Vers un portrait (2006) d'Yves Lacoste

Section 2. Les grands concepteurs

Nous nous limiterons à certains d'entre eux, les allemands Ratzel et Haushofer, le britannique Mackinder, les américains Mahan, Spykman et Huntington, les français Ancel et Lacoste.

§1. Les allemands Ratzel et Haushofer

Friedrich Ratzel (1844-1904) est l'un des précurseurs de la géopolitique et Karl Haushofer (1869-1946) est son disciple principal.

A/ Friedrich Ratzel (1844-1904)

Bibliographie : Friedrich Ratzel est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages. Son ouvrage fondamental est Politische Geographie, München : Oldenbourg, 1897, Osnabrück : Zeller, 1974 ; Géographie politique, Paris, Economica, 1988. Il est également l'auteur de : Der Staat und sein Boden (Etat et sol), Leipzig : Hirzel, 1896 ; Der Lebensraum (L'espace vital), Tübinguen : Laupp, 1901, Darmstadt : Wiss. Buchges., 1966 ; Über Naturschilderung, München u. Berlin 1923, Darmstadt : Wiss. Buchges., 1968.

Professeur de géographie à l'Université de Leipzig en 1882, puis à Munich, Friedrich Ratzel développe une géopolitique engagée pour la réalisation d'une grande europe dominée par l'Allemagne.
Suite à un voyage en Amérique Ratzel prend conscience de la petitesse des Etats européens et souhaite attirer l'attention des politiques à ce propos.
Mais constatant que gràce à son empire colonial, et à sa flotte qui lui permet de contrôler le commerce mondial, l'Angleterre est devenue la première puissance du monde, il souhaite que l'Allemagne devienne également une puissance coloniale et développe sa marine. Et pour concurrencer l'Angleterre, et la France qui constitue également un empire, Ratzel souhaite que l'Allemagne trouve des alliés en Extrême-Orient.

Dans Géographie politique Ratzel décrit l'Etat comme un être vivant qui naît, grandit, atteint son plein développement, puis se dégrade et meurt.
L'Etat est l'organisme vivant rassemblant un peuple sur un sol, le caractère de l'Etat se nourrissant de ce peuple et de ce sol. Mais pour lui, le peuple étant un ensemble politique de groupes différenciés qui ne sont liés "ni par la race ni par la langue" mais par le sol, la politique des nationalités qui aboutit à l'indépendance de l'Etat-Nation fondé sur l'existence d'une communauté linguistique n'est pas acceptable.
L'Etat ainsi défini par le sol a besoin pour vivre d'un espace, l'espace nourricier, le lebensraum, l'espace vital. Pour le conquérir et le garder l'Etat est en conflit avec les autres Etats. Ces conflits aboutissent à ce que les frontières sont fluctuantes historiquement, et se modifient en fonction des rapports de puissance existant entre les acteurs étatiques.
Pour Ratzel l'expansionnisme Etatique n'est pas totalement inéluctable, il est le fruit d'une politique volontariste reposant sur les idées religieuses et nationales ainsi que sur les représentations géographiques des populations.

Mais, cependant, la nécessité d'avoir un sol nourricier fait que l'expansion relève d'une certaine logique, ce qui amène Ratzel à formuler ce qui lui semble être les sept lois universelles de la croissance étatique :

-1.La croissance territoriale des Etats accompagne le développement de leur culture,
-2.Le territoire des Etats s'accroît en même temps que leur puissance idéologique ou économique,
-3.Les Etats s'étendent en annexant des entités politiques plus petites,
-4.La frontière est un organe vivant qui matérialise la puissance territoriale de l'Etat,
-5.L'expansion territoriale de l'Etat est logique, qui vise à absorber des régions vitales pour lui,
-6.L'Etat est porté à s'étendre lorsque ses voisins sont moins civilisés que lui,
-7.L'annexion des plus faibles a un effet cumulatif, les annexions entraînent de nouvelles annexions.

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B/ Karl Haushofer (1869-1946)

: Karl Haushofer a écrit un certain nombre d'ouvrages, dont Wehr-Geopolitik , Berlin : Junker und Dünnhaupt, 1932 ; Weltpolitik von heute, Berlin : Zeitgeschichte-Verl., 1934 ; Weltmeere und Weltmaechte, Berlin : Zeitgeschichte-Verl., 1937, mais ses textes fondamentaux ont été publiés dans la revue Zeitschrift für Geopolitik, et traduits en français : Karl Haushofer, De la géopolitique, Paris, Fayard, 1986.

