Roll-back, la Russie encerclée, le containment dépassé. Mahan, Spykman et Huntington.
Les évangéliques à la conquête du Monde
Les dépendances américaines, notamment en Europe

Mai 2005 : George W. Bush rend visite à ses annexes
Juillet 2003 : Gràce à Rebekah Wade, 34 ans, The Sun éclaire aussi les femmes
Mars 2003 : Un point de vue belge : Après l'Irak l'Eurasie ?
Février 2003 : 20 février 2003 : Murdoch passe à l'attaque contre la France
18 février : Jacques Chirac met en garde les anciens Etats communistes de l'Est-Européen
18 février : Tony Blair flatte les annexes américaines
17 février : Les 15 de l'Union européenne essaient de rester unis
06 février : Dix pays d'Europe, anciennement communistes, signent une lettre en faveur de la campagne de Washington contre Bagdad ...
Le groupe de Vilnius, formé par les anciens Etats communistes aspirant à l'adhésion à l'OTAN, se déclare prêt à rejoindre une coalition en vue de désarmer le régime de Saddam Hussein.

La crise irakienne continue de faire éclater les divisions des Européens et montre que les pays de l'Est sont plus attachés à l'Amérique qu'à l'Union européenne. Quelques jours après que huit dirigeants européens (Royaume-Uni, Espagne, Italie, Portugal, Danemark mais aussi Pologne, République tchèque, Hongrie) ont publié une lettre appelant à se ranger sous la bannière américaine, c'est au tour de dix anciens pays communistes aspirant à entrer dans l'Alliance atlantique de faire de même. Ce groupe créé en 2000 à Vilnius pour favoriser leur adhésion à l'Alliance atlantique rassemble la Lettonie, la Lituanie, l'Estonie, la Slovaquie, la Slovénie, la Bulgarie, la Roumanie, l'Albanie, la Croatie et la Macédoine. Les sept premiers ont été invités en novembre à adhérer à l'OTAN en 2004, les cinq premiers à entrer dans l'Union européenne en 2004 aussi, tandis que l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie est prévue en 2007.

Dans leur lettre, les dix affirment qu'il est "clair que l'Irak viole réellement les résolutions du Conseil de sécurité, dont la résolution 1441"et se disent "prêts à participer à une coalition internationale pour mettre en œuvre ses recommandations et le désarmement de l'Irak".

Dans ce texte, pourtant rédigé avant l'intervention de Colin Powell devant les Nations unies, ils estiment que le secrétaire d'Etat américain a présenté des "preuves convaincantes" que le dirigeant irakien Saddam Hussein cache des armes de destruction massive et a des liens avec le terrorisme.

"C'est une idée qui est survenue de façon spontanée la semaine dernière" , après la publication de la lettre des huit dirigeants européens, a indiqué à l'Agence France-Presse l'ambassadeur de Lituanie auprès de l'OTAN, Ginte Damusus, en soulignant qu'elle "avait eu un impact" sur la décision des pays du groupe de Vilnius de rédiger à leur tour une déclaration de soutien. Pour un diplomate occidental, "ces pays sont soucieux avant tout d'intégrer l'OTAN et que la ratification au Congrès américain se passe bien. Ils veulent donner des gages. Les lobbys américains sont très actifs dans ces pays et ce n'est pas une lettre à génération spontanée".

"LA PARADE DES VASSAUX"

Ces deux lettres aggravent les divisions entre la "vieille Europe" , selon l'expression du secrétaire américain à la défense, Donald Rumslfeld, qui regroupe l'Allemagne, la France, la Belgique et le Luxembourg, et à la "nouvelle Europe", emmenée par Tony Blair et qui inclut les pays de l'est très proaméricains. "La parade des vassaux a commencé", a lâché la semaine dernière l'eurodéputé chrétien-démocrate allemand après la publication de la première lettre.

Cette première initiative prise par les capitales, sans en informer les Grecs qui exercent la présidence tournante de l'Union ni la Commission, a mis à nu les divisions de l'Europe. Elle est contraire au traité de l'Union européenne, qui explique dans son article 11-2 que "les Etats membres appuient activement et sans réserve la politique extérieure de l'Union dans un esprit de loyauté et de solidarité mutuelle" et qu'ils "s'abstiennent de toute action contraire aux intérêts de l'Union ou susceptible de nuire à son efficacité en tant que force de cohésion dans les relations internationales" . Mais la Commission a préféré jusqu'à présent minimiser l'ampleur des divergences européennes plutôt que demander aux Etats un respect des règles.

En privé, ses responsables ne cachent pas leur découragement face à ces initiatives. Les Grecs pour leur part envisagent de convoquer une réunion extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement sur l'Irak, qui ne peut arriver que trop tôt – on affichera ses divergences – ou trop tard – les jeux seront joués outre-Atlantique.

Le premier accroc a eu lieu avec la Pologne fin 2002. Après avoir négocié bec et ongle au sommet de Copnehague, à la mi-décembre, pour obtenir plus d'aides de l'UE, elle a décidé deux semaines après d'acheter des F-16 américains, au lieu de s'équiper en Europe.

L'Amérique lui en sait gré. "Je n'ai pas de meilleur ami en Europe aujourd'hui" , a déclaré le président Bush à son homologue polonais Aleksander Kwasniewski en janvier, lors d'une visite d'Etat, la seconde seulement accordée à un dirigeant étranger sous la présidence Bush. Interrogé par Le Monde, le premier ministre estonien, Siim Kallas, affirme, niant l'évidence, que "nous n'avons pas besoin de nous positionner contre l'Union ou contre l'OTAN et j'espère que nous n'aurons jamais à le faire". Mais dans le Wall Street Journal, son prédécesseur Mart Laar déclare que "les pays d'Europe centrale et les autres ne feront pas de l'antiaméricanisme à la française".

