chef-lieu de la province. Dans la soirée, elles semblaient avoir gagné la quasi-totalité des localités serbes du Kosovo, dans lesquelles des foules d'Albanais s'attaquaient aux Serbes.

LE DÉCLENCHEMENT DES VIOLENCES

A Kosovska Mitrovica, huit Albanais et deux Serbes ont été tués, et les Albanais comptaient environ 200 blessés et les Serbes une soixantaine, selon des sources médicales serbes et albanaises sur place et des sources de l'ONU. Onze soldats français de la KFOR ont été blessés à Kosovska Mitrovica, dont trois grièvement, selon un porte-parole de la force.

Dans la soirée, l'agence de presse Beta, citant la police locale, a annoncé que quatre Serbes avaient été tués à Lipljan, dans le centre du Kosovo. Trois Serbes ont "été battus à mort" à Gnjilane (Est), alors qu'un Serbe a été tué dans le sud-ouest de la province, toujours selon Beta. Ces informations n'ont pas pu être confirmées dans l'immédiat par l'ONU et la KFOR. Toujours selon Beta, les Albanais de Lipljan, de Gnjilane et d'autre localités incendiaient les maisons des Serbes, qui étaient évacués par la KFOR.

Les violences auraient éclaté après que des enfants albanais se sont noyés mardi soir dans une rivière en tentant de fuir un groupe de Serbes. Cette version de cet évènement n'a pas été confirmée par l'ONU. Le chef de la Minuk, Harri Holkeri, s'est refusé "à tirer des conclusions tant que l'enquête de la police est en cours".

Vers 11 heures mercredi (17 mars 2004), une marée d'Albanais a forcé les points de contrôle de la KFOR et pénétré dans la partie serbe de Mitrovica. Des affrontements ont éclaté, des pierres ont commencé à voler de part et d'autre, des coups de feu ont été échangés. Soldats de l'OTAN et policiers de l'ONU ont alors fait usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Il a fallu plusieurs heures à la KFOR pour s'interposer et reprendre le contrôle du pont qui relie les deux parties de la ville.

La Minuk a annoncé l'instauration d'un couvre-feu à Kosovska Mitrovica à partir de 19 heures.

"JOUR NOIR"

Quasi simultanément, des affrontements ont éclaté dans d'autres localités du Kosovo. A Caglavica, près de Pristina, plusieurs milliers d'Albanais ont également forcé les points de contrôle de la KFOR et de l'ONU pour affronter les Serbes. Les forces internationales ont utilisé des gaz lacrymogènes. Des tirs ont été entendus, des hélicoptères de la KFOR ont survolé le village, mais, selon un photographe de l'AFP sur place, la situation a échappé au contrôle de la KFOR et de l'ONU. Plusieurs maisons serbes ont été incendiées, tandis que des femmes et des enfants serbes commençaient à quitter le village.

De incidents violents ont eu lieu à Kosovo Polje, un faubourg de Pristina, à Pec, dans l'ouest du Kosovo, à Belo Polje, un village proche de Pec, à Prizren, dans le Sud, à Urosevac, dans le Sud-Est, et à Gnjilane, dans l'Est.

Dans la soirée, une foule d'Albanais a incendié des véhicules de la Mission de l'ONU au Kosovo (Minuk) dans le centre-ville de Pristina. Plusieurs églises et monastères serbes orthodoxes, pour la plupart des joyaux de l'architecture médiévale, ont également été incendiés. Selon l'agence Beta, tous les édifices religieux serbes de Prizren (Sud-Ouest), ont été incendiés : les églises Bogorodica Ljeviska, Saint-Georges et Saint-Spas et le monastère Saint-Archange.

M. Holkeri a qualifié les affrontements de mercredi de "jour noir" pour la province. Le premier ministre du Kosovo, l'Albanais Bajram Rexhepi, a demandé à l'ONU de "tenir le contrôle de la situation et de s'occuper des causes des troubles".

APPELS À L'ARRÊT DES AFFRONTEMENTS

A Belgrade, le premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, a réuni d'urgence son cabinet et a assuré que Belgrade ferait "tout pour arrêter les violences et la terreur" envers les Serbes du Kosovo. Lors d'un entretien téléphonique avec M. Holkeri, M. Kostunica a exigé "des activités efficaces des forces internationales de sécurité afin de faire cesser d'urgence les violences".

Le Conseil suprême de défense (VSO) de l'Etat de Serbie-Monténégro a proposé aux forces internationales de l'OTAN l'aide des troupes de Belgrade pour stabiliser la situation au Kosovo et protéger la communauté serbe.

Le ministre de la défense, Boris Tadic, a précisé à la télévision BK après la réunion qu'il s'agit d'une offre de Belgrade "d'aider avec ses troupes professionnelles les forces de l'OTAN afin de protéger les citoyens non-Albanais au Kosovo". Cette assistance devrait toutefois, a-t-il souligné, être autorisée par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Réagissant aux évènements au Kosovo, des milliers de manifestants se sont rués dans les villes de Serbie centrale pour manifester. Les mosquées de Nis (Sud-Est) et Belgrade ont été incendiées, alors que des heurts opposaient la police aux manifestants, faisant une dizaine de blessés dans le rangs des policiers.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, et le département d'Etat américain ont appelé à l'arrêt des affrontements. Le premier ministre albanais, Fatos Nano, a appelé les Albanais du Kosovo à la "retenue".
LEMONDE.FR | 17.03.04 | 18h31 • MIS A JOUR LE 18.03.04 | 11h15

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(Mars 2004 KFOR)Amnesty dénonce les ratés de la Kfor au Kosovo
Soldats français et allemands n'ont rien fait pour stopper les émeutes antiserbes de mars.

Les forces internationales ont failli à leur mission de protection des minorités au Kosovo, en mars, lors des violents affrontements qui ont fait 19 morts et 954 blessés, constate aujourd'hui un rapport d'Amnesty International qui demande notamment à la France et à l'Allemagne d'ouvrir une enquête sur le comportement de leurs troupes.

Enclaves.
Les 17 et 18 mars, des milliers d'Albanais de cette province de Serbie, au statut non résolu depuis l'intervention de l'Otan en 1999, s'étaient lancés à l'assaut des enclaves serbes et de villages tsiganes Ashkali. Convaincues sans preuves que la situation s'améliorait, les institutions internationales se sont laissées surprendre par les violences. La police internationale s'est contentée de sauvegarder ses bâtiments. Mal coordonnés, répondant chacun aux ordres de leur capitale, les contingents de la Kfor, la force de paix internationale, ont réagi d'une manière confuse. «Certains contingents nationaux, notamment ceux sous commandement français et allemand, ont interprété leur mandat comme concernant la seule protection des personnes sans l'étendre à celle des biens. En résultat, certaines troupes de la Kfor n'ont pris aucune mesure pour empêcher les émeutiers de détruire systématiquement les villages minoritaires, dont certains étaient visibles depuis leurs bases», souligne le rapport.

L'organisation donne deux exemples frappants.
Le premier, tiré de la presse allemande, met en cause les troupes allemandes basées au sud-est du Kosovo, qui ont laissé brûler le monastère des Saints-Archanges, un édifice du XIVe siècle. «Quelque 200 manifestants ont envoyé une délégation tenant un drapeau blanc auprès des Allemands pour leur dire qu'il ne leur arriverait rien de mal et que "nous voulons seulement brûler le monastère". Les soldats de la Kfor ont évacué six moines et leurs deux visiteurs dans des véhicules blindés. Le monastère a été brûlé.» Le second implique les forces françaises. Des témoins oculaires interrogés par Amnesty ont rapporté les événements qui ont abouti au saccage complet par des colonnes de manifestants du village serbe de Svinjare, situé à 500 m de la base de la Kfor française de Belvedere, au sud de Mitrovica (nord du Kosovo). «Le personnel français de la Kfor est arrivé avec des traducteurs et un bus et a évacué les 200 Serbes du village vers leur camp où ils ont pu assister à l'incendie de leurs maisons et au pillage de leurs biens tandis que la Kfor ne faisait rien pour repousser les assaillants.»

Précaire.
Amnesty, poursuit le rapport, «comprend que la Kfor française a donné la priorité à la protection des personnes» mais estime que l'échec des troupes à protéger les biens favorise le déplacement des minorités, «la destruction systématique» de leurs maisons étant «un message clair qu'elles doivent partir». Moins médiatisé, le sort de la petite communauté tsigane Ashkali est tout aussi précaire, souligne Amnesty qui demande aux pays de l'Union européenne d'accéder à leur demande d'émigrer.
Par Hélène DESPIC-POPOVIC, jeudi 08 juillet 2004 (Liberation - 06:00)

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«Les Serbes du Kosovo vivent comme dans une prison»
Ulcérés par leur situation, ils ont massivement boudé les législatives de samedi (23 octobre 2004).

C'est un hameau plus qu'un village avec 180 maisons alignées sagement des deux côtés de la rue. Il n'y a pas de magasin, pas d'église, et pratiquement plus d'habitant, mais il y a une gare. C'est là que tous les matins débarquent quelques dizaines d'hommes qui repartiront quatre heures plus tard par ce que l'on n'appelle plus que le «petit train des enclaves».
Des soldats français de la Kfor, la force de l'Otan au Kosovo, les attendent à l'arrêt et les comptent. Ils les recomptent au départ. «S'il en manque, nous nous mettons à leur recherche pour voir ce qui leur est arrivé», dit le plus gradé du groupe.

Ces hommes que l'on veille comme des convalescents sont les habitants serbes du village, chassés par les émeutes albanaises de mars qui ont fait 19 morts. Ils sont désormais hébergés au nord de la ville de Mitrovica, côté serbe.
Avec 137 maisons brûlées sur les 850 démolies pendant trois jours de violence, Svinjare, l'unique hameau serbe situé en lisière de la partie sud de Mitrovica, a été le village le plus touché et un programme pour la reconstruction a été mis en place par la communauté internationale qui administre depuis juin 1999 cette province du sud de la Serbie peuplée en majorité d'Albanais de souche.
Là à Svinjare, comme ailleurs dans les enclaves serbes du Kosovo, l'écrasante majorité de la population a boycotté les élections législatives de samedi.

Insécurité.
Comme chaque jour, Milica et Dragomir Pantic, un couple marié depuis cinquante-six ans, viennent voir où en sont les travaux de leur maison. Du container blanc «offert par la Russie au peuple serbe», ils sortent des tabourets flambant neufs où ils pourront reposer leurs vieilles jambes.
Les travaux ont été confiés pour l'essentiel à des entreprises albanaises du sud de Mitrovica. Aucun habitant du village n'a été employé sur ce chantier. Le vieux couple de 75 ans regarde le bâtiment, reconstruit à l'identique, reprendre allure.
«C'est ma maison, sans vraiment l'être, dit la vieille Milica. Tout a brûlé. Je n'ai plus un souvenir.» En même temps que les clefs, les ménages devraient recevoir à l'issue des travaux un chèque de 2 000 euros pour compenser la perte de leur mobilier.
Peu d'entre eux croient toutefois qu'ils se réinstalleront un jour dans leurs murs. La saison agricole est perdue, bétail et outils ont disparu. Le compteur électrique posé sur le mur extérieur de la maison des Pantic a été volé quelques jours après avoir été installé par les ouvriers.
Plus que leurs biens, c'est l'absence de sécurité qui préoccupe les habitants du village. La caserne des soldats français se trouve à peine 500 mètres plus loin, et suffisamment en hauteur pour voir tout ce qui se passe dans le village.
«On se croyait en sécurité. Mais le 17 mars, quand les émeutiers ont déferlé sur notre village, les soldats de la Kfor sont venus nous chercher. Nos hommes voulaient qu'ils restent avec eux pour les empêcher de tout saccager. Mais ils n'ont pas voulu. Et de la caserne, on a regardé le village brûler», se souvient Milica Pantic.