Le général bavarois Karl Haushofer est le principal disciple de Ratzel, et il va développer et vulgariser la théorie de celui-ci.
Selon Haushofer si les Etats faibles sont favorables au statu quo territorial les Etats puissants ont vocation à se développer et donc à s'étendre jusqu'à leur espace vital, c'est à dire l'espace qui leur est nécessaire pour vivre. Les frontières ne sont pas intangibles, elles sont l'enjeu d'un combat pour l'existence.
L'Allemagne ne peut pas respecter les frontières qui lui ont été imposées par le Traité de Versailles de 1919. L'Allemagne doit être une grande puissance. Il faut donc qu'elle réalise l'unité de tous les allemands en rentrant dans ses frontières naturelles, c'est à dire dans les frontières qui doivent permettent aux allemands de vivre et de se développer.
L'Allemagne ainsi unifiée sera le pivot de l'Europe et aura vocation à dominer l'Afrique et le Moyen-Orient, son allié mondial étant le Japon qui a vocation à dominer l'Asie orientale, y compris la Chine. Si la Russie renonçait au communisme l'Allemagne pourrait l'autoriser à dominer l'Inde, l'Iran et une partie de l'Asie du sud. Si la Russie ne veut pas renoncer au communisme elle sera divisée en plusieurs Etats sous l'influence de l'Allemagne, et du Japon pour sa partie asiatique. Ainsi l'Angleterre sera affaiblie et les Etats-Unis pourront continuer d'exercer leur influence sur l'ensemble des amériques.

En 1945 Haushofer s'est défendu d'avoir inspiré et approuvé la politique nationale-socialiste d'annexion des territoires étrangers non habités par des allemands, tout en reconnaissant avoir approuvé l'annexion des territoires habités par des allemands (Tyrol du Sud, Sudètes). (Il est contre l'attaque de l'Urss en 1941. Son fils fait partie du complot contre Hitler et est assassiné par la Gestapo. Il se suicide avec sa femme, d'origine juive, en 1946 - Yves Lacoste, Dictionnaire de géopolitique, 1995, préambule p.13).

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§2. Le britannique Halford John Mackinder (1861-1947)

Bibliographie : Britain and the British seas, New York : D. Appleton and Co., 1902 ; The geographical pivot of history, 1904, London, Royal Geographical Society, 1969, Le pivot géographique de l'histoire, Stratégique, 55, Fondation pour les études de défense nationale, n°3, Paris 1992 ; Democratic ideals and reality : a study in the politics of reconstruction, 1919, Washington, DC : National Defense University Press, 1996.

L'amiral britannique H.J. Mackinder, qui fut professeur de géographie à Oxford puis à la London School of Economics and Political Science, est le fondateur de la géopolitique classique, celle qui oppose la terre et la mer.
Il est connu notamment pour être l'auteur de la théorie selon laquelle il existerait au début du XXème siècle un "pivot géographique du monde", le coeur du monde (heartland) protégé par des obstacles naturels (le croissant intérieur, inner crescent, composé de la Sibérie, du désert de Gobi, du Tibet, de l'Himalaya) et entouré par les océans et les terres littorales (coastlands).
Ce coeur du monde, c'est la Russie, la Russie qui est inaccessible à la puissance maritime qu'est la Grande-Bretagne.
C'est pourquoi le coeur du monde doit être encerclé par les alliés terrestres de la Grande-Bretagne.
La Grande-Bretagne doit contrôler les mers mais également les terres littorales qui encerclent la Russie, c'est à dire l'Europe de l'Ouest, le Moyen-Orient, l'Asie du sud et de l'est. La Grande-Bretagne elle-même, avec les Etats-Unis et le Japon, constituent le dernier cercle qui entoure le coeur du monde.
Selon Mackinder ce qu'il faut absolument éviter c'est l'union de la Russie et de l'Allemagne, la constitution de ce que Mackinder appelle l'île mondiale (world island), un puissant Etat ayant d'immenses ressources et de vastes étendues terrestres, ce qui permettrait à la fois d'avoir de grandes capacités territoriales de défense et de construire une flotte qui mettrait en péril l'Empire britannique.