Une réunion extraordinaire des ambassadeurs de l'OTAN devait se tenir, jeudi à Bruxelles, à propos des demandes américaines concernant la défense de la Turquie en cas de conflit en Irak.
Arnaud Leparmentier, • LE MONDE | 06.02.03 | 13h13, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.02.03

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Les Européens pressent Saddam Hussein de désarmer
Les quinze chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne - non compris les pays de la future Europe à 25 - sont parvenus, lundi 17 février (2003) à Bruxelles, lors de leur sommet extraordinaire consacré à l'Irak, à une position commune : soutien au processus d'inspections en vue d'obtenir le désarmement complet du régime de Bagdad et menace, en dernier recours, de l'usage de la force. L'Europe reconnaît que la pression militaire américaine a permis la reprise des inspections mais insiste pour que l'ONU demeure "au centre de l'ordre international". Les compromis de la déclaration ne dissimulent que partiellement les divergences qui ont traversé l'Europe face à la menace d'un conflit en Irak. Jacques Chirac s'est livré à une critique très peu diplomatique des pays qui ont soutenu George Bush.

L'Union européenne a accompli, lundi 17 février, la tâche qu'elle s'était fixée, et qui était de retrouver - en tout cas d'afficher - son unité face à la crise irakienne.

Elle est aussi allée plus loin : elle a nettement haussé le ton face à Saddam Hussein, en évoquant pour la première fois avec détermination le recours à la force et en l'avertissant qu'il disposait d'une "dernière chance".

Le texte approuvé par les quinze chefs d'Etat et de gouvernement est un modèle de compromis communautaire, tant il atteste les concessions faites à la fois par ceux qui réclamaient une attitude plus belliciste de l'Union envers l'Irak, et par ceux qui y étaient opposés, préférant la stratégie du désarmement via les inspecteurs des Nations unies.

Les premiers, la Grande-Bretagne et l'Espagne notamment, et les seconds, la France et l'Allemagne en particulier, siègent ensemble au Conseil de sécurité de l'ONU, et il reste à voir si leur unité, célébrée à Bruxelles, perdurera à New York. Il faut donc l'optimisme de Jacques Chirac pour assurer que "la mini-crise en Europe a été, semble-t-il, surmontée" . Dans l'immédiat, et même si ce consensus européen est remis ultérieurement en cause, les Quinze ont proclamé leur volonté de revenir à une position commune proche de celle que leurs ministres des affaires étrangères avaient exprimée le 27 janvier.

La "lettre à Washington" écrite par huit pays européens avait provoqué une forte tension diplomatique au sein de l'Union, qu'il était urgent de réparer, et chacun a compris que les impressionnantes manifestations en faveur de la paix qui ont eu lieu sur le continent exigeaient une démarche unitaire.

PRESSION POPULAIRE

La ligne va-t-en-guerre des chefs de gouvernement britannique et espagnol, Tony Blair et José Maria Aznar, ayant été sérieusement remise en cause par la pression populaire, Ana Palacio, la ministre espagnole des affaires étrangères, s'est dite "fière d'appartenir à un pays qui a organisé de telles manifestations", et Jack Straw, son homologue britannique, a fait contre mauvaise fortune bon cœur, indiquant qu'il fallait "toujours écouter l'opinion publique", même si celle qui s'exprime dans la rue n'est pas "toute l'opinion publique britannique".

L'Allemagne est sans doute le pays qui a fait le pas le plus important, en acceptant de se rallier à un texte qui fait référence à plusieurs reprises à l'utilisation de la force. "La guerre n'est pas inévitable. La force ne devrait être utilisée qu'en dernier recours", ont indiqué les Quinze, qui notent que "le renforcement des capacités militaires - des Etats-Unis dans la région - a joué un rôle essentiel pour que soit obtenu le retour des inspecteurs". Ce texte signifie-t-il que l'Allemagne a renoncé à sa position traditionnelle de ne pas participer à une action armée, et de ne pas voter au Conseil de sécurité une résolution qui légitimerait l'usage de la force ? Rien n'est moins sûr.

CONCESSIONS SIGNIFICATIVES

Lundi, le porte-parole du gouvernement allemand rappelait que Berlin "continue à exclure la guerre, même en dernier recours". Subtil distinguo entre la position "communautaire" de l'Allemagne et celle qu'elle adopterait si elle devait, seule, se déterminer devant la perspective d'une guerre ? Probablement. Lundi soir, le chancelier Gerhard Schröder s'est contenté d'expliquer que le texte était "le résultat d'un compromis entre les différents points de vue". Les concessions consenties par Tony Blair sont tout aussi significatives.

Les Quinze ont en effet réaffirmé leur volonté d'aboutir au désarmement de l'Irak de manière pacifique, en soutenant "pleinement le travail que mènent actuellement les inspecteurs des Nations unies", mais en soulignant que ces inspections ne pourront se poursuivre "indéfiniment" en l'absence d'une "coopération totale" de Bagdad. "Il faut leur donner le temps et les ressources dont le Conseil de sécurité estime qu'ils ont besoin", ont-ils précisé, ce qui va dans le sens du point de vue défendu par la France.

Jack Straw a pour sa part estimé que le fait pour Saddam Hussein de respecter ses obligations n'a rien à voir avec "une question de temps", tout en rappelant qu'"il n'a fallu que neuf inspecteurs" pour arriver à un désarmement du régime sud-africain du temps de l'apartheid. Les inspecteurs de l'ONU, a abondé Ana Palacio, "ne peuvent remplacer la volonté de désarmer. Pour avoir celle-ci, il ne faut pas beaucoup de temps. Il ne s'agit pas de changer les termes de référence de la résolution 1441", a-t-elle insisté. Londres n'a pas obtenu de faire figurer dans le texte commun la mention selon laquelle "le temps - laissé à Saddam Hussein - s'épuise rapidement" . Le gouvernement britannique semble avoir adopté une attitude plus souple s'agissant de la nécessité d'une seconde résolution de l'ONU pour soutenir l'usage de la force.

Jack Straw a estimé que la résolution 1441 "donne le mandat dont nous avons besoin", mais, a-t-il ajouté, "nous préférerions obtenir une seconde résolution". Sur ce point, le différend franco-britannique reste entier. Le président français a souligné : "Il n'est pas nécessaire aujourd'hui d'avoir une deuxième résolution, à laquelle la France ne pourrait que s'opposer."