Les cinq années précédentes depuis le déploiement des forces de l'Otan avaient déjà été difficiles. «Les Albanais qui habitent les 30 maisons au bout sud du village nous insultaient en nous disant :"Partez en Serbie ."
Et on ne pouvait quitter le village que dans des camions militaires accueillis à coups de pierre, raconte Milica Pantic. L'arrivée du petit train nous avait fait reprendre espoir.» Personne n'exclut la possibilité d'une nouvelle flambée de violence.
«Un des maçons nous a dit que de toute façon ces maisons ne sont pas pour nous et qu'on y installera des paysans albanais de la Drenica», poursuit-elle. Désemparés, les paysans ne croient plus à des changements, surtout pas électoraux : «Cela fait cinquante ans que je vote, dit Milica, et la situation est toujours allée de mal en pis.»

Mécontentement.
Tout aussi désemparés, les derniers Serbes de Pristina, logés dans un immeuble du centre-ville placé sous la protection de la Kfor, ont boudé les urnes. Il n'y a eu samedi lors des deuxièmes élections organisées depuis la guerre dans la province que trois bulletins de vote placés dans leur bureau où il y avait 130 inscrits.
En 2001, lors du premier scrutin, la participation avait été de 100 %. «Nous croyions que les choses pouvaient changer, mais nous vivons comme dans une prison, sans même pouvoir tourner au coin de la rue», explique Zivka Savic, une ancienne cadre du service d'électricité qui a perdu son emploi. «S'il y avait eu le moindre progrès, nous serions allés voter, indépendamment de ce qui se dit à Belgrade», dit-elle.

Le chef de la mission des Nations unies (UNMIK), Soren Jessen-Petersen, qui administre de fait la province, n'a pas caché son mécontentement devant l'ampleur du boycottage de ces législatives par la communauté serbe, rejetant la responsabilité sur ses «prétendus leaders».
L'église orthodoxe et le Premier ministre de Serbie avaient appelé à ignorer le vote. Le président de Serbie et le ministre des Affaires étrangères de Serbie-Monténégro avaient au contraire soutenu la participation.
Il semble qu'ils aient sous-estimé le sentiment d'insécurité qui s'est emparé des enclaves du centre du pays, en 2001 les plus acquises à prendre part au jeu politique, et qui sont les plus menacées en cas de répétition des violences.
A Gracanica, un gros bourg fédérant quelque 17 villages et 2 000 habitants, à quelques kilomètres de Pristina, un des bureaux de vote n'a eu qu'un seul votant... le candidat de la liste appelant au vote.
Par Hélène DESPIC-POPOVIC, lundi 25 octobre 2004 (Liberation - 06:00), Libération, 25 octobre 2004, p. 10

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(Octobre 2004) Le parti de Rugova en tête

Le parti du président Ibrahim Rugova a remporté les élections législatives au Kosovo sans atteindre la majorité absolue.
Avec 47% des voix selon les premières estimations, la Ligue démocratique du Kosovo devancerait nettement le Parti démocratique du Kosovo de l'ex-chef de la guérilla albanaise, Hashim Thaçi, crédité de 27 % des suffrages.

Le scrutin a été marqué par un massif boycottage des Serbes, mécontents des garanties sur leur sécurité données par la Minuk, la mission de l'ONU.
Le nouveau Parlement devra voter d'importantes mesures en matière de droits de l'homme exigées par l'ONU pour que débutent en 2005 les négociations sur le statut de la province. Celles-ci doivent permettre de déterminer si le Kosovo deviendra indépendant ou s'il restera lié à la Serbie.
Ibrahim Rugova a estimé que le succès de l'élection prouvait que le Kosovo était en mesure de se prendre en charge et que «le temps de l'indépendance [était] venu». (AFP, Reuters)
lundi 25 octobre 2004 (Liberation - 06:00), Libération, 25 octobre 2004, p. 10

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(Octobre 2005) Feu vert pour discuter le statut du Kosovo
L'ONU a entamé les discussions pouvant déboucher sur l'indépendance de la région.

Six ans après l'intervention de l'Otan au Kosovo, le Conseil de sécurité des Nations unies a donné hier le coup d'envoi de l'ouverture de négociations pouvant déboucher, à terme, sur l'indépendance de cette région de 2 millions d'habitants, théoriquement sous souveraineté serbe et peuplée à plus de 90 % d'Albanais. Depuis l'entrée, en juin 1999, des forces de l'Otan dans cette province autonome du sud de la Serbie après une courte guerre contre le régime de l'ex-président Milosevic, le Kosovo est administré par l'ONU qui a, au fil des ans, créé les institutions permettant son fonctionnement, dont un président et un parlement.

Normes.
Le fil conducteur de la communauté internationale était que la province devait atteindre un niveau acceptable de démocratie et de coexistence entre Albanais et Serbes pour définir son avenir de manière apaisée. C'est ce que, dans le jargon onusien, on avait appelé «les normes avant le statut». L'émissaire de l'ONU, Karl Eide, a constaté, dans un rapport récent, que les progrès ne s'étendaient pas à la justice, la police et les droits des minorités, mais a estimé que le statu quo ne pouvait plus satisfaire les protagonistes. Il a donc proposé d'avancer sur la question du futur statut du Kosovo tout en maintenant une présence internationale, plutôt européenne, tant militaire que civile, celle-ci ayant pour but d'améliorer la police et la justice. Ce modèle correspond à ce que beaucoup d'analystes de la région appellent «l'indépendance conditionnelle».

Coup de pouce.
Les négociations entre Belgrade et Pristina pourraient prendre des mois et s'achever par une conférence internationale. Les deux parties partent sur des positions opposées, Belgrade plaidant pour une autonomie quasi absolue mais sans souveraineté, Pristina réclamant l'indépendance formelle tout en acceptant une éventuelle «mission d'observation ou de conseil». Sans alliés, Belgrade n'a aucune chance de faire valoir ses arguments, mais peut espérer, en consolation, recevoir un coup de pouce pour ses intégrations atlantique et européenne. Pristina peut en revanche compter sur la lassitude occidentale. Le coût de la mission et sa durée ont en effet convaincu les internationaux de la nécessité de conclure. Les émeutes antiserbes de 2004 leur ont aussi fait comprendre qu'ils pourraient devenir les victimes des prochaines protestations.
Libération, par Hélène DESPIC-POPOVIC, QUOTIDIEN : mardi 25 octobre 2005, p. 11

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Décès du président du Kosovo
Ibrahim Rugova, le «père» de l'indépendance de la province serbe, devait prendre mercredi la tête de la délégation kosovare aux pourparlers de Vienne.

Le président du Kosovo, Ibrahim Rugova, est décédé samedi, chez lui entouré de sa famille, de ses conseillers et de médecins américains. Cet Albanais de souche âgé de 61 ans, emblème de la lutte du Kosovo pour l'indépendance, était soigné depuis septembre 2005 pour un cancer du poumon.

Son décès est survenu à quelques jours de l'ouverture par les Nations unies de négociations sur le statut du Kosovo, province administrée par l'Onu depuis la mi-1999 mais encore, théoriquement, partie intégrante de la Serbie. A l'annonce de ce décès, l'émissaire des Nations unies au Kosovo, le Finlandais Martti Ahtisaari, a déclaré à Reuters que l'ouverture de ces négociations directes, normalement prévue le 25 janvier à Vienne, avait été reportée au début du mois de février.

Rugova, qui devait en personne conduire la délégation kosovare, n'a pas de successeur désigné au sein de sa formation, la Ligue démocratique du Kosovo, déchirée par des dissensions, et aucun projet pour le remplacer à la tête de l'équipe de négociateurs du Kosovo n'a été annoncé.
Cet intellectuel francophile, qui avait fait ses études à la Sorbonne et avait enseigné la littérature, a été de 1989 à 1999 l'artisan de la résistance passive face à la reprise en main serbe, après l'abrogation du statut d'autonomie octroyé par Tito au Kosovo en 1974.
LIBERATION.FR : samedi 21 janvier 2006 - 15:09, D'après Reuters

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Le bras droit de Rugova lui succède au Kosovo
Fatmir Sejdiu élu à la tête de cette province serbe qui aspire à l'indépendance.

L'homme est lisse, plutôt élégant et parfaitement urbain. Au troisième tour de scrutin, Fatmir Sejdiu, 54 ans, seul candidat en lice, a été élu vendredi par le Parlement du Kosovo président de cette province du sud de la Serbie peuplée en écrasante majorité d'Albanais de souche, qui aspirent à l'indépendance.

«Cette fonction représente un poids particulier pour moi, étant donné qu'elle était exercée auparavant par notre président historique», a déclaré modestement cet infatigable et dévoué bras droit du défunt «père de la nation», Ibrahim Rugova, mort le 21 janvier d'un cancer au poumon.

«Statut final». Fatmir Sejdiu va s'installer à son tour dans le petit palais ocre au coeur de Pristina qui fut le siège du musée du Kosovo avant de devenir celui de la présidence. Les pouvoirs dont il disposera sont surtout honorifiques, les compétences du Kosovo n'étant guère plus étendues que celle d'un Land allemand. La province est sous protectorat international depuis le départ des forces serbes en juin 1999.

Premier rendez-vous pour le nouveau président : fin février doivent commencer les négociations entre Serbes et Albanais sur le «statut final», avec la médiation de l'envoyé spécial de l'ONU, le Finlandais Martti Ahtisaari. Trouver un compromis tient de la gageure. Belgrade veut conserver une souveraineté au moins formelle sur une province qu'elle considère comme le berceau de la culture serbe. Pour les Albanais, il est hors de question de renoncer à leur rêve d'indépendance.

«Je veux que l'indépendance du Kosovo soit reconnue internationalement», a déclaré Fatmir Sejdiu juste avant son élection, s'inscrivant ainsi dans la continuité de Rugova, qui répétait volontiers que «l'indépendance est déjà un compromis puisque les Kosovars ont renoncé à l'union avec l'Albanie». Le défunt président était un nationaliste fervent mais il a toujours refusé le recours à la violence, se gagnant le surnom de «Gandhi des Balkans».

S'il manque de charisme, Fatmir Sejdiu a néanmoins toute la légitimité requise pour reprendre cet héritage. Marié et père de trois enfants, il était depuis 1989 le secrétaire général de la Ligue démocratique du Kosovo, parti fondé par Ibrahim Rugova pour organiser la résistance civile de masse après la suppression par Slobodan Milosevic du statut d'autonomie dont bénéficiait cette province au sein de la Yougoslavie socialiste. Il fut l'un des piliers de la création d'une société parallèle avec ses institutions, ses écoles, ses dispensaires. Et, comme Rugova, il s'est toujours opposé à la lutte armée même quand la guérilla de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) a commencé à tenir le devant de la scène en 1998-1999, précipitant le conflit avec Belgrade puis l'intervention de l'Otan.

Inéluctable. Cette réputation de modéré lui facilitera les discussions avec les autorités serbes, qui refusent le dialogue avec d'anciens chefs de la guérilla, comme Hashim Thaçi. «J'appelle toutes les minorités, notamment serbes, à coopérer avec nous pour le bien-être du Kosovo, dans l'intérêt de tous», a répété Sejdiu devant le Parlement, boycotté par les dix élus serbes.

Les négociations sur le statut final seront dures. Jeudi, des milliers de Serbes ont défilé à Mitrovica pour protester contre les propos d'un haut fonctionnaire britannique qui estimait inéluctable l'indépendance du Kosovo. Les diplomaties occidentales veulent simplement «conditionner» cette indépendance future au respect des standards européens notamment en matière de respect du droit des minorités.
Le Monde, par Marc SEMO, QUOTIDIEN : samedi 11 février 2006

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(Mars 2006) Un ancien guérillero à la tête du Kosovo
Agim Ceku, ex-chef de l'UCK, nommé Premier ministre.