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§3. Les américains Mahan, Spykman et Huntington

A/ Alfred Thayer Mahan (1840-1914)

Bibliographie : The influence of sea power upon history, 1660-1783, Boston 1890, Influence de la puissance maritime dans l'histoire, 1660-1783, Paris 1899 ; The influence of sea power upon the French Revolution and Empire, 1793-1812, 1898, New York, Greenwood Press, 1968 ; The interest of America in sea power, present and future, 1897, Port Washington, N.Y., Kennikat Press, 1970 ; The problem of Asia and its effect upon international policies, 1900, Port Washington, N.Y., Kennikat Press, 1970.

L'amiral américain Alfred T. Mahan a construit une géopolitique destinée à justifier l'expansionnisme mondial des Etats-Unis d'amérique à une époque où le monde est encore dominé par la Grande-Bretagne, un expansionnisme qui doit se fonder sur la puissance maritime (sea power).
Mahan est convaincu que les Etats-Unis, puissance industrielle contrôlant les amériques, peuvent, en imitant la stratégie maritime qui fut celle de l'Angleterre à partir du XVIème siècle, obtenir la domination mondiale gràce à la maîtrise des mers. Il leur faut pour cela non seulement des bases, des ports, mais surtout des bâtiments, des navires, qui soient en permanence capables d'intervenir partout dans le monde, et donc constamment opérationnels.
Donc, en 1897, Mahan préconise la politique stratégique suivante : il faut s'allier à la Grande-Bretagne pour contrôler les mers, il faut maintenir l'Allemagne sur le continent européen et s'opposer à son développement maritime et colonial, il faut associer les américains et les européens pour combattre les ambitions des asiatiques et en particulier surveiller de près le développement du Japon.

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B/ Nicholas John Spykman (1893-1943)

Bibliographie : America's strategy in world politics, the United States and the balance of power, 1942, Hamden, Conn., Archon Books, 1970 ; The geography of the peace , 1944, Hamden, Conn., Archon Books, 1970.

Journaliste N.J. Spykman a enseigné la science politique à l'Université de Californie et à dirigé l'Institut d'Etudes internationales à l'Université Yale de New Haven (Conn.)

Disciple critique de Mahan, Nicholas J. Spykman est son continuateur en même temps que le continuateur partiel et dissident de Mackinder.
Comme le britannique Mackinder, N.J. Spykman pense que le monde a un pivot.
Mais ce pivot du monde n'est pas le heartland de Mackinder, la Russie.
Le pivot du monde est composé des terres littorales (les coastlands de Mackinder) qu'il appelle le bord des terres, l'anneau des terres (rimland), ces terres constituant un anneau tampon entre le coeur, qui est soit la Russie soit l'Allemagne, et la puissance maritime britannique.
Ces Etats tampons furent, par exemple, la Perse et l'Afghanistan utilisés par l'Angleterre contre la Russie entre le XIXème et le XXème siècle, comme la France fut utilisée contre l'Allemagne entre la deuxième moitié du XIXème siècle et la deuxième guerre mondiale.

Après la victoire sur l'Allemagne il faut donc contrôler ces Etats tampons qui constituent le rimland, le pivot, si l'on veut contrôler le coeur du monde.
Cette nécessité conduira à la mise en place d'une politique d'endiguement (containment) de par la constitution de l'Alliance atlantique dominée par les Etats-Unis, face au Pacte de Varsovie, dominé par la Russie soviétique, l'Europe de l'Ouest et la Turquie servant d'Etats tampons pour les Etats-Unis et les Etats socialistes d'Europe de l'Est d'Etats tampons pour l'Urss.

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C/ Samuel P. Huntington

Bibliographie : The clash of civilizations and the remaking of world order, New York : Simon and Schuster, 1996, Le choc des civilisations, Paris, Odile Jacob, 1997.

Samuel P. Huntington est professeur à l'Université de Harvard, où il dirige le John M. Olin Institute of Strategic Studies. Il est le fondateur et l'un des directeurs de la revue "Foreign Policy". Il s'est rendu mondialement célèbre en 1993 en prédisant dans un article de la revue "Foreign Affairs" l'affrontement de la civilisation Occidentale avec les autres civilisations.
Le professeur marocain (Université Mohamed V de Rabat) Mahdi Elmandjra revendique l'antériorité de la prophétie (à propos de la guerre du Golfe, son ouvrage : Première guerre civilisationnelle, Casablanca, 1992 : http://www.elmandjra.org ).

Selon Huntington : "L'histoire des hommes, c'est l'histoire des civilisations, depuis les anciennes civilisations sumériennes et égyptiennes jusqu'aux civilisations chrétiennes et musulmane, en passant par les différentes formes des civilisations chinoises et hindoue" (Samuel Huntington, Unavoidable, The West-Rest Match, Inévitable, le match Occident-reste du monde : http://www.archipress.orp/ts82/huntington.htm).