A l'évidence, les Quinze ont préféré ne pas s'appesantir sur ce que seraient leurs positions respectives face à l'imminence d'une intervention militaire en Irak, se contentant de prendre le temps qu'ont fait gagner les rapports de Hans Blix et Mohamed ElBaradei devant le Conseil de sécurité de l'ONU.
Laurent Zecchini, LE MONDE | 18.02.03 | 13h18, MIS A JOUR LE 18.02.03 | 14h51

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Kofi Annan : éviter les querelles

Le secrétaire général des Nations unies a-t-il été l'artisan de l'unité européenne retrouvée ? Invité au sommet des Quinze par la présidence grecque, Kofi Annan a demandé aux dirigeants européens de se concentrer sur le désarmement de l'Irak. "Il est important que nous nous concentrions sur cette tâche principale et que nous évitions la tendance à nous quereller", a-t-il expliqué. "J'ai exprimé mon inquiétude au sujet des tensions qui ont émergé entre les nations et dans la relation transatlantique. (...) Nous ne pouvons pas nous permettre de telles tensions ni les laisser en l'état pendant longtemps", a-t-il ajouté. M. Annan a rappelé qu'aucun délai n'a été fixé pour la mission des inspecteurs de l'ONU dans la résolution 1441, mais, a-t-il ajouté, "le Conseil peut décider qu'on est en train de perdre notre temps et qu'il faut arrêter" les inspections. C'est au Conseil de déterminer s'il y a, de la part de l'Irak, des "violations patentes"pouvant justifier l'usage de la force, a insisté Kofi Annan. - (Corresp.)

Réunion à Matignon mardi 18 février

Le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, devait présider à Matignon, mardi 18 février en fin de matinée, une réunion d'information sur la crise irakienne. Le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, son homologue du Sénat, Christian Poncelet, ainsi que les présidents des groupes parlementaires, des commissions des affaires étrangères et de la défense des deux Assemblées, étaient conviés à cette réunion destinée à évoquer "la situation internationale" et notamment "les derniers développements concernant l'Irak". Matignon avait annoncé ce rendez-vous dans un communiqué en date du 13 février.

La discussion devait également porter sur le débat qui doit être prochainement organisé au Parlement français. Dans un entretien au Monde (daté 16-17 février), M. Debré avait souhaité que ce débat soit conclu par un vote. "Il faut que la réprésentation nationale dise si elle soutient cette politique -conduite par la France-et comment", avait-il indiqué.

"Embuscade" et "isolement virtuel"

Une fois de plus, c'est dans la presse britannique que les réactions sur l'Irak ont été les plus tranchées. Le Daily Mailaffirme sur sa "une" que Jacques Chirac a "attiré dans une embuscade" Tony Blair qui essayait de défendre à Bruxelles sa position sur l'Irak. Pour le Guardian, la position de la France "a anéanti les minces espoirs que l'Europe serait capable de faire la soudure entre ceux qui soutiennent la rhétorique américaine et ceux qui demandent plus de temps pour les inspections". Le Mirror, qui fait campagne contre toute action militaire en Irak, estime que Tony Blair est "virtuellement isolé en Europe alors que les dirigeants de l'Union européenne ont rejeté son empressement pour une guerre en Irak". Le quotidien populaire The Sun qualifie Tony Blair de "vrai leader" pour avoir "refusé tout compromis". The Times affirme que les dirigeants se sont montrés "plus disposés qu'avant à accepter un communiqué qui indique que la force est un dernier recours possible". Pour The Independent, la France a "approfondi la crise politique de Tony Blair". - (AFP.)

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(18 février 2003) Les remontrances de Paris aux futurs européens
La possibilité d'un échec de l'élargissement est évoquée
Le président Jacques Chirac a fustigé lundi soir (18 février 2002) l'attitude pro-américaine des pays d'Europe centrale candidats à l'entrée dans l'Union européenne. Ces pays ont «manqué une bonne occasion de se taire» en soutenant Washington dans la crise irakienne, a-t-il dit.

L'élargissement de l'Union européenne à dix pays nouveaux l'an prochain peut-il encore être remis en cause ? En théorie, oui, a rappelé Jacques Chirac avant-hier à Bruxelles. Le président de la République a signifié aux pays candidats, sans prendre de gants, qu'ils ne pouvaient pas s'affranchir des règles et des valeurs de l'Europe politique. Les traités d'adhésion doivent être signés le 16 avril à Athènes. Ils devront être ratifiés. Il suffirait qu'un des quinze États membres actuels dise non pour que l'unification historique du continent européen, décidée en décembre 2002 à Copenhague, soit bloquée. Les pays candidats, qui font assaut de pro-américanisme depuis qu'ils croient avoir en poche leur ticket d'entrée dans l'UE, se retrouveraient face à une porte fermée.
La «jeune Europe» peut-elle être lâchée par la vieille, au milieu du gué ? L'accord conclu à Copenhague par les chefs d'État et de gouvernement vaut engagement politique. Le dénoncer entraînerait une crise à côté de laquelle le tumulte provoqué par l'affaire irakienne ressemblerait à une vaguelette. Jacques Chirac s'est gardé d'aller jusque-là. Mais il a envisagé la possibilité d'un échec de l'élargissement. «Il suffit d'un seul pays qui ne ratifie pas par référendum pour que cela ne marche pas», a-t-il rappelé devant la presse, à l'issue du sommet extraordinaire des Quinze sur l'Irak.

Quels sont ces «pays qui doivent ratifier par référendum» ? A l'heure actuelle, aucun des Quinze n'a prévu de suivre cette procédure. Mais certains, dont la France, ne l'ont pas exclue. Le président de la République, sur proposition du gouvernement, devra choisir entre la ratification des traités d'adhésion par la voie parlementaire ou par le scrutin populaire. La seconde branche de l'alternative est la plus risquée. Elle est aussi la moins vraisemblable, sachant que le futur projet de constitution européenne devrait déjà être soumis à référendum.

La critique de l'élargissement est populaire en France. Beaucoup d'hommes politiques pensent qu'il accélérera la tendance de l'Union européenne à devenir un grand marché sans ossature politique plutôt que «l'Europe puissance» dont beaucoup rêvent. Or, depuis décembre, les pays candidats d'Europe centrale ont multiplié les choix atlantistes. Cette évolution a alimenté les craintes de ceux qui voient dans l'élargissement une dilution de «l'Europe européenne», malgré les efforts déployés par la Convention présidée par Valéry Giscard d'Estaing pour doter l'union d'une constitution.