C'est un tournant politique au Kosovo deux mois après la mort d'Ibrahim Rugova, le leader historique du combat des Kosovars pour l'indépendance, décédé d'un cancer en janvier. Mais la nomination au poste de Premier ministre d'Agim Ceku, 45 ans, irrite Belgrade et risque de compliquer encore un peu plus les négociations, qui ont commencé à Vienne fin février, sur le statut final de cette province du sud de la Serbie placée sous protectorat international depuis 1999. Les Albanais de souche, qui représentent 90 % du 1,8 million d'habitants, veulent l'indépendance. Les Serbes exigent le maintien d'une souveraineté, même formelle, de Belgrade.

Crédibilité.
Parmi les siens, ce colosse au verbe haut qui dirige depuis la fin de la guerre la TMK ­ une force de défense civile de 5 000 hommes ­ est incontestablement l'un des leaders les plus populaires, tout à la fois craint et respecté pour son passé de chef militaire dans l'UCK, la guérilla albanaise qui mena le combat contre Belgrade. Pressenti hier par le président Fatmir Sejdiu comme nouveau chef de gouvernement, cet ancien officier de l'armée yougoslave est censé incarner un sursaut et redonner un peu de crédibilité à un gouvernement jugé «incompétent et corrompu».

«Le général Ceku a montré ses qualités de leader au cours des périodes les plus difficiles pour le Kosovo et a fait preuve d'attachement aux tâches qui lui avaient été confiées», a affirmé son parti, l'Alliance pour l'avenir du Kosovo, en présentant sa candidature en remplacement de Bajram Kosumi, contraint à la démission, ainsi que le président de l'Assemblée, Nexhat Daci, membre de la Ligue démocratique du Kosovo, le parti du défunt Rugova. Ce grand nettoyage a eu lieu alors que l'émissaire des Nations unies, le Finlandais Marti Ahtisaari se trouvait à Pristina, la capitale kosovare. L'ONU faisait pression pour un changement d'équipe et l'instauration d'un gouvernement à même de réaliser les réformes indispensables, notamment pour garantir les droits des minorités.

Crimes de guerre.
La nomination d'Agim Ceku, qui doit encore être entérinée par le Parlement kosovar, déchaîne déjà la colère serbe. «Ce choix montre que la partie albanaise s'énerve et a choisi la voie de la radicalisation», a martelé Sanda Raskovic-Ivic, une responsable à Belgrade. «Cela pourrait signifier que les Albanais du Kosovo ont renoncé à tout compromis», renchérit Goran Bogdanovic un des représentants serbes locaux.
A Belgrade, Ceku est en effet inculpé de crimes de guerre contre des civils serbes au Kosovo, mais aussi en Croatie, où il avait combattu à partir de 1991, gagnant ses galons de général.
Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie avait ouvert une enquête qui n'a pas abouti et il ne fait pas partie de la liste des accusés.
Libération, par Marc SEMO, QUOTIDIEN : vendredi 03 mars 2006, p. 9

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lundi 22 mai 2006, 10h34 Le Monténégro choisit l'indépendance

PODGORICA (Reuters) - Plus de 55% des électeurs du Monténégro ont voté en faveur de l'indépendance, dépassant ainsi le seuil fixé par l'Union européenne pour la validation du résultat du référendum organisé dimanche, d'après des résultats officiels partiels.

Le président de la commission chargée de l'organisation du référendum, Frantisek Lipka, a déclaré que 55,4% des électeurs s'étaient prononcés pour la fin de l'union avec la Serbie.

Le taux de participation a été de 86,3%, a-t-il précisé.
Yahoo.fr, actualités, lundi 22 mai 2006, 10h34

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samedi 27 mai 2006, 12h02 Timor oriental: nouvelles violences à Dili, l'Onu évacue des personnels

DILI (AFP) - De nouvelles violences ont éclaté samedi (27 mai 2006) entre bandes rivales à Dili, capitale du Timor oriental où l'Onu a commencé à évacuer son personnel non essentiel, malgré l'arrivée de troupes étrangères, cependant que des milliers d'habitants fuyaient le centre ville.

Des bandes jeunes armés de machettes, de poignards et de lance-pierres se sont affrontées samedi dans les rues de la capitale où plusieurs maisons et voitures ont été incendiées.

"C'est l'Est (de l'île) contre l'Ouest, des soldats contre des soldats (...). C'est de la folie", déclare un religieux, le père Lalo.

Nombreux sont ceux qui estiment qu'une fracture existe au Timor oriental entre les habitants de l'ouest et ceux de l'est, qui parlent différents dialectes.

"C'est une querelle communautaire qui s'est embrasée en raison du contexte général", explique un responsable des Nations unies, lesquelles ont annoncé samedi l'évacuation de leur personnel non essentiel du Timor oriental.

Un total de 390 personnes doivent être acheminées par avion vers l'Australie tandis qu'un noyau d'une cinquantaine de personnels restera sur place, précise la porte-parole de l'Onu Donna Cusumano.

"Les incidents d'aujourd'hui sont affligeants car ces jeunes ont ruiné notre image de tolérance et de paix", a déclaré à des journalistes le ministre des Affaires étrangères José Ramos-Horta.

Ajoutant à la confusion, le Premier ministre timorais, Mari Alkatiri, a estimé que les violences de samedi visaient à renverser son gouvernement.

"Ce qui se trame est une tentative de coup d'Etat. Mais je suis persuadé que le président de la République (ndlr, Xanana Gusmao), avec qui j'ai des contacts permaments, continuera de respecter la constitution de la République démocratique du Timor-Leste", le nom officiel du Timor oriental, a déclaré à des journalistes M. Alkatiri.

Alkatiri est un rival politique du chef de l'Etat.

Dans la ville, les affrontements entre gangs rivaux ont poussé des milliers d'habitants à amasser en hâte leurs effets dans des voitures ou des charrettes en direction de l'aéroport sécurisé par les militaires étrangers, chargés de rétablir l'ordre après les récents affrontements entre soldats déserteurs et armée régulière.

"Je suis censée dormir où ce soir"?, s'écrie une femme dont la maison a été incendiée. "Tout est parti en fumée", dit-elle

L'Australie a promis un total de 1.300 soldats, dont 450 sont en place depuis vendredi avec quatre hélicoptères Blackhawk fournissant un appui aérien et un croiseur lance-missiles. Trois autres navires de guerre sont attendus en renfort.

Les forces australiennes et malaisiennes déjà à pied d'oeuvre seront épaulées par 120 militaires néo-zélandais et 120 gendarmes du Portugal, l'ancienne puissance coloniale.

La Force de défense australienne (ADF) a annoncé samedi que l'un de ses commandants sur place s'apprêtait à rencontrer le chef des soldats rebelles, le général Alfredo Reinado, après avoir reçu l'assurance des autres factions de leur coopération aux efforts de paix.

"Nous amènerons les militaires et les policiers à regagner leurs casernes et les groupes dissidents à rentrer chez eux", a déclaré à des journalistes à Canberra le vice-président de l'ADF, le général Ken Gillespie.

Toutefois, a-t-il ajouté, le désarmement de gangs rivaux n'entre pas dans le mandat des forces étrangères.

Le Timor Oriental est en proie à la crise la plus grave depuis qu'il a voté pour l'indépendance en 1999.

En mars dernier, quelque 600 soldats, soit environ 40% des forces armées timoraises, ont été exclus de l'armée après avoir observé une grève pour protester contre ce qu'ils considéraient comme des discriminations fondées sur l'appartenance régionale.

A l'origine des troubles déclenchés le 28 avril et qui ont fait une vingtaine de morts, les rivalités opposant plusieurs centaines de soldats révoqués de l'armée après s'être plaints de discriminations et de leurs conditions de vie, à des forces de sécurité loyales au pouvoir.

L'escalade des affrontements a culminé jeudi quand une dizaine de policiers désarmés ont été tués non loin du quartier général de l'Onu, incapable d'arrêter des tirs d'un groupe de soldats.
Yahoo.fr, actualités, Par Victor TJAHADI

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L'ONU pour l'indépendance surveillée du Kosovo La province serbe, à majorité albanaise, resterait sous contrôle international. Par Marc SEMO, Libération, QUOTIDIEN : mardi 27 mars 2007

Le médiateur des Nations unies Martti Ahtisaari a remis hier au Conseil de sécurité son rapport sur le statut futur du Kosovo et le compte à rebours s'accélère. «L'indépendance est la seule option viable pour un Kosovo politiquement stable et économiquement viable», écrit l'ancien président finlandais, proposant que l' «exercice de l'indépendance du Kosovo et la réalisation de ses obligations exposées dans le rapport soient supervisés et soutenus durant une période initiale par une présence internationale civile et militaire». Cette province du sud de la Serbie est administrée par l'ONU depuis la fin de la guerre de 1998-1999 entre le régime autoritaire de Slobodan Milosevic et les séparatistes albanais.

Colonial.

Les Albanais de souche, désormais largement majoritaires (plus de 90 %), vivent ce statut intermédiaire comme colonial et exigent l'indépendance. Les Serbes veulent au contraire conserver une souveraineté, même formelle, sur cette province qui a été le berceau de leur histoire. Le président serbe Boris Tadic, pourtant réformiste proeuropéen, affirme que «jamais la Serbie n'acceptera l'indépendance du Kosovo», qui constituerait un «dangereux précédent juridique et politique».

Martti Ahtisaari après avoir pris acte de l'échec de quatorze mois de négociations directes à Vienne entre Pristina, la «capitale» kosovar, et Belgrade a transmis le dossier à l'ONU. C'est dans un mois seulement que le Conseil commencera à discuter concrètement du statut du Kosovo. Les Etats-Unis ont d'ores et déjà annoncé soutenir l' «indépendance surveillée» de la province. Les Européens, en premier lieu Londres et Paris qui disposent d'un siège permanent et du droit de veto, sont sur la même ligne. Mais les Russes, alliés traditionnels des Serbes, pourraient en revanche mettre leur veto à une telle résolution. Ils clament haut et fort qu'ils refuseront «toute solution imposée de l'extérieur», et donc ce dépeçage du territoire serbe. Le chef de la diplomatie russe Serguei Lavrov a lancé des appels «à la poursuite des négociations», affirmant que si le médiateur finlandais «avait épuisé ses ressources», il suffisait de le remplacer. Mais si Moscou hausse le ton, il n'a pas encore été question explicitement de veto.

«Précédent».

La partie qui s'ouvre aux Nations unies s'annonce néanmoins délicate. «Une résolution du Conseil est essentielle afin de verrouiller le processus portant à l'indépendance et éviter qu'il ne serve de précédent», souligne un diplomate français. Tous le craignent. Pendant le processus d'éclatement de la Yougoslavie, la communauté internationale a reconnu l'indépendance des ex-Républiques dans leurs anciennes frontières administratives. Un processus qui commença avec la Slovénie et la Croatie en 1991, pour s'achever avec le Monténégro l'an dernier. C'est aussi la logique des accords de Dayton qui ont mis fin à la guerre en Bosnie avec la création de deux entités, l'une serbe, l'autre croato-musulmane, sous un toit commun. Mais le Kosovo dont le statut d'autonomie fut supprimé en 1990 par Slobodan Milosevic, n'a jamais été une République. D'où la peur de réactions en chaînes, par exemple parmi les Serbes de Bosnie, qui pourrait remettre en cause le fragile équilibre mit sur pied par la communauté internationale dans les Balkans. Mais un nouveau renvoi de l'indépendance entraînerait aussi des explosions de violence des Kosovars. Avec un risque de déstabilisation régionale au moins aussi grand.
Par Marc SEMO, Libération, QUOTIDIEN : mardi 27 mars 2007, p. 9

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Bush, VRP de l'indépendance du Kosovo. Le futur statut de la région serbe, majoritairement peuplée d'Albanais, divise la communauté internationale.
Par Arnaud Vaulerin, avec AFP LIBERATION.FR : lundi 11 juin 2007

Cacophonie sur le futur statut du Kosovo. En visite en Bulgarie lundi, George Bush a de nouveau répété que le Kosovo devait être indépendant, tout en déclarant qu'il fallait offrir à la Serbie la perspective d'une intégration à l'Otan afin qu'elle accepte la perte de sa province à majorité albanaise.