On distingue généralement, nous dit Huntington, la "civilisation", un concept français du XVIIIème siècle qui s'oppose au concept de "barbarie", des "civilisations", un concept anthropologique qui s'applique à "l'entité culturelle la plus large que l'on puisse envisager".
Les empires naissent, nous dit-il, et meurent, alors que les civilisations "survivent aux aléas politiques, sociaux, économiques et même idéologiques" (Braudel), pour en définitive succomber à l'invasion de tiers.

Huntington nous dit que pendant trois mille ans les civilisations séparées par le temps et par l'espace se sont ignorées. Puis la civilisation occidentale domina le monde jusqu'au XXème siècle : "Alors qu'en 1800, les Européens et les anciennes colonies européennes d'Amérique dominaient 35% de la surface du globe, elles en dominaient 67% en 1878 et 84% en 1914. Ce pourcentage s'accrut encore dans les années 1920, lorsque la Grande-Bretagne, la France et l'Italie se partagèrent les dépouilles de l'empire turc".

Au XXème siècle, nous dit l'auteur, l'expansion de l'occident s'est arrêtée, dont la puissance relative s'est mise à décliner.

Selon certains, nous dit-il, l'Occident triomphe toujours, politiquement et économiquement. "Les Etats-Unis désormais la seule superpuissance, ne déterminent-ils point avec la Grande-Bretagne et la France les grandes orientations politiques et militaires de la planète, et avec l'Allemagne et le Japon ses grandes orientations économiques ?".

Selon d'autres, nous dit l'auteur, l'influence de l'Occident ne cesse de se réduire. "Ses problèmes internes le minent : la faible croissance de son économie, la stagnation de sa démographie, son chômage, ses déficits budgétaires, la corruption de ses affaires, la faiblesse de son taux d'épargne et, en maints pays, aux Etats-Unis notamment, la désintégration sociale, la drogue, la criminalité".
Ainsi, "la puissance économique se déplace vers l'Extrême-Orient, dont l'influence politique et la puissance militaire vont croissant. L'Inde est en passe de décoller. L'hostilité du monde musulman va croissant envers l'occident dont les sociétés non occidentales n'acceptent plus comme jadis les diktats et les sermons". "Peu à peu l'Occident perd sa confiance en soi et sa volonté de dominer".

Selon notre auteur ces deux images sont vraies et l'Occident restera le numéro un mondial pendant le XXIème siècle, mais inéluctablement "l'occident continuera à décliner" et "sa prépondérance finira par disparaître".

L'Occident nous dit l'auteur "a cru voir dans la chute du communisme la preuve que son idéologie démocrate libérale a valeur universelle. Il entend donc que les non-Occidentaux l'adoptent, avec tout ce qu'elle comporte de démocratie, de libre-échange, de séparation des pouvoirs, de droits de l'homme, d'individualisme et d'État de droit". Or nous dit-il "Là ou l'Occident voit des valeurs universelles, les autres civilisations voient volontiers de l'impérialisme occidental".
Ainsi selon l'auteur : "L'occident s'efforce bien sûr de maintenir sa position aujourd'hui encore dominante dans le monde. Il le fait en présentant ses intérêts comme ceux de la "communauté mondiale". En s'efforçant d'intégrer les économies non occidentales dans un système économique mondial dominé par lui. En s'efforçant d'imposer aux autres nations les politiques économiques qui lui conviennent à lui, par le biais du Fonds Monétaire International et d'autres institutions économiques internationales".
Mais, nous dit Huntington, professeur américain de Harvard, les non-Occidentaux ont beau jeu de dénoncer l'hypocrisie des Occidentaux, qui "prêchent la non prolifération nucléaire pour l'Iran et l'Irak mais pas pour Israël", qui exigent que la Chine respectent les droits de l'homme mais pas l'Arabie Saoudite, qui partent en guerre "lorsque le Koweït riche en pétrole est agressé mais laissent sans défense les Bosniaques qui n'ont pas de pétrole".

Donc, nous dit le professeur, "l'affrontement est programmé" entre la civilisation Occidentale et les autres civilisations du Monde.