Dès le sommet de Copenhague terminé, la Pologne a ainsi choisi l'avion de combat américain F-16 pour équiper son armée de l'air plutôt que le Grippen suédois ou le Mirage français. Il y eut ensuite la Hongrie qui accepta que son territoire serve de base à l'entraînement d'opposants irakiens par des agents américains. Il y eut enfin les différentes manifestations de soutien à la politique américaine en Irak, de la «lettre des Huit» signée par la Pologne, la Hongrie et le président tchèque à la «lettre des Dix» avalisée par les trois pays baltes, la Slovénie, la Slovaquie, la Roumanie, la Bulgarie et d'autres pays des Balkans. Tous sont candidats à l'UE ou désireux d'y postuler un jour. Paris a très mal ressenti la façon dont ils ont accepté d'être manipulés par les États-Unis, dont l'objectif affiché était d'exacerber les divisions de l'Europe. «Ces pays ont été à la fois, disons le mot, pas très bien élevés et un peu inconscients des dangers que comportait un trop rapide alignement sur la position américaine», a dit le président de la République à Bruxelles.

La sortie de Chirac n'avait rien de spontané. C'est délibérément et consciemment, explique-t-on dans son entourage, qu'il s'est affranchi des usages diplomatiques pour dire leur fait aux pays candidats. Il avait à l'avance informé la présidence grecque de son intention. «Il n'y avait aucune menace dans les propos du président, confiait-on hier à l'Élysée. Mais si des pays candidats pensent pouvoir entrer dans l'Europe et profiter de ses avantages financiers sans respecter ses règles et usages politiques, ils se trompent lourdement. Il était préférable de leur dire avant leur adhésion.» Le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a affirmé crûment que «l'Europe n'est pas un tiroir-caisse».

Si beaucoup, à Bruxelles ou à Berlin, ont approuvé dans son principe l'intervention de Jacques Chirac, certains ont regretté la vigueur du ton. La France, souvent accusée en Europe d'arrogance et de condescendance, prête une fois de plus le flanc à la critique. Conseiller de «se taire» à des pays sortis d'un demi-siècle de joug soviétique n'était pas forcément la meilleure expression à employer pour faire leur éducation européenne. L'UE «n'est pas le pacte de Varsovie, ces pays ont leurs opinions et doivent les exprimer», a ainsi déclaré hier le commissaire européen Chris Patten. L'affaire montre en tout cas que la crise irakienne a laissé en Europe des cicatrices qui mettront du temps à se résorber.
lefigaro.fr, Luc de Barochez [19 février 2003]

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(18 février 2003) L'affront de Blair à Chirac
Le premier ministre britannique Tony Blair a adressé hier (18 février 2003) une lettre aux treize futurs Etats membres de l'Union européenne (UE), attaqués la veille par le président Jacques Chirac pour leur alignement sur la position américaine sur l'Irak. Le premier ministre britannique se désolidarise notamment de la décision de la présidence grecque de l'Union européenne de ne pas avoir invité les pays candidats au sommet extraordinaire sur l'Irak qui se tenait lundi à Bruxelles
lefigaro.fr, [19 février 2003]

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(20 février 2003 : Le magnat de la presse anglo-américaine, le juif australo-américain Rupert Murdoch, s'en prend à la France au moyen de son journal anglais merdeux The Sun)

Opération commando du «Sun» à Paris
Le Sun, tabloïd le plus lu de Grande-Bretagne, a monté hier son premier raid-commando outre-Manche. Un de ses porte-parole, Lorna Carmichael, ainsi qu'un journaliste et un photographe sont arrivés à l'aube par camion avec «plusieurs milliers d'exemplaires» d'une édition spéciale titrée «Chirac est un ver», en français dans le texte. Davantage brûlot que journal, l'objet était destiné principalement aux médias parisiens, dans lesquels le Sun avait en vain tenté de passer sa prose sous forme de publicité. «Nous les avons distribués sur les Champs-Elysées et devant les sièges des principales radiotélévisions», explique l'organisatrice de l'opération. Dans un éditorial, le Sun explique que le «ver» Chirac «se pavane avec arrogance sur la scène internationale avec pour seul objectif de donner à son pays une importance démesurée par rapport à la réalité». Le tabloïd de droite Daily Mail n'a pas voulu être en reste. Il traite Jacques Chirac de «maquereau de Paris», vendu à Saddam Hussein. L'invitation de Mugabe, le président du Zimbabwe, au sommet franco-africain a accru les vociférations des tabloïds. Le 12 février, le Sun avait publié un photomontage de Saddam posant, comme Hitler en 1940, au pied de la tour Eiffel. «Les insultes en disent bien souvent plus long sur ceux qui les profèrent que sur ceux qu'elles prétendent décrire», a rétorqué Catherine Colonna, porte-parole de l'Elysée.

La gauche a renchéri : «Les attaques formulées par ce quotidien contre la France et son Président sont révoltantes par leur vulgarité et leur grossièreté», a déclaré Jack Lang dans un communiqué.
Libération, Par Christophe BOLTANSKI, vendredi 21 février 2003, p. 2

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C'est une guerre impériale!

La guerre contre l'Irak est sans doute le premier épisode de la lutte pour le contrôle de l'Eurasie. Après, les Etats-Unis se heurteront à la puissance «continentale» de demain, la Chine. La guerre contre l'Irak, voulue par le gouvernement américain, est de plus en plus probable. Depuis plusieurs mois, avec le soutien massif et inconditionnel de la plupart des médias d'outre-Atlantique, les responsables américains dénoncent sans relâche «la» menace irakienne pour justifier l'emploi de la force contre cet Etat. Comme Caton l'Ancien à propos de Carthage, G.W. Bush répète inlassablement: «Il faut détruire Bagdad.»