«Le moment est venu de faire avancer le plan Ahtisaari», du nom médiateur de l’ONU accordant une quasi-indépendance au Kosovo, a déclaré le président américain lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue bulgare Georgi Parvanov à Sofia. «L'Amérique croit que le Kosovo doit être indépendant», a-t-il dit malgré les résistances de la Serbie et de son alliée russe.

Dimanche, à Tirana (Albanie) où il a été accueilli en héros, Bush a été explicite et a rejeté l’hypothèse d’un «dialogue sans fin» sur le Kosovo. En pleine crise des relations avec la Russie, il a même menacé de passer outre à l'opposition de celle-ci pour établir l'indépendance de la province placée sous contrôle international depuis 1999.

Si Américains et Européens, favorables à l'indépendance du Kosovo, ne parviennent pas rapidement à un accord avec les Russes et les Serbes, qui y sont hostiles, «vous devez dire: ça suffit, le Kosovo est indépendant», a déclaré M. Bush, au cours d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre albanais Sali Berisha à Tirana.

S'il apparaît qu'un terrain d'entente ne peut être trouvé «dans un délai relativement rapide (...) nous devons déposer (au Conseil de sécurité de l'ONU, ndlr) la résolution» conduisant le Kosovo à une quasi-indépendance. «C'est ce que date-butoir veut dire», a affirmé le président américain.

A Belgrade, l’entourage immédiat du Premier ministre Vojislav Kostunica, a indiqué que le gouvernement serbe proclamerait «immédiatement nulle et non avenue» toute déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo.

La fermeté américaine rajoute à la cacophonie sur le futur statut du Kosovo. Jeudi, au G8 de Heiligendamm en Allemagne, Nicolas Sarkozy avait surpris diplomates et chefs d’Etat en proposant d'instaurer un délai de six mois avant tout vote d'une résolution au Conseil de sécurité, mais avec, pour préalable, une reconnaissance par Moscou du caractère inéluctable de l'indépendance. En vain.

La Russie avait insisté sur la nécessité de respecter l’intégrité du territoire de la Serbie. De son côté, Angela Merkel, la chancelière allemande, avait indiqué que le «temps pressait» et qu'elle n'était pas favorable à un report d'une décision sur le statut futur du Kosovo.

Dans les prochains jours, le débat ne devrait pas manquer de rebondir au Conseil de sécurité des Nations unies qui doit décider du statut de la province serbe, administrée par l'ONU depuis 1999.
Par Arnaud Vaulerin, avec AFP LIBERATION.FR : lundi 11 juin 2007

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Valeurs Actuelles n° 3692 paru le 31 Août 2007 Monde Les nouvelles mafias Europe : Drogue, armes, clandestins… Par Michel Arnaud

Aussi discrète que violente, la mafia albanaise est l’une des organisations criminelles les plus secrètes du monde. Sa progression a été foudroyante. Selon les circonstances, elle s’allie aux “réseaux traditionnels”ou les combat, que ce soit la Mafia sicilienne ou la N’dranghetta calabraise, avec lesquelles les règlements de comptes sont en général sanglants. L’activisme des Albanais conduit les Italiens à faire le ménage chez eux et à rappeler leurs “règles” non écrites. Le sextuple meurtre commis à Duisburg (Allemagne) dans la nuit du 14 au 15 août, attribué à la N’dranghetta, est sans doute une conséquence de cette pression albanaise.

Composée de clans familiaux, cette nouvelle mafia de l’Est est très hiérarchisée, solidement armée, imprégnée de codes d’honneur ancestraux qui imposent la loi du silence. En 2000, quelques mois après la fin de la guerre menée par l’Otan contre la Serbie au Kosovo, province serbe frontalière de l’Albanie peuplée à 90 % d’albanophones, Xavier Raufer et Stéphane Quéré tiraient déjà la sonnette d’alarme dans la Mafia albanaise, une menace pour l’Europe.

Trois ans plus tard, Stéphane Quéré détaillait “l’implantation réussie” en Europe des clans albano-kosovars. Moins brutale et plus structurée, cette mafia étend aujourd’hui sa toile sur la France, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, la Suisse, la Belgique. Dans le quartier londonien de Soho, elle aurait détrôné les Jamaïcains. Cette situation est préoccupante à l’heure où la communauté internationale souhaite accorder l’indépendance au Kosovo, dans une région gangrenée par des trafics en tous genres.

Depuis 2005, cette organisation criminelle s’est “recentrée” sur deux activités principales : la drogue et le trafic d’êtres humains. Un tiers de l’héroïne consommée en Europe occidentale en provenance des Balkans transite par l’Albanie (trois millions d’habitants), pour une valeur estimée à deux milliards de dollars. « Les clans albanais avaient fait des côtes du pays, jusqu’en 2005, un hub criminel performant, dont les principaux terminaux étaient les ports de Vlora et de Durrës, ainsi que la côte est de l’Italie », explique un spécialiste du dossier en Belgique.

La drogue passe par les régions de Macédoine tenues par les anciens rebelles de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), aujourd’hui au pouvoir à Pristina, capitale du Kosovo. Elle est transportée jusqu’en Italie par des scafi (vedettes rapides), puis récupérée par la Sacra Corona Unita. Cette collaboration n’a rien de surprenant. Dans les années 1990, le clan du Kosovar Agim Gashi s’était allié au clan Morabito de la N’dranghetta, avant que Gashi ne soit arrêté en 1998 à Milan.

Depuis plusieurs années, les branches kosovares de la mafia albanaise vendent aussi de l’héroïne, notamment en Suisse et en Autriche. « En s’appuyant sur ses cousins ou en utilisant la force, la mafia albanaise prend des parts croissantes sur ce créneau de la distribution en Allemagne, en Belgique et au Royaume-Uni, s’opposant violemment en cela à la maffya turque », constate encore cet expert. La France n’est pas épargnée. Au début de l’année, le tribunal de Lyon a condamné à huit et sept ans de prison Bekim Limani et Florim Gjocaj, deux Albanais du Kosovo, chefs de deux importantes filières de vente d’héroïne dans la région Rhône-Alpes.

Transitaires et distributaires, les “familles” veulent passer à la vitesse supérieure en travaillant en amont du trafic d’héroïne, à l’instar de leurs homologues turcs. Leur présence est signalée en Afghanistan et au Pakistan. Fin 2006, des Albanais arrêtés en Italie acheminaient depuis l’Afghanistan plus de 700 kilos d’héroïne. Un signe qui ne trompe pas : plusieurs mariages ont été célébrés entre Kosovars et Afghans depuis 2005. Des clans du Kosovo et de la Macédoine ont aussi pris position sur le marché de la cocaïne sud-américaine. Au début de l’année, 500 kilos de cocaïne provenant du Venezuela ont été saisis au poste frontière de Blace, entre le Kosovo et la Macédoine.

Le trafic d’êtres humains est l’autre grande manne financière. Des dizaines de milliers de migrants clandestins passent par l’Albanie pour rejoindre l’Europe occidentale. À près de 1 000 euros le passage, cette activité rapporte des dizaines de millions d’euros. « Les Albanais reprennent la main en Belgique, assurent le passage des clandestins à Londres via Ostende ou Calais », raconte le commissaire belge François Farcy dans un récent article du quotidien le Soir.

Après avoir pratiqué l’enlèvement de femmes albanaises, les mafieux achètent désormais des filles de l’Est (Bosnie-Herzégovine, Moldavie, Ukraine…) à des groupes criminels des Balkans. Ils contrôlent le proxénétisme dans plusieurs pays européens : leur “masse de manœuvre” compte plus de 30 000 prostituées en Italie, des dizaines de milliers en Allemagne et au Royaume-Uni, des milliers en France.

La mafia albanaise s’est restructurée au cours des dernières années, le plus souvent dans la violence. Pas moins de 22 assassinats ont été recensés depuis 2001, dont celui de Vajdin Läme, ancien policier devenu entrepreneur, tué le 15 mars 2005. Un an plus tard, Lulzim Krasniqi, patron de la mafia albanaise en Croatie, était à son tour abattu.

On estime à 15 le nombre de clans mafieux albanais – principalement dans la capitale, Tirana, et à Durrës –, dont, parmi les plus connus, Hakemarrja per Drejetsi (“La vengeance pour la justice”), dirigés par six frères et cousins germains, Hoja e Bardhe (“L’ombre blanche”) et Era e Jugut (“Le vent du Sud”). Certains ont quitté leurs fiefs traditionnels, pour s’installer à l’étranger.

Les arrestations opérées contre le clan de Lushnjë ont révélé qu’une partie des chefs s’étaient installés à Istanbul. « Le temps des cow-boys qui paradaient la mitraillette à la main est fini. Maintenant, les caïds sont des hommes d’affaires comme les autres qui se font discrets et n’hésitent pas à riposter si leur nom apparaît dans la presse », constate le criminologue Xavier Raufer.

À Tirana, le nouveau gouvernement du libéral Sali Berisha, ancien chef de l’État de 1992 à 1997, vainqueur des élections législatives de juillet 2005, a décidé de faire la guerre à cette mafia. C’est du jamais vu en Albanie. En quelques mois, 12 des 15 clans ont été touchés. Pas moins de 43 “parrains” et une centaine de tueurs à gages ont été arrêtés. En même temps, plus de 90 opérations de police ont visé des clans en Macédoine, en Italie et en Turquie. Une enquête a même été ouverte contre le procureur général d’Albanie, accusé d’être lié avec le monde du crime organisé. « Sali Berisha a osé faire quelque chose d’inouï. Il a mis en prison quelqu’un qui porte son nom. Cela ne se fait pas, le clan est sacré en Albanie », indique Xavier Raufer. Arrêté l’année dernière, Lulzim Berisha est accusé de nombreux meurtres et de divers trafics.

L’article 298 du code pénal albanais a été modifié. Considéré comme un délit, le trafic d’êtres humains est désormais assimilé à un crime. Une loi votée récemment interdit pendant trois ans la navigation des scafi dans les eaux territoriales albanaises. Un numéro vert a été créé pour encourager les dénonciations. Cette ligne directe aboutit dans le bureau de Sali Berisha, qui encourage par ailleurs ses concitoyens à lui envoyer directement des SMS sur son propre téléphone portable !

Face à cette attaque frontale, la “pieuvre” semble s’être repliée. « Nous observons un effet de déplacement géographique vers le Kosovo, la partie albanophone de la Macédoine et le Monténégro », indique Xavier Raufer. Les services spécialisés constatent aussi d’intéressants déplacements de forces : « La mafia albanaise utilise le port monténégrin de Bar comme plate-forme d’export vers les plages tenues par la Sacra Corona Unita. » La partie est encore loin d’être gagnée. Michel Arnaud

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Le combat pour l’honneur du colonel Méchain Le militaire, accusé de divulgation de secret-défense, ne se satisfait pas d’un non-lieu.
Par PATRICIA TOURANCHEAU, Libération, QUOTIDIEN : mercredi 5 septembre 2007, p. 10

Accusé en 2000 de fuites de documents secret-défense issus de la force de l’Otan au Kosovo, le colonel de gendarmerie Jean-Michel Méchain, 54 ans, a décroché un non-lieu le 21 juin 2007 et demande sa «réhabilitation» au ministère de la Défense. Mais sa demande bloque.