Ce point de vue est vigoureusement contesté, notamment par les Français Chauprade et Thual, dans leur Dictionnaire de géopolique, Ellipses, Paris, 1998, p.591-592, pour lesquels "en globalisant les aires religieuses, on en vient à ignorer les fractures internes inhérentes à ces espaces civilisationnels", pour lesquels "L'unité de l'Islam tient plus de la fiction que de la réalité", qui accusent Huntington de faire du simplisme et du manichéisme, et qui pensent que "la centralité des mécanismes géopolitiques repose en première instance sur les continuités des Etats".
Le point de vue de Huntington n'est pas non plus celui des idéalistes comme le français Maurice Bertrand (La fin de l'ordre militaire, Presses de Sciences Po, Paris 1996), ancien fonctionnaire de l'ONU, qui pense que le monde s'achemine vers un gouvernement mondial.
Par contre le point de vue de Huntington est assez proche du point de vue des membres de l'Ecole du chaos, comme le français Jean-Christophe Rufin, et dont le référent est l'israélien Martin Van Creveld (La transformation de la guerre, Ed. du rocher, Paris/Monaco 1998.

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§4. Les Français Ancel et Lacoste

A/ Jacques Ancel (1879-1943)

Bibliographie : Géopolitique, Delagrave, Paris, 1936 ; Géographie des frontières, Gallimard, Paris, 1938 ; Manuel géographique de politique européenne, Delagrave, Paris, 1940.

Jacques Ancel est l'un des premiers géopolitiques français, qui face à l'expansionnisme allemand entendent défendre les acquis idéologiques de la Révolution française, et les acquis territoriaux antérieurs.
Ancel pense que la géopolitique doit analyser les relations existant entre les groupes humains et le territoire sur lequel ils vivent et se développent, militairement, politiquement et commercialement, à partir, certes, d'invariants géographiques - les montagnes, les fleuves, le littoral, les déserts, les îles - mais sans que ces invariants soient des facteurs naturels absolus.
Autrement dit pour Jacques Ancel la frontière est modelée, fabriquée, par l'homme, plus que par la nature elle-même, et les invariants naturels, qui évidemment existent bien, ne sont pas des obstacles incontournables pour les politiques volontaristes...
C'est donc la volonté humaine qui compte, plus que la nature du sol ou l'identité ethnique. La Nation relève d'un vouloir vivre collectif (Ernest Renan, 1823-1892, Qu'est-ce qu'une nation ?, Calmann-Lévy, Paris 1867) et non de critères religieux, linguistiques, ethniques.
Ainsi l'Alsace-Moselle est-elle volontairement française, et la rive gauche du Rhin peut évidemment le devenir, en totalité ou en partie (la Sarre ?)...

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B/ Yves Lacoste

Bibliographie : Géopolitique des régions françaises, sous la direction de Yves Lacoste, 3 tomes, Fayard, Paris 1986 ; Dictionnaire de géopolitique, sous la direction de, Flammarion, Paris, 1993, 1995, 2000 ; Vive la nation, destin d'une idée géopolitique, Paris, Fayard, 1997 ; Géo-histoire de l'Europe, La Découverte, Paris, 1998 ; Dictionnaire des idées et notions de géopolitique, Flammarion, Paris, 1999. Fondateur de la revue de géopolitique Hérodote (1976).

Yves Lacoste, géographe, s'est tout d'abord intéressé aux problèmes du Tiers-monde puis au phénomène de la guerre, ce qui va l'amener à refonder, après Ancel, la géopolitique française.
Pour Yves Lacoste la géopolitique n'a pas d'autre objet que de décrire et d'expliquer les rivalités de pouvoirs concernant pour l'essentiel les territoires, des rivalités nationales. Des rivalités souvent aujourd'hui fondées sur les représentations, les idées, que se font les peuples de leurs Etats par rapport à leurs territoires.
Selon Yves Lacoste les conflits d'aujourd'hui ne sont pas seulement des conflits d'intérêt mais des conflits qui concernent des territoires symbolisés, c'est à dire des territoires qui, pour une conscience collective nationale, représentent des valeurs irrationnelles qui peuvent être idéologiques et qui mobilisent le pathos (dramatisation passionnelle) des foules.
De fait les Etats poursuivent des objectifs toujours aussi objectifs, obtenir les moyens de la puissance et les développer en contrôlant des territoires et les peuples qui les habitent, mais utilisent les représentations, les idées, pour faire croire subjectivement, et camoufler ces objectifs.
Et dans cette politique de camouflage et de manipulation des foules les medias jouent, aujourd'hui, un rôle primordial.

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