Affirmer que l'Irak est aujourd'hui une menace pour les Etats-Unis et pour le monde relève pourtant de l'intox pure et simple. Lors de la guerre du Golfe en 1991, l'armée irakienne avait été quasiment écrasée et la plupart de ses infrastructures détruites. Depuis lors, le territoire irakien est sous observation et surveillance permanentes et de nombreux objectifs militaires sont bombardés presque quotidiennement. Un embargo très strict a appauvri le pays; il interdit tout développement et épuise la population. La présentation de Colin Powell au Conseil de sécurité sur les preuves de l'existence d'armes de destruction massive (ADM) en Irak n'a pas été très convaincante. On peut même se demander si le chef d'état-major qu'il était lors de la guerre du Golfe croyait sincèrement ce que disait le secrétaire d'Etat qu'il est devenu. Je ne pense pas qu'un seul spécialiste du renseignement ait accordé beaucoup de crédibilité à cet exposé destiné, en fait, à l'opinion publique américaine.

Ce prétexte des ADM et du soutien irakien au terrorisme international est d'autant moins crédible qu'il y a bien d'autres Etats -dont certains alliés fidèles des Etats-Unis- qui disposent de beaucoup plus d'ADM opérationnels que l'Irak ou dont le rôle dans l'appui aux groupes d'al Qaeda disséminés de par le monde est beaucoup plus vraisemblable que celui éventuellement joué par l'Irak.

Si la situation n'était pas aussi grave, on ne pourrait que sourire de la comédie stratégique qui s'est jouée à l'Otan, où le secrétaire général et de nombreux «suiveurs» ont essayé de faire croire que la Turquie était menacée par l'Irak alors que, de toute évidence, l'armée turque, en cas de campagne américaine, est prête à saisir toute opportunité de contrôle de certaines zones-clés du Kurdistan irakien et surtout des puits de pétrole de la région Mossoul-Kirkouk.

Qu'importe, d'ailleurs: le premier «vrai» but de la guerre est de renverser Saddam Hussein. G.W. Bush et son gouvernement ne s'en cachent pas. Accord de l'Onu ou pas, désarmement de l'Irak ou pas, le processus qui conduit au déclenchement des opérations se poursuit inexorablement.

Cela fait des mois que le déploiement des troupes a commencé, des semaines que les «boys» s'entraînent aux portes de l'Irak et que l'opinion publique est chauffée à blanc par des télévisions et des journaux dont les équipes sont déjà sur pied de guerre. Comment, sans perdre la face, G.W. Bush qui se croit investi d'une mission divine -n'incarne-t-il pas la lutte du Bien contre le Mal?- pourrait-il stopper l'armada militaire qu'il a lui-même lancée?

L'absence d'une résolution du Conseil de sécurité autorisant l'emploi de la force contre l'Irak ou un veto contre celle-ci provoquera certes une crise politique internationale importante mais pas de quoi, en tout cas, infléchir valablement l'attitude des Etats-Unis. Seule super-puissance, ceux-ci, depuis plusieurs années déjà, n'obéissent plus qu'aux règles qu'ils définissent eux-mêmes ou qu'ils jugent acceptables pour eux.

En fait, et c'est la cause principale de cette guerre, Saddam Hussein doit disparaître parce que l'Irak, de par sa position géostratégique et compte tenu de ses immenses ressources énergétiques existantes et supposées, joue un rôle clé dans la stratégie américaine du XXIe siècle.

Dans un article précédent (1), j'ai fait référence à l'amiral américain Mahan et à sa théorie des bases extérieures nécessaires pour assurer la sécurité des Etats-Unis et... leur hégémonie. Référence doit aussi être faite aux théories du géographe anglais H.J. Mackinder et à ses réflexions sur les luttes séculaires entre puissances maritimes et puissances terrestres. A ce propos, Raymond Aron, dans ses «Mémoires» (2), écrit quelques pages remarquables et, ô combien, d'actualité. Il explique comment les Etats-Unis, ayant formé peu à peu une «Ile-continent» (c'est-à-dire sans adversaire terrestre, comme l'Angleterre deux siècles auparavant), sont devenus la première puissance maritime. Et Raymond Aron de développer: «La puissance maritime ne maintient son règne qu'à condition de posséder une base économique qui lui assure des ressources suffisantes.» Il poursuit: «En Europe -au cours de la guerre froide- elle (les Etats-Unis) auvegardera sa tête de pont dans l'Île mondiale, selon le vocabulaire de Mackinder (c'est-à-dire l'Eurasie) elle contint la poussée de la puissance continentale...» Celui qui contrôlera un jour l'Ile mondiale aura donc la prééminence.

Tous les écrits le confirment, les Etats-Unis veulent renforcer cette prééminence et rester la seule super-puissance mondiale. La puissance d'un Etat est basée sur cinq facteurs: la démographie, l'économie, la technologie, la culture, la force militaire. Les Etats-Unis dominent le monde dans le domaine technologique; ils le surclassent dans le domaine militaire. Pour assurer leur suprématie dans le domaine économique, le contrôle des ressources énergétiques de l'Asie du Sud-Ouest est donc primordial. Pour cela ils doivent pouvoir compter sur des dirigeants politiques régionaux amis et stables. Ce sera l'objectif de l'après-Saddam et cela concerne d'autres Etats que l'Irak.

Les puissances impériales appliquent toujours la même stratégie. Sans remonter aux empires du passé, encore que de nombreux commentateurs aux Etats-Unis comparent de plus en plus souvent la situation actuelle de ceux-ci à l'empire romain, constatons qu'au XIXe siècle, l'Angleterre et la France ont conquis des empires pour les exploiter et dominer le monde au nom des «valeurs européennes supérieures». De même aujourd'hui, les Etats-Unis veulent dominer le monde au nom des valeurs de «la démocratie exemplaire» qu'ils prétendent incarner avec la... bénédiction de Dieu.

Dans cette quête du maintien de leur hégémonie, les Etats-Unis se heurteront pourtant à la puissance «continentale» de demain, la Chine. Pour parler comme H.J. Mackinder, la guerre contre l'Irak ne sera-t-elle pas le premier épisode de la lutte pour le contrôle de «l'Ile mondiale», c'est-à-dire l'Eurasie? Ce contrôle n'est-il pas une utopie? Au XXIe siècle, les populations devront-elles toujours payer le prix fort pour satisfaire les rêves impériaux de ceux qui croient jouer un rôle dans l'Histoire?
(1) «La Libre» du 8 février 2003.(2) Raymond Aron, «Mémoires», éditions Julliard, 1983, pp. 635-637.
La Libre Belgique 2003, Mis en ligne le 05/03/2003, FRANCIS BRIQUEMONT, Lt général e.r.