Brillant officier de gendarmerie certes, Méchain n’est pas du genre à plier, le doigt sur la couture du pantalon, ou à rentrer dans le rang.
La Grande Muette ne s’accommode guère de cette forte tête, saint-cyrien trop volubile et cabot, trop cultivé et critique. C’est d’ailleurs ce qui lui a attiré des ennuis au Kosovo.

Prix fort.

Conseiller juridique au commandement des forces de l’Otan (Kfor) à Pristina, le colonel Méchain n’avait pas hésité à moucher le général Poncet, patron du détachement français, qui voulait utiliser des méthodes expéditives et «refaire la bataille d’Alger à Mitrovica».

Lors d’une réunion dans la ville à l’automne 1999, en présence du colonel Rondot, représentant le ministre de la Défense, le colonel Méchain avait remis en place le général, plus galonné que lui, en lui rappelant l’existence d’ «un cadre juridique» qui empêche les arrestations arbitraires dans Mitrovica. Il l’a payé au prix fort.

Depuis son arrivée au Kosovo en juillet 1999, Méchain ne ménage pourtant pas sa peine. Il remplace pendant deux mois le procureur de Mitrovica, incarcère des criminels de guerre et dénonce la découverte de charniers au tribunal pénal international.

Il utilise le biais du football pour constituer un réseau de renseignements sur les mafias serbes et albanaises. Il aide Bernard Kouchner, alors représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Kosovo, à élaborer le statut juridique de Mitrovica.

Le 5 janvier 2000, son supérieur direct, le général Thomann, fait un rapport dithyrambique sur cet «officier de classe exceptionnelle ayant un sens des relations humaines et qui sait susciter l’adhésion [...]. Le colonel Méchain s’est imposé d’emblée au sein des instances internationales au Kosovo par sa compétence, son entregent et sa très vive intelligence. Cultivé et incisif, il s’est vu confier des responsabilités sans cesse élargies et a été un élément fondamental de l’influence de la France au Kosovo».

Mais cet allié de Méchain cède sa place au général Lemierre, un officier inflexible et opposé à la politique de Kouchner, qu’il juge antiserbe et pro-albanais. Pas de chance, c’est l’époque où celui-ci demande le détachement du colonel Méchain à ses côtés, comme conseiller spécial antimafia.

Des notes au vitriol sur l’atypique Méchain parviennent au cabinet d’Alain Richard, ministre de la Défense, traitant le gendarme de «fêtard», d’ «exalté», et de «libertin». Le colonel décèle dans ces «calomnies» la résurgence d’un vieux conflit avec l’armée de terre qui remonte au putsch d’Alger, quand «les gendarmes ont été appelés pour casser l’OAS».

Il sait qu’il paie également son opposition insolente aux arrestations arbitraires du général Poncet et sa popularité auprès de Kouchner. En tout cas, le ministère de la Défense refuse de le laisser à Kouchner et le rappelle d’office le 14 février 2000. Méchain revient à Paris, fou de rage.

Pugilat.

Deux articles sur l’état d’exaspération et de défiance des militaires français au Kosovo à l’égard de Bernard Kouchner paraissent, dans le Point du 25 février et le Canard enchaîné du 1er mars.
Fliqué, et même filé dans les rues de Paris, comme un vulgaire espion, Méchain explose. Le 20 mars, le voilà qui piège ses suiveurs de la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la Défense), la police interne des militaires.
Il repère huit «Pieds Nickelés de la DPSD» à ses basques et exhibe sa carte tricolore : «Vous cherchez quelqu’un ? Je suis officier de gendarmerie.» Deux «filocheurs» lui tombent dessus et lui lancent : «T’as pété les plombs, ta carrière est finie, t’es plus rien.» Méchain les démasquent, «vous êtes de la DPSD», prend un coup de genou dans les testicules.
Des policiers de la brigade anticriminalité déboulent dans ce pugilat et attrapent deux fauteurs de troubles de la DPSD. La police se débarrasse dès le lendemain de ce «dossier chaud de bagarre entre chaussettes à clous».
La DST, service de contre-espionnage, qui enquête sur les fuites de notes secret-défense, prend le relais.

Méchain se retrouve en garde à vue tout un weed-end à la DST, accusé d’avoir divulgué aux journaux deux notes du général Lemierre de la Kfor à Pristina.
Sans preuves ni aveux, les juges antiterroristes Bruguière et Ricard expédient le colonel en prison, contre l’avis du procureur.

Le haut gradé se sent alors «victime d’une lettre de cachet à la Louis XIV». Son avocat William Bourdon peste contre cette «décision inique» et obtient de la cour d’appel, après deux jours passés à la Santé, sa remise en liberté assortie d’un contrôle judiciaire. Mais le mal est fait.

Cassé et humilié, le brillant officier qui fut enfant de troupe à 17 ans, chef de poste à Beyrouth-Ouest en 1981, décoré d’une «citation au feu» après l’attaque aux obus de sa caserne, se retrouve lâché par ses pairs, «trahi» et «déshonoré».
Affecté à la garde républicaine, puis dans des placards à la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN), Méchain a tout perdu dans son divorce provoqué par l’affaire, et enchaîne sur une dépression qui a duré cinq ans.

Ses sept ans de galère viennent de se solder par un non-lieu pour «prescription de l’action publique» par «absence d’acte d’instruction» depuis 2002.
Du coup, le colonel Méchain relève la tête, prêt à se battre pour obtenir sa «réhabilitation», à savoir un grade de général et une publicité sur son non-lieu.
Ou bien une «réparation» financière.

Le ministère de la Défense ne compte pas «promouvoir ou rembourser» Méchain, car «une indemnisation implique une faute au départ de l’administration. Or, son non-lieu ne tranche rien sur sa culpabilité», analyse la directrice des affaires juridiques.

Extinction.

A l’inverse, Me Bourdon souligne «la contradiction absolue à avoir instruit de façon aussi pugnace au départ et le désintérêt manifesté par la suite par les juges» qui ont laissé pourrir le dossier jusqu’à son extinction, plutôt que de blanchir Méchain pour «absence de charges» et lui permettre d’obtenir des indemnités de l’Etat.
A défaut, le colonel Méchain envisage de monter un syndicat dans l’armée.

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Kosovo épuration feutrée
Environnement hostile, insécurité, incitations à vendre leurs maisons : huit ans après la guerre, les derniers Serbes quittent la province à majorité albanaise, avant son indépendance programmée.
Envoyé spécial à Lipjan MARC SEMO photos LIONEL CHARRIER. MYOP Libération, QUOTIDIEN : mercredi 19 décembre 2007

Avec ses murs recouverts de crépi blanc, la maison est semblable à toutes les autres de la ruelle boueuse où pataugent des troupeaux d’oies. Un village serbe typique. Mais sur le pas de la porte, le nouveau propriétaire arbore fièrement le plis, le bonnet blanc traditionnel des Albanais, et à côté de l’entrée trône un calendrier montrant une jeune femme en uniforme embrassant le drapeau rouge albanais frappé de l’aigle à deux têtes.

«La guerre est finie et je n’ai fait de mal à personne. Alors pourquoi aurais-je hésité à venir habiter ici ?» explique avec un air matois Milaim Beqa. Ce sexagénaire et sa femme, avec un de leurs fils, leur bru et leur petite-fille, se sont installés au printemps à Gracko. C’était encore un hameau presque exclusivement serbe de la périphérie de Lipjan, l’une des dernières communes encore multiethniques du centre du Kosovo. Milaim a acheté la maison 25 000 euros à un vieux couple de paysans serbes partis rejoindre leurs enfants à Nis (Serbie). En moins de deux ans, cinq des quelque soixante maisons de Gracko ont ainsi changé de mains.

Aucun avenir

«Cet Albanais a l’air d’être un bon voisin et nous nous saluons tous les matins mais d’autres vont venir : ils se sont installés d’abord aux entrées du village puis maintenant au centre et peu à peu, tout sera à eux», soupire Slavica Miloslavljevic, 69 ans, qui habite la maison voisine. Comme les autres habitants de la ruelle, il attend désormais «une bonne offre» pour quitter les lieux. Son fils, technicien en télévision, fait déjà la navette avec Mitrovica, dans le nord du Kosovo, où résident 60 000 Serbes dans un territoire limitrophe de la Serbie. Lui s’est accroché tant qu’il a pu, mais il a fini par se résigner : «Il n’y a plus aucun avenir» pour les quelque 50 000 Serbes vivant sous la protection des troupes de l’Otan (Kfor) dans les enclaves du centre et du sud de cette province placée sous administration de l’ONU après le retrait des forces de Belgrade au printemps 1999.

Plus de 200 000 Serbes avaient pris la route de l’exil juste après la guerre. Depuis, l’exode continue, discret mais régulier, avec des pointes dans les moments de crise comme après les émeutes antiserbes de mars 2004 qui avaient fait une trentaine de morts. Le mouvement risque de s’accentuer alors que le Conseil de sécurité de l’ONU entame aujourd’hui le débat sur le statut final de cette province du sud de la Serbie. L’indépendance, voulue par les Albanais, qui représentent désormais 90 % de la population, devrait se concrétiser dès le printemps 2008.

«Nettoyage ethnique»

«Pendant huit ans, l’ONU et l’Otan n’ont pas réussi à assurer une vie normale aux Serbes. Alors comment imaginer que ceux-ci puissent vouloir rester dans un Kosovo indépendant s’ils ont une occasion de partir ?» explique, fataliste, le jeune pope Sinisa Milenkovic. Des soldats finlandais de la Kfor installés sur un mirador veillent sur l’église et les petites maisons du quartier serbe, un ghetto en plein centre de Lipjan. 2 000 personnes y vivent, surtout âgées. Avec ceux des villages avoisinants, ils ne sont plus que 9 000 Serbes dans la commune, sur un total de 85 000 habitants. Les Serbes formaient auparavant la moitié de la population. Si l’on compte les Roms, les Ashkalis (Tsiganes albanais), les Goranis (slaves islamisés), les Turcs et quelques Croates, les minorités représentent un quart de la population locale. Toutes vivent sous pression de la majorité albanaise.

«C’est un nettoyage ethnique par l’argent, moins spectaculaire mais tout aussi systématique que celui mené auparavant par la terreur. Enfin, il a au moins le mérite d’assurer un capital à ceux qui partent», reconnaît un expert de la Minuk, l’administration des Nations unies pour le Kosovo. L’un des objectifs du protectorat était de garantir les droits des minorités, notamment les Serbes. Ils ont des sièges réservés au Parlement kosovar, et un système de double majorité leur assure qu’aucune loi les concernant ne peut être votée contre leur gré. Le serbe reste la langue officielle, avec l’albanais. Le plan d’indépendance sous tutelle concocté par l’ONU accroît encore ces garanties.

Mais les bonnes intentions de la communauté internationale se fracassent quotidiennement sur la réalité des rapports de forces. Un règlement de la Minuk en vigueur depuis 2001 stipule ainsi que «la vente des biens immobiliers est interdite dans les zones où les minorités sont majoritaires» à moins d’une autorisation particulière. Mais celle-ci est désormais accordée presque systématiquement après un entretien mené avec l’acheteur et le vendeur pour s’assurer «du caractère pleinement volontaire de la transaction». «Empêcher de vendre celui qui veut vendre, c’est revenir au socialisme de Tito», s’exclame Shukri Buja, 42 ans, le nouveau maire de Lipjan, élu début décembre sous l’étiquette du PDK (Parti démocratique du Kosovo) du Premier ministre Hashim Thaci (ex-UCK).

Exactions

Ancien commandant de la guérilla, le premier citoyen de Lipjan sait qu’il doit rassurer et répète à tout-va que son «premier objectif est d’éviter tout dérapage avant l’obtention du statut final et de garantir la multiethnicité de la commune»… Encore installé au siège local du parti dans un bureau orné de photos de «martyrs pour la libération des terres albanaises» posant en treillis, kalachnikov à la main, l’ancien guérillero assure même être «le mieux à même de garantir la sécurité». Il fut un témoin à charge au procès Milosevic à La Haye pour raconter les nombreuses atrocités commises dans la zone par les forces serbes pendant la guerre. Mais dans cette région où, après l’arrivée des troupes de l’Otan, la guérilla régnait en maître, beaucoup accusent les commandants de l’UCK d’avoir couvert l’enlèvement et l’assassinat de nombreux Serbes. A l’époque, ces exactions furent dénoncées par la Minuk comme «systématiques et organisées afin de chasser la population non albanaise».

«Vie parallèle»

«Comment pourrions-nous ne pas être inquiets alors qu’à Pristina comme à Lipjan les anciens chefs de la guérilla s’installent au pouvoir ? Surtout après ce qu’il s’est passé à Gracko», témoigne Zoran Cirkovic, chef du village et instituteur d’une école qui se vide inexorablement. A peine une quarantaine d’enfants, alors qu’ils étaient plus du double avant la guerre. Sur le mur de l’école, une plaque de marbre pourpre rappelle les noms des cinq habitants tués par «l’agression de l’Otan» au printemps 1999 et ceux des dix-neuf villageois assassinés en juillet 1999 «par la terreur albanaise». Deux autres jeunes ont été tués en 2001. «C’est beaucoup de morts pour un si petit village. Nous avons payé un prix très lourd pour rester ici», explique l’instituteur.

Lors des émeutes de 2004, le village de Gracko fut assiégé pendant près de deux jours avant que n’arrivent les soldats de la Kfor. Depuis, les violences ont cessé mais les intimidations continuent. Ainsi l’an dernier, à la veille du Jour des morts, une vingtaine de tombes furent profanées et le petit cimetière entouré de mines antipersonnel. Dans la journée, les paysans continuent de travailler leurs champs ou se rendent à Gracanica, la grande enclave serbe du centre du Kosovo, distante d’une dizaine de kilomètres, pour faire leurs courses. Mais dès la nuit tombée, plus personne ne sort du village. C’est une vie parallèle, comme «dans une prison à ciel ouvert», où l’on écoute la télévision serbe, où l’on utilise le réseau de téléphone mobile serbe et où les voitures portent toujours les vieilles plaques yougoslaves.

Pour les Serbes qui habitent Lipjan, la situation est meilleure, même si personne n’a oublié les violences de 2004, la fuite précipitée dans la nuit, les maisons brûlées. «Avec l’aide de l’ONU, elles ont été reconstruites, mais à quoi bon puisque leurs habitants y restent cloitrés», soupire le pope. Longtemps condamnés à circuler par les chemins boueux entre les maisons plutôt que d’emprunter les artères principales, les Serbes de Lipjan se hasardent maintenant au centre-ville dans les rues grouillant de monde, bordées de cafés et pizzerias. «Mais nous faisons toujours attention à parler le moins possible en serbe quand nous croisons des groupes de personnes», soupire Ivana Vlasic, employée à la mairie au titre du quota réservé aux minorités. Avec ses collègues albanais, les rapports sont courtois et ils parlent entre eux aussi bien en serbe qu’en albanais. Mais dans les occasions officielles, chacun utilise sa propre langue, avec interprète. Et l’on ne se fréquente jamais hors des heures de travail.

Les enseignants, médecins ou autres fonctionnaires de l’ex-administration serbe continuent à être payés par Belgrade, qui tient à maintenir sa présence étatique au Kosovo et offre un double salaire en prime de risque. Les médecins serbes de la ville, une bonne douzaine, touchent ainsi près de 1 000 euros par mois, autant qu’un ministre kosovar. Par intérêt bien compris, tous ceux-là comptent bien rester jusqu’au bout. «Nous ne parlons jamais entre nous de l’indépendance», explique le docteur Zoran Trajkovic qui, comme beaucoup d’autres Serbes, veut croire que «jamais la Russie ne laissera faire ça». Mais la présence serbe s’amenuise de jour en jour, hors des quelques grandes enclaves quasi monoethniques, institutionnalisées par le futur plan de décentralisation concocté par l’ONU.

«Il faut maintenant ouvrir une école albanaise à Gracko», assène Milaim Beqa, las de devoir chaque jour conduire en voiture sa petite-fille à l’école de Lipjan. C’est une albanisation rampante, tranquille et débonnaire mais implacable. Des Albanais ayant tout perdu dans la guerre sont aidés financièrement pour s’installer dans des villages serbes en payant les maisons au prix fort. «Belgrade va manipuler les Serbes du Kosovo pour saboter l’indépendance et nous devons occuper le terrain dans certaines zones cruciales», reconnaît un homme d’affaires albanais de Lipjan.

Quant aux retours de Serbes exilés, ils restent exceptionnels malgré les aides généreuses de la communauté internationale. Un programme avait ainsi été lancé à Konjuh, autre village de la périphérie de Lipjan. Une douzaine de maisons de brique ont été édifiées en plein cœur du hameau en lieu et place de celles brûlées en 1999. Elles sont dotées de tout le confort avec frigos et machines à laver. L’inauguration s’est déroulée en grande pompe, début décembre. Mais depuis, ces maisons ont été désertées. «Le dernier des Serbes est parti une semaine plus tard, en emportant tout ce qu’il pouvait emporter», explique Azim Haliti, un voisin, qui assure «regretter sincèrement» leur départ : «Désormais, la communauté internationale s’intéresse surtout à eux. S’ils étaient restés, nous aurions peut-être enfin eu le tout-à-l’égout.»

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La Tribune.fr - 17/02/08 à 8:23 - latribune.fr, avec agences Indépendance Kosovo : le parlement a proclamé l'indépendance

Le parlement du Kosovo, peuplé à 90% d'albanophones, a voté dimanche par acclamation la proclamation d'indépendance de cette province du sud de la Serbie à majorité albanaise.
Vojislav Kostunica, Premier ministre serbe, a condamné cette déclaration unilatérale d'indépendance.

Le Parlement du Kosovo a voté dimanche par acclamation la proclamation d'indépendance de cette province du sud de la Serbie à majorité albanaise, a constaté l'AFP. "A partir de maintenant, le Kosovo a changé de position politique, nous sommes désormais un Etat indépendant, libre et souverain", a déclaré le président du parlement, Jakup Krasniqi, aux députés qui avaient auparavant voté par acclamation lors d'une session plénière extraordinaire.

La proclamation d'indépendance du parlement kosovar est un "important développement" pour le Kosovo et une déclaration officielle devrait être faite lundi à l'issue d'une réunion à Bruxelles, a déclaré dimanche un porte-parole du Foreign Office.

Les Etats-Unis, principaux artisans de l'indépendance du Kosovo, cherchent aujourd'hui à limiter la casse avec la Serbie pour éviter qu'elle ne tourne le dos à l'UE et retourne dans le giron de la Russie.

Dimanche, la porte-parole de la Maison blanche, Dana Perino, a indiqué à la presse à Dar es Salaam, où le président George W. Bush poursuivait une tournée en Afrique, que de hauts responsables américains avaient été en contact avec leurs homologues russes et serbes à propos de la déclaration d'indépendance du Kosovo.

Vojislav Kostunica, Premier ministre serbe, a condamné dimanche la déclaration unilatérale d'indépendance adoptée quelques minutes plus tôt par le parlement kosovar à Pristina, évoquant à cet égard "un Etat faux". Pour le chef du gouvernement de Belgrade, le soutien apporté par les Etats-Unis à cette initiative "viole l'ordre international".

Le commandement des forces de l'Otan au Kosovo, le général français Xavier de Marnhac, a prévenu que la KFOR "répondrait et s'opposerait à toute provocation qui pourrait se produire pendant cette période, aussi bien de la part des Albanais que des Serbes".

A Belgrade, un millier de personnes avaient manifesté samedi contre la perte du Kosovo. "Nous sommes prêts à nous battre pour le Kosovo", a affirmé l'un des manifestants, Ivan Ivanovic. Mais le pouvoir serbe, qui a fait voter cette semaine par les députés une résolution annulant par avance l'indépendance de la province, a exclu de recourir à la force. Il pourrait en revanche prendre des mesures de sanction, comme une fermeture des frontières ou la non-reconnaissance des passeports délivrés à Pristina.

Le ministre serbe pour le Kosovo, Slobodan Samardzic, a déclaré dimanche que l'Etat serbe resterait au Kosovo "là où c'est possible" et réitéré que Belgrade refuse de coopérer avec la mission de l'UE et les Kosovars albanais, juste avant leur proclamation d'indépendance. "L'Etat serbe sera présent au Kosovo afin de permettre aux citoyens, Serbes et tous ceux qui sont loyaux à la Serbie, une vie normale", a déclaré M. Samardzic à Kosovska Mitrovica, la ville ethniquement divisée du nord du Kosovo. Le ministre se référait à la partie nord du Kosovo, adossée à la Serbie et peuplée en majorité de Serbes, mais également aux enclaves serbes disséminées sur le territoire du Kosovo.

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Le Kosovo divise l'Europe De notre correspondant à Bruxelles Pierre Avril 18/02/2008 | Mise à jour : 08:26

Réunis lundi à Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept devraient reconnaître au Kosovo une place à long terme au sein de l'Union.

Bien que, dans leur grande majorité, les 27 États membres de l'Union européenne soutiennent l'indépendance du Kosovo, ils ont accueilli hier avec retenue l'annonce de la déclaration solennelle effectuée à Pristina. En attendant lundi la réunion, à Bruxelles, des ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept, censée définir une stratégie aussi unitaire que possible, les grandes capitales cherchaient hier à faire profil bas, épousant en cela la modération également perceptible à Washington.

Si Rome, Berlin, Paris et Londres s'apprêtent à reconnaître officiellement le nouvel État balkanique, elles se sont bien gardées de le proclamer dès hier. Seul le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a souhaité «bonne chance au Kosovo», tandis que Dublin annonçait son intention, «le moment venu», de reconnaître le nouvel État.

L'Italie, en revanche, s'est contentée de «prendre acte» de la proclamation kosovare, tandis que le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank Walter Steinmeier, appelait les parties à la modération et à la retenue.
Alors que la Serbie, soutenue par la Russie, jugeait illégale l'initiative de Pristina, le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, a appelé «tout le monde à agir calmement et de façon responsable». Les dirigeants kosovars, a-t-il précisé, devraient «se montrer à la hauteur de leurs responsabilités».

Cette discrétion se justifie d'autant plus que l'Union européenne, qui redoute des violences dans les Balkans, s'avance en ordre dispersé. Elle s'attend à ce que la Serbie, en guise de mesures de représailles, porte plainte contre les États européens qui noueront des contacts diplomatiques bilatéraux avec le Kosovo. Ces procédures seraient alors diligentées devant la Cour internationale de justice, l'institution basée à La Haye et chargée des litiges entre États.

La promesse de l'adhésion

Par solidarité orthodoxe ou par crainte de menaces sécessionnistes dans leur propre pays, une poignée d'États membres, comme la Bulgarie, la Grèce, la Slovaquie, la Roumanie ou l'Espagne devraient refuser pour l'instant de traiter le Kosovo comme un État à part entière.
Même le président tchèque, Vaclav Klaus, a mis en garde ses homologues contre «l'effet domino» que constituait la déclaration d'indépendance kosovare. Hier, comme pour donner raison à ce dernier, le gouvernement régional basque estimait, à l'intention de Madrid, que l'indépendance de cette province des Balkans était une «leçon à suivre»… Chypre, dont la partie nord de l'île est occupée par la Turquie depuis 1974, pourrait ne jamais reconnaître le Kosovo, du moins pas tant que Nicosie n'aura pas recouvré sa souveraineté sur l'ensemble du territoire chypriote.