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(Juillet 2003) «The Sun» dans le caniveau
Un ton féroce et douteux relance le tabloïd britannique.

«Rebekah Wade a ouvert le journal aux femmes, qui commencent à l'acheter plus volontiers qu'en mon temps. J'aurais voulu réussir un tel coup.» Kelvin MacKenzie, ancien rédacteur en chef du «Sun»

Six mois après son arrivée à la tête du tabloïd britannique The Sun, la belle rousse de 34 ans Rebekah Wade, qui ne donne jamais d'interview et se méfie de la presse comme de la peste, a remis «du fun dans le Sun» comme le dit la presse anglaise. Alors que les autres tabloïds voient leurs ventes décliner lentement mais sûrement, celles du Sun, joyau du groupe Murdoch, se stabilisent à 3,5 millions d'exemplaires vendus par jour (lire ci-dessous). Dans le milieu impitoyable des tabloïds, Wade fait même l'admiration de ses collègues mâles. C'est dire. Kelvin MacKenzie, ancien rédacteur en chef du Sun dans les années 80 au temps où le tabloïd se faisait l'ardent défenseur de Margaret Thatcher, et connu pour porter le verbe toujours haut, a récemment déclaré dans The Guardian : «J'admire les changements que Rebekah a entrepris dans le journal. Non seulement elle a réussi à répondre aux attentes du lectorat masculin, elle a aussi ouvert le journal aux femmes qui commencent aujourd'hui à l'acheter plus volontiers qu'en mon temps. Je l'envie, j'aurais voulu réussir un tel coup.»

Vitriol.
Pour cela, Wade n'est pas allée par quatre chemins. Dès son arrivée, elle saque les journalistes «promus à tort» par son prédécesseur et ancien chef, David Yelland, et embauche des anciens du journal disséminés dans d'autres publications nationales. La maquette évolue, l'humour reprend ses droits sur la veulerie, cependant toujours présente, le ton est trempé dans l'acier et la plume dans le vitriol. Les bureaux sont réorganisés en cercles concentriques afin de créer un «centre du pouvoir» et les murs encadrant l'espace de travail de Wade remplacés par des panneaux en verre pour plus d'interaction.

Conservatrice de coeur mais blairiste de la première heure par opportunisme politique, ex-amie personnelle de Cherie Blair, Wade soutient le gouvernement, une des seules dans la presse populaire, durant l'avant et l'après-guerre en Irak. L'attitude française est traînée dans la boue ­ une constante au Sun quels que soient les rédacteurs en chef ­, et l'Union Jack est porté bien haut. Wade ne semble se souvenir de son année d'études à la Sorbonne que pour décrire Jacques Chirac, à la une, comme «un ver» (en français dans le texte), puis comme «la pute de Saddam Hussein» quelques jours plus tard. Outrance et démesure n'ont plus de limites.

Sales relents.
Sur le sujet de l'Europe et des demandeurs d'asile, Rebekah Wade décide cependant, à contre-courant du blairisme, de tirer à boulets rouges. Tandis que David Yelland, son prédécesseur, professait un populisme tolérant, elle bat le rappel des troupes. Wade entame une guerre personnelle contre l'euro et les immigrés. Le ton se veut légèrement absurde, un peu dans le style des Monty Python, mais la campagne a de sales relents. Et ça vend. Le Sun martèle ainsi, jour après jour et une après une, que «les demandeurs d'asile coûtent une fortune aux contribuables britanniques», qu'ils «amènent le sida partout où ils vont» et qu'ils «dévorent même les cygnes de la reine dans les jardins publics». Wade sait faire rire ses lecteurs et peu importe si son humour est de mauvais goût. Le premier jour de sa prise de pouvoir au Sun, la fameuse pin-up de la page 3, traditionnellement en string et seins à l'air, s'appelait justement Rebekah, 22 ans et une belle crinière rousse. Les fans mâles du Sun peuvent respirer : Rebekah Wade les a compris, elle ne leur retirera pas leur lot quotidien de chair fraîche.

Scoops royaux.
Autre force de Wade : son carnet d'adresses. Avec elle, The Sun a ses entrées partout. Au 10, Downing Street comme à Buckingham Palace où Mark Bolland, ancien secrétaire particulier du prince Charles, est un de ses amis. Avec elle, les scoops gouvernementaux et royaux ornent jour après jour les pages du Sun. Quant à la lune de miel entre Blair et le tabloïd, qui ont fait dire à certains lors de sa première élection en 1996 que Blair était arrivé au pouvoir grâce au Sun, elle durera tant que Blair soutiendra Murdoch. La dernière loi sur les médias, libéralisant tout le secteur et permettant aux géants de la communication comme le groupe Murdoch de se retrouver en situation de monopole sans crainte d'être montrés du doigt, va plutôt dans le sens d'une entente cordiale. Quant à l'Europe et l'entrée dans l'euro, seul point de discorde entre Murdoch et Blair, le sujet a été repoussé après les prochaines élections. Rebekah a donc les coudées franches et la crinière en poupe.
Par Catherine POIRIER Agnès, Libération, vendredi 25 juillet 2003, p. 21

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Qui sont les évangéliques?

. Evangélistes ou évangéliques?

Le terme original en anglais est evangelicals. En français, certains l'ont traduit par "évangélistes" (comme on dit méthodistes). Mais la traduction "évangéliques" est préférable, pour éviter la confusion avec les quatre évangélistes du Nouveau Testament (Matthieu, Marc, Luc et Jean).

. Quelle est l'origine de ce courant religieux?