Lundi à Bruxelles, «l'UE ne va pas décider de l'attitude à suivre par chacun des États membres,» résume un diplomate. Faute de pouvoir reconnaître le Kosovo comme un seul homme, l'Union devrait se contenter de l'appeler à «un avenir stable, démocratique et pluriethnique». La «perspective européenne» du Kosovo en clair la promesse à long terme d'une adhésion à l'UE devrait également être réaffirmée. Les Vingt-Sept ajouteront enfin que cette perspective est «commune» à tous les pays des Balkans occidentaux. Y compris à la Serbie…

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Le TPI acquitte l’ex-Premier ministre kosovar HÉLÈNE DESPIC-POPOVIC Libération QUOTIDIEN : vendredi 4 avril 2008

Accusé de crimes contre l’humanité, l’ancien Premier ministre du Kosovo, Ramush Haradinaj, ex-chef de guerre et plus haute personnalité kosovare jamais déférée devant la justice internationale, a été acquitté hier par le Tribunal pénal international (TPI) pour l’ex-Yougoslavie. «La chambre ordonne que vous soyez libéré dès que possible», a déclaré sous les applaudissements d’une partie du public le juge Alphons Orie.

Dès son début, ce procès s’annonçait difficile en raison des pressions exercées sur les témoins et de la bonne réputation dont jouissait l’accusé, considéré comme un politicien modéré auprès de la mission de l’ONU, la Minuk, qui a administré le Kosovo après l’intervention de l’Otan contre la Serbie en 1999. Le procureur avait requis vingt-cinq ans de prison contre l’ancien commandant pour la région de Dukagjini, dans l’ouest du Kosovo, âgé de 39 ans, ainsi que contre Idriz Balaj, 36 ans, chef de la milice des Aigles noirs, et Lahi Brahimaj, 38 ans, à la tête du camp de prisonniers de Jablanica. Seul ce dernier a été condamné. Il fera six ans de prison.

Les trois hommes étaient accusés d’avoir torturé et exécuté des civils serbes et des opposants, afin de les chasser de la région frontalière de l’Albanie, qu’ils contrôlaient dès 1998. Mais le procès de Haradinaj, qui s’était livré volontairement et avait été remis en liberté provisoire avec le droit de faire de la politique, a vite tourné court. Après la mort suspecte de neuf témoins de l’accusation, dont trois protégés et deux policiers, beaucoup ont préféré revenir sur leurs accusations. Au point que la défense a renoncé à convoquer des témoins à décharge.

Alors que Pristina, la capitale du Kosovo indépendant depuis février exulte, Belgrade accuse mal le nouveau coup. «Le tribunal de La Haye se moque de la justice et des victimes qui ont péri de la main d’Haradinaj», s’est plaint le Premier ministre serbe, Vojislav Kostunica. En renforçant les ressentiments de Belgrade, le verdict va rendre plus difficile encore la coopération entre la Serbie et le TPI, retardant d’autant les arrestations attendues des bourreaux de la Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic.

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Les Djukanovic restent maîtres du Monténégro
HÉLÈNE DESPIC-POPOVIC Libération QUOTIDIEN : mardi 8 avril 2008 p. 13

Les résultats officiels ne seront publiés qu’aujourd’hui, mais ils sont déjà connus et sans surprise : le président monténégrin sortant, Filip Vujanovic, a été réélu au premier tour de la présidentielle, dimanche.

Cet ancien avocat de 53 ans est un féal de Milo Djukanovic, l’homme fort qui a conduit le pays à l’indépendance en 2006. Quand l’un occupe le poste de président, l’autre est Premier ministre, et ceci depuis quinze ans, un scénario qui a peut-être inspiré Vladimir Poutine en Russie, ou l’a du moins convaincu de sa viabilité.

Premier ministre de 1998 à 2002, Vujanovic a été élu président en 2003. Une seule fois chef de l’Etat, Milo Djukanovic effectue, à 45 ans, son quatrième mandat de Premier ministre. Il a quitté la politique après la proclamation de l’indépendance, mais y est revenu en février au poste qu’il affectionne le plus, celui de Premier ministre - l’homme qui détient les vrais pouvoirs.
Inutile donc de dire combien ce petit pays de 650 000 habitants est verrouillé par les partisans du tandem Vujanovic-Djukanovic.

Centralisateur.
En maints aspects, le Monténégro est une exception en ex-Yougoslavie. Issu d’une sécession tranquille avec la Serbie, il est le seul pays à ne pas avoir connu l’alternance politique. Le DPS, le Parti démocratique des socialistes, qui dirige le pays depuis 1990, est le successeur de l’ancienne Ligue des communistes, dont il a gardé les biens.

Centralisateur et adepte de Slobodan Milosevic, Djukanovic sut prendre ses distances après les accords de paix de Dayton (1995) qui ont mis fin au conflit en Bosnie, rester neutre pendant les bombardements de l’Otan lors du conflit au Kosovo (1999) et faire évoluer son pays sur sa propre voie sans froisser la partie de la population qui se déclare serbe.

Lucratif.
Le clan Djukanovic dirige le Monténégro comme une entreprise. Ses fidèles se partagent justice, police et argent, notamment celui des privatisations. Un clan qui se confond avec la famille.
L’hebdomadaire Monitor, une des rares voix d’opposition non suspectée de défendre les intérêts serbes, a relevé que la femme de Filip Vujanovic est juge de la cour d’appel, et son frère président du barreau.
La procureure chargée du crime organisé est la belle-sœur du ministre de la Justice.
Sœur de Milo Djukanovic, Ana Kolarevic a, elle, quitté la Cour suprême pour devenir avocate spécialisée dans le secteur lucratif des privatisations.

Les amis du Premier ministre dominent les principaux secteurs de l’économie (hôtellerie, mines, énergie, immobilier).
Djukanovic, qui vient d’échapper grâce à son immunité à une enquête italienne sur un trafic de cigarettes remontant aux années 90, a des intérêts dans des sociétés de consulting, de management et d’immobilier.
Associé à la création d’une université privée, il a des actions dans une banque qui appartient à son frère, Aco.

Ces liens entre politique et business expliquent le record de longévité politique de celui qui fut le plus jeune Premier ministre d’Europe.

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Le premier ministre kosovar accusé de trafic d'organes
S.L. (lefigaro.fr) avec AFP 14/04/2008 | Mise à jour : 15:10 |

Selon Carla del Ponte, Hashim Thaçi, actuel premier ministre du Kosovo, aurait été impliqué dans un trafic d'organes de prisonniers serbes en 1999.

Selon l'ex-procureure du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie Carla Del Ponte, de hauts responsables albanais du Kosovo ont organisé le meurtre de centaines de prisonniers serbes, dont les organes étaient ensuite revendus. La Serbie souhaite une enquête.

Des prisonniers systématiquement dépouillés de leurs organes quitte à les tuer, leurs reins, leurs poumons revendus à l'international, c'est le scénario de film d'horreur que révèle l'ex-procureure du Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie Carla Del Ponte dans un livre à paraître dans le mois.

Selon la procureure, qui a traqué durant huit ans les criminels de guerre de l'ex-Yougoslavie, environ 300 prisonniers, dont des femmes, des Serbes et d'autres ressortissants slaves, ont été transportés au courant de l'été 1999 depuis le Kosovo jusqu'en Albanie où ils étaient enfermés dans une sorte de prison.

Là, «des chirurgiens prélevaient leurs organes. «Ces organes étaient ensuite envoyés depuis l'aéroport de Tirana vers des cliniques à l'étranger pour être implantés sur des patients qui payaient», écrit Carla del Ponte dans «La chasse, moi et les criminels de guerre». Et, précise-t-elle, leurs bourreaux n'hésitaient pas à aller plus loin. «Les victimes privées d'un rein étaient de nouveau enfermées dans une baraque jusqu'au moment où elles étaient tuées pour d'autres organes».

De hauts dirigeants Albanais du Kosovo impliqués

Toujours selon Carla del Ponte, «les dirigeants d'un niveau intermédiaire et élevé de l'UCK étaient au courant et étaient impliqués de manière active dans la contrebande des organes». Or, les responsables de l'organisation indépendantiste kosovare à l'été 1999 étaient Agim Ceku, premier ministre du Kosovo de mars 2006 jusqu'en janvier 2008, et Hashim Thaçi, actuel Premier ministre.

Si les informations de la procureure sont exactes, le scandale est donc énorme. Mais, comme elle l'avoue elle-même, ses sources, des «journalistes fiables» et des membres de l'ONU, ne suffisent pas à enquêter. Elle déplore d'ailleurs, les «violences contre les témoins» prêts à évoquer les crimes de l'UCK durant la guerre du Kosovo.

La Serbie annonce lundi après-midi qu'elle va demander au Tribunal pénal international (TPI) d'ouvrir «très rapidement» une enquête. A défaut, Begrade enquêtera de son propre chef.

Le livre de Carla Del Ponte a déjà fait du bruit. Notamment en Suisse, dont l'ex-procureure est ambassadrice en Argentine. Berne a interdit à Del Ponte de présenter son ouvrage en Italie, estimant qu'il était incompatible avec son statut.

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Au Kosovo, un ancien agent brise le tabou des assassinats politiques Piotr Smolar Article paru dans l'édition du 09.12.09 LE MONDE | 08.12.09 | 16h43 • Mis à jour le 09.12.09 | 07h09

Nazim Bllaca a longtemps été un homme de l'ombre. Le voici à la "une" de tous les médias kosovars. Le 30 novembre, les policiers d'Eulex, la mission européenne déployée dans le pays, ont interpellé cet ancien membre de la guérilla albanaise (UCK, l'Armée de libération du Kosovo), âgé de 37 ans. La veille, il s'était livré à une confession retentissante devant les journalistes, un DVD à la main. Celui-ci contenait le recensement de 17 assassinats et tentatives d'assassinats politiques dans lesquels il aurait été impliqué, entre mi-1999 et 2003. Lui-même revendique une responsabilité directe dans l'un d'entre eux.

Placé en résidence surveillée, sans avocat car aucun ne souhaite le défendre, Nazim Bllaca a supplanté dans le débat public les audiences actuelles devant la Cour internationale de justice (CIJ), qui examine à la demande des Serbes, la légalité de la proclamation de l'indépendance, le 17 février 2008.

Nazim Bllaca affirme qu'il a commencé à travailler en juin 1999, à la fin de la guerre contre le régime de Slobodan Milosevic, pour le Service d'information du Kosovo (SHIK), l'agence de renseignement connue pour ses liens avec le Parti démocratique du Kosovo (PDK), la formation du premier ministre, Hashim Thaci, ancien chef politique de l'UCK.

Avec plusieurs individus, il aurait participé aux assassinats de cadres du parti rival, la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), d'Ibrahim Rugova, présentés par les commanditaires comme des collaborateurs des services serbes. Les autres victimes auraient été des témoins qui devaient comparaître devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, à La Haye.

Le plus troublant, dans le récit de l'ancien agent, est la somme de détails sur chaque mission et leur planification par sa hiérarchie directe, au SHIK, démantelé en 2008. "Je croyais que je travaillais pour l'intérêt national, qui devait nous guider, et le Kosovo entier, a expliqué Nazim Bllaca dans son DVD. Mais il est apparu que c'était le contraire."

Ce ne sont pas les remords qui ont conduit l'agent à interrompre cette collaboration sanglante. Il explique qu'un impayé de 220 000 euros l'a poussé à s'éloigner du service, puis à quitter le pays. En octobre 2007, il s'est réfugié avec sa famille en Croatie, avant de revenir à Pristina le 13 mai. C'est alors qu'il contacta Eulex, craignant pour sa vie. Fin octobre, il donna un cours irréversible à sa repentance en livrant le DVD aux enquêteurs européens, via un député, Gani Geci... lui-même accusé, à présent, de l'assassinat d'un commandant de l'UCK, en 1998, par la veuve de celui-ci.