C'est un théologien américain du XVIIIème siècle, Jonathan Edwards, qui est considéré comme le père de l'évangélisme.Ce pasteur calviniste se désolait du caractère routinier de la pratique religieuse. Ses écrits sur le rôle des "affects" dans l'expérience de la foi ont conduit au premier "grand éveil", ainsi qu'on appelle ces retours périodiques à la religion qui ont marqué l'histoire des Etats-Unis.
Pressentant peut-être le risque de sectarisme, Jonathan Edwards expliquait que l'intensité des sentiments envers Dieu ne devait pas entrer en contradiction avec la raison. Lors du second "grand éveil", à la fin du XIX. siècle, l'évangélisme s'est affirmé comme une forme typiquement américaine du protestantisme: égalitariste, individualiste, prosélyte, à la fois mystique et terre à terre, avec une propension au lit- téralisme biblique. Le troisième "grand éveil", celui de ces trente dernières années, y ajoute deux composantes: les mass media et la mondialisation.
Pour conquérir de nouvelles âmes, les Eglises ont recours au télévangélisme, à la musique rock, à la vidéo, au cinéma, aux sagas romanesques. Adaptées au mode de vie suburbain, les méga-églises ressemblent à des centres commerciaux.

Dans le monde entier, l'évangélisme coïncide avec la diffusion des modèles culturels américains.

. Evangéliques, "born again", pentecôtistes

Ces trois notions se recouvrent en partie. Les évangéliques et les born again christians (chrétiens re-nés) peuvent appartenir à toutes sortes d'Eglises ou "dénominations", en général des branches du protestantisme. Tous se réfèrent à la Bible et insistent sur leur rapport personnel avec Dieu ou Jésus, établi lors d'une redécouverte de la foi (c'est le cas, désormais célèbre, de George W. Bush).
Après le baptême ou la conversion ("première bénédiction"), le croyant a besoin d'une "seconde bénédiction" pour confirmer son engagement.

Le pentecôtisme, né en 1901 au Kansas, prône quant à lui une "troisième bénédiction", le "baptême dans l'Esprit" : la descente de l'Esprit saint provoque des transes, des guérisons et le don des langues (tel celui reçu de l'Esprit saint par les apôtres lors de la Pentecôte). Le pentecôtisme est décrit comme la "religion des pauvres", mais il promet la richesse et la réussite.

. Combien sont-ils?

Selon les projections de la World Christian Encyclopedia, il y aura en 2005 dans le monde 210 millions d'évangéliques et 523 millions de pentecôtistes (sur 1,9 milliard de chrétiens), répartis en une myriade d'Eglises comptant de quelques dizaines à plusieurs millions de membres.
Trente-neuf mille dénominations sont répertoriées, dont plus de la moitié dans le tiers-monde.
La Chine est le pays où le nombre de convertis augmente le plus vite (10 000 par jour); ce qui fait d'elle le troisième pays chrétien de la planète, après les Etats-Unis et le Brésil.
L'Afrique et l'Asie sont des terres de mission depuis déjà longtemps, l'Europe de l'Est a suivi, et c'est maintenant le monde arabo-musulman qui est la cible.
Les missionnaires évangéliques venaient au début des Etats-Unis, mais d'autres pays (Brésil, Nigeria, Corée du Sud) ont pris le relais.

. Quel est leur rôle politique?

Les 40 % d'Américains qui se déclarent évangéliques ou born again ont indéniablement joué un rôle dans la réélection confortable de George W. Bush.
Leurs revendications politiques portent sur les "valeurs chrétiennes" (hostilité à l'avortement et à la recherche sur les embryons, au mariage homosexuel, à l'euthanasie), mais finissent par rejoindre le programme de la droite ultraconservatrice (sur la guerre en Irak et la sécurité intérieure).
L'évangélisme de gauche à la Jimmy Carter est très minoritaire.
En Amérique latine, leur rôle est plus complexe.

La pratique démocratique de ces groupes protestants contraste avec la hiérarchie propre au catholicisme, très lié aux élites traditionnelles. Au Pérou, au Guatemala ou au Brésil dans l'entourage de Lula, des évangéliques représentent un certain changement politique.

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(Ukraine, décembre 2004) La main invisible des Etats-Unis

L'élection présidentielle en Ukraine n'a jamais été une affaire intérieure. On a beaucoup parlé de l'intervention des Russes. Mais, en 2004, l'Agence américaine pour le développement international (USAID) a consacré 55 millions de dollars au développement de la démocratie en Ukraine.
Trente médias d'opposition ont reçu un soutien organisationnel et financier. Dans tout le pays, les Américains ont supervisé, avec l'aide d'associations locales, la formation d'assistants et d'observateurs électoraux, Le secrétariat d'Etat a versé 10 millions de dollars supplémentaires en tant qu'aide directe au processus électoral.
Les deux grands partis américains se sont engagés et ont envoyé des consultants sur place.

Un retrouve là la même stratégie commerciale et médiatique que lors du renversement de Slobodan Milosevic et de celui d'Edouard Chevardnadze. A Belgrade, les faiseurs d'opinion américains se sont aperçus que le candidat nationaliste de l'opposition, un inconnu du nom de Vojislav Kostunica, était en mesure de défaire le dictateur serbe, pourtant apparemment indéboulonnable.
La victoire de Kostunica est essentiellement due au mouvement étudiant serbe Otpor (Résistance), appuyé par les Etats-Unis. Le mouvement a servi de modèle au renversement pacifique d'autres oligarques postcommunistes corrompus.

Mikhaïl Saakachvili, actuel président géorgien, est allé à Belgrade se former auprès d'Optor avant de réussir à éjecter Chevardnadze.

Alexander Maric, un des exportateurs de démocratie du mouvement Otpor, s'est rendu en Ukraine il y a un an et demi. C'est lui qui a appris au mouvement étudiant Pora (II est temps) comment mener une campagne électorale à coups de symboles.
Ce n'est pas par pur idéalisme que les Etats-Unis mènent ce combat. Washington veut voir dans les Ukrainiens de "nouveaux Européens", susceptibles de servir l'OTAN et d'affaiblir l'UE.

Dans le cadre de la stratégie de sécurité nationale américaine, tout doit être fait pour empêcher l'émergence de rivauxrégionaux. Or la Russie pourrait tirer profit de la création d'un grand espace économique dans son ancienne arrière-cour.
En avril dernier (2004), le parlement de Kiev a ratifié un accord-cadre prévoyant une union économique entre la Russie, la Biélorussie, l'Ukraine et le Kazakhstan.
Quelques semaines plus tôt, la CIA avait mis en garde contre le danger d'un renforcement de la position russe sur la scène politique internationale.
S'il l'emportait, avait promis Viktor louchtchenko, il tirerait un trait sur ce projet d'espace économique eurasiatique.
Ses partisans placent tous leurs espoirs dans une intégration à l'Ouest.