Crimes de "l'après-guerre"

La mission Eulex, qui est censée intervenir en appui des policiers et des magistrats kosovars, a décidé de s'emparer seule de cette affaire. Une preuve de plus, près de deux ans après l'indépendance, que la souveraineté du pays demeure très incomplète. L'affaire éclate alors que doit avoir lieu, dimanche 13 décembre, le second tour des élections municipales, premier scrutin organisé par le Kosovo indépendant.

Le président, Fatmir Sejdiu, et le premier ministre, Hashim Thaci, ont publié un communiqué commun pour exprimer leur confiance dans les institutions kosovares et dans Eulex pour mettre au jour des "actes criminels de la période de l'après-guerre", sans être soumis à une "influence politique". Cet appel à une distinction totale entre l'enquête en cours et la campagne électorale témoigne de la fébrilité des responsables, conscients du potentiel explosif des révélations de l'ancien homme de main.

L'ancien premier ministre Ramush Haradinaj, président de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo (AAK), principal opposant et ex-commandant de l'UCK, partage cette position. "Nous ne voulons pas transformer cette affaire judiciaire en affaire politique, explique-t-il par téléphone. Nous aurions aimé, bien sûr, que les magistrats kosovars soient aussi saisis, mais les juges internationaux ont l'expertise et l'expérience. On leur fait confiance."

La question des assassinats politiques dans le Kosovo de l'après-guerre, longtemps passée sous silence, se trouve pour la première fois sur la place publique. Les révélations risquent de se succéder, dans un grand déballage aux conséquences imprévisibles. "Enfin, les tabous se lèvent sur ces sales affaires de famille, ces assassinats dont beaucoup connaissaient l'existence, explique Jeta Xharra, directrice de la rédaction du Balkan Investigative Reporting Network (BIRN) au Kosovo. C'est le début d'un processus. Je ne suis pas prête à me taire, au nom de la stabilité que réclame la communauté internationale, contente tant qu'on ne tue pas de Serbes."

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Trafic d'organes: la Serbie n'inculpera pas Hashim Thaçi (AFP) – 18 décembre 2010 12.00

BELGRADE — La Serbie n'inculpera pas le Premier ministre kosovar, Hashim Thaçi, mis en cause par un rapport du Conseil de l'Europe évoquant un trafic d'organes sur des prisonniers serbes, car une telle mesure paraîtrait comme un "procès politique", a indiqué samedi un responsable serbe.

"Il ne convient pas de lancer un tel processus (une inculpation) car il paraît trop proche d'un procès politique", a déclaré le porte-parole du Procureur serbe pour les crimes de guerre, Bruno Vekaric, au quotidien Blic.

Le porte-parole était interrogé par le journal sur l'éventualité d'une inculpation d'Hashim Thaçi par la Serbie après la publication du rapport de Dick Marty, un parlementaire suisse.

"Comme nous ne voulons pas interférer dans le domaine politique, notre rôle le plus important est d'aider (la Mission européenne de police et de justice) et le Parquet albanais dans la conduite de l'enquête", a poursuivi M. Vekaric.

Le Parquet serbe pour les crimes de guerre "dispose de nombreuses preuves liées au trafic d'organes", a-t-il assuré.

Dans son rapport, Dick Marty évoque un trafic d'organes prélevés sur des prisonniers de maquisards indépendantistes kosovars, à la fin des années 1990. Selon le parlementaire, la plupart des victimes était des prisonniers serbes détenus dans des camps de détention de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) en Albanie.

Le rapport met en cause un groupe de responsables de l'UCK, dont faisait partie Hashim Thaçi, l'actuel Premier ministre kosovar.

Celui ci a réfuté jeudi le rapport de M. Marty, le qualifiant de "scandaleux", composé d'"éléments fabriqués et de mensonges".

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Le Kosovo accède à la "pleine souveraineté" leparisien.fr Publié le 10.09.2012, 17h08 http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/la-surveillance-internationale-du-kosovo-est-finie-10-09-2012-2158544.php

Le Kosovo a accédé lundi à la "pleine souveraineté", quatre ans et demi après la proclamation de son indépendance de la Serbie, avec l'annonce par le Groupe d'orientation sur le Kosovo (ISG) de la fin de sa mission de surveillance.

"La surveillance du Kosovo est finie. Nous allons nous rendre au Parlement pour informer les députés du fait que le Groupe d'orientation sur le Kosovo a décidé de mettre fin à la surveillance de l'indépendance" du Kosovo, a annoncé à la presse, au nom de l'ISG, le diplomate néerlandais Peter Feith, qui s'exprimait en albanais.

L'ISG, qui rassemble les pays ayant soutenu l'indépendance du Kosovo, dont les Etats-Unis, plusieurs Etats de l'Union européenne et la Turquie, avait déjà annoncé le 2 juillet à Vienne, que par cette décision, le Kosovo accède à sa "pleine souveraineté".

Toutefois, en réalité, sur le terrain, la souveraineté du gouvernement kosovar n'est pas entière, car il ne contrôle pas le nord du territoire, majoritairement peuplé de Serbes, qui rejettent l'autorité de Pristina. A Washington, le président américain Barack Obama a salué cette décision la qualifiant d'"étape historique" et en appelant Pristina à oeuvrer à normaliser ses relations avec la Serbie.

"Succès historique"

De son côté, le Premier ministre kosovar Hashim Thaçi s'est félicité d'un "succès historique pour l'Etat du Kosovo".

"De nombreux défis attendent le Kosovo, dont l'intégration des Serbes du nord" du territoire, a-t-il ajouté. Mais la veille, une nouvelle polémique a éclaté entre Belgrade et Pristina après que le procureur serbe chargé des crimes de guerre eut révélé à l'AFP que ses services disposaient d'un témoin ayant participé au trafic présumé d'organes prélevés sur des Serbes durant le conflit du Kosovo, dont est accusée la guérilla kosovare.

Cette affaire fait également l'objet d'une enquête internationale menée par le procureur américain John Clint Williamson.

Les responsables kosovars ont constamment nié ces allégations dont les premières remontent à 2008. Pristina a répondu par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Enver Hoxhaj, qui a dénoncé une "tentative de la Serbie de ternir un grand jour pour le Kosovo". La majorité albanaise kosovare a proclamé l'indépendance de la Serbie en 2008, conséquence ultime du conflit de 1998-199 entre la guérilla indépendantiste kosovare et les forces serbes.

La Serbie ne reconnaît pas l'indépendance

Au printemps 1999, pour mettre fin à la répression des forces serbes contre la guérilla kosovare, l'Otan avait mené des raids aériens au Kosovo et en Serbie qui se sont traduits par le départ des force serbes du Kosovo.

Puis un médiateur de l'ONU, le Finlandais Martti Ahtisaari, avait fait adopter un processus d'accession à l'indépendance du Kosovo, "sous surveillance internationale", notamment avec une administration sur place de la communauté internationale, processus constamment rejeté par la Serbie.

Dans un communiqué, l'ISG se félicite de "la mise en oeuvre avec succès du +plan Ahtisaari+" et annonce la fermeture "d'ici la fin 2012, du Bureau civil international (ICO) dirigé par Peter Feith qui est également le Représentant spécial de l'UE.

L'ICO jouissait de pouvoirs discrétionnaires pouvant imposer des lois ou sanctionner des responsables gouvernementaux, qu'il n'a toutefois jamais utilisés.

Lundi encore, le Premier ministre serbe, Ivica Dacic, a réitéré que la Serbie ne reconnaissait pas l'indépendance du Kosovo, "qu'elle soit supervisée ou non-supervisée". La décision de l'ISG ne change toutefois rien aux missions en cours de l'Office Eulex de police et de justice de l'Union européenne, dont le mandat vient d'être prolongé jusqu'en 2014, et de la Force de l'Otan au Kosovo (Kfor).

L'indépendance du Kosovo a été reconnue par quelque 90 pays, mais la Serbie, qui s'y oppose fermement, encourage les 120.000 Serbes qui représentent 6% de la population et vivent essentiellement dans le nord du Kosovo, à braver les autorités de Pristina.

Néanmoins, l'amélioration des relations avec le Kosovo est la principale condition à remplir pour que la Serbie, qui a obtenu le statut de candidat à l'adhésion à l'UE en mars, puisse obtenir une date pour l'ouverture des négociations avec Bruxelles.

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Un coeur serbe gâche la fête kosovare. Un ancien combattant témoigne du trafic d'organes auquel se serait livrée l'UCK. ALEXANDRE LÉvY SOFIA Le Figaro, 12 septembre 2012, international p.7

Balkans. «Exclusif!»: un bandeau rouge barre le petit écran lorsqu'apparaissent les premières images de l'en quête intitulée « Anatomie du mal » de la RTS, la Radiotélévision de Serbie.
Peu après, un homme au visage flouté parle - c'est un ancien combattant de l'UCK, la guérilla albanaise du Kosovo. Sa voix est modifiée, mais le récit qu'il livre est digne d'un film gore. Avec force d'étails, il décrit comment il a aidé, quelque part au nord de l'Albanie, deux médecins qui se sont employés à extirper le coeur d'un jeune prisonnier qui se débattait, attaché à une table, avant de l'acheminer, via l'aéroport de Tirana, vers un destinataire à l'étranger. Selon le procureur serbe pour les crimes de guerre, Vladimir Vuckeüc, ce témoignage est une preuve éclatante du trafic d'organes auquel se seraient livrés les maquisards albanais pendant le conflit du Kosovo à la fin des années 1990. Les victimes étaient des Serbes, et leurs organes, essentiellement des reins, étaient ensuite écoulés sur le marché noir.

Alors que l'émission n'était pas encore terminée, à quelque 400km de là, à Pristina, un feu d'artifice éclatait pour saluer le départ du Groupe d'orientation sur le Kosovo (lSC), un organisme international qui avait pour mission d'exercer une tutelle sur le processus de reconstruction au Kosovo qui a unilatéralement proclamé son indépendance en 2008.

Un timing qui n'a pas échappé à Enver Hoxhaj, ministre des Affaires étrangères du jeune Etat, qui y a immédiatement vu une tentative serbe de « gâcher la fête » ce 10 septembre, jour de la «souveraineté retrouvée >>, des Kovars.

Une procédwe formelle

Mais en Serbie, où selon la mythologie populaire le Kosovo restera à jamais "le coeur de la nation, ce récit d'épouvante a frappé toutes les consciences. "IIs ont arraché son coeur in vivo!», titre en grosses lettres un tabloïd, sans que l'on sache s'il s'agit du jeune Serbe ou du pays tout entier. Outre sa symbolique, ce témoignage vient conforter des accusations formulées il y a deux ans par le Conseil de l'Europe, dont le rapporteur spécial, Dick Marty, avait mis nommément en cause l'actuel premier ministre kosovar Hashim Thaçi, l'accusant d'avoir "couvert" ces pratiques lorsqu'il était l'un des commandants de l'UCK. Ce dernier a nié avec véhémence qualifiant ce rapport de "propagande digne de Goebbels», mais la réputation de l'élite politique kosovare, presque entièrement issue de l'ancienne guérilla, s'en est trouvée fortement entachée.

C'est peut-être aussi la raison pour laquelle tous les Kosovars n'ont pas partagé l'enthousiasme de la foule venue chanter et danser à Pristina. Pour de nombreux analystes, il ne s'agit que d'une procédure formelle qui n'entame en rien le poids des missions civile et miIitaire de la communauté internationale, l'Eulex et la Kfor, dont les mandats ont été recondüts jusqu'à 2014.

«Cet enthousîasme exageré fait du tort au Kosovo car il tend à occulter les compromis que Pristina devra consentir à propos du nord du pays", estime l'analyste Nexhmedin Spahiu en référence à ces territoires à majorité serbe qui demandent leur rattachement à Belgrade.

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Giuseppe Verdi (1813-1901), Il trovatore, Anvil