Les Américains doivent sans doute se frotter les mains, ces mains invisibles avec lesquelles ils ont édifié leur stratégie pour remporter des élections étrangères.
Maria Huber, Die Zeit, Hambourg, in Courrier international, n°736, 9/15 décembre 2004, p. 18-19

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(Mai 2005) George W. Bush a quitté Riga pour Maastricht

MAASTRICHT (AFP) - Le président américain George W. Bush est arrivé samedi à Maastricht, dans le sud-est des Pays-Bas, pour commémorer dimanche au cimetière américain voisin de Margraten le 6Oe anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe.

M. Bush, accompagné de son épouse Laura, est arrivé à 17H20 GMT (19H20 locales) à bord de l'avion présidentiel Air Force One à l'aéroport de Maastricht-Aix-la-Chapelle, en provenance de Riga.

Le couple présidentiel et la secrétaire d'Etat Condoleeza Rice ont été accueillis par le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Ben Bot, et par l'ambassadeur des Etats-Unis, Clifford M. Sobel. Les deux responsables de la diplomatie devaient avoir un entretien dans la soirée.

Le président des Etats-Unis prononcera son seul discours public sur la fin de la Seconde guerre mondiale dans le cimetière de Margraten où reposent plus de 8.000 Américains tués lors de l'avancée des troupes alliées vers l'Allemagne.

Il devrait réaffirmer sa volonté de "lutter contre la tyrannie" dans le monde et faire le parallèle entre la lutte contre les totalitarismes il y a soixante ans et celle contre le terrorisme aujourd'hui.

Dans la journée, plus d'un millier de personnes ont manifesté contre cette visite à Amsterdam et quelques centaines à Maastricht.

M. Bush a choisi ce cimetière en raison des liens spéciaux qui unissent les habitants de cette commune aux familles des soldats américains tombés au combat.

Les habitants de ce village proche de la frontière belge ont été les premiers en Europe à "adopter" des tombes, il y a des dizaines d'années, pour les garnir régulièrement de fleurs, ce que les familles aux Etats-Unis ne peuvent faire. Quelques villages français de Normandie ont depuis suivi cet exemple.

Samedi à Riga, le président américain a manifesté clairement son soutien aux pays baltes, au risque de mécontenter son homologue russe Vladimir Poutine qu'il doit rencontrer dimanche.

"Je reconnais que pour l'Ouest, la fin de la Seconde guerre mondiale a signifié la paix mais dans les pays baltes cela a amené l'occupation et l'oppression communiste. Et les Américains n'oublieront jamais l'occupation et l'oppression communiste des Baltes. Nous reconnaissons votre Histoire douloureuse", a affirmé le président américain.

Il s'exprimait lors d'une conférence de presse conjointe avec les présidents de ces pays, la Lettonne Vaira Vike-Freiberga, l'Estonien Arnold Ruutel et le Lituanien Valdas Adamkus.

L'un des objectifs de son voyage en Europe entamé à Riga vendredi a été "de rendre hommage à ceux qui se sont sacrifiés il y a 60 ans", pour la libération de l'Europe du joug nazi, a-t-il souligné.

Les trois pays baltes ont été occupés par les troupes soviétiques dès la fin de la guerre en 1945 et n'ont retrouvé leur indépendance qu'en 1991.

Il a salué le fait que ces trois pays étaient désormais des démocraties membres de l'Union européenne et de l'Otan et souhaité qu'ils soient un exemple pour la région, notamment au Bélarus.

"L'exemple des Baltes est vital pour des pays qui sortent de la tyrannie et de gouvernements oppressifs pour devenir des sociétés libres", a souligné le président américain.

Mais dans un discours prononcé ensuite faisant un peu le point de sa vision de l'Europe et du monde, il a appelé la Lettonie hôte à respecter les droits de ses minorités, essentiellement russe puisqu'elle constitue plus du tiers de sa population. Moscou n'a cessé de reprocher à son ancien satellite de les maltraiter.

"Aucun tort commis dans le passé ne doit vous diviser ou ralentir vos progrès remarquables", a-t-il déclaré. "Tout en gardant votre identité et votre langue lettonne, vous avez la responsabilité de tendre la main à tous ceux qui partagent l'avenir de la Lettonie", a dit M. Bush.

Quant à la Russie, M. Bush a reconnu que ce pays avait sa propre Histoire. Tout en notant que ses "dirigeants ont fait de grands progrès ces quinze dernières années", il a mis l'accent sur le respect des libertés pour la démocratie.

M. Bush a aussi exprimé son regret des accords de Yalta qui avaient divisé en 1945 l'Europe et placé les régions centrales et orientales sous le contrôle de l'Union soviétique. "La captivité de millions de gens en Europe centrale et de l'Est sera toujours évoquée comme l'un des plus grands torts de l'Histoire", a-t-il affirmé.

"Je suis reconnaissant au président (Bush) du fait que sa présence ici dans les pays baltes nous donne inspiration et force pour poursuivre nos engagements", a affirmé samedi le président lituanien Valdas Adamkus.

Même ton de la part de ses homologues de Lettonie et d'Estonie. Ce dernier a souligné que les Etats-Unis avaient exprimé "une volonté forte" et des "efforts fructueux" pour soutenir les aspirations vers la liberté des Etats baltes.

Les trois pays baltes ont soutenu la décision de George W. Bush de lancer une guerre contre l'Irak en mars 2003 et envoyé des troupes dans ce pays.

George W. Bush repart dès dimanche pour Moscou où il aura des entretiens avec le président russe Vladimir Poutine et assistera lundi aux cérémonies commémoratives de la victoire sur le nazisme.

La dernière étape de sa tournée le conduira mardi en Géorgie pour des entretiens avec le président Mikhaïl Saakachvili et un nouveau discours à Tbilissi avant de regagner les Etats-Unis.
yahoo.fr, actualités, samedi 7 mai 2005, 23h52